Chapitre 5 : Gaara aux urgences

Lors des brefs moments où Gaara reprenait connaissance, il se rendait à peine compte de ce qui se passait autour de lui. Il se sentit vaguement flotter lorsqu'on le souleva de terre afin de le transporter. Plus tard, il constata que c'était Temari qui le portait et réussit à émettre quelques mots d'excuse :

- Temari ... Kankurô ... Je suis désolé ...

Puis les ténèbres revinrent. Lorsqu'il reprit conscience pour la deuxième fois, il était allongé sur un lit. Des odeurs de médicament et d'antiseptique parvinrent à ses narines. Des silhouettes blanches s'agitaient autour de lui, mais Gaara les voyait à peine, comme si il avait les yeux remplis d'eau. " Je suis sûrement dans un hôpital ... ", se dit-il. Des voix retentissaient de toutes parts, mais il les entendait à peine, comme si on lui avait glissé des tampons dans les oreilles.

- Vite ! Il faut ... !

- ... garçon gravement blessé ... on doit ...

- Oui ! ... mais la fille ... état critique ...

- ... risque de ... si ...

Les yeux de Gaara se voilèrent, puis ce fut à nouveau le noir. Lorsqu'il redevint conscient, il remarqua qu'il était dans une longue salle d'hôpital dans laquelle des lits étaient alignés contre les murs. Certains étaient séparés par de grandes tentures vertes. Néanmoins, le lit qui était à sa gauche n'était pas caché par un rideau vert et il put apercevoir, en clignant plusieurs fois des yeux, qui en était l'occupant. Il que ce n'était autre que Shineko, à qui les médecins semblaient porter une attention toute particulière. Un affolement tout particulier aussi.

- Les battements de son cœur sont irréguliers ! dit un médecin, paniqué.

- Elle a une cicatrice du côté gauche de la poitrine, constata une infirmière.

- Et le chakra semble anormalement concentré à cet endroit, remarqua un autre médecin.

- Si on ne fait rien, elle va y passer ! rappela le premier médecin.

Puisant dans les maigres forces vitales qui lui restaient, Gaara se redressa. La douleur était si intense qu'elle manqua de le plaquer contre le matelas. Mais Gaara tint bon et s'assit sur le bord de son lit. L'infirmier qui s'occupait de lui était en train de préparer les antiseptiques et les bandages. Lorsqu'il vit que Gaara allait descendre de son lit, il tenta de l'arrêter.

- Mais enfin, vous êtes fou ! Vous ne pouvez pas vous lever dans cet état !

- Laissez ... moi ... parvint à articuler Gaara en regardant l'infirmier d'un air aussi menaçant que possible.

Cela parut fonctionner car l'infirmier s'écarta de Gaara. Ce dernier posa ses pieds à terre. Avec un effort surhumain, il commença à marcher vers le lit de Shineko en fouillant dans les pans de son écharpe. Les médecins qui s'affairaient autour du lit de la jeune fille bondirent de surprise lorsque Gaara arriva à destination. Et ils restèrent bouche bée tandis que le jeune genin des sables tendit une petite poupée de bois très abîmée vers Shineko. Cette dernière respirait difficilement et de grosses gouttes de sueur dégoulinaient sur son visage. Elle tourna la tête vers Gaara, qui tenait péniblement debout, et posa une main sur la poupée qu'il lui présentait. Une auréole de chakra bleu se forma autour des deux mains et de la poupée, comme si la jeune fille soignait la poupée. Lorsque Shineko retira sa main, la poupée en forme de chat était comme neuve. Les médecins n'en croyaient pas leurs yeux : la jeune fille semblait aller mieux ! Shineko murmura un " Merci ... " à Gaara avant de replacer sa tête sur l'oreiller et de fermer les yeux.

L'équipe médicale aida Gaara à regagner son lit. Le jeune genin était épuisé par sa courte marche. Ses paupières étaient trop lourdes pour qu'il puisse les garder ouvertes plus longtemps. Cependant, il était toujours conscient, bien que plongé dans le noir. Il sentit alors qu'on le redressait légèrement. Ses côtes cassées bougèrent dans sa poitrine, ce qui lui arracha un faible gémissement.

- Apporte ... ciseaux ... couper ses vêtements pour ... ! cria un médecin que Gaara entendit à peine.

Puis un objet métallique et froid glissa contre sa peau : une paire de ciseaux qu'une infirmière actionnait énergiquement. Les ciseaux passèrent le long de sa poitrine, contre ses épaules, sur ses jambes et plus il progressait, plus Gaara frissonnait. Ce ne fut que lorsqu'on retira les pans de tissu qui le recouvraient que Gaara comprit qu'on avait découpé ses vêtements afin de les lui retirer plus facilement. Quelqu'un lui prit le bras gauche et passait quelque chose d'humide dessus. Cela picotait un peu. Puis il sentit quelque chose de fin et de pointu s'enfoncer dans son autre bras. Un liquide tiède s'insinua bientôt dans ses veines et engourdit encore plus ses sens. Gaara détestait se sentir si faible. Il n'aimait pas que des inconnus le touche sans qu'il puisse riposter. Le somnifère qu'on lui avait injecté commença à faire effet et Gaara sombra dans l'inconscience.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il faisait jour. Il cligna plusieurs fois des paupières quand une voix retentit :

- Il est réveillé !

- Moins fort, Kankurô ! le gronda une autre voix qui ne pouvait être que celle de Temari. Nous sommes dans un hôpital !

- Pardon ... fit Kankurô, penaud.

- Kankurô ? Temari ? appela Gaara en se frottant les yeux.

- Ah, tu peux parler ! dit Temari en souriant. C'est mieux que cette nuit, où tu ne faisais que baragouiner des paroles incompréhensibles. Tu avais de la fièvre et tu délirais complètement !

- Ouais, ça faisait peur, renchérit Kankurô. Tu disais des trucs à propos d'un navet devin qui t'avait prédit que le monde allait sombrer dans le chaos à cause d'une attaque de pots de yaourt mutants.

- Cette nuit ? fit Gaara. Vous voulez dire que ... que vous êtes restés ici toute la nuit ?

- Eh oui, on s'inquiétait pour toi, dit Temari. En attendant, bois ton remède. T'as vraiment une tête de zombie ce matin !

Elle lui tendit une bouteille. Lorsque Gaara voulut la prendre, il remarqua qu'il portait une chemise blanche à la place de ses vêtements. Il peina à vider la bouteille tant le liquide qu'elle contenait était infect. Gaara la reposa sur la table de chevet et baissa la tête d'un air triste.

- Vous vous êtes inquiétés pour moi alors que j'ai été si cruel avec vous pendant toutes ces années ... Comment pourrais-je un jour me faire pardonner ...

- Ces seuls mots servent à te racheter, petit frère, lui dit Temari en souriant.

- Franchement, cette rencontre avec Naruto et Shineko t'a complètement changé, s'étonna Kankurô. On te reconnait plus ! Je me demande ce qu'ils t'ont fait pour que ...

- Shineko ! s'écria Gaara, son visage prenant soudainement une expression terrifiée.

- Ne t'inquiète pas, Gaara, le rassura Temari. Elle est toujours dans le lit d'à côté et se remet petit à petit.

Soudain, une infirmière entra dans la chambre avec une bassine remplie d'eau. Elle chassa Kankurô et Temari, sous prétexte qu'il fallait " changer les pansements du blessé et le laisser se reposer ". Lorsqu'ils furent seuls, l'infirmière lui retira sa chemise et ses bandages. Puis elle prit le gant qui trempait dans sa bassine, l'essora un peu et commença à le passer sur le corps de Gaara afin de nettoyer les plaies.

- Je peux faire ma toilette tout seul, lui dit Gaara en grimaçant.

- Taratata, vous êtes convalescent et encore faible, alors laissez-vous faire, rétorqua l'infirmière en frottant le dos du jeune genin avec le gant humide.

Lorsqu'elle passa son gant sur le visage de Gaara, ce dernier tenta de protester. Cependant, le gant l'empêcha de s'exprimer correctement et tout ce qu'il parvint à articuler fut :

- Sppprrffgllll !

- Il n'y a pas de " sppprrffgllll " qui tienne, dit l'infirmière. Cessez de gigoter ainsi, que je puisse faire mon travail correctement.

Elle frotta avec plus d'insistance sur les paupières du pauvre Gaara, faisant sentir son mécontentement.

- Rah, mais c'est incroyable, ça ! Cet eye-liner est si épais que je n'arrive pas à l'enlever !

- Ce n'est pas de l'eye-liner, ce sont des cernes ... grogna Gaara. Et arrêtez de me frotter avec ce gant, je suis propre !

L'infirmière remit le gant dans la bassine et pansa les plaies de Gaara avec des bandages propres. Elle alla même lui chercher quelque chose à manger, ainsi que quelques pilules colorées, dont deux antalgiques sensés calmer la douleur qui parcourait son corps. Lorsqu'il eut terminé son repas, Gaara se rallongea, épuisé.

Il fut brusquement sorti de ses pensées par des gémissements de douleur. Il regarda de tous les côtés afin de voir d'où ils provenaient. La réponse ne se fit pas attendre : Shineko s'agitait anormalement dans son lit. Ses gémissements se transformèrent bientôt en cris étouffés. Gaara se leva et alla rejoindre la jeune fille le plus vite possible.

- Shineko ! s'écria-t-il, paniqué. Tu m'entends, Shineko ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

- J'ai mal, Gaara ! J'ai mal !

Le visage de Shineko se tordait de douleur. Elle se battait pour respirer et de la sueur coulait le long de ses tempes.

- Où as-tu mal ? demanda Gaara.

- Là aaaah ... gémit Shineko en agrippant le tissu de sa chemise blanche au niveau de son cœur.

- Qu'est-ce qui se passe, ici ? s'exclama une voix.

C'était Rock Lee. Il se tenait à l'entrée de la salle, appuyé sur sa béquille, et affichait une expression inquiète. Lorsqu'il vit Shineko si mal en point, il se précipita vers elle.

- Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il à Gaara.

- Je ne sais pas ! s'écria ce dernier, terriblement inquiet. Elle était comme ça lorsque je me suis réveillé !

Tout à coup, Shineko se redressa brusquement. Du sang sortit de sa bouche et tacha les draps lorsqu'elle toussa. Elle gémit et s'agrippa à la chemise de Gaara.

- J'ai mal, Gaara !

- Il faut appeler l'équipe médicale ! s'exclama Rock Lee. Reste avec elle, je m'en occupe.

Le jeune genin de Konoha se précipita dans le couloir. Lorsqu'il revint, l'équipe médicale qui le suivait les écarta, lui et Gaara, afin d'avoir accès au lit de Shineko. Lee allait repartir dans sa chambre quand il aperçut Gaara assis sur son lit. Le jeune genin des sables regardait dans le vide, l'air complètement perdu. Le voyant aussi désespéré, Rock Lee oublia que c'était à cause de lui qu'il était à l'hôpital. Il alla s'asseoir près de lui pour le soutenir.

- Ça n'a pas l'air d'aller, dit Lee à Gaara.

- Non, ça ne va pas, ça ne va pas du tout ! dit Gaara, désemparé. Il y a quelques années, j'ai abandonné Shineko alors qu'elle avait vraiment besoin de moi. Et maintenant que je me rends compte de mon erreur, elle va peut-être mourir !

Le jeune genin des sables fondit en larmes et cacha son visage dans ses mains. " Alors finalement, il a un cœur ... ", songea Rock Lee. Il posa sa main sur l'épaule de Gaara et lui dit :

- Ne t'en fais pas, Gaara. L'équipe médicale de Konoha est très douée. Ton amie va s'en sortir, je te le promet !

Lee prit alors une pose " nice guy " pour appuyer ses dires. Gaara renifla et essuya ses larmes.

- Merci, Rock Lee. Je me sens mieux ...

Les médecins cessèrent de s'agiter et l'un d'entre eux s'approcha des deux genin.

- Alors ? Elle va bien ? demanda Gaara.

- On ne peut pas dire qu'elle va bien mais elle est sortie d'affaire, répondit le médecin. Sa vie n'est plus en danger.

- Qu'est-ce qu'elle avait ? le questionna Rock Lee.

- Certains de ses méridiens de chakra étaient sectionnés, ce qui a entraîné des problèmes au niveau du ... enfin là, dit le médecin en pointant le côté gauche de sa poitrine.

- Vous voulez dire au niveau du cœur, tenta Lee.

- Eh bien pas exactement, répondit le médecin en se frottant l'arrière du crâne. Je ne sais pas si vous étiez au courant mais votre amie semble ... dépourvue de cet organe.

- Pardon ? firent Lee et Gaara en même temps.

- Oui, vous avez bien entendu. Cette jeune fille n'a pas de cœur, répéta le médecin.

- Mais enfin c'est ... c'est impossible ! s'écria Rock Lee. Comment pourrait-elle vivre sans cœur ?

- C'est justement le problème : je n'en ai aucune idée, dit le médecin. Il semblerait qu'une grande quantité de chakra concentrée du côté gauche de sa poitrine remplace son cœur. C'est tout ce que je sais ... En attendant, allez vous coucher tous les deux.

Et il laissa là les deux genin. Lorsque tous les médecins eurent quitté les lieux, Lee interrogea Gaara :

- Tu savais qu'elle n'avait pas de cœur ?

- Absolument pas, répondit Gaara. Je lui demanderai de tout m'expliquer lorsqu'elle se sera remise de ses blessures.

- Bon, je vais te laisser dormir, dit Lee en se levant. Bonne nuit, Gaara.

- Bonne nuit, Rock Lee.

La nuit avait été forte en émotions pour Gaara. Cependant, malgré son immense fatigue, il ne pouvait dormir. Il passa donc la nuit à observer Shineko afin de s'assurer qu'il ne lui arriverait rien de pire.