Bonsoir à tous ! Un nouveau chapitre d'Hypothèses pour passer un agréable petit moment, tout du moins je l'espère. Bonne lecture.
Chapitre 2 : Crises de Bec
La vieille femme portait des charentaises aux pieds et tenait un filet à provisions rempli de boîtes de nourriture pour chats qui s'entrechoquaient bruyamment. Elle regarda Dudley, puis Harry, puis la baguette que le jeune homme tenait toujours contre son bras.
- Garde-la sortie ! glapit Mrs Figg. Si jamais il y en avait d'autres ! Oh, ce Mondingus Fletcher, je vais LE TUER !
- Pardon ? fit Harry en fixant sa voisine. Vous pourriez m'expliquer à quoi vous jouez ?
- Jouer ? Ah ! Il est parti ! Le sale... Il est parti voir quelqu'un à propos d'un lot de chaudrons plus que douteux ! Je lui ai DIT que je l'écorcherais vif avant de le donner en déjeuner à mes chats s'il quittait son poste, et maintenant, regardez ce désastre ! Des détraqueurs, mais je vous jure ! Heureusement que mon Pompon était là... Bon, allons-nous en vite d'ici, il faut que tu rentres chez toi. Cette histoire va nous attirer des tas d'ennuis.
Elle se tordait les mains tout en parlant. Harry vit ses soupçons confirmés, cette vieille toquée était bien une sorcière. Mais quand il lui en fit la remarque :
- Non, mon gars, je suis une cracmolle. Et ce cornichon de Fletcher le sait fort bien. Comment puis-je aider qui que ce soit, hein ? Cette espèce de bon à rien t'a laissé sans protection, alors que je l'avais averti...
- Une minute ? Ce type me suivait ? Il a transplané dans la rue !
Harry n'en croyait pas ses oreilles. On avait mis quelqu'un en planque devant la maison ?
- Oui, en effet. J'ai bien fait de mettre un de mes chats sous une voiture, il est venu me prévenir. Mais quand je suis arrivée, tu étais déjà parti... Mais que va dire Dumbledore ?
- Tiens donc, parce que c'est lui qui organise la surveillance ?
- Toi ! brailla Figg à l'attention de Dudley, toujours pâle et assis par terre, bouge tes fesses de là ! Allez ! On se dépêche, je n'ai pas envie d'être dehors s'ils reviennent. Alors, tu te lèves, gros tas de suif ?
Mais Dudley refusait de coopérer, tremblant de tous ses membres, livide, les lèvres serrées comme pour retenir son âme au logis.
- Je vais vous aider.
Harry prit un bras de son cousin, Mrs Figg se saisissant de l'autre. Au prix d'un effort considérable, ils parvinrent à le remettre debout. Dudley suait à grosses gouttes et claquait des dents.
- En route ! Garde ta baguette sous la main, chuchota la vieille dame tout en marchant d'un pas hésitant sous la charge de Dudley. On oublie le Code du Secret, au point où on en est, ça ne pourra pas être pire. Comme on dit : quitte à être pendu, mieux vaut que ce soit pour avoir volé un dragon plutôt qu'un mouton. Et il y a la restriction d'usage de la magie chez les sorciers de premier cycle. Dumbledore s'inquiétait surtout pour ça.
Elle marchait tout en bavardant, mais n'aidait pas beaucoup Harry à soutenir le poids de son cousin. Le jeune homme envoya un coup de coude dans les côtes de l'autre garçon, mais Dudley continua à traîner des pieds par terre, pesant comme un âne mort sur l'épaule de Harry.
- Vu le nombre de fois où je suis venu chez vous, Mrs Figg, vous auriez pu me dire que vous étiez une cracmolle, non ? Ç'aurait été amusant d'en parler.
- C'était par ordre de Dumbledore : je devais te surveiller, mais ne rien te révéler. Tu étais trop jeune.
- Elle commence à être un peu usée, cette explication, répliqua sèchement le Serpentard. Franchement, est-ce qu'il y a une chose dans le monde sorcier où Dumbledore ne mette pas son nez ?
Sa voisine le regarda avec des yeux ronds. Elle se racla la gorge avant de reprendre :
- Tu comprends, les Dursley ne t'auraient jamais laissé venir chez moi s'ils avaient cru que tu t'y sentais bien, ou s'ils avaient su qui j'étais vraiment. Ce n'était pas drôle pour moi, je t'assure. Ma parole, tout ça va faire un beau scandale... Et ce Mondingus... Qui était de garde jusqu'à minuit, je vous jure ! Comment vais-je annoncer à Dumbledore ce qui est arrivé ? Je ne sais pas transplaner, moi...
- Je peux vous prêter ma chouette, suggéra Harry tandis que ses vertèbres couinaient sous le poids de Dudley.
- Ça n'ira pas assez vite. Et il va falloir être sacrément rapides ! Le ministère doit déjà être au courant, il a les moyens de détecter l'usage de la magie chez les jeunes sorciers.
- Mais on ne peut pas chasser des détraqueurs sans magie, non ? Ils ne vont pas se demander ce que ces saletés faisaient ici ?
- J'ai peur que tu ne sois trop optimiste, mon garçon. MONDINGUS FLETCHER, JE VAIS TE MASSACRER !
Un craquement sonore retentit, suivi de l'atterrissage d'un homme que Harry sentit avant même de voir, tant son odeur d'alcool et de tabac était forte. Le bonhomme lui-même était sale et mal rasé, et ses vêtements partaient en lambeaux. Il avait les jambes courtes et arquées, une tignasse en désordre, les yeux injectés de sang du gros buveur, et tenait dans sa main une cape d'invisibilité froissée.
- S'lut Harry. C'qui s'passe, Figgy ? Tu sors de la clandtsi...clandetsi... clandestinité, maint'nant ?
- Je t'en ficherais, moi, de la clandestinité, bougre d'andouille ! cria la vieille femme. Des détraqueurs, voilà ce qui se passe ! Tire-au-flanc ! Voleur ! Escroc ! Aigrefin !
- Détraqueurs ? Ici ? C'est quoi, c'délire ? fit l'autre, effaré.
- Parfaitement, gros tas de fientes de chauve-souris ! Des détraqueurs qui ont tenté de s'en prendre à ces pauvres garçons alors que tu étais censé être de garde, tocard !
En dépit de la gravité des faits, Harry commençait à bien s'amuser. L'inventivité de Mrs Figg en matière de noms d'oiseaux était hautement réjouissante.
- Ben ça alors, balbutia Fletcher. Nom de...
- Et toi, enchaîna Mrs Figg, tu es parti t'acheter un lot de chaudrons volés ! Je t'avais dit de rester à ton poste, gibier de potence !
- Ben... Je... Enfin... bégaya Mondingus, dans ses petits souliers. C'était une excellente affaire, tu vois, et...
BING !
KLONG !
La vieille dame avait asséné deux coups de son filet à provisions sur la tête du gredin, et continuait avec une vigueur étonnante.
- Aïe ! Ouille ! Arrête ! Faut aller prévenir aïe ! Dumbledore !
- Je pense bien, sombre plouc ! Et-tu-paf !-ferais-bien-paf !-d'y-aller-toi-même-paf !-comme-ça-tu-lui-diras-paf !-pourquoi-tu-n'étais-pas-là-paf !-pour-aider !
- Te mets pas le chignon à l'envers, j'y vais !
Se protégeant la tête, Fletcher s'écarta pour transplaner, et se volatilisa.
- J'espère que Dumbledore va lui arracher les tripes ! Allez, rentrez chez vous, tous les deux !
Avec un grognement, Harry se remit en marche en soutenant Dudley.
- Quelle catastrophe... Et Dumbledore qui voulait surtout éviter que tu te serves de ta baguette. Inutile de se lamenter, quand la potion est prête, il faut la boire...
- Et Dumbledore trouve intelligent de me faire suivre sans me prévenir ? J'aurais pu balancer des sorts à l'un d'entre vous, si je l'avais croisé sans savoir ce qu'il ou elle faisait là.
- Aucune chance, répondit Mrs Figg avec un rien de condescendance. Tu ne pensais tout de même pas qu'on allait te laisser vagabonder comme ça après ce qui s'est passé en juin, n'est-ce pas ?
- Je ne m'attends pas à grand-chose, venant de vous autres, lâcha Harry en franchissant le portail du n° 4, Privet Drive.
- Oui, oui, c'est ça. Rentre chez toi.
- Et vous ? Vous faites quoi ?
- Je vais chez moi pour attendre de nouvelles instructions. Toi, reste enfermé. Bonsoir.
Et elle laissa Harry planté là, sans un mot d'explication.
- Non mais quelle vieille *$~#* !
Un bruit bizarre en provenance de Dudley le poussa à s'éloigner quelques secondes de son cousin, juste à temps pour éviter de se faire vomir dessus. Les haut-le-cœur de Dudley durèrent plusieurs minutes avant qu'il ne finisse par se calmer.
- Tu m'entends, Dud ? demanda doucement Harry.
L'autre garçon leva sur lui un regard vide.
- Il ne s'est rien passé tout à l'heure, reprit Harry. Tu as mangé un truc qui t'a mis l'estomac en vrille et c'est tout. Si tu dis un mot sur la magie et Mrs Figg, je vais vraiment me servir de ma baguette contre toi. Compris ?
Un hochement de tête à peine perceptible fut la seule réponse, mais le jeune homme jugea que cela serait suffisant.
Il remit Dudley d'aplomb avant d'aller sonner à la porte de la maison. La tante Pétunia arriva au petit trot, et poussa un cri en découvrant le visage verdâtre de son fils.
- Diddy, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es malade ? Allons, entre vite ! Vernon, il est malade !
- Eh bien, fils, qu'est-ce qui arrive ? Mrs Polkiss t'a donné à manger quelque chose qui venait de l'étranger ?
- Pourquoi es-tu tout sale, chéri ? Tu es tombé ?
- Au moins, j'espère que tu ne t'es pas fait attaquer dans la rue, fils ?
- Vernon, appelle la police ! Mon Diddy, parle à Maman...
- Je crois qu'il a juste mangé un truc pas net, dit Harry. Il était déjà un peu vert quand je l'ai retrouvé en rentrant.
Dudley hocha faiblement la tête.
- Il faut appeler le médecin, décréta Pétunia. Je ne veux pas que mon garçon soit malade pendant des jours à cause d'une cochonnerie. Et Mrs Polkiss va m'entendre !
Harry se retint de sourire. Si sa tante téléphonait à sa voisine, les combines de Dudley seraient mises au jour. Voilà qui serait très intéressant...
Il n'eut pas le temps de se féliciter plus que cela car, avec un grand froissement de plumes, un hibou entra dans la cuisine et lâcha devant lui une enveloppe de parchemin avant de faire un demi-tour et de filer par la fenêtre.
- DES HIBOUX ! ENCORE DES HIBOUX ! JE NE VEUX PLUS VOIR DE HIBOUX DANS MA MAISON !
Vernon paraissait au bord de l'apoplexie, la veine de sa tempe plus visible que jamais.
Harry ne l'écoutait pas, trop occupé à lire le contenu de la lettre. Et quand il eut fini, il crut qu'il allait lui aussi être malade.
Cher Mr Potter,
Nous avons reçu des informations selon lesquelles vous auriez exécuté le sortilège du Patronus ce soir à neuf heures vingt-trois, dans une zone habitée par des Moldus et en présence de l'un d'eux.
La gravité de cette violation du décrit sur la Restriction de l'usage de la magie chez les sorciers de premier cycle entraîne d'office votre expulsion de l'école de sorcellerie de Poudlard. Des représentants du ministère se présenteront à votre domicile dans les plus brefs délais afin de procéder à la destruction de votre baguette magique.
Étant entendu que vous avez déjà reçu un avertissement officiel pour une précédente infraction à l'article 13 du Code du secret établi par la Confédération internationale des sorciers, nous avons le regret de vous informer que votre présence sera requise lors d'une audience disciplinaire qui aura lieu au ministère de la Magie, le 12 août prochain à neuf heures précises.
Vous espérant en bonne santé, je vous prie d'agréer, cher Mr Potter, l'expression de mes sentiments distingués.
Mafalda Hopkrik
Service des usages abusifs de la magie
Ministère de la Magie
C'était une mauvaise plaisanterie. D'abord on brisait sa baguette, et ensuite seulement on lui permettait de s'expliquer ? C'était quoi, ce délire ? Hors de question d'obéir à une décision aussi inique ! Tandis que sa famille continuait à brailler ou à se lamenter, il quitta lentement la cuisine, le cerveau en ébullition. Il lui fallait vider les lieux en douce avant l'arrivée des agents du ministère, ou il était fichu... et sa baguette aussi. Comment faire sans son outil de travail ?
- Où vas-tu ? beugla son oncle.
- Dans ma chambre.
- Tu vas rester ici et m'expliquer pourquoi ce hibou est venu ici !
- Si tu ne me laisses pas passer, je me sers de cette baguette. Et oui, vu que les anormaux, comme tu dis toujours, m'ont viré de l'école, je peux faire ce que je veux et je me moque pas mal de ce qui va arriver. Alors pousse-toi.
Vernon hésitait sur la conduite à tenir quand une nouvelle lettre se matérialisa devant Harry avec un craquement atroce. Le jeune homme déroula le parchemin en s'attendant au pire.
Harry,
Dumbledore vient d'arriver au ministère pour essayer d'éclaircir les choses. NE QUITTE PAS LA MAISON DE TA TANTE. Ne fais PLUS usage de magie et ne RENDS PAS ta baguette.
Arthur Weasley
Comment diable Dumbledore allait-il arranger la situation ? S'il avait une chance de retourner au collège, Harry préférait la prendre. Mais le vieux sorcier avait intérêt à faire vite, sinon il ne servirait plus à grand-chose de garder Harry à Poudlard... En prime, comment conserver sa baguette sans se battre avec les sorciers qui viendraient à Privet Drive ? À moins qu'ils ne soient portés sur la diplomatie et la rhétorique, c'était une équation insoluble.
Il retourna s'asseoir à la table de la cuisine.
- D'où viennent tous ces tas de plumes et ces lettres ? interrogea Vernon.
- La première vient du ministère de la Magie pour m'annoncer mon expulsion. L'autre est arrivée du bureau d'un des agents du ministère, pour me dire de rester ici.
Son oncle fronça les sourcils.
- Le ministère de la Magie ? Il y a des... choses comme toi au gouvernement ? Oh, mais ça explique tout ! Je comprends, pas étonnant que le pays soit en pleine dégringolade !
- Arrête de parler de ce que tu ne connais pas, siffla Harry, ça t'évitera d'avoir l'air idiot. C'est une administration séparée, qui n'a rien à voir avec la vôtre, et qui ne s'occupe que de nous. Et c'est déjà bien suffisant...
- Pourquoi t'a-t-on expulsé ?
- Parce que j'ai fait de la magie.
- Tiens donc... Et ça n'aurait rien à voir avec l'état de Dudley, par hasard ?
- Non. En fait, c'est parce que j'ai fait de la magie qu'il a pu rentrer, ton précieux fiston, répliqua Harry, qui commençait sérieusement à en avoir assez.
- HEIN ?
- Ben oui. Il n'est pas malade à cause d'un plat avarié, vu qu'il n'est pas allé manger chez les Polkiss, mais qu'il a partagé quelques clopes avec ses copains. Et quand il est rentré avec moi, des détraqueurs sont arrivés dans la rue.
Dudley se balançait sur sa chaise. Lui qui avait été si gavé, gâté, pourri de cadeaux et de bonbons, quel pouvait bien être son pire cauchemar ? Un frigo vide ? Ou que tous les gosses qu'il avait maltraités reviennent et lui rendent coup pour coup ?
- Faisait froid... marmonna Dudley. Il faisait noir. J'ai entendu des choses... dans ma tête.
A voir la tête des parents Dursley, ils semblaient persuadés que leur fils devenait complètement fou.
- Horrible... ajouta encore Dudley.
- Tu lui as jeté un de tes sortilèges de cinglés, c'est ça ? hurla Vernon, au sommet de sa fureur. Tu as essayé de le rendre malade et de lui faire entendre des voix !
- Je viens de le dire, ce sont des détraqueurs, espèce d'idiot !
- C'EST QUOI ENCORE ?
- Les gardiens d'Azkaban, la prison des sorciers.
Ces quelques mots, prononcés par la tante Pétunia, furent suivis par un silence impressionnant. Elle se plaqua une main sur la bouche, horrifiée, tandis que Harry la regardait avec de grands yeux. Comment diable ?
- Mais où as-tu entendu parler de ça ?
L'air consterné, Pétunia finit par découvrir sa bouche.
- J'ai... Cet affreux garçon en parlait avec... elle. Il y a des années, finit-elle par avouer.
- Tu pourrais dire que c'étaient mes parents, non ? grogna Harry, tout en se demandant pourquoi elle qualifiait James Potter d'affreux.
En réalité, il était tout aussi stupéfait que Vernon. En dehors d'une crise, trois ans auparavant, où elle avait hurlé que sa sœur était un monstre, Pétunia n'avait jamais fait allusion à sa cadette. Incroyable qu'elle ait pu se rappeler si longtemps une si mince information, alors qu'elle passait son temps à se démarquer du monde sorcier en répétant qu'il n'existait pas.
Vernon mit un bon moment à retrouver l'usage de la parole. Mais il y parvint tout de même.
- Ils existent vraiment, ces... trucs ?
Sa femme hocha la tête. Elle ne lança pas un joyeux "Poisson d'avril !", et il fut bien forcé d'admettre que tout était vrai. Il voulut encore ajouter quelque chose, mais fut coupé dans son élan par l'arrivée d'un nouveau hibou, qui délivra encore son courrier sur les genoux de Harry. Celui-ci trouvait la blague un peu longuette. Il ouvrit néanmoins l'enveloppe.
Cher Mr Potter,
Suite à notre lettre d'il y a approximativement vingt-deux minutes, le ministère de la Magie est revenu sur sa décision de procéder à la destruction immédiate de votre baguette magique. Vous pourrez la conserver jusqu'à votre audience disciplinaire du 12 août prochain, à l'issue de laquelle une décision officielle sera rendue.
A la suite d'un entretien avec le directeur de l'école de sorcellerie de Poudlard, le ministère a bien voulu que la question de votre expulsion soit également examinée à cette date. Vous devrez par conséquent vous considérer comme simplement suspendu jusqu'à plus ample informé.
Je vous prie d'agréer, cher Mr Potter, l'expression de mes sentiments distingués.
Mafalda Hopkrik
Service des usages abusifs de la magie
Ministère de la Magie
Malgré le soulagement qu'il ressentait, Harry avait bien envie de dire à cette Mafalda ce qu'elle pouvait faire de ses sentiments distingués. Il faudrait batailler serré à cette audience.
- Alors, demanda Vernon. Que se passe-t-il ? Ils t'ont condamné à quelque chose ? La peine de mort existe encore, chez vous ?
- Je suis simplement convoqué à une audience disciplinaire et malheureusement pour toi, on n'exécute par les sorciers mineurs pour un sortilège. Désolé. C'est terminé pour le moment.
- PAS DU TOUT ! RASSIEDS-TOI !
- Quoi, encore ? Tu viens juste de souhaiter ma mort, tu ne crois pas que c'est suffisamment démontrer tes qualités humaines pour ce soir ?
- Je veux savoir ce qui est arrivé à Dudley. Et pas d'histoires !
- Parfait... Alors comme je l'ai dit tout à l'heure, ton fiston adoré passe ses soirées à fumer et à casser des pare-brises dans le quartier et cette nuit, pas de bol, il est tombé sur deux détraqueurs. Pour que tu ne m'interrompes pas, non, je ne sais pas exactement ce qu'ils sont, mais leur fonction principale est de bouffer l'âme des gens qu'ils attrapent. Là, content ?
- Mais... murmura Pétunia. Il a toujours...
- Évidemment, fit Harry en levant les yeux au ciel. Sans mon sort il ne l'aurait plus, mais ça se verrait, s'ils l'avaient prise. Même chez lui.
- Tu comptes nous faire croire que notre Dudley se conduit comme un voyou, peut-être, hargna Vernon.
- Appelle Mrs Polkiss et demande-lui où était son fils ce soir.
- En tout cas, tu t'es défendu, fils, hein ? Tu les as envoyé un bon vieux gauche-droite bien placé ?
- La boxe ne marche pas contre eux, soupira Harry. Il faut de la magie. Beaucoup de magie.
CHPOPS !
Un nouveau bout de parchemin tomba sur la table devant Harry. Il s'attendait à des explications de la part de son cher directeur d'école, mais il ne découvrit que l'écriture de Sirius. Qui lui recommandait de se tenir à carreau. Pas possible ! Il mettait deux détraqueurs en fuite, empêchait la mort de cette andouille de Dudley, et personne ne jugeait utile de lui remonter un peu le moral en lui disait qu'il avait bien agi. S'il avait laissé les spectres faire leur œuvre, tout le monde l'aurait traité de monstre, naturellement... Sa vie était décidément tout sauf facile à mener.
- J'en ai vraiment assez de toutes ces lettres, gronda Vernon, alors nous allons...
- Rien du tout, coupa Harry. Tu te souviens de ce qui est arrivé, la dernière fois que tu as tenté d'arrêter du courrier magique ?
Ça oui, Vernon s'en rappelait fort bien. Il revint à un autre sujet.
- Et pourquoi sont-ils venus ici, ces deux machins ?
- À tous les coups, ils étaient là pour moi, fit son neveu. Et ce n'était sûrement pas officiel.
- C'est à cause de toi !
- Ben voyons ! Tu crois être le seul à en avoir après moi ?
- Ces choses gardent bien une prison de fous ? finit par dire Vernon, qui se creusait toujours les méninges.
- Oui.
- Alors ils sont venus t'arrêter, c'est logique ! C'est bien cela, hein ? Tu es recherché par la justice.
- Non. Te fais pas de faux espoirs. J'ai rien à me reprocher. Pas comme ton comptable, qui doit sûrement savoir pourquoi l'argent rentre moins bien dans les caisses de ta boîte depuis quelque temps...
- Alors pourquoi ?
Si Vernon voulait bien cesser de parler, de brailler, de... tout...
- C'est Voldemort qui a dû les expédier ici.
- Qui ça ?
- Voldemort. Notre équivalent d'Hitler. Celui dont personne n'ose dire le nom, de mon côté de la barrière.
- Minute, fit Vernon. J'ai déjà entendu ce nom. C'est celui qui...
- A tué mes parents.
- Mais il est mort, asséna Vernon sans s'attarder sur le meurtre de sa belle-sœur et du mari de cette dernière. Il est mort.
- Non, il est revenu il y a un mois. Il a déjà tué au moins deux personnes.
La situation était étrange. Il se trouvait dans l'archétype de la maison moldue moyenne, et il parlait de sorcellerie et de Voldemort. Le mur qui séparait les deux vies de Harry venait de se casser la figure et tout se mélangeait. Il y avait de quoi avoir la migraine...
- Revenu ? croassa Pétunia.
Ses grands yeux étaient encore élargis par la peur. Elle ne cherchait plus à dissimuler ou à maudire le monde de la magie, elle venait juste de se rendre compte que les ennuis arrivaient à toute vitesse et qu'elle ne pouvait rien faire pour les éviter.
- Oui... Je l'ai vu. Et il a tué un garçon de 17 ans sous mes yeux.
- Attends un peu, dit Vernon en se redressant, ahuri par le lien muet établi entre sa femme et son neveu. Ce trucmuche qui a tué tes parents est de retour ?
- Oui, grommela Harry.
- Et il t'envoie des défroqueurs ?
- Oui, pour la énième fois.
- Je vois...
Vernon remonta son pantalon d'un cran, le visage toujours aussi violacé.
- Eh bien voilà qui règle la question, mon garçon. Tu peux quitter cette maison tout de suite !
- Non, répondit calmement Harry.
- J'ai dit DEHORS !
- J'ai dit non.
- Tu vas me foutre le camp, espèce de sale morveux ! Ça fait des années que j'aurais dû faire ça ! Trop c'est trop, tu dégages d'ici, je refuse que tu restes ici avec un cinglé qui te court après ! Je refuse que tu mettes en danger la vie de ma famille ! Pas question que tu attires le malheur sur cette maison ! J'en AI ASSEZ ! DEHORS !
- C'est non. J'ai reçu l'ordre de ne pas bouger d'ici. Alors je ne bouge pas d'ici. Et arrête de me postillonner à la figure. Merci. Je n'ai pas l'intention de rester dans ta baraque une seconde de plus que nécessaire, ne te fais pas de bile, mais pour le moment, il va falloir me supporter au moins quelques jours de plus. T'inquiète pas, Voldemort ne va pas se pointer ici tout de suite. Mais en attendant... Je vais me coucher.
Sous les yeux dilatés de son oncle, Harry se leva en tapotant sa baguette sur la jambe de son pantalon.
Il n'avait pas fait trois pas qu'un hululement sonore résonna dans la cuisine, quand un hibou passa par la cheminée, et fonça droit sur la tante Pétunia, une enveloppe rouge vif logée dans ses serres. Une beuglante, maintenant ?
- C'est pour moi... dit Pétunia d'une voix hachée.
Elle ne pouvait se résoudre à ouvrir la lettre, et de la fumée monta des coins de l'enveloppe.
- Ouvre-la, conseilla Harry, sinon ça va être encore pire.
- Je ne veux pas !
Trop tard : la beuglante s'ouvrit toute grande.
- Souviens-toi de ma dernière, Pétunia !
avant de s'auto-réduire en confetti.
La destinataire était à deux doigts de s'évanouir, affalée sur une chaise.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? s'enquit Vernon.
Sa femme ne répondit pas. Dudley la fixait d'un air stupide. Elle finit par relever la tête, tremblant comme une feuille.
- Le garçon doit rester ici, lâcha-t-elle.
- Quoi ?
- Il doit rester. Si nous le mettons dehors, nous allons devoir répondre à des tas de questions dérangeantes, poursuivit Pétunia d'un ton de plus en plus sec. Nous devons le garder.
- Mais...
- Toi, ajouta-t-elle à l'adresse de Harry, monte dans ta chambre. Interdiction de sortir.
Son neveu passa devant elle avec un sourire narquois.
- Tout ça n'existe pas, hein ?
- FILE DANS TA CHAMBRE !
Harry s'exécuta, mais il n'avait pas fait trois pas que la sonnerie du téléphone retentit.
- QUOI ENCORE ? hurla Vernon avant de décrocher.
Harry n'entendit pas ce que dit le correspondant, mais il vit son oncle s'empourprer un peu plus, ouvrir la bouche, s'interrompre brusquement, pâlir, se renfrogner à nouveau et lui tendre le combiné.
- C'est pour toi, grogna-t-il.
- Allo ! Harry ?
C'était une voix féminine qu'Harry connaissait, mais teintée d'une inhabituelle touche de panique ou d'inquiétude.
- Sarah ?
- Je viens de recevoir un message des Jumeaux, dit-elle très vite. Il s'est passé quelque chose de gros chez toi, mais j'en sais pas plus. T'es entier ? T'as besoin d'aide ?
- Je vais bien, Sarah, ça va. En quelques mots, attaque de Détraqueurs, Patronus, courrier du ministère. J'ai une… audience disciplinaire… où ils vont essayer de me retirer ma baguette et me virer de Poudlard. Évidemment, Dumbledore me faisait surveiller, et il a au moins réussi à éviter qu'ils ne me piquent et me cassent ma baguette avant l'audience.
Sarah mit quelques secondes à digérer ses propos puis :
- Ah, OK, les merveilles de la justice sorcière… Fais gaffe, à tous les coups, tu vas être considéré comme coupable jusqu'à preuve du contraire.
- Ouais, si ça se trouve je vais même devoir prouver que j'ai été attaqué. Je dois une fière chandelle à Dumbledore, mais il aurait au moins pu prévenir qu'il me surveillait…
- Si ça peut te consoler, on peut te surveiller aussi, tu sais…
- Non, merci bien. Je crois que je vais te laisser, je vous enverrai Hedwige demain, à toi et Théo.
- Attends ! Repasse-moi tes Thénardier, je veux m'assurer qu'on puisse se contacter au besoin. C'est bien, d'avoir un père qui a le bras long, non ?
