Chapitre 2 : Je serai kazekage !

Les jours passaient et les deux amis étaient de plus en plus proches. Ils ne manquaient jamais une occasion de se retrouver pour jouer, se baigner dans l'oasis au centre du village, ou tout simplement rester assis à parler. Et chacun aimait être en compagnie de l'autre car il avait enfin quelqu'un à qui se confier, quelqu'un ... qui l'aimait. Un jour, Shineko arriva vers Gaara, toute contente.

- Regarde ce que j'ai fait hier soir ! s'exclama-t-elle en fouillant dans son sac.

Elle en sortit une petite poupée articulée en bois. A vrai dire, elle ressemblait plutôt à un pantin, mais sans ficelles. Mais sa particularité était surtout sa tête, qui était celle d'un chat. Shineko donna la poupée à Gaara.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda ce dernier.

- C'est une poupée très spéciale, lui expliqua Shineko. Je l'ai remplie de mon chakra selon un rituel particulier que ma mère m'a enseigné. A présent, c'est comme si la poupée était vivante. Je te la donne, Gaara. Mais promets-moi d'y faire très attention car elle représente mon cœur.

- Pourquoi me donnes-tu quelque chose d'aussi précieux ? la questionna Gaara.

- Parce que tu es le seul ami que j'aie, Gaara, lui répondit-elle en lui adressant un sourire plein de chaleur. Et comme ça, lorsque je serai absente et que tu auras mal au cœur, tu n'auras qu'à serrer cette poupée contre toi pour qu'elle te guérisse.

- Merci ... Shineko ...

Un magnifique sourire se dessina sur le visage de Gaara. Pas un de ces sourires qu'il faisait lorsqu'il jouait avec elle, mais un sourire vraiment heureux. Le premier qu'il lui adressait. Shineko le prit dans ses bras. Gaara se laissa faire, sans la serrer en retour, comme à chaque fois. Puis, lorsqu'elle le lâcha, il glissa la poupée sous son écharpe avant de partir jouer avec son amie. Aujourd'hui, Shineko avait décidé qu'ils joueraient aux ninjas. Chaque fois qu'ils y jouaient, la petite fille prenait tellement son rôle au sérieux que Gaara finit par lui demander :

- Dis, Shineko, pourquoi en fais-tu toujours autant chaque fois que nous jouons aux ninjas ?

- Parce que lorsque je serai une vraie kunoichi, je ferai tout pour devenir kazekage, lui répondit fièrement Shineko.

- Mais tu ne pourras jamais être kazekage, lui fit remarquer Gaara. Tu es une jinchûriki, personne ne voudra de toi à ce poste.

- Si tu as envie de te répéter toute ta vie que tu es un monstre, c'est ton choix. Mais ne me met pas dans le même sac ! lui rétorqua assez durement Shineko.

- Euh ... je ... bégaya Gaara, conscient d'avoir blessé son amie.

Shineko, voyant l'air désolé de Gaara, s'approcha de lui, lui passa la main dans les cheveux et ajouta d'une voix plus douce :

- Tu sais, Gaara, ce n'est pas en te rabaissant continuellement que tu vas arriver à quoi que ce soit dans la vie. Si les gens te rejettent pour des raisons stupides, alors fais en sorte de leur prouver qu'ils ont tort et que tu vaux bien plus que ce qu'ils voient de toi.

Des étoiles brillèrent dans les yeux du petit garçon aux cheveux grenat. Il admirait la ténacité de Shineko, qui la poussait à ne jamais abandonner, quelle que soit l'image que les gens avaient d'elle.

- Et pourquoi souhaites-tu tant devenir kazekage ? demanda Gaara à son amie.

- C'est assez difficile à expliquer, répondit Shineko. Je déteste la guerre car c'est un peu à cause d'elle que mes parents sont morts.

- Mais tes parents ont été tués par des shinobi qui voulaient t'enfermer, pas à cause de la guerre, fit remarquer Gaara.

- Peut-être, concéda Shineko. Mais si ils voulaient m'enfermer, c'est parce qu'ils ne me considéraient que comme une vulgaire arme de destruction. C'est ainsi que les shinobi voient les jinchûriki. Pour eux, nous ne sommes rien de plus qu'une puissante force de frappe destinée à détruire. C'est pour ça je les déteste tant, eux et leurs stupides guerres !

- Pourquoi veux-tu devenir ninja si tu détestes ceux qui le sont déjà ? demanda Gaara, intrigué.

- Si je veux être reconnue par des ninjas, il faut que je sois moi-même une ninja, répondit Shineko. Et pour mener à bien mon projet, il faut que je sois la plus puissante des ninjas.

- Quel est ton projet ?

- Lorsque je serai kazekage, je signerai des traités de paix avec les autres pays, expliqua Shineko. Je ferai tout pour stopper les guerres, à commencer par réduire petit à petit le nombre de shinobi formés. Si il n'y a plus de shinobi, alors il n'y aura plus de guerres. Tu n'es pas d'accord ?

- Si, bien sûr ! dit Gaara.

- Et toi, Gaara, as-tu un rêve à accomplir ?

- Je n'en ai jamais eu ... Mais à présent, je vais devenir un shinobi très fort pour pouvoir t'aider à amener la paix dans le monde !

- Avec toi à mes côtés, je suis sûre de réussir ! s'exclama Shineko. En attendant, il se fait tard. Ton oncle doit t'attendre pour le dîner. On se retrouve sur le toit après ?

- D'accord ! dit Gaara.

Depuis quelques semaines, ils avaient pris l'habitude de passer une bonne partie de la nuit ensemble car Shineko avait du mal à s'endormir. Ils s'asseyaient alors sur le toit de la maison de Gaara pour regarder les étoiles. Puis, lorsque Shineko commençait à se sentir fatiguée, ils allaient se terrer dans la petite cabane à l'entrée du village. Shineko commençait alors à chanter.

- C'est une berceuse que me chantait ma mère lorsque je n'arrivais pas à dormir, avait-elle expliqué à Gaara. Lorsque je la chante, j'ai l'impression qu'elle est là, tout près de moi, et ça me réchauffe le cœur ...

- Alors ... tu n'as plus besoin de moi pour ... pour guérir ton cœur ? s'était inquiété Gaara.

- Bien sûr que si, gros nigaud ! lui avait répondu Shineko en souriant. Ma mère n'est pas vraiment là alors que toi, oui.

- Tu veux bien continuer à chanter ... s'il te plait ? avait alors demandé timidement Gaara.

Shineko avait alors poursuivit son interminable chant. Et chaque nuit qu'ils passaient ensemble, elle chantait jusqu'à sombrer dans un profond sommeil. D'habitude, Gaara restait près d'elle jusqu'au petit matin. Or cette nuit, il avait décidé d'aller se promener dans les rues du village caché de Suna. Alors qu'il marchait tranquillement, un ivrogne le bouscula.

- Fais attention, sale mio ...! commença l'homme.

Puis il se rendit compte à qui il avait affaire et son regard se rempli d'effroi.

- Oh ...! Tu es ... bégaya-t-il.

" Encore ... le même regard, songea Gaara en repensant aux regards des habitants de Suna. Pourquoi ? POURQUOI ? ". Quelques secondes plus tard, des cris retentirent alors que Gaara s'éloignait du corps sans vie de l'ivrogne.

- Qu'est-ce que c'est ...? cria quelqu'un.

- C'est Gaara ! lui répondit-on.

- Mais ... il est mort ! hurla quelqu'un en s'approchant de l'homme étendu par-terre.

Un peu plus loin, Gaara croisa son père, adossé à un arbre. Le petit garçon aux cheveux grenat le regarda et l'appela doucement ; mais tout ce qu'il reçut en retour, ce fut un regard rempli de haine. Gaara partit alors s'exiler sur la terrasse d'une maison du village. C'est là que son oncle avait tenté de le tuer. Et avait trouvé la mort dans cette tentative de meurtre.

Depuis cette nuit, Gaara n'a plus jamais été le même. Il ne souriait plus et se renfermait sur lui-même ; il en avait même oublié la seule amie qu'il avait. " Shineko avait tort, pensait-il. Quoi que je fasse, on me déteste toujours plus. Pourquoi faire des efforts pour les autres alors qu'on peut faire tellement pour soi-même ? ". C'est ainsi que Gaara s'éloigna peu à peu de Shineko, dont le souvenir ne tarda pas à sombrer dans l'oubli. Jusqu'à ce jour où tout bascula ...