Ni Florent, ni Mikele, ni aucune autre personne ne m'appartient. Je ne touche pas d'argent, je ne connais pas personnellement les personnes desquelles je parle.

Point de vue de Florent :

Plus le temps passe, plus je me sens mort. J'ai peine à croire qu'il ai pu me quitter du jour au lendemain. Il était mon confident, mon meilleur ami. Un frère, une partie de moi-même. Il était l'homme que j'aimais, et l'homme que j'aimerais à jamais.

J'ai beau être entouré par tous nos amis, je me sens atrocement seul. J'ai l'impression que rien ne sera plus jamais comme avant. Pourtant, avant de le connaître, je menais une vie tout à fait correcte.
Comment son intrusion dans ma vie a pu à ce point la chambouler, et faire de moi cet homme si vide et si seul ? Il fut un temps, où, certes, j'aimais ma solitude, où je me sentais mal à l'aise avec d'autres humains.

Mais grâce à lui, j'ai réussi à m'intégrer dans une troupe, à vaincre ma timidité, à devenir sociable. C'est bien simple, cet homme me rendait heureux. Et il disait que je faisais de même pour lui. Je suis fier d'avoir pu faire son bonheur quelques années. Même si aujourd'hui, c'est fini.
J'écris à la lueur de ma lampe de chevet, et les larmes s'écrasent sur le papier. Il est à peine dix-huit heures, et je suis déjà couché. En fait, je ne me suis même pas levé, sauf pour me doucher. A quoi bon vivre s'il n'est pas là pour me tenir compagnie ?

Les volets n'ont pas été ouverts une seule fois depuis qu'il est parti. Et personne d'autre que moi n'a dormi dans ce lit. Un an déjà s'est écoulé depuis qu'il m'a quitté. J'ai mal, si mal de son absence.
Les affaires de ma tornade blonde n'ont pas bougé. Elles sont restées là où il les a laissées. J'espère secrètement qu'un jour, il me reviendra, qu'il me serrera à nouveau dans ses bras en murmurant en italien que je lui ai manqué, et qu'il m'a toujours aimé.

Nos photos ornent toujours le mur face à notre lit, et je me perds souvent dans notre passé avec nostalgie. Je me rappelle de ces trois ans durant lesquels nous avons fait des tournées, avec lui et le reste de la troupe. Je me rappelle de ces soirées à pleurer l'un dans les bras de l'autre. De ces nuits sur les plages, en Italie.

Je me demande sans cesse si lui se souvient de sa rencontre avec mes parents, de notre premier baiser, de notre premier regard...

Moi, de lui, je me souviens de tout. J'ai tout aimé. Malgré ses défauts, ses enfantillages, toutes ces choses qui auraient dû m'agacer, et qui pourtant, me rendaient encore plus fou de lui. Ses manies, ses mimiques, sa jalousie... Dieu que je l'aimais...

Je ne peux plus aller dehors ciel sans penser à lui. Tout me rappelle nous. Les lieux, les musiques dans le métro, les disques dans ma voiture. Voyez un peu le paradoxe. J'ai peur de sortir pour me souvenir de lui, et pourtant, je vis avec sa laque, son maquillage et sa brosse à dents dans ma salle de bain. Sa veste est toujours posée sur la chaise du salon. Ses vêtements toujours dans l'armoire.

Je n'arrive pas à m'imaginer qu'il n'est plus chez moi. Chez nous quoi.

Mon bel Italien, si seulement tu entendais, lisais, ressentais ma détresse et mon mal être... Si seulement je ne t'avais pas forcé à sortir ce mardi matin. Si seulement tu n'avais pas fait le fou sur le trottoir. Si seulement tu n'avais pas trébuché. Si seulement j'avais réussi à te rattraper. Si seulement cette voiture n'avait pas roulé si vite. Si seulement tu n'étais pas mort.

Mon amour, mon tendre amour... Je m'en veux tant. Le matin, encore, souvent, je me réveille en pleurant après avoir revécu ta mort. Le jour, je regarde en boucle les vidéos de toi, de nous. J'écoute ton album solo, notre duo. Tes regards si tendres, si amoureux. Ta voix si pure, si douce. Ton absence me pèse. Bien trop.

Il est dix heures trente. Un peu plus tôt dans la matinée, je suis sorti. Pour la dernière fois. J'ai été à la pharmacie. Maintenant, je suis dans la salle de bain, et je regarde avec tendresse notre dernière photo. J'avale les médicaments un par un, en espérant que ma mort sera longue et douloureuse. La culpabilité, mon amour, est le pire des sentiments. Depuis un an, je regrette.

Le flacon de somnifère est à présent vide. Dans quelques minutes tout au plus, je ne serais plus. J'ai mal au ventre, j'ai mal au cœur, j'ai mal à l'âme. Je tousse. Du sang dégouline le long de mes lèvres. Je regarde avec un air de défi, un air salierien, mon reflet. Je suis heureux de ce que je fais. Je m'allonge par terre. La salle de bain tourne tout autour de moi. Je serre la veste de mon amant fort contre moi. Son odeur est encore dessus. Je m'en imprègne, et ferme les yeux.

Bientôt, mon amour. Bientôt je serais à tes côtés. J'espère que tu me pardonneras. Je revois tes déhanchés, je vois tes yeux danser devant les miens. Le sommeil est là. Je ne regrette rien, si ce n'est cette année passée sans toi. J'ai laissé une lettre pour mes amis. Ils ne m'en voudront pas. Ils savaient que j'allais mal, de toute façon.

J'ai beau essayer de rouvrir les yeux, je n'y parviens pas. J'ai vraiment très mal. Je tousse encore, et un goût de sang envahit ma bouche. La veste de Mikelangelo semble peser des tonnes sur mon torse. J'étouffe. Mais malgré tout, je sens le sommeil me gagner. Ne me regardez pas comme ça, non, ne me jugez pas... Je ne fais plus parti de ce monde.

Au revoir, monde. Non. Adieu.

Un cri me sort de ma torpeur.

- « Mais... Mais... Amore mio ! Qu'est ce que tu fais encore couché ! Il est dix-sept heures passées ! »

J'ouvre les yeux, tout doucement. Je suis dans le lit. Je vois la veste de Mikele sur la chaise par l'embrassure de la porte. Et je vois ma tornade blonde, posée sur le bord de mon lit, qui me regarde, agacé.

- « Debout ! Flo, il y a une soirée dans deux heures, et on a plus d'une demi-heure de route ! »

Je me lève. Et je pleure. Mikele change d'expression. Il me serre dans ses bras, et il murmure en italien qu'il m'aime pour toujours. Mais mes larmes ne s'arrêtent pas de couler. Quel cauchemar atroce... Il m'embrasse avec toute la tendresse du monde et sèche mes larmes, puis m'envoie prendre ma douche pendant qu'il me prépare des habits. Moins d'une heure plus tard, nous montons dans un taxi. Et sur le chemin, perdu dans mes pensées, je sens à peine la main de Mikele se poser sur ma cuisse, et son regard terriblement inquiet.

La vie sans lui n'est pas la vie. Je ferais tout pour ne jamais le perdre. Comme je l'aime, mon angelot italien. Je n'aimerai jamais quelqu'un comme je l'aime. Je suis l'homme le plus amoureux du monde...
Il est rentré hier soir, pendant que j'étais effondré sur le sol. Il était sorti acheter des spaghettis... Il voulait me préparer un bon diner pour se faire pardonner de sa crise de jalousie. Jamais mon tendre amant n'avait eu la moindre intention de me quitter.

Quand il disait qu'il m'aimait, il était sincère. Je suis terriblement heureux qu'il fasse partie de ma vie. Je suis follement épris de cet enfant dans ce corps d'adulte. De sa jalousie. De sa manie de tout prendre sans demander. De son odeur, de sa voix, de ses caresses, du goût de ses lèvres.

La amo alla morte.