Une ombre apparue. Gigantesque. Silencieuse. La mort en personne s'approchent, séduisante, glacée, bleue. Mais après le silence presque pesant, un puissant rugissement résonna dans les airs, longtemps. Appelle au sang, à la mort. Une sourde colère, une terrible colère, impossible à retenir, à exprimer par les mots ou par les cris, monta bientôt. La vengeance aura le goût du sang, de beaucoup de sang, et rien ni personne ne l'arrêtera. Aujourd'hui le monde va changer, car la terre elle même tremblera devant cette colère et cette fureur incarnée. C'en était fini des beaux jours de calme. Les plantes se teinteront de rouge, le sol sera couleur sang, le ciel pleurera longtemps d'une pluie acide et impure. Les éléments se déchaineront, mais même eux ne suffiront pas à apaiser la colère. Il faut, il faut la violence et la mort, la souffrance et les pleurs. La vengeance appelle le sang.

Eragon tremblait de ce sentiment si puissant, si absolu de vengeance qui traversait son corps comme une multitude d'éclair. Les larmes coulèrent longtemps, mais la douleur s'effaça, et la cohérence même de ses pensées, comme tout ses souvenirs devinrent un passé oublié. Une idée absolue le guidait : la destruction, le chaos et la vengeance devant une traitrise impardonnable, inacceptable. La vengeance appelle le sang.

Devant lui, celle qui fut la dragonne Saphira gisait, morte, dans une marre d'un sang épais presque noir. Son ventre était entièrement ouvert, découpé en de multitudes d'endroits par des épées et des lances.

Une pensée, unique, traversa l'esprit du dragonnier ravagé.

Ce sont les elfes...

Et en effet il était arrivée en courant vers le carnage quand Saphira se battait encore contre les elfes. Mais il était déjà trop tard.

Un hurlement inhumain déchira le ciel, aigu. Les animaux prirent la fuite tandis que le dragonnier s'élança, oubliant toute fatigue et toute douleur, vers la foret des elfes.

Après une course dont le dragonnier oublia même la duré, il arriva à la lisière de la masse verte. Sa haine brulait, si intense, qu'en un simple regard, les arbres prirent feu. Jetant son esprit fou de douleur vers la foret, il sentit ceux des Eldunarí le rejoindre et partager sa douleur et tenter de le soutenir. Pourtant sa douleur n'avait pas diminuer. Il trouva enfin un groupe d'elfe a quelques milles de là, et, sans aucune pitié, assaillit leur esprit avec brutalité afin de trouver des traces d'un combat. Ne les trouvant pas, sa fureur se décupla d'avantage encore. Il les laissa, les oubliant à l'instant, et s'engouffra dans la foret qui commençait à prendre feu.

Dix elfes sur son coté droit le menacèrent mais d'un simple regard, il les expulsa loin dans les airs et continua sa course vers Ellesmera. Les bêtes s'écartaient sur son passage et les oiseaux le fuyait dans le ciel. La tristesse des Eldunarí s'était changée en colère et celle ci pulsait, puissante, dans l'esprit du dragonnier qui accélérait encore d'avantage sa course. Enfin il arriva à Ellesmera où des centaines d'elfes l'attendaient, l'arme aux poings. Le dragonnier, nullement impressionné, tenta alors de prononcer une parole, mais un horrible son, mi hurlement-mi sanglot échappa de sa gorge. Alors de son esprit, il imposa aux elfes la vision de Saphira, morte, entourée d'elfes morts, puis de sa dragonne se battant contre ce peuple.

On aurait ou s'attendre à des larmes, mais les elfes, unanimes, se jetèrent sur le dragonnier qui, dans sa fureur d'avoir les coupables face à lui, poussa un nouveau hurlement, et lança un sort, puisant dans sa magie et sa douleur, dans le eldunarí et dans toutes les plantes autour de lui. Aussitôt les elfes poussèrent des hurlements et tombèrent au sol, morts. Une pensé lui revint en mémoire :

Quand on utilise la magie, le travail en perd sa saveur...

C'était tellement vrai...

Sa fureur, loin d'être calmée, se concentra sur l'unique elfe encore vivante : la reine qui le regarda, dégoutée. Un rictus s'échappa de ses lèvres et il dégaina son épée...