Disclaimer : Kingdom Hearts et ses personnages ne m'appartiennent pas.

_-La dernière étape-_

Une nouvelle journée commençait; une parmi tant d'autres qui ne promettait pas d'apporter son lot d'originalité. Cinq heures : il était debout. Il passait dix minutes à effectuer quelques exercices d'étirement puis faisait son lit. Cinq heures et quart : il allait dans la salle de bain prendre une douche, se sécher grossièrement, se regarder dans le miroir en adressant une énième prière à Shiva pour que la cicatrice qui lui barrait le front et le haut du nez soit moins visible puis enfilait des vêtements. Cinq heures et demie : il prenait son petit déjeuner, débarrassait et partait se brosser les dents. Six heures moins le quart : il se rendait dans le hall de la BGU et activait la sonnerie pour réveiller l'ensemble des soldats.

Voilà comment Squall Leonhart débutait toutes ses journées depuis qu'il avait été nommé jeune Seed en chef suite à un parcours scolaire et militaire sans faute. Il se serait bien passé du titre et l'aurait même refusé si le directeur de la BGU n'avait pas annoncé la nouvelle par les interphones placés aux quatre coins de la caserne sans prendre la peine de demander l'avis du balafré auparavant. Squall s'était retrouvé aussi surpris que les autres Seeds en découvrant en même temps qu'eux qu'il venait d'obtenir une promotion.

Aujourd'hui encore, à six heures moins dix, il irait dans le bureau du directeur Kramer pour essayer de le faire changer d'avis. C'était ce qu'il avait décidé de faire mais la routine fut brisée quand il entendit quelqu'un l'appeler. Il se tourna vivement vers l'entrée et aperçut le groupe de militaires envoyé à Midgar pour ramener un agent infiltré. Squall fronça les sourcils lorsqu'il compta un soldat en trop.

« En voilà une façon de souhaiter la bienvenue à un soldat qui a risqué sa peau en allant en territoire ennemi, dit Axel quand il fut assez proche pour être entendu sans avoir à hausser le ton.

- Vous ramenez un prisonnier? demanda le balafré en regardant l'homme aux cheveux argentés.

- Quoi? Ah non, c'est Riku. Riku, je te présente Squall.

- Axel m'a à moitié forcé à le suivre jusqu'ici, précisa l'argenté quand la réponse du roux ne parut pas apaiser les soupçons du châtain.

- D'après ce qu'ils nous ont expliqué, ce gars était l'un des candidats du projet S; le nouveau favori d'ailleurs, expliqua l'un des soldats.

- Il n'a jamais été infecté? demanda aussitôt Squall.

- Il est arrivé à la caserne en même temps que moi et on est toujours resté ensemble. Il est pas entré en contact avec la Mako et j'ajouterai qu'on peut compter sur lui, dit Axel.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça? voulut savoir le châtain.

- Ben, disons qu'il a compris qui j'étais et qu'il l'a jamais dit à qui que ce soit. Midgar aura seulement pigé que parce qu'on s'est fait la belle. Je serais pas étonné qu'ils s'imaginent qu'on était des espions tous les deux.

- Il vaut mieux qu'ils continuent à le croire plutôt que de découvrir qu'il a déserté.

- Ça veut dire que tu t'opposes pas à ma décision, Squall? demanda Axel, une lueur d'espoir dans les yeux.

- Ça veut dire que tu vas devoir aller voir le directeur pour avoir son feu vert. De mon côté, je vais le placer dans l'une de nos cellules. Ne le prends pas personnellement; je suis le protocole, ajouta le balafré à l'attention de l'argenté.

- Je comprends. » répondit Riku.

Le roux fit pour protester mais un regard appuyé de Squall l'en dissuada. La troupe et l'agent s'éloignèrent pour aller faire leur rapport pendant que le châtain et Riku prenaient l'ascenseur pour se rendre au sous-sol. L'argenté entra docilement dans la prison et partit s'asseoir dans un coin de la cellule alors que Squall la verrouillait, l'air coupable.

« Je vais faire de mon mieux pour que tu n'aies pas à rester ici trop longtemps. »

L'endroit était lugubre, sans aucune fenêtre. La lumière provenait de néons dont certains clignotaient de temps en temps. Pour parfaire le tout, il faisait un froid de canard. Squall se dit que l'argenté avait de la chance d'avoir emporté un manteau mais s'il en avait l'occasion, il lui ramènerait une couverture. Elle ne serait pas de trop.

Sa tâche accomplie, le châtain retourna à l'ascenseur et s'arrêta cette fois à l'étage où se trouvait le bureau du directeur. Il frappa une fois à la porte et entra sans attendre de réponse. Axel était encore à l'intérieur, entouré de ses accompagnateurs. Devant eux se trouvait le bureau de Cid Kramer, directeur de la BGU. Voyant que les soldats n'avaient pas encore terminé leur rapport, Squall fit pour sortir.

« Tu peux rester. »

Le directeur Kramer lui fit savoir que ce n'était pas nécessaire. Squall n'en était pas tout à fait sûr mais il lui semblait que l'ordre était aussi et surtout une demande. Il patienta donc dans un coin de la pièce pendant qu'Axel terminait de faire son rapport. Il s'écoula un certain temps avant qu'il ne vienne à bout de son récit, ponctué par l'assentiment des soldats qui l'avaient accompagné pendant le voyage du retour. Visiblement convaincu par ce qu'il venait d'entendre, Cid Kramer renvoya les soldats et demanda à Squall et Axel de rester encore un peu. Le regard du directeur se posa d'abord sur le balafré.

« Pour commencer, ma réponse est ''non''.

- Je n'ai rien dit, fit remarquer Squall.

- J'ai préféré te faire économiser un peu de salive. Tous les matins, tu viens me demander la même chose et, tous les matins, tu entends la même réponse. J'avais pensé que tu finirais par abandonner à force, expliqua Cid avec un sourire en coin.

- Squall qui n'est pas têtu, c'est plus Squall, commenta Axel en examinant ses ongles distraitement.

- Je ne suis pas têtu, le contredit le châtain avec un regard à tuer sur place. J'aime simplement qu'on me laisse le choix et je le fais savoir.

- Peu importe. Ce n'est pas pour ça que je vous ai demandé de rester avec moi, intervint Cid d'un ton catégorique qui ne laissait pas place à la discussion.

- Comment ? fit Squall, l'air outré.

- Si vous êtes ici tous les deux, c'est parce que les alliés de Balamb et moi-même avons pris la décision de passer à la seconde étape du plan mis en branle avec le départ de notre espion ici présent, expliqua Cid en désignant le roux. Nous disposons d'informations en assez grand nombre pour passer à l'attaque.

- Vous voulez vraiment lancer l'assaut contre Midgar ? Ce n'est pas un adversaire à prendre à la légère, fit remarquer Axel.

- Nous non plus, dit calmement le directeur. Nous avons eu le temps de nous préparer à cette éventualité et l'heure est venue de passer à l'action. Midgar a déjà fait beaucoup trop de dégâts. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre plus longtemps.

- Ça veut donc dire qu'il y a d'autres usines à SOLDATS un peu partout dans le monde, réfléchit tout haut Squall. C'est une chance qu'il n'y ait pas encore eu d'autres résultats du même genre que Séphiroth.

- Qui ça ? demanda Axel, confus.

- Tiens donc, ils n'en parlaient pas dans la caserne où tu étais ? voulut savoir Cid, sincèrement surpris.

- Il est ce qui nous a permis de jeter le gant à Midgar sans que ça passe pour une décision prise sur un coup de tête, expliqua le balafré. Quand il est sorti de l'une de ces usines, il s'est avéré qu'il était totalement incontrôlable. Il était à peine parti qu'il brûlait déjà des villes entières, dont Nibelheim, l'une de nos villes alliées. C'est à ce moment-là que, de ton côté, tu as dû apprendre qu'on déclarait la guerre à Midgar.

- Et moi qui pensais que c'était grâce au fruit de mes efforts, se lamenta le roux.

- Il y a aussi de ça, le démentit Cid. Ton message nous est parvenu au même moment. De ce fait, nous avions la certitude que Midgar ne jouait pas franc jeu et que Séphiroth était l'un de ses soldats modifiés.

- Quand comptez-vous attaquer le problème à sa source ? demanda Squall.

- Nous nous sommes donné une semaine. La simultanéité des attaques doit être parfaite si l'on veut mettre toutes les chances de notre côté. Midgar est une armée puissante à la seule condition qu'elle soit au complet. Éparpillés, ses hommes ne seront pas de taille face à nos troupes.

- J'espère que vous avez raison. » marmonna Axel.

Le directeur Kramer les laissa partir et le roux se garda bien de faire part de sa gêne. Il avait l'impression que quelque chose se préparait à leur insu...

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Cid Highwind était nerveux. Ses supérieurs avaient eu vent de la disparition de Riku Mattson, celui qui devait devenir leur tout nouveau champion. Après le cuisant échec que fut Séphiroth (qui était toujours activement recherché), tous les espoirs avaient été placés en son successeur. Ce dernier aurait déjà dû avoir fait un séjour au labo et être prêt à défendre Midgar dans la bataille qui menaçait d'éclater très bientôt. Mais le gamin avait filé aux côtés de la fouine de Balamb (c'était en tout cas ce dont Cid était persuadé) et serait difficile à récupérer. Tant que Riku était de leur côté, il restait facile à manipuler et aurait obéi sans opposer trop de résistance, mais maintenant qu'il avait rejoint l'ennemi, la tâche serait bien plus compliquée.

Avec un soupir irrité, Cid se leva de son siège et regarda par l'une des fenêtres de son bureau. Dehors, des dizaines de soldats s'entrainaient avec acharnement mais même avec toute la volonté du monde, jamais ils ne pourraient égaler Riku Mattson pour la simple et bonne raison que l'armée s'était arrangée pour qu'il n'en soit pas autrement.

Un peu plus tôt dans la journée, il avait été décidé que les soldats enfermés dans leur capsule d'évolution seraient libérés et utilisés pour les batailles imminentes. Cid n'aimait pas beaucoup cette idée. Ils n'étaient pas encore arrivés à maturité et ne quitteraient leur cocon qu'à demi-développés. Nul ne savait quelles conséquences cela pourrait avoir sur les sujets et, dans le fond, tout le monde s'en fichait bien du moment que les soldats tenaient tout juste assez longtemps pour repousser l'assaut. Les médecins de l'armée avaient déjà préparé quantité de drogues fortes pour les aider à tenir le coup quitte à endommager leur corps à vie. Tous ces efforts pour développer des soldats parfaits qui allaient certainement être balayés en seulement quelques jours... Cid en était malade.

Le seul espoir qui leur restait de poursuivre le projet Mako, c'était de mettre la main sur Riku Mattson pour veiller à ce qu'il continue à bien se conduire. Il n'avait pas encore posé de problèmes notables mais avec Séphiroth pour 'père', il valait mieux être prudent...

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À bord du vaisseau de Balamb, les soldats étaient prêts à commencer le combat. Chacun vérifiait son équipement, ses armes, ses vivres. Squall en avait terminé depuis longtemps et avait décidé de passer les quelques minutes de tranquillité qu'il lui restait à s'assurer que Riku resterait bien sagement dans le vaisseau. L'argenté avait voulu les accompagner mais le directeur avait refusé. Il était bien trop conscient des risques que prendrait le jeune homme en participant à la bataille, et de l'importance qu'il avait aux yeux de Midgar.

« D'après l'un de nos espions, il semblerait que Riku ait été conçu à partir de cellules extraites de Séphiroth. Il est en quelque sorte une copie de sauvegarde au cas où l'original viendrait à disparaître. Évidemment, il ne doit surtout pas l'apprendre, avait expliqué Cid, l'air grave.

- Ils ont réussi à cloner un être humain ? avait demandé le balafré, à la fois impressionné et effrayé.

- Oh, ils ne l'ont pas complètement cloné. Ils se sont contentés de prélever un échantillon de fluide, d'en modifier l'ADN pour que celui de Séphiroth annihile celui contenu dans l'ovule de la mère puis ont fécondé ce dernier. Un jeu d'enfant pour ces fous. »

Squall avait été choqué, et à juste titre, par cette terrible révélation, mais il n'avait pas changé de comportement autour de l'argenté. Axel n'en savait rien, lui. Squall sentait bien que l'espion était très proche de Riku et il avait préféré garder le silence pour ne pas les blesser tous les deux. Axel aurait aussi bien pu se remettre aussi vite que le balafré comme il aurait pu rejeter l'argenté en bloc.

Quand l'heure de quitter le navire se rapprocha, Squall retourna auprès du reste des troupes à l'avant du vaisseau, prêt à descendre dès qu'il toucherait terre. Axel le rejoignit peu de temps après, l'air à la fois grave et totalement euphorique (ses yeux et sa bouche se contredisaient souvent). Le balafré ne voulait vraiment pas savoir ce qu'il était en train de penser. Il était certain que ça ne lui plairait pas le moins du monde.

Sans échanger un seul mot, le duo attendit que le vaisseau ralentisse assez pour que les soldats puissent descendre en marche et foncer vers la base midgarienne qu'ils avaient prise pour cible. L'air frais du matin caressait agréablement les joues de Squall, dont le sang s'était mis à bouillir dans ses veines. Une poussée d'adrénaline s'était déclenchée à l'instant même où ses semelles s'étaient mises à marteler le sol couvert de rosée. Les herbes hautes mouillaient leurs vêtements jusqu'à leurs genoux mais aucun soldat ne fit de remarque à ce sujet, tous trop concentrés sur leur tâche. La cour du camp d'entraînement était déserte, signe qu'ils n'étaient pas attendus ou, au contraire, qu'ils fonçaient droit vers un piège. Squall et d'autres gradés ordonnèrent l'arrêt immédiat de l'assaut et désignèrent des éclaireurs pour aller prendre la température. Il était plutôt étrange que personne ne soit allé à leur rencontre. Même sans avoir été préparés à l'attaque, au moins un soldat de Midgar aurait entendu un vaisseau se rapprocher et aurait vérifié à qui il appartenait. Tous ne passaient pas la nuit à dormir. Une demi-heure s'écoula avant que les soldats envoyés en repérage ne reviennent en annonçant que le bâtiment était complètement désert. Les dortoirs étaient encore remplis d'affaires personnelles, signe que le départ avait dû être précipité. Balamb avait perdu son temps.

« Les enfoirés. » avait dit Axel en crachant au sol.

Squall n'avait pas relevé. Il ordonna une fouille complète de la cour et de ses environs et resta parmi le groupe qui continuait à surveiller les parages dans l'éventualité où leurs ennemis les attendaient, dissimulés dans l'ombre.

« Ici, il y a quelqu'un ! »

Le cri d'alarme lancé par une recrue mit les nerfs de tous les autres soldats en pelote. Squall ordonna que personne ne bouge en attendant son retour, puis il suivit la source de l'appel. Il contourna un petit bâtiment à l'écart du reste du complexe et s'enfonça un peu plus à l'intérieur des terres. À quelques mètres de lui, il vit cinq soldats accroupis au sol, absorbés par ce qu'ils avaient trouvé. Quand Squall s'approcha, ils se redressèrent et le laissèrent inspecter leur découverte.

Le balafré écarquilla les yeux.

Recroquevillé dans l'humus humide à l'orée d'une forêt clairsemée, un homme nu claquait des dents tant il avait froid. Ses cheveux blonds étaient trempés et sales. Quand Squall s'accroupit pour mieux l'examiner, il remarqua que l'inconnu était recouvert d'une substance plus épaisse que de l'eau. Le châtain retira l'un de ses gants et en recueillit un échantillon sur le bout de son index. Il avait l'impression d'avoir du gel sur la peau et bien que la sensation aurait pu être agréable, il fut écœuré de sentir la matière pénétrer sa peau comme si cette dernière n'avait pas été hydratée depuis des mois. D'après la façon dont le corps entier de cet homme luisait à la lumière des premiers rayons du soleil, il avait dû absorber tant de cette matière qu'il en était à présent saturé.

Avec des gestes minutieux, comme s'il s'attendait à être attaqué d'une seconde à l'autre, Squall tourna le blond sur le dos pour mieux observer son visage. Il entendit ses hommes toussoter derrière lui et se retourner, sans doute gênés par la nudité de l'inconnu abandonné près des bois. Le châtain n'y prêta pas attention et continua. Il fut étonné par l'absence totale de réaction de l'individu. Même dans un état aussi vulnérable, ce dernier ne cherchait pas à résister. C'était comme s'il ne se rendait pas compte de ce qui lui arrivait. Un peu perturbé par cette découverte, le balafré leva les yeux vers ceux de l'homme, espérant y trouver une réaction quelconque. Il ne vit qu'une paire d'yeux menthe à l'eau qui fixaient le vide.

« Qu'est-ce qu'ils ont fait à ce pauvre gars ? demanda l'un des soldats, qui ne supportait plus le silence pesant qui s'était installé.

- Il est resté enfermé dans une capsule géante pendant des années, intervint Axel qui les avait rejoints sans un bruit.

- J'avais demandé à ce que personne ne me suive, fit remarquer Squall sur un ton dur.

- Il n'y a que nous, ici, répondit le roux en haussant les épaules. Si Midgar avait voulu nous tendre un piège, il se serait refermé depuis longtemps. »

Le châtain voulut ajouter autre chose mais se tut en voyant Axel se placer à côté de lui et examiner le blond. Le roux fronça les sourcils et se mordit la lèvre inférieure.

« Pauvre vieux, qu'est-ce que t'es devenu ? se demanda-t-il tout haut.

- Tu le connais ? voulut savoir Squall.

- Ouais. Il est arrivé à la caserne en même temps que moi et Riku. Il avait l'air d'être un gars plutôt facile à vivre. Enfin, pour le peu de temps que je l'ai vu, je peux me tromper. Je sais plus comment il s'appelle, par contre. Riku pourra peut-être te renseigner là-dessus. »

Tout en parlant, Axel avait regardé le balafré retirer la veste de son uniforme et la passer autour des épaules du blond pour le couvrir un peu. Un autre soldat lui donna une couverture de survie qu'il avait emportée par mesure de précaution et Squall l'en félicita (ce qui était tellement rare que le militaire concerné en rougit d'embarras). Une fois certain que le blond était couvert des pieds à la tête, le châtain le passa par-dessus son épaule et ordonna le retour au vaisseau.

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Ce fut toujours avec une indifférence déconcertante que le rescapé se laissa laver, sécher et habiller par une équipe d'infirmiers à bord du navire balambien. Pendant ce temps, Squall était allé faire son rapport auprès du directeur de la BGU et lui avait expliqué dans quel état la caserne avait été trouvée. Cid Kramer ne sembla qu'à moitié étonné. D'après lui, Midgar avait dû se douter que l'attaque serait imminente. Le départ d'Axel leur avait certainement mis la puce à l'oreille.

« C'est à notre tour de rester sur nos gardes, avait conclu Cid avec un air grave.

- Une sorte de riposte pour récupérer Riku, déclara le balafré sans grande hésitation.

- En effet, c'est ce que je crains. La copie de Séphiroth est l'une de leurs dernières cartes-

- ''copie'' ? Vous avez déjà vu Riku, non ? En quoi est-ce qu'il vous fait penser à une simple expérience ? s'emporta Squall malgré lui.

- Je comprends tout à fait ce que tu ressens, Squall, mais il y a une chose que tu ne dois pas oublier au sujet de ce garçon : il porte les gênes de Séphiroth en lui.

- Et alors ?

- S'il devenait incontrôlable à son tour, tu peux facilement imaginer la menace qu'il représenterait pour nous, non ? »

Le châtain déglutit. Séphiroth à lui seul était déjà de trop alors si son double s'y mettait aussi, des milliers de vie devraient être sacrifiées avant que le carnage ne prenne fin. Si c'était possible.

« Je ne crois pas que le traiter comme une vulgaire expérience scientifique soit un moyen efficace d'éviter ça. » insista quand même le balafré.

Cid eut un sourire presque attristé et secoua la tête. Il allait abandonner la partie pour l'instant.

« Riku et le prisonnier partageront la même chambre. Ils n'ont pas encore causé de problèmes à nos hommes alors je pense qu'il faut les récompenser, dit le directeur.

- Ils n'en poseront pas. Je m'en assurerai. » promis Squall.

Cid le congédia sans rien ajouter de plus. Tout avait été dit.

Le châtain quitta le bureau et se rendit aussitôt dans le dortoir pour aller s'assurer que Riku et l'inconnu se portaient bien. Et il avait aussi des tas de questions à poser à l'argenté au sujet du blond. Si Riku le connaissait, alors il devrait donner toutes les informations dont il disposait. Arrivé sur place, le balafré se renseigna auprès des autres soldats pour savoir vers quelle chambre il devrait se diriger. Il ne fut pas surpris d'apprendre que Cid avait placé les malheureux dans l'une des plus miteuses. Le directeur était trop méfiant et tenait certainement à ce que le duo le sache.

« Arrête un peu de tout lui mettre sur le dos, s'était plaint Axel quand le châtain avait partagé son opinion sur la question. Tu sais très bien qu'on admet plus de soldats qu'il n'en sort. Les chambres sont toutes occupées. Je me demande d'ailleurs comment Cid a fait pour en libérer ne serait-ce qu'une seule.

- On aurait pu partager la nôtre avec l'un d'eux, tenta quand même le balafré.

- On a des lits une personne, lui fit remarquer le roux.

- Vu l'état dans lequel il est, je ne crois pas qu'il se serait plaint de rester assis dans un coin de la pièce. » intervint Riku en montrant le blond.

En effet, le soldat, bien que rafraîchi et à présent dans un endroit chaud, ne réagissait toujours pas. Riku l'avait placé sur un fauteuil et l'individu ne bougeait pas d'un pouce. Un filet de bave s'écoulait même du coin de sa bouche et s'il s'en souciait, il ne le montrait pas.

« Axel m'a dit que vous l'avez croisé à votre arrivée dans la caserne. Est-ce que tu peux m'en dire plus à son sujet ? voulut savoir Squall.

- Pas vraiment, non. Je me souviens seulement qu'il a partagé le même dortoir que moi pendant quelques jours avant qu'il ne soit admis dans la classe spéciale. Il était pas spécialement chiant. Je dirais même qu'il était plutôt sympa avec ses camarades de chambre.

- Pas de nom ?

- Je ne suis pas sûr, mais je crois qu'il s'appelle Clad quelque chose, marmonna Riku.

- Cloud Strife ! s'exclama Axel en se frappant la cuisse. Je me souviens maintenant ! C'est lui, la lopette !

- ...c'était à lui que t'as demandé un truc aussi immonde ? s'indigna l'argenté. Il a jamais embêté personne !

- Je voulais voir de mes propres yeux s'il était aussi gentil que ce qu'on disait. Et en conclusion, je dirais qu'il était même carrément trop con. Sans rancune, hein ? ajouta rapidement le roux en regardant Cloud, qui fixait désespérément le vide.

- C'est pas comme s'il entendait ce que tu lui racontes, fit savoir Riku.

- Au contraire, il y a de fortes chances pour qu'il écoute tout ce que nous sommes en train de dire, le démentit Squall. Il est dans un état second mais toujours conscient.

- Et c'est quoi qui a provoqué ça, d'après toi ? voulut savoir Axel.

- Sûrement la Mako qu'il avait sur lui quand on l'a trouvé.

- J'aurais vraiment pas aimé prendre mon bain là-dedans, avoua le roux. C'est une substance hautement toxique qui a été interdite d'utilisation il y a des siècles.

- Pas à Midgar, on dirait, répondit Squall.

- C'est quoi cette Mako au juste? demanda Riku, confus.

- La Mako est une substance rare sécrétée par la planète. Quand des chercheurs en ont trouvé pour la première fois, ils ont prélevé un échantillon pour analyser la substance. Ils ont découvert que c'est une excellent source d'énergie naturelle et ont travaillé sur la mise au point d'un système capable de transformer cette énergie en électricité afin d'alimenter les villes. Seulement, les personnes qui travaillaient dans les réacteurs Mako finissaient par tomber malade. Évidemment, personne n'a dit clairement que c'était à cause de la Mako mais son interdiction d'utilisation peu de temps après a confirmé les doutes que tout le monde avait, expliqua Squall.

- Tu m'écœures à toujours étaler ta science comme ça, se plaignit Axel en faisant la grimace.

- C'est ce qu'on appelle être instruit, Axel. Ne m'en veux pas de m'intéresser aux choses importantes que tout le monde devrait connaître.

- Moi, je ne connaissais pas non plus. » bouda Riku.

Axel éclata de rire en voyant l'air légèrement paniqué qu'affichait Squall. Non loin d'eux, un petit bruit attira leur attention et ils observèrent Cloud. La gorge de ce dernier tremblota légèrement, puis une giclée de liquide visqueux sortit brusquement de ses narines. Des exclamations de dégoût se firent entendre de la part de Riku et d'Axel alors que Squall, lui, prit un mouchoir dans la boîte posée sur la table (la seule de la pièce, en fait) et essuya le visage du blond pour le débarbouiller.

« Vous voyez qu'il entend ce qu'on dit, déclara le châtain en jetant le mouchoir usagé à la poubelle.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda Axel.

- C'est simple. Il vient de rire.

- Non, il vient de se moucher dans le vide. C'est pas pareil.

- Parce qu'il a voulu rire mais n'a pas pu ouvrir la bouche, insista Squall.

- Je crois qu'il a raison. Ses joues prennent des couleurs. » remarqua Riku.

Cloud avait presque viré à l'écarlate. La vision était plutôt dérangeante : le blond avait toujours l'air complètement à côté de la plaque. Squall, au lieu d'avoir pitié, fut subitement rempli d'une motivation sans bornes. Oui, il avait pris sa décision.

« Cloud restera avec moi. Je vais m'occuper de lui en attendant qu'il se remette de son empoisonnement, déclara-t-il en s'avançant vers le blond.

- T'es pas sérieux ? C'est un vrai légume ! s'exclama Axel. Laisse les infirmiers faire leur boulot et lui torcher les miches quand c'est nécessaire. C'est pas à toi de faire ça.

- Des fois, je me demande vraiment pourquoi je continue à te parler, marmonna le balafré en passant les bras du blond par-dessus son épaule pour se préparer à le porter. T'es une ordure.

- Moi aussi, je t'adore, répondit le roux avec un sourire ravi. Bon, si Cloud reste avec toi, je propose que Riku reste avec moi.

- Je crois que je vais rester dans cette chambre, dit rapidement l'argenté. Je tiens pas à passer des nuits blanches.

- Je suis flatté de l'estime que tu me portes mais je serais incapable de tenir aussi longtemps, avoua le roux.

- Je me suis mal exprimé. Je voulais dire : je ne tiens pas à passer mes nuits à m'assurer que tu ne vas pas essayer de me tripoter. »

Squall les laissa se disputer tranquillement entre eux et décida qu'un petit tour à la cafétéria ne lui ferait pas de mal. Comme il ne prenait jamais de petit déjeuner, il avait passé plus de la moitié de la journée sans rien avoir dans l'estomac (estomac qui commençait d'ailleurs à protester plutôt bruyamment). Cloud avait peut-être faim lui aussi, mais comment le ferait-il manger ? Décidant qu'un peu de solitude ne leur ferait pas de mal, il déposa le blond dans sa chambre avant d'aller leur chercher de quoi manger. Il rapporta de la soupe pour son hôte et un maigre repas pour lui-même (un sandwich à la viande). Squall posa le bol de soupe sur la petite table qu'il avait placée près de son fauteuil (qui lui servait généralement de dépotoir à journaux) et assit le blond un peu mieux pour lui éviter de s'étouffer en avalant.

Quand ils furent prêts tous les deux, le balafré prit une grande inspiration. S'il devait être franc avec lui-même, il dirait qu'il appréhendait assez ce premier repas. Est-ce qu'il arriverait à faire avaler quoi que ce soit à Cloud ? Le pauvre n'arrivait même pas à ouvrir la bouche, alors manger ne serait-ce que de la soupe relèverait peut-être de l'exploit. Mais Squall ne pouvait pas le laisser mourir de faim. Il regarda la cuillère qu'il avait dans la main et se dit qu'il aurait peut-être dû demander une grosse seringue vide à l'infirmerie...

« Bon, on va essayer avec ça quand même. T'es prêt ? Oui, t'es prêt. » dit le châtain à l'attention de Cloud, qui ne montra toujours aucun signe de réaction.

Squall prit un peu du liquide dans la cuillère, souffla, avala une minuscule gorgée pour s'assurer qu'elle n'était pas trop chaude puis approcha l'ustensile des lèvres du blond. Elles ne s'entrouvrirent pas. Évidemment, Cloud n'allait pas lui faciliter la tâche. Ce ne serait pas drôle, sinon. Un peu agacé, Squall se calma en voyant que les joues de l'autre homme prirent de nouveau quelques couleurs.

« Pardon, je ne devrais pas m'emporter comme ça, s'excusa le châtain en sachant ne pas devoir s'attendre à une réponse. Je n'ai pas tellement de patience. Je tiens ça de mon père. »

Il força la cuillère à passer les lèvres du blond, écarta doucement ses mâchoires...et renversa de la soupe sur le pull de Cloud. Après avoir poussé un juron discret, Squall se leva pour aller chercher une serviette dans l'un des placards de sa salle de bain. Il la plaça autour du cou et au dessus du pull du blond et continua à le nourrir, d'abord en silence, puis en lui parlant (parce que vraiment, il n'aimait pas trop être devant une personne muette et absente sans autre bruit que celui de l'ustensile qui cognait le verre du bol). Sans vraiment s'en rendre compte, le soldat se mit à parler de choses personnelles qu'il aurait d'habitude préféré garder pour lui seul. Savoir que le blond ne répèterait rien y était pour beaucoup. Squall savait qu'il ne risquait pas grand chose à se confier un peu.

« Ma grand-mère maternelle est devenu tétraplégique après un vilain accident de voiture, alors ma mère s'est longtemps occupée d'elle. Je l'ai souvent vue la nourrir comme je le fais avec toi. J'imagine que ça a dû rester. »

Il recueillit un peu de la soupe qui avait coulé au coin de la bouche de Cloud puis remplit une nouvelle cuillère.

« La pauvre n'a pas vécu un an après ça. On pense qu'elle s'est laissée aller. Elle avait perdu son mari dans l'accident. Elle ne nous l'a jamais dit mais je pense qu'elle en a beaucoup souffert. Mes parents me disent souvent que je tiens d'elle de ce côté-là. Je ne parle pas tellement aux gens. Enfin, tu vas avoir du mal à le croire vu que je n'arrête pas depuis tout à l'heure. Si ça se trouve, je t'emmerde à jacasser comme une pie. »

Nouvelle demande qui resta sans réponse. Squall soupira et finit le bol de soupe sans rien ajouter d'autre. Il essuya la bouche de Cloud, se leva pour aller mettre le bol sale dans le lavabo situé dans un coin de la pièce et remplit un verre d'eau. Il en fit boire quelques gorgées au blond puis s'occupa de remplir son propre estomac. Cependant, Squall ne mangea que la moitié de son sandwich. Il n'avait pas tellement d'appétit en sachant que le blond restait là, sans rien faire mis à part respirer. Le châtain ne pensait pas qu'il se sentirait aussi mal à l'aise en sa compagnie. Il devrait pourtant s'y faire. Il avait dit qu'il s'occuperait du blond et il tiendrait parole.

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Des mois s'écoulèrent sans que l'état de Cloud ne s'améliore vraiment. Le maigre espoir qui était né après que le blond ait bougé faiblement le petit doigt s'était vite évaporé quand plus aucun autre mouvement ne suivit. Riku et Axel avait définitivement jeté l'éponge. Squall s'accrochait. Il avait surpris plus d'un soldat à passer autant de temps avec une personne, mais plusieurs étaient convaincus que c'était uniquement parce que le blond ne faisait pas de bruit. Tous étaient persuadés que si Cloud venait à se mettre à parler (si c'était possible), le balafré le fuirait aussitôt. Squall n'avait rien montré quand il avait entendu ces rumeurs mais au fond de lui-même, il enrageait. Il était un peu asocial, d'accord, mais ce n'était pas un monstre ! Contrairement à ce que ces abrutis pensaient, le châtain n'attendait que ça, d'entendre le blond lui parler. Mais sa détermination commençait à faiblir face au temps impitoyable qui continuait à s'écouler et lui rappelait que les chances d'une rémission s'amenuisaient.

Et puis le balafré finit par s'inquiéter sérieusement quand Cid décida de se rendre sur les lieux où Séphiroth avait été aperçu pour la dernière fois.

« Si nous allons à sa rencontre, il y a de fortes chances pour que Midgar soit aussi sur place. Nos alliés ont pu détruire une grande majorité de leurs bases et il est grand temps que Balamb mette la main à la pâte. »

L'idée de devoir partir au front en laissant Cloud seul derrière lui ne l'enchantait pas plus que ça. Le blond ne saurait pas se défendre et serait une cible facile pour un soldat sans scrupules. Mais les obligations du balafré lui interdisaient de rester en retrait. Il devait aller combattre aux côtés de ses compagnons d'armes. Son inquiétude se calma un peu après qu'il ait discuté avec Riku. Ce dernier, toujours interdit de combat, avait proposé de veiller sur Cloud en attendant le retour de Squall. Le châtain s'était contenté d'un simple signe de tête en guise de remerciement mais il lui en était infiniment reconnaissant. Lui-même s'étonnait de s'être autant attaché à un homme incapable de vivre sans dépendre de quelqu'un. Peut-être était-ce à cause de l'état dans lequel Cloud avait été trouvé. Peut-être était-ce parce qu'il avait vécu des choses horribles et que le châtain faisait de son mieux pour qu'il les oublie.

Peut-être que Squall se sentait plus seul qu'il ne l'avait cru.

Écrasant impitoyablement cette dernière pensée, Squall boucla la sangle de son casque et descendit du vaisseau avec tous les soldats. À peine eurent-ils posé le pied à terre qu'une vision d'horreur s'offrit à leurs yeux. Des flammes qui s'étendaient sur plusieurs kilomètres, des corps calcinés qui jonchaient le sol et dont certains hurlaient à pleine voix. Squall dut prendre sur lui-même pour ne pas tourner de l'œil et se força à faire un second pas en avant. Son geste sortit les autres soldats de leur torpeur et ils le suivirent en silence au cœur de la ville ravagée. Leurs alliés avaient été les premiers à amenuiser les troupes midgariennes ils avaient aussi été les premiers à en payer les conséquences. Tout ici n'était que désolation et il était presque certain qu'il n'y avait eu aucun survivant. La vue d'un landau brûlé retourna l'estomac de plus d'un des soldats mais leur donna aussi davantage de courage. Leur ennemi n'avait pas de cœur et aucun ne se sentirait coupable d'exterminer ses militaires jusqu'au dernier.

Les troupes adverses les laissèrent entrer un peu plus dans la ville avant de les encercler et de les attaquer. Les soldats de Balamb s'y attendant à moitié, ils s'étaient préparés à cette éventualité et ripostèrent aussitôt. Squall se replia alors sur lui-même et se concentra sur sa propre bataille, son instinct de survie dictant chacun de ses mouvements. Il abattit trois soldats d'une balle en pleine tête, en décapita autant d'un coup de sa fidèle Gunblade. Malgré l'arrivée constante de renforts pour leurs ennemis, personne ne faiblit et tous redoublèrent d'ardeur. Les coups se firent plus violents, plus rapides mais aussi moins précis. Squall entendit des compagnons crier avant de rendre leur dernier souffle et de s'effondrer au sol, face contre terre. Lui-même avait reçu des blessures qui auraient besoin d'être soignées au plus vite mais il préféra se concentrer exclusivement sur la guerre qui faisait rage autour de lui. Bandant les muscles de tout son corps, il fit un ultime effort pour stopper la dernière vague ennemie.

Soudain, droit devant lui, les cris se multiplièrent. Il vit des soldats être littéralement balayés et sentit son sang se glacer quand il reconnut ennemis et alliés parmi les victimes. Quand l'auteur du massacre se trouva à quelques mètres à peine de Squall, ce dernier n'eut aucune peine à le reconnaître.

Un long manteau noir aux bords abîmés, des bottes et un pantalon de la même couleur, un torse puissant que seules deux ceintures croisées dissimulaient à peine et de longs cheveux argentés.

Séphiroth se tenait devant Squall, ses yeux à la couleur de la Mako fixés droit sur lui. Le soldat sentit ses membres trembler mais tint malgré tout sa Gunblade plus fermement. L'argenté s'approcha alors doucement de lui, sans le quitter des yeux. Le châtain n'y voyait rien d'autre qu'un abysse sans fin et glacial. Séphiroth n'avait rien d'humain, c'était évident, et le balafré prit véritablement peur pour la première fois de sa vie. Il allait mourir ici, écarté à son tour comme un vulgaire caillou sur le chemin d'un badaud. Il ne voulait pas d'une fin comme celle-là. Il voulait retourner sur le vaisseau, voir Cloud une dernière fois. Cloud... Qui allait s'occuper de lui s'il mourait ? Personne n'aurait à le faire si ce fou montait à bord du vaisseau et tuait tout le monde, mais que pouvait-il faire face à lui ? Squall avait l'impression de n'avoir qu'une vulgaire brindille dans les mains.

Quand Séphiroth arriva à sa hauteur, le balafré avait le visage ruisselant de sueur et était devenu aussi pâle qu'un mort. Le soldat tremblait tellement qu'il peinait à tenir son arme. L'argenté passa à côté de lui en détournant enfin le regard, puis il continua à avancer lentement, sans un bruit. Quand plusieurs mètres les séparèrent enfin, le châtain se laissa tomber à genoux et vomit. Il était probablement le seul homme à avoir vu Séphiroth d'aussi près et à être encore en vie. Lorsque Squall reprit ses esprits, il regarda autour de lui et ne vit plus aucune personne vivante. Il était seul sur le champ de bataille en proie aux flammes. Ses alliés l'avaient-ils laissé ici en le croyant mourant ou étaient-ils aussi... Non, tout le monde ne pouvait pas avoir succombé. C'était impensable. Et pourtant, chaque visage qu'il croisa en retournant au vaisseau appartenait à l'un de ses camarades. Squall était vraiment le seul survivant du massacre. Ils auraient certainement été bien plus nombreux si Séphiroth n'était pas passé parmi eux.

Séphiroth.

Squall le chercha du regard et le vit pénétrer à l'intérieur du vaisseau de Balamb. Horrifié, le balafré se mit à courir à sa suite sans même y réfléchir. Il fallait qu'il y aille, qu'il fasse quelque chose, n'importe quoi. Il devait arrêter le monstre créé par Midgar. Sans doute voulait-il rencontrer Riku, et il n'hésiterait pas à éliminer ceux qui croiseraient sa route. Ne supportant plus d'être oppressé, Squall défit la sangle de son casque et le jeta à terre en entrant dans le navire. Il ne fut pas difficile de retrouver la trace de l'argenté une fois à l'intérieur. Déjà, des corps sans vie jonchaient le sol du hall et formaient une piste jusqu'aux dortoirs. Le châtain se força à courir encore plus vite. Il arriva dans le couloir qui menait à la chambre où Riku et Cloud restaient cachés et tomba pour ainsi dire nez à nez avec sa cible.

Séphiroth l'avait évidemment entendu arriver et avait pris la peine de s'arrêter et de lui faire face à nouveau, un détail qui ne plut guère à Squall. Bien qu'il eut préféré combattre à la loyale, il n'aurait émis aucune objection à attaquer l'ennemi tant qu'il avait le dos tourné. Les yeux de l'argenté le rendaient totalement impuissant. Une nouvelle fois, le balafré se mit à trembler de tous ses membres et il se maudit d'autant de couardise. Pourquoi devrait-il craindre un homme seul alors qu'il venait d'en combattre des dizaines ? C'était absurde.

Avec un cri pour se donner du courage, Squall bondit sur l'argenté. Ce dernier n'eut qu'à lever le bras pour le repousser. Il sembla à Squall que les coups pleuvaient et il dut se concentrer pour en bloquer une grande majorité. L'un d'eux le toucha à la taille et laissa une plaie profonde. Une douleur vive explosa depuis son abdomen jusqu'à son crâne et Squall tomba à genoux, étourdi. Haletant, le châtain ferma les yeux brièvement et quand il les rouvrit l'instant d'après, une flaque de sang s'était déjà formée sur le sol. Il serra les dents et se leva en entendant des cris dans une pièce proche. C'était la voix de Riku.

Oooooooooooooooooo

Riku avait assis Cloud dans le coin de la pièce le plus éloigné de l'entrée dans l'espoir qu'il ne soit pas vu et, peut-être, épargné. À peine avait-il fini que la porte de la chambre fut forcée. Faisant volte-face, l'argenté observa celui qui venait de faire irruption dans la pièce. Grand, bien bâti, l'homme lui ressemblait un peu. Ils avaient les cheveux de la même couleur (chose assez rare) et des yeux qui semblaient luire de la même façon. Ceux de Cloud avaient exactement la même teinte, et ce détail interpela Riku. Ça ne pouvait pas être une coïncidence s'ils avaient tous les trois des points communs. Pour tous, des iris identiques. Pour Riku et l'homme, des cheveux et un visage similaires. De toute évidence, quelque chose n'avait pas été dit.

Sans aucun préambule, Séphiroth leva son immense épée et attaqua le plus jeune argenté. Ce dernier roula sur le côté pour éviter le coup et se redressa, accroupi au sol. Quand il tourna la tête sur sa gauche, il vit que le fauteuil près duquel il s'était trouvé quelques secondes plus tôt était à présent coupé en deux et que Cloud l'avait échappé belle. Riku savait que rester dans un espace clos était dangereux pour eux, mais comment sortir alors que Séphiroth se trouvait devant l'entrée ? Il devait pourtant faire quelque chose, au moins pour que Cloud soit en sécurité. Tentant le tout pour le tout, Riku s'arrangea pour obliger Séphiroth à l'attaquer. Quand l'homme fit pour frapper, le jeune soldat changea brusquement de trajectoire et le contourna. Riku crut avoir réussi mais quand la pointe de l'épée de Séphiroth lui transperça l'épaule, il sut qu'il s'était réjoui trop vite. Avec un cri à peine contenu, Riku s'effondra au sol et serra sa blessure aussi fort qu'il le pouvait pour en diminuer le saignement. N'abandonnant pas encore espoir, il posa une main à terre pour se relever. Son regard s'arrêta sur des bottes noires et, l'espace d'un instant, il craignit que l'ennemi ne se soit déplacé sans qu'il ne s'en soit rendu compte.

« Riku, tu vas bien ? demanda la voix de Squall.

- Super. J'ai un trou dans l'épaule mais ça mis à part, je pète la forme. » marmonna l'argenté en attrapant la main que lui tendait le soldat.

Il se releva, non sans difficultés, et se plaça à côté du balafré. Ce dernier faisait face à Séphiroth, déterminé. Il jeta un rapide coup d'œil en direction du blond et fut rassuré de le voir à priori sain et sauf. Tant mieux, il pourrait se concentrer pleinement sur son combat. Après une rapide inspiration, Squall tendit son épée à bout de bras et tira une salve de balles sur Séphiroth. Ce dernier tourna le poignet de sa main armée et dévia les projectiles grâce à son épée. Un verre se brisa, des poussières tombèrent du plafond après que des balles s'y soient encastrées et Cloud fut égratigné à la joue. Sa riposte terminée, Séphiroth s'avança rapidement vers Squall, planta son épée dans l'abdomen du soldat et le projeta contre le mur le plus au fond de la pièce, aux pieds du blond. Sa Gunblade tomba à quelques centimètres de lui mais, trop grièvement blessé, le châtain n'avait même pas la force de lever le bras pour l'attraper. Voyant que son adversaire ne se relèverait pas, Séphiroth reporta son attention sur Riku. Squall ne vit pas ce qui se passa ensuite car un épais voile noir tomba devant ses yeux.

Ooooooooooo

Il avait envie de crier, de hurler, de se lever mais en était encore incapable. Il n'aimait pas ce qu'il entendait. Il y avait eu des cris lointains, puis plus proches. Une porte (sûrement celle de la pièce dans laquelle il se trouvait) s'était ouverte de façon brusque et il y avait eu un instant de silence avant qu'il ne sente l'air bouger tout près de lui. Quelque chose de lourd était alors tombé à terre. Il y avait eu une lutte très courte, puis un cri déchirant. Et ensuite... Oui, il connaissait parfaitement cette voix. C'était Squall.

Ce pauvre Squall qui avait passé tellement de temps à s'occuper d'un légume comme lui. Cloud lui en était reconnaissant et était en même temps très gêné. L'homme l'avait nourri, lavé, habillé pendant une longue période. Le blond ignorait s'il s'agissait simplement de jours, de semaines ou même de mois. Il avait complètement perdu la notion du temps depuis qu'on l'avait sorti de sa prison. Au début, il n'avait rien perçu d'autre que le froid qui avait engourdi son corps tout entier. Il n'entendait rien, ne sentait pas quand on le touchait. Et puis en se remettant du choc de sa sortie précipitée, il avait fini par être capable d'entendre ce qui se passait autour de lui, de humer les odeurs, de sentir le contact d'une peau avec la sienne. Sa vue avait nécessité plus de temps. Du noir, les environs étaient devenus verts puis flous. Mais il ne se réveillait pas, n'en avait pas envie. Ou plutôt, il n'en avait pas la force.

Quand Cloud sentit quelqu'un tomber devant lui, il battit des paupières. Il vit une masse d'abord informe puis reconnut une silhouette, un homme aux cheveux châtains. Une tâche de couleurs qu'il identifia comme étant celle de Squall.

Ce fut alors comme si l'air entrait dans ses poumons pour la première fois depuis des lustres. Il avait des vertiges, respirait plus profondément, voyait de plus en plus clairement et commençait à bouger. Il tomba sur le côté, ses membres encore engourdis de n'avoir pas été sollicités depuis des semaines. Il se força pourtant à se redresser sur les coudes et rampa pour se tourner vers Squall. Ce fut à ce moment précis qu'il recouvra une vue parfaite. Son cerveau fut lent à enregistrer les informations qui s'offraient à lui : une chambre détruite, une odeur de brûlé, deux hommes aux cheveux blancs debout à l'entrée et un autre allongé, clairement blessé. Le sang coulait abondamment d'une plaie à l'abdomen et se répandait sous le corps inerte. Cloud capta malgré tout l'odeur de ce dernier et il sut aussitôt que le châtain n'était autre que Squall. Pourquoi était-il blessé ? Qui avait fait ça ? Que se passait-il au juste ? Cloud eut les réponses à ses deux premières questions en voyant l'épée ensanglantée du plus grand des deux argentés. L'autre n'était pas armé et se tenait l'épaule, blessée, dans son autre main.

Maintenant qu'il avait trouvé sa cible, Cloud dut faire un effort surhumain pour se tenir sur ses jambes sans tomber. Le mouvement avait attiré l'attention de Séphiroth, mais il était clair qu'il ne prenait pas le blond pour une menace sérieuse car il continua à fixer Riku du regard en se préparant à lui porter le coup de grâce. Le blond, vexé, se pencha pour ramasser la Gunblade de Squall et se traîna péniblement jusqu'à l'argenté armé. Celui-ci se rendit compte de se qui se tramait dans son dos et se retourna complètement. Il n'attendit même pas que Cloud l'attaque en premier. Sans l'once d'une hésitation, il empala le blond sur son épée avec un rictus mauvais.

Cloud sentit du sang remonter jusque dans sa bouche et le cracha aussitôt. Il faillit lâcher l'épée de Squall mais se reprit à temps et serra sa prise sur la crosse. De son autre main, il tira sur l'arme gigantesque pour se rapprocher de son ennemi. Ce dernier en fut tellement choqué qu'il ne vit jamais arriver la Gunblade. Elle traversa le cou de Séphiroth de part en part et avec tant de force que sa tête vola et partit se cogner contre le mur le plus proche.

Satisfait d'avoir mis un terme à la vie de celui qui s'en était pris à son protecteur, Cloud laissa sa conscience le quitter et s'évanouit à son tour.

Ooooooooooooooooooooo

Quand Squall se réveilla, sa première surprise fut de voir que Cloud était assis à son chevet. La seconde vint quand le châtain se rendit compte qu'il n'était pas mort.

Il avait voulu se lever mais une main puissante l'avait brutalement repoussé sur le matelas. Cloud lui lança un regard d'excuse.

« Pardon, je n'arrive pas encore à mesurer ma force. » s'excusa-t-il.

Squall se pinça le bras. Non, il ne rêvait pas. Cloud venait vraiment de lui parler, avec sa voix à lui, et il ne regardait plus le vide mais ses yeux. Le châtain en eut des vertiges. Ça faisait trop de nouvelles d'un coup. Le soldat posa le bras sur ses yeux pour tout bloquer et inspira profondément.

« Ça ne va pas ? Je dois aller chercher une infirmière ? demanda Cloud, à présent inquiet.

- J'ai juste besoin de me remettre. » s'était contenté de répondre l'autre homme.

Et en réalité, il lui avait fallu un bon bout de temps avant de tout digérer. Ce ne fut que lorsqu'il eut la permission de sortir de l'infirmerie qu'il avait fait le tri dans ses pensées. Ce jour-là, Cloud était venu le chercher, clairement ravi de pouvoir rendre service à son tour. Squall l'observa des pieds à la tête et se sentit un peu coupable. Il l'avait toujours habillé de façon un peu vieillotte alors qu'il était clair que Cloud aimait prendre soin de son apparence. Le plus choquant était sa coupe de cheveux. Combien de tubes de gel utilisait-il le matin pour faire tenir toutes ces mèches en l'air ?

Squall demeura silencieux tandis que Cloud lui fit un rapport très bref sur l'après Séphiroth. Midgar avait capitulé mais son armée était malgré tout suivie de très près par ses anciens ennemis. Savoir qu'il restait encore des usines à SOLDATS avait de quoi susciter de la méfiance, même si le dirigeant midgarien s'était engagé à toutes les détruire. Un semblant de paix s'était donc installé pour le moment et chacun veillait à ce qu'elle finisse par être définitive. Riku avait été mis au courant de sa situation. Visiblement, il avait compris que Séphiroth et lui étaient liés et avait voulu plus d'explications. Le châtain s'était inquiété de cette nouvelle en particulier et quand il vit Riku se promener seul dans le vaisseau, il sut que sa réaction était justifiée.

« Ils ont été en froid pendant un moment mais ils recommencent à se parler un peu à la fois. » avait précisé Cloud quand il remarqua l'air inquiet de son ami.

Quant à Cloud lui-même, il découvrait peu à peu l'étendue de ses capacités, augmentées grâce à la Mako dans laquelle il avait baigné pendant des années. Sa force prodigieuse était le changement auquel il s'adaptait le moins, et Squall en faisait l'expérience régulièrement. Il ne se souvenait plus du nombre de fois où il avait failli avoir la main brisée quand le blond la lui serrait. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'y fasse et apprenne à s'adapter, tout comme Squall n'était pas prêt de se faire à l'idée que Cloud pouvait lui répondre à présent. L'autre grande particularité du blond était la vitesse à laquelle il guérissait. D'après le blond, il ne lui avait fallu qu'une demi-journée pour être totalement guéri de sa blessure.

« J'ai faim, déclara inutilement Squall après que son estomac ait gargouillé de façon bien audible.

- Moi aussi, répondit Cloud. Je mangerais n'importe quoi du moment que ce n'est pas de cette soupe immonde.

- Laquelle ?

- Celle que tu me forçais à manger. »

Il y eut un moment de silence, puis :

« La fois où je l'ai reçue en pleine figure..., marmonna Squall, les sourcils froncés.

- J'ai essayé de te le dire comme j'ai pu, expliqua Cloud. Je n'avais pas d'autre moyen.

- Mouais, on va dire ça, grommela le châtain.

- Vois le bon côté des choses : maintenant, je peux te le dire clairement. Et contrairement à ce qui se disait, je suis certain que tu préfères que ça soit comme ça. Je me trompe ?

- Comment tu as su... » commença Squall pour finalement s'interrompre.

Il venait de se rappeler qu'il en avait parlé au blond pendant qu'il s'occupait de lui laver les... Squall sentit ses joues rosir et Cloud l'imita.

« On ferait mieux d'éviter de se regarder dans les yeux pendant un bon moment. Ça sera mieux pour tout le monde. » déclara le châtain.

Cloud ne répondit rien. Non pas qu'il en était encore incapable. Il avait simplement appris que parfois, un long silence valait mieux que toutes les paroles...du moment qu'il ne s'éternisait pas.

_-Fin-_

A/N : Ah, mille pardon, Flammula ! J'ai mis tellement de temps à pondre la suite. D= Tu sais déjà pourquoi j'ai tardé, et que c'était pas voulu. =x Pardon aussi aux lecteurs qui attendaient peut-être ce chapitre. Je me remets à écrire, promis ! Je vais pouvoir me remettre aux Contes maintenant que le plus urgent a été fait. \o/ Merci d'avoir lu. J'espère que ça vous a plu (malgré la fin brutale). ;)