Après leur rencontre officielle lors de l'akumatisation de Nathaniel en Dessinateur, ChatNoir s'était arrêté à quelques occasions sur le balcon de Marinette pour la saluer ou discuter quelques instants avec elle en toute simplicité.

Mais, la première fois qu'il lui avait vraiment rendu visite, c'était parce que ses parents s'étaient absentés pour la nuit.

Adrien avait entendu Alya demander à leur amie si elle avait peur de rester seule chez elle. Marinette avait simplement rigolé mais ce soir-là, après 23h, entre ses draps, Adrien ne pouvait trouver le sommeil. Plagg l'avait réveillé en faisant du bruit et il n'arrivait plus à sortir Marinette de son esprit depuis qu'il avait remarqué l'heure.

Son rire, ses yeux pétillants, son talent pour les jeux vidéo, toute la chaleur invitante qui se dégageait d'elle.

Et il était inquiet pour elle également.

Ses parents considéraient que Marinette était maintenant suffisamment responsable pour tenir le comptoir de la boulangerie seule le samedi et vendre les produits qu'ils avaient préparés d'avance et qu'elle n'avait qu'à faire cuire au four. Et donc, ils avaient décidé de se lancer dans le marché de traiteur pour les événements.

Adrien ne remettait pas les compétences de Marinette en question mais mieux que quiconque, il savait qu'il ne fallait jamais oublier de prendre les akumas en considération. Et ceux-ci avaient tendance à être attirés vers le foyer de Marinette beaucoup trop souvent et sans aucun préavis. Comme en témoignait leur "première rencontre" lorsqu'il s'était pour la première fois présenté sur le pas de sa porte avec le masque de ChatNoir.

Peut-être Marinette n'avait-elle pas peur de rester seule lorsque ses parents s'absentaient toute la nuit pour un travail loin de leur maison mais, Adrien n'aimait pas la savoir laissée à elle-même, endormie et sans défense face à tous les akumatisés qui pouvaient frapper sans prévenir à n'importe quelle heure de la nuit.

Il avait donc attrapé une couverture et un coussin et était allé dormir sur le balcon de Marinette, celle-ci s'étant couché très tôt pour ouvrir la boutique "à une heure déraisonnablement indécente" selon ses propres paroles.

Lors de l'occasion suivante, ChatNoir s'était assuré de faire une bonne et longue course à travers la ville beaucoup plus tôt avant de s'arrêter innocemment sur le balcon de Marinette qui profitait d'un magnifique couché de soleil pour lui réclamer un verre d'eau.

De cette première soirée, étaient nées toute une série d'habitudes et une solide amitié plus avouée et assumée.

Naturellement, à l'époque, ils étaient encore au collège.

Aujourd'hui, alors qu'ils étaient en terminale, lorsque Marinette accrochait un foulard au parasol de son balcon, pour informer ChatNoir que la voie était libre, il n'y allait plus pour la protéger mais simplement pour profiter de sa compagnie. C'est donc dans le confort du grenier qui servait de sanctuaire à Marinette qu'elle et ChatNoir discutaient de leurs vies, des grands et des petits événements qui les constituaient.

Ce soir-là, le héros vêtu de noir était arrivé tôt, avant même que le couché du soleil soit terminé et la chambre du grenier baignait toujours dans la lumière dorée du crépuscule. Les époux Dupain-Cheng ne prévoyaient pas s'absenter au-delà de 22h de toute façon, alors il lui fallait en profiter le plus possible.

Il était arrivé une fleur rouge à la main et la bonne humeur aux lèvres espérant qu'elle les accepterait lui et sa solitude.

Mais la fleur passa inaperçue. Sans un bonsoir, sans une surprise de le trouver là, Marinette l'attira dans ses bras et le serra contre son cœur, toute joyeuse de le voir.

«Tu m'attendais on dirait!» rigola ChatNoir.

«J'avais deviné que tu passerais ce soir.» expliqua-t-elle en s'écartant pour le laisser entrer.

«Un modeste présent pour la plus délicieuse des demoiselles de Paris.» fit-il théâtralement en lui offrant la fleur une fois dans la partie inférieure de la pièce.

«Chat! Je t'ai déjà dit que tu n'as pas besoin de m'apporter de cadeaux chaque fois que tu me rends visite. Essaie un peu de combattre tes tendances de porteur!»

«Oh!» joua-t-il «Ça veut dire que tu ne veux pas d'un planning des défilés de la semaine de la mode pour homme avant tout le monde?» Il fit apparaître le dépliant qu'il avait glisser dans son dos.

«Quoi? Oui-oui-oui. Ça, ça m'intéresse! Où as-tu trouvé ça?» s'enthousiasma Marinette en lui prenant l'objet pour l'ouvrir immédiatement.

«J'ai mes sources.» répondit mystérieusement le héros en cuir noir comme il le faisait toujours.

«Il fait encore assez frais pour le chocolat chaud ou on passe à la limonade?» demanda Marinette en se dirigeant vers la sortie de sa chambre avec la force de l'habitude.

«Il y a quoi entre les deux?» songea-t-il.

«Du thé.» trouva-t-elle.

«Allons-y pour ça.» accepta-t-il.

C'est donc une tasse de thé à la main que tous deux profitèrent de la fin de la journée pour discuter sur son balcon avant de devoir rentrer pour qu'elle se réchauffe.

«Au fait, l'autre jour ça m'a étonné que tu sois chez toi pour la St-Valentin. Tu n'as aucun petit-ami pour être jaloux de tout le temps qu'on passe seul à seule dans ta chambre toi et moi?» questionna-t-il.

Lorsque ChatNoir avait complètement perdu espoir d'être en couple avec Ladybug, le sujet de leurs amours respectifs était devenu sensible lors de leurs rencontres.

La vie avait ensuite séparé les quatre amis lorsque Marinette avait choisit une spécialisation artistique et qu'Adrien avait intégré un programme se concentrant sur le monde des affaires. Ce qui l'avait amené à visiter son amie sous une autre identité simplement pour profiter de sa compagnie puisqu'il ne pouvait que rarement la voir sans son masque.

Et lorsque ChatNoir s'était mis à rendre visite à Marinette plus régulièrement, le silence sur les questions sentimentales s'était poursuivit naturellement. ChatNoir mentionnait parfois vaguement ses sentiments à sens unique pour Ladybug mais, la déclaration d'amour spontanée que Marinette lui avait fait un jour avant de se rétracter l'avait au départ mis trop mal à l'aise pour qu'elle lui confit ses sentiments pour Adrien. Il lui avait fallu presque deux ans pour lui confier le nom de son premier amour.

Mais, beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts depuis. Ils étaient adultes maintenant également. La terminale en était à sa dernière ligne droite et les relations de couples ne signifiaient plus la même chose qu'avant et le sujet était moins sensible.

«Et non! J'ai juste pas de chance en amour.» s'attrista Marinette. «Encore une fois, ça n'a pas marché.»

En réalité, être la gardienne ne facilitait pas du tout les choses pour sortir avec un garçon. Elle avait bien essayé de trouver quelqu'un pour des sorties occasionnelles qui ne seraient pas un petit-ami pour autant et qu'elle pourrait laisser en plan au besoin, mais ce critère n'était juste pas compatible avec le fait qu'elle aimait les garçons doux et sérieux.

«Si je pouvais, il y a longtemps que je serais avec toi, tu peux me croire.» lui assura ChatNoir avec les yeux tristes et remplis de tendresse. Il repensait au nombre de fois où il avait songer à sortir avec Mariette avec et sans le masque. Mais il y avait toujours un obstacle concret ou émotif pour les séparer. Ça, il en avait passé des nuits blanches à chercher des solutions pour être avec elle envers et contre tout!

«Tu as tout pour rendre un homme heureux. Ce sont les hommes qui sont idiots.» lui assura-t-il plus sérieux que jamais.

Si sérieux qu'elle se mit à en rigoler.

«Et toi tu es en couple alors?» se réjouit simplement Marinette pour son ami. Si l'un d'eux pouvait trouver le bonheur en amour malgré leurs vies hypothéquées par les luttes et les combats, elle en serait simplement heureuse.

«Non plus.» fit-il. «Ce n'est pas pour ça que je ne t'ai jamais demandé d'être ma copine.»

«Mais, qu'est-ce qui t'empêche d'être avec une fille alors? Moi ou une autre, je ne suis pas spécifique.» interrogea Marinette. Elle profitait souvent de ces soirées pour s'assurer de faire tout ce qu'elle pouvait pour son chaton esseulé.

«La liste des problèmes est simplement beaucoup trop longue pour qu'on perde notre temps sur le sujet! Allons plutôt jouer à quelque chose dans ta chambre. La soirée est juste trop belle pour la perdre en auto-apitoiement!» avait-il écarté en tendant la main pour la relever de sa chaise.

Une demi-heure plus tard, assis de part et d'autre de la chambre, Marinette et ChatNoir se lançaient à tour de rôle des pop-corn qu'ils s'étaient défié de rattraper sans les mains. ChatNoir secouait la tête, désabusé, il n'y avait aucun maïs près de lui mais le plancher autour de Marinette en était couvert. Ce n'était pas tant ses talents de lanceur (qui étaient de toute façon très respectables) qui étaient en cause. Après tant de pratique, durant toutes les occasions où ils avaient joué à ce jeu, Marinette aurait dû s'améliorer et être maintenant capable d'attraper mieux.

Au moins, lançait-elle de manière satisfaisante et il devait lui reconnaître qu'elle était persévérante.

«Tu devrais t'en tenir au virtuel, Mari.» la taquina-t-il. «Ta dextérité aux jeux vidéos est inversement proportionnelle à ta dextérité dans la vraie vie.»

«Hin, hin.» rit faussement la jeune fille. «C'est surtout que tu me lances uniquement des morceaux difficiles.»

«Ce n'était pas vrai jusque là mais, il ne me reste plus beaucoup de choix.» constata ChatNoir en remuant le fond de son gros verre en plastique. «Passe un coup de balai autour de toi que j'ai de nouvelles munitions.» plaisanta-t-il.

«Si on changeait plutôt de jeux?» proposa Marinette avec une grimace.

«Si tu veux. On fait un concours de mangeurs de tarte? Je suis certain qu'il te reste encore de la place. Tu n'as pas attrapé suffisamment de pop-corn pour combler une fringale.»

Marinette lui jeta un regard incrédule et condescendant. Ignorant sa vanne, elle partie sur un autre commentaire.: «Tu as dîner avant de venir ici ou tu as toujours eu l'intention de quémander de la nourriture? Tu grattes aussi aux autres portes du quartier pour te nourrir les soirs où tu ne viens pas me voir ou tu me réserves ce privilège?» le défia-t-elle.

«J'ai dîner, en fait, mais si tu voyais avec quoi mes maîtres me nourrissent, tu me prendrais vraiment en pitié.» poursuivit-il. En tant qu'Adrien, il ne se permettait pas de se plaindre des difficultés de sa vie. D'abord, parce qu'elles étaient les conséquences directs des choix de son père et que, toujours selon l'étiquette que son père lui imposait, se plaindre était de mauvais goût. Par contre, en tant que ChatNoir, il n'avait que ses propres limites à respecter.

«On peut aller chercher des desserts en bas.» accepta Marinette. «Mais, moi vivante, on ne me prendra pas à m'empiffrer jusqu'à finir avec de la nourriture sur le front!» jura-t-elle.

«Tu craint de perdre ta réputation de demoiselle bien éduquée?» lui demanda ChatNoir en se mettant sur ses pieds pour aller chercher lui-même le balai et le porte-poussière de la chambre.

«Avec ma malchance habituelle, il y aurait forcément l'une des pestes de l'école pour prendre des photos qui me suivraient pour le reste de mes jours!» précisa-t-elle.

ChatNoir souleva les sourcils et soupira intérieurement. Si durant leur troisième année, ils avaient tous les deux eu la chance d'étudier dans un groupe particulièrement amical et fort à l'exception de Chloé et Lila, maintenant qu'ils étaient au lycée et tous répartis dans des établissements différents, Adrien ne pouvait même plus veiller sur elle.

Avant, il s'assurait que Chloé et Lila n'aillent pas trop loin. C'était facile, elles avaient toutes les deux un béguin pour lui et s'assuraient de ne pas dépasser les limites pour ne pas se le mettre à dos.

Il avait même secrètement réussi à négocier l'annulation d'une suspension pour laquelle Marinette avait été piégée.

Mais là, dans des lycées différents, il ne pouvait que lui rendre visite chez elle, lui remonter le morale et l'écouter. Sa présence chaque fois que ses parents travaillaient à l'extérieur n'en était donc que plus importantes.

«Elles te mènent toujours autant la vie dure?» s'inquiéta le héros.

«Non, pas ces temps-ci. Elles ont une nouvelle cible et il faudrait que je me décide à reprendre leur attention sur moi mais, franchement, ça devient laçant de toujours être celle qui fait des efforts.»

«Ouais, on penserait qu'après trois ans d'attaques akuma, les autorités auraient mis des mesures en place contre le harcèlement et l'intimidation.» déplora le héros en soupirant.

«Vous êtes trop efficaces, toi et Ladybug! Les autorités n'ont qu'à vous laisser faire tout le travail et rester paresseux!» s'amusa Marinette ouvrant l'éclairage de la boutique.

«Hump! Le jour où j'oublierai d'ouvrir mon téléphone par distraction à cause de la fatigue, je te garantie que ce sera ma faute et pas la leur tiens!» ronchonna ChatNoir.

De toute façon, selon son père, tout était toujours de sa faute.

«Il reste des pains au chocolat.» lui apprit-elle en ouvrant le cellier des invendus.

«Il te resterait pas des cookies à la place. Je préférerais grignoter toute la soirée plutôt que de prendre un dessert en une fois.» regarda curieusement l'adolescent.

«À ton aise.» fit Marinette en tendant un contenant de plastique avec une drôle d'expression.

Mais derrière ce bol, elle trouva une gourmandise à son goût et le fit savoir haut et fort. «Hum, viens par ici, mon mignon.» ordonna-t-elle en s'emparant d'un gros gâteau au fromage et aux fruits.

«Euh, ton père ne t'en voudra pas de prendre une part d'un gâteau complet?» se surprit ChatNoir. D'ordinaire, elle lui demandait de choisir autre chose.

«Normalement oui.» approuva Marinette en déposant le gâteau sur le plan de travail pour en découper une grosse part. «Mais, il comprendra. J'ai un passe-droit avec ce gâteau puisque c'est mon dessert préféré.» expliqua-t-elle.

«Quoi?» s'exclama-t-il. «Mais comment ça se fait que je ne le sache pas! Si j'avais su, j'aurais évité de devenir amie avec toi en premier lieu!» fit-il, très pince-sans-rire.

«Pourquoi, c'est quoi le problème avec le gâteau au fromage?» demanda-t-elle, très perplexe mais pas remuée par sa menace. Ils se faisaient souvent des plaisanteries ou des vannes.

«Bouffe pour kwami.» cracha le chat comme si elle lui avait parlé d'ingurgiter de la nourriture pour poisson d'aquarium.

«En plus, Plagg parle à son fromage tout comme toi. Je l'ai même vu lui faire la cour trop souvent.»

Marinette éclata de rire et déposa une part dans une boîte en plus de la part qui avait finit dans son assiette. «Et d'après toi, c'est quoi ce que tu as dans la main? Les cookies aux pépites de chocolat, c'est l'ancienne commande de Tikki que Ladybug venait chercher pour elle. Sa kwami est passée aux macarons maintenant. Reste que ton choix, c'est également de la "bouffe pour kwami."»

«Elle est passée?... Comme dans "Elle a changé de menu et de préférence"?» questionna très sérieusement le héros. Quand Marinette hocha la tête, il s'exclama catégoriquement : «Je réquisitionne ton balcon!» reprit-il avec décision. «Il faut que je convainque d'urgence mon kwami de laisser tomber son camembert puant. Même si je dois y passer un mois entier!» affirma-t-il.

Marinette lui tendit le gâteau dans la boîte : «Ce sera plus facile avec ça. C'était pour lui de toute façon. Cadeau d'une amoureuse du fromage à un autre.»

«Vous êtes dégoûtants tous les deux.» déplora ChatNoir en secouant la tête.

«C'est quoi cette attitude hostile envers l'un des produits prédominants de l'industrie alimentaire française?» s'amusa Marinette en le suivant dans l'escalier.

«Quand ton visage s'enfonce dans le dit produit français qui se trouve sur ton oreiller à 5h du mat', tu vois l'industrie laitière tout autrement!»

Des mots secs s'échangèrent sur son balcon pendant cinq minutes pleines avant que ChatNoir ne revienne sans l'uniforme mais avec le masque artisanal qu'elle lui avait envoyé par la trappe.

Marinette pouvait voir le nuage noir flotter au-dessus de la tête blonde pendant qu'elle délaissait la vidéo qu'elle regardait sur son écran en dégustant sa propre part de gâteau.

«Tu déclares forfait? Déjà? Ça m'étonne d'un grand guerrier comme toi.» taquina-t-elle.

«Justement, un grand guerrier connaît la stratégie militaire. Ce n'est qu'un replis calculé. La guerre des nerfs est déclarée!»

Marinette rigola mais, ChatNoir se chargea de casser sa joie. : «À ta place, je ne serais pas si insouciante. Parce que c'est ton tour. J'ai trouvé à quoi on va jouer. Puisque je ne savais même pas quel était ton dessert préféré, depuis tout le temps qu'on s'adore et qu'on s'endure, on va jouer au jeu des 20 questions.»

«Bien sûr!» fit-elle avec ironie. «Pour que je sois obligée de tout te déballer pendant que tu invoques ton statu de héros pour ne pas répondre à la moitié des questions?»

«Même si je ne suis pas contre l'idée tel que tu la formules, je suis certain qu'on peut trouver des tas de questions suffisamment innocentes pour que je puisse répondre.»

«Ok.» soupira Marinette. «Mais, j'ai aussi le droit à un passe si tu en as un.»

«Ou je peux y renoncer...» insinua malicieusement le héros. Il avait déclaré depuis longtemps à Marinette qu'elle adorerait le garçon sous le masque et qu'il avait toute confiance en elle pour garder son secret. Il la taquinait même avec l'idée de lui dévoiler son identité exactement de la même façon qu'il le faisait avec Ladybug.

«Chat...» gronda Marinette, menaçante.

«Ta couleur préférée?» coupa ChatNoir, enchaînant avec le jeu.

«Euh, rose. C'est vraiment pas encore assez évident?» fit-elle, incrédule, en écartant les bras pour englober sa chambre.

Elle l'avait repeinte un an plus tôt mais uniquement pour choisir à nouveau du rose. Elle avait même fait pire en sélectionnant deux teintes pour en faire des silhouettes grandeurs natures de coupes de tenues haute-couture.

«Tu avais vraiment besoin de poser la question?» s'amusa-t-elle.

«Je voulais commencer de façon plus traditionnelle.» se justifia-t-il.

«Tu n'as droit qu'à vingt questions.» lui rappela Marinette.

«Ce soir.» précisa ChatNoir.

«Grrr. Ta réponse?» s'exaspéra Mari.

«Rouge.» grommela ChatNoir malgré lui en attrapant un coussin du canapé pour y cacher son visage... rouge.

Il avait abandonné l'idée d'être avec Ladybug mais n'en gardait pas moins son adoration et sa fascination pour sa partenaire.

«Est-ce que tu es en terminal?» demanda Marinette.

C'était quelque chose qu'elle voulait curieusement savoir depuis qu'elle le connaissait.

Il hocha la tête et poursuivit avec la question suivante puisque même avec le masque, il savait légitimement qu'elle était du même niveau également.

«Ton repas préféré? Qui n'est pas un dessert.» précisa-t-il.

«La soupe de mon oncle. Toi?» répondit-elle sans s'émouvoir.

«La quiche de ton père.» sourit-il.

«Ta mère cuisine si mal que ça?» taquina-t-elle.

«Mais, j'ai pas de maman...» fit-il immédiatement, donnant l'impression qu'il allait pleurer. Sa lèvre inférieure se mit à trembler et son souffle se transforma en hoquet.

«Chat, je-» compatis Marinette en sentant son cœur se serrer. Son ami affichait souvent son ressentiment ou sa frustration envers son père et la relation qu'ils avaient et invoquait souvent aussi son identité secrète pour ne pas donner de détails sur sa mère mais, elle ne se serait jamais douter qu'elle était complètement absente de la vie de son fils et que cette absence le peinait à ce point.

Il avait plus que jamais l'air d'un petit garçon égaré.

«Je t'ai eu!» fit alors le héros avec un grand sourire et une rigolade qui ne convainquirent pas totalement son amie.

«Elle ne vit plus avec nous et elle me manque mais, je ne pense pas qu'elle ait jamais mis les pieds dans une cuisine sauf pour y passer commande.» sourit-il très calmement.

«Quel est ton signe astrologique?» fit Marinette avec la question qu'elle avait déjà préparée mais en se jurant de se venger.

«Balance.» répondit-il franchement.

«Ouuuhh. Sensible et émotif, hein?» joua-t-elle.

«Et romantique aussi.» dit-il avec fierté.

«C'est tout toi, ça!» sourit-elle.

«Tu es lion, non? Et en astrologie chinoise, ça nous donne quoi?» demanda-t-il, supposant qu'elle connaîtrait la réponse.

«On est cheval, si tu as dix-huit ans aussi.»

«Ton meilleur rendez-vous galant?» attaqua ChatNoir voulant gardé l'atmosphère électrique.

«Hum, j'hésite entre deux. Chaque fois, je suis sortie avec deux garçons en même temps et les deux se sont battus pour moi. Mais, je ne sais pas si je préfère celui où j'ai failli mourir ou celui où j'ai eu le cœur brisé.»

«QUOI?» s'estomaqua le héros. C'était quoi cette histoire? Un million de questions traversaient l'esprit de ChatNoir. Particulièrement concernant les goûts amoureux de Marinette, mais juste Quoi?

Il s'était juré de la protéger et il avait failli à son serment au moins deux fois?

Marinette éclata de rire devant son air dépité et s'installa sur le plancher comme lui plutôt que d'y tomber. «Si tu voyais ta tête! Alya m'en voudrait à mort de ne pas avoir pris de photo pour son blogue.»

«Si je retrouve un jour une photo de moi prise ici sur son blog, je cataclysme son téléphone!» menaça-t-il, sachant aussi bien qu'elle qu'Alya respirait mal lorsque son précieux outils de travail était hors de sa vu. «J'attends toujours des explications de ta part aussi.» informa-t-il en croisant les bras avec une moue boudeuse.

Elle s'avança sur les genoux et enfonça son index dans sa joue. «Fait pas ta mauvaise tête. C'est juste que je n'ai simplement jamais eu de véritable rendez-vous galant. Si on exclus ceux qui ont été interrompus par les attaques akumas avant qu'ils ne commencent véritablement. Les seuls semblant de rendez-vous où je suis allé c'est, lorsque le Dessinateur m'a demandé de le rejoindre et donc, toi et lui, vous vous êtes battus pour moi, si on peut dire. Reste que c'est à ce moment-là qu'on s'est rencontré et ça reste une bonne chose.»

«L'autre fois, c'était avec qui?» demanda-t-il curieusement et un brin possessif. «Luka?»

«Il était là mais ce n'était pas un rendez-vous entre nous. Nous avons tous les deux accompagné Adrien et Kagami pour leur rendez-vous. À un moment, j'ai eu à choisir entre les deux et j'ai hésité. Mais, si j'avais choisit Adrien, je me dis que peut-être qu'il ne serait jamais sortit avec Kagami et que lui et moi, on serait peut-être ensemble à l'heure actuelle.»

«Ou vous auriez pu être en couple un temps avant de vivre une déchirante séparation lorsque vous êtes allés dans deux lycées différents. Vous auriez vécu une relation à distance tout en ayant mal et vous auriez finit par vous détester. Au moins, en étant restés amis, vous avez toutes les chances d'avoir un futur commun.» suggéra ChatNoir en donnant à ses jambes une position peu humaine.

«C'est vrai que si j'étais la femme de ses rêves, connaissant Adrien, il n'aurait déjà demandé de sortir avec lui.» soupira la jeune femme.

«Tu regrettes de ne pas être en couple avec lui? S'il t'invitait aujourd'hui, maintenant, tu dirais quoi?» Est-ce qu'il aurait voulu sortir avec elle à l'époque? Il avait déjà sérieusement pensé à être en couple avec elle à un moment. Mais, il la voyait vraiment plus comme une amie que comme une petite amie. Il adorait littéralement leur relation sans tracas et si chaleureuse. Et ce lien lui était devenu simplement indispensable avec le temps. Il ne voyait pas comment une petite-amie pourrait prendre la place qu'elle occupait dans son cœur.

«Si Adrien me déclarait son amour éternel, j'accepterais de sortir avec lui, mais ça fait une éternité que je ne l'ai pas vu en personne. Et si j'ai encore des sentiments pour lui, je ne suis plus amoureuse de lui. N'empêche que même si être célibataire a ses avantages, j'aimerais bien être en couple. Ça a aussi son charme. J'aimerais juste arrivée à trouver de la place pour un petit-ami dans mon horaire, en premier lieu.»

Un silence lourd mais confortable retomba sur la chambre. Marinette le brisa en demandant: «Et toi, ton meilleur rendez-vous galant?»

«Aucun! Ils étaient nuls tous les cinq!» éclata-t-il, brisant la glace et ramenant l'hilarité dans la pièce.

«À quoi ressemble ta glace d'amour chez André? Puisqu'on est sur le thème des relations amoureuses.» retourna-t-elle lorsque son rire s'estompa.

«Fraise aux éclats de chocolat noir, mûre pour sa chevelure et myrtille pour ses yeux d'azur. Ça n'a jamais changé malgré le temps et les changements dans ma relation avec Ladybug. J'évite d'y aller sans l'uniforme.»

«C'est si révélateur?» fronça-t-elle.

«Je ne suis peut-être pas le seul avec un monstrueux béguin pour elle mais cette glace pourrait aller sur un panneau réclame et devenir la saveur du mois en portant le nom de Glace Ladybug. Qu'elle est ta saveur?»

«Cerise rouge comme sa bouche et menthe verte pour ses yeux. Et je suis moins sûre que toi de l'identité de mon âme sœur.» dit-elle avec une petite moue. Ça n'avait pas marché avec Adrien parce qu'il ne s'intéressait pas à elle de cette manière. Ça n'avait pas marché entre ChatNoir et elle parce qu'il ne lui inspirait pas de tels sentiments. Mais, au fond, peut-être était-elle destinée à avoir une relation platonique avec ChatNoir comme meilleur ami pour le reste de ses jours?

«Je devrais peut-être demander à André s'il y a quelqu'un à qui il a attribué la saveur Chocolat noir et lime, je trouverais peut-être la personne idéale de cette façon.» songea tout haut le garçon.

«C'est pas un peu dangereux de tomber sur l'identité secrète de ta partenaire en procédant de cette façon? Ces glaces vont par paire non, logiquement?» supposa Marinette sachant qu'ils ne craignaient rien.

«J'espère sincèrement que si André avait attribué une glace qui me décrivait parfaitement à Ladybug elle m'aurait, au moins, donné une chance avant. Je comprends bien qu'elle ne me prenne pas au sérieux mais les pouvoirs d'André sont légendaires! Elle aurait pu lui accorder un peu de crédit. Si c'était le cas.»

«Ladybug te prendrait peut-être plus au sérieux si tu flirtais moins. Et surtout pas juste devant elle!»

«Je ne flirt qu'avec elle, je te signale.»

«Vraiment?» le regard de Marinette s'aiguisa, elle n'était pas du tout d'accord avec lui.

«Avec elle et avec toi, disons.» admit ChatNoir même s'il ne flirtait pas à proprement parler avec Marinette, ils s'échangeaient simplement des blagues. Il avait d'ailleurs beaucoup diminué avec Ladybug et y allait plus légèrement aussi.

«Ce n'est pas l'avis d'Alya. Elle dit que tu joues les matous charmeurs avec des tas de filles.»

«Je suis plus professionnel que ça tout de même! Je suis simplement courtois et poli. Et d'ailleurs, lorsque je flirt pour vrai, je suis très sérieux. C'est vrai que c'est ma manière de montrer qu'une fille me plaît mais ça n'a rien d'un jeu de matou. Maintenant, lorsque je flirt avec ma Lady, c'est par jeu et elle comprends très bien la différence. Quand je joue, elle répond, quand je suis sérieux, elle me repousse. Et puis, tu comprendrais si tu connaissais toute mon histoire. Quand je dis que mon apparence m'attire des ennuies, ce n'est pas une invention. La politesse et les manières courtoises permettent de garder à distance les filles qui se montrent trop familières avec moi et me prennent pour un objet.»

«C'était peut-être vrai à l'époque où la tête grise qui t'a donné des cours de bienséance était lui-même plus jeune mais ce n'est plus vrai aujourd'hui. Si un garçon avance la chaise d'une fille, c'est comme s'il manquait son territoire.» objecta-t-elle.

«C'est quoi la qualité la plus importante selon toi, chez un garçon si la courtoisie et les bonnes manières sont tellement hors de question?» demanda-t-il doucement.

«Ce n'est pas tellement que c'est désagréable, c'est seulement présomptueux. Ceux qui font des manières aux filles lorsque les filles ne sont clairement pas intéressées, ce sont des charmeurs et ils deviennent vite lourds.»

«Princesse? Éclaire vite ma lanterne. Pourquoi certains garçons oui et d'autres non? Qu'est-ce qui est essentiel pour guider ton choix?»

«Sa sensibilité, j'imagine.»

«Tu recherches un garçon qui pleure en voyant des dauphins nager vers le soleil couchant?» se pâma faussement ChatNoir.

«NON» plutôt quelqu'un qui sait lorsqu'il est en train de blesser une personne et qui s'arrête et s'excuse ou quelqu'un qui fait attention de ne pas blesser les gens.» fit-elle frénétiquement en parlant très vite et en bougeant les bras sans raison.

«Je vois.» fit ChatNoir qui la trouvait bizarre. Pourquoi était-elle nerveuse. «Tu vas bien?» demanda-t-il. Elle était devenue très rouge du même coup.

«Oui» fit-elle en se calmant. «C'est quoi ta réponse à toi?»

«Pour moi... c'est beaucoup plus compliqué que juste un mot. Ce qui m'attire chez une fille, je pense que je cherche une fille qui est un doux mélange de force et de douceur. Toutes les filles que j'ai regardé dans ma vie avaient cette dualité en elles. L'expérience m'a apprit qu'il y a des mélanges plus réussis que d'autres par contre.»

«Je suis dans les bons ou les mauvais mélanges?» pouffa Marinette pour taquiner.

«Les bons évidemment!» répondit ChatNoir sans hésiter.

«Je plaisantais. Mais quoi? Je suis vraiment ton genre de fille? Sincèrement?» se surprit-elle. Elle n'aurait jamais pensé qu'il s'intéresse à elle de cette manière s'il s'intéressait à Ladybug. Ses deux personnalités étaient à l'opposée l'une de l'autre.

«Bien sûr! Sinon je ne serais pas ici avec toi, ce soir! Et toi?»

«Quoi moi?»

«Est-ce que je suis ton genre de garçon?»

«Ce n'était pas une de mes vingt questions.» s'amusa-t-elle.

«Oh! S'en avait tout l'air pourtant.» taquina-t-il en tournant une de ses couettes autour de son doigt. «Alors?»

Marinette réfléchit intensément à la question. Elle n'avait été intéressée à être en couple qu'avec Luka et Adrien dans sa vie. Les autres n'avaient pas vraiment comptés. Est-ce qu'elle avait un genre après seulement deux garçons et est-ce que ChatNoir entrait dans cette description?

«On sait déjà que je réponds à ton premier critère.» l'interrompit-il dans sa réflexion avant qu'elle ne lui offre (peut-être) une réponse qu'il n'aimerait pas.

«Toi? Sensible?» douta Marinette.

«Est-ce que je t'ai déjà blessé Princesse?» demanda-t-il absolument sérieusement et intensément en se rapprochant d'elle. «À l'exception d'une certaine déclaration d'amour spontanée sur laquelle j'aimerais ne pas revenir maintenant.»

Elle réfléchit encore profondément à toutes ses rencontres avec le héros avec ou sans le masque. «Une fois. Je me suis sentit bousculée. Et je n'ai pas aimé. Mais, avec le recul, j'imagine que j'en avais besoin.»

«Et que peut faire un garçon qui t'a blessé pour se faire pardonner?»

«Et bien... pour la plupart des personnes, des excuses sincères suffisent, s'il s'agissait d'un petit-ami, j'aimerais bien un baiser en plus.»

«Tu veux dire qu'un collier de diamant ne serait pas suffisant?» taquina-t-il.

«Et toi?» demanda-t-elle sans relever.

«Je-» s'ému ChatNoir. Lorsqu'il était sous son identité de héros, il oubliait normalement tous ses problèmes mais, avec Marinette, tous ses murs tombaient sans résister. «En règle générale, les gens ne s'excusent pas auprès de moi. C'est à moi de passer par dessus mes sentiments pour garder la relation fonctionnelle. Mais, les rares fois où j'ai reçu des excuses, je n'ai pas détesté les câlins qui les accompagnaient. Je suis simplement trop accros aux câlins pour ne pas pardonner.»

Marinette se coula dans ses bras en s'installant sur ses cuisses et après un silence confortable, elle demanda : «Jusqu'où tu es allé avec une fille?» laissa-t-elle parlé le brin de jalousie qui se cachait au fond d'elle-même alors que son self-controle fondait dans les bras de son héros.

«Juste quelques baisers tous simples.» confia-t-il. «Avec Ladybug et avec mon ex.»

«C'est la même chose pour moi. Juste quelques baisers. Pas tous très simples.»

«Et c'est la même chose avec les garçons.» avoua ChatNoir.