Salut les lecteurs ! Un nouveau chapitre dans le monde des sorciers, où l'on rencontre beaucoup de monde et on voyage de façon inconfortable.

Bonne lecture !


Chapitre 3 : une Garde Indésirable

Je viens d'être attaqué par des détraqueurs et on va peut-être me renvoyer de Poudlard. Je veux savoir ce qui se passe et quand je pourrai enfin sortir d'ici.

A peine remonté dans sa chambre, Harry s'était rué sur sa plume pour écrire un mot à Sirius, un à Ginny et encore un aux jumeaux. Un quatrième, à l'attention de Théodore, relatait simplement les évènements de la nuit. Après avoir rédigé ces billets, le jeune homme n'eut plus qu'à attendre le retour d'Hedwige, partie pour sa chasse nocturne. Il tournait en rond en essayant de mettre un peu d'ordre dans ses pensées. Tant de choses avaient été révélées en une nuit que cela lui en donnait la migraine.

La vieille Figg le surveillait donc depuis des années. Avait-elle rapporté à Dumbledore que son soi-disant protégé s'occupait des fleurs, de la pelouse, du ménage et d'une bonne partie de la cuisine ? Harry aurait tant préféré vivre chez des sorciers... ou dans une autre famille de Moldus. S'il avait été, par exemple, adopté par des gens ne pouvant avoir d'enfant, il aurait été sans aucun doute aimé et traité comme n'importe quel garçon, magie ou pas.

Autre point : la beuglante. Qui diable avait pu l'envoyer ? Cela signifiait en tout cas que la tante Pétunia était elle aussi soumise à un espionnage de tous les instants.

Dès qu'il pourrait quitter cette maison, Harry aurait de très nombreuses questions à poser. Et cette fois, il vaudrait mieux ne pas lui tapoter gentiment la tête en lui disant de ne pas s'en faire.

Tout en grommelant les jurons préférés de Marcus, Harry retourna s'asseoir près de la fenêtre, et ne tarda pas à voir arriver Hedwige, qui entra dans la chambre comme un petit fantôme, une grenouille dans le bec. Elle se posa sur le bureau et entreprit de dépiauter sa prise pour l'avaler. Harry attendit patiemment qu'elle eût fini son souper avant de lui présenter son nouveau travail.

- Allez, fillette, tu vas apporter ça à Sirius, Ginny et ses frères. Et il y en a une petite pour Théodore. Travaille bien et tu auras droit à une double ration de Miamhibou en rentrant. Allez, au boulot !

Hedwige traîna un peu les serres avant de reprendre son vol, mais elle finit par repartir. Harry n'avait plus qu'à attendre... une fois de plus.

Ils seraient obligés de répondre. Une attaque de détraqueurs n'était pas un fait anodin. Sirius, au moins, devrait bien admettre qu'un semblant d'explications ne ferait pas de mal à son filleul. Demain, Harry aurait toutes les réponses qu'il voulait.

# #

Hélas, le jour suivant n'apporta aucune des lettres tant désirées. Harry ne pensait pas que Théodore pourrait lui fournir la moindre piste, mais les autres auraient certainement des choses à lui dire. Pour s'occuper, Harry fit un peu le ménage, et ne sortit guère de sa chambre. Sa tante avait décidé qu'il valait mieux réduire les contacts au minimum vital, sans doute pour s'éviter quelques questions embarrassantes. Aussi lui servit-elle le repas via la trappe aménagée trois ans plus tôt dans le bas de la porte. Le jeune homme avait tenté, au début, de lui parler, mais autant s'adresser au mur.

Cet état dura trois jours complets. Harry alternait des phases d'ennui profond et de suractivité. Il ne parvenait pas à reconstituer le puzzle, ce qui l'énervait au plus haut point. Il songeait aussi à cette maudite commission disciplinaire. Et si Dumbledore, en dépit de son don légendaire pour tirer les ficelles, ne parvenait pas à faire pencher la balance, déjà bien branlante, en sa faveur ? Il serait expulsé, soit. Mais où aller ? Peut-être pourrait-il s'installer chez son parrain ? Son infraction ne devait pas être si grave... Il n'irait sans doute pas à Azkaban... Puis, pendant une de ses périodes de rangement frénétique, il tomba sur un sachet logé dans une des poches latérales de sa valise. Le livre des Monstres fit « snap ! » quand Harry prit le petit sac, mais se tint tranquille après que son propriétaire lui ait gratté la couverture. Le sachet contenait la fameuse poudre de cheminette spéciale que Telensk avait offerte au Serpentard quelques semaines auparavant. Restait à trouver une cheminée... Celle des Dursley n'abritait qu'un feu électrique, mais pourquoi ne pas tenter le coup ? Harry attendit donc que les Dursley ronflassent de concert pour descendre dans le salon. Muni de feuilles de journaux et d'allumettes, il parvint à créer de petites flammes dans lesquelles il versa une pincée du mélange. Les flammes prirent une belle teinte verte et Harry se pencha pour murmurer « domicile de Pierre Telensk ».

Le feu vacilla, puis une tête grognon apparut au milieu de la cheminée.

- Sacrebleu ! Vous savez ce que c'est, le décalage horaire ? Bon, qui êtes-v... Ah, Potter... Quoi de neuf ?

Harry lui exposa rapidement ses derniers ennuis.

- En principe, l'utilisation du patronus ne peut pas vous envoyer à Azkaban, puisque ce n'est pas un maléfice. Le plus dur va être de leur démontrer la présence des détraqueurs. Bon, évidemment, vous pourriez demander une pensine ou du veritaserum, mais Fudge est une créature bornée. Je peux le dévorer pour vous, si vous le souhaitez.

- Non, je ne crois pas que ce sera utile. Enfin, pas pour le moment.

- Bien. Prenez un peu votre mal en patience. Si cela peut vous rassurer, là où je suis, on prend très au sérieux vos affirmations concernant Voldemort. Tenez-moi au courant, d'accord ?

Et le Russe, enfin, le dragon disparut du foyer. Harry remonta en catimini dans sa chambre, uniquement pour se trouver face à une certaine statuette.

- Et prendre mon avis, ça ne te passait même pas par la tête ? cracha Salazar qui, quelle surprise, était plus remonté qu'une horloge suisse.

- Salazar, si je me fais prendre à parler à un bout de bois... qui me répond, c'est la flambée pour l'un et l'asile pour l'autre, vu ? Pas question qu'on découvre que j'héberge l'esprit d'un des fondateurs.

- Gron...

# #

Quatre jours après le départ d'Hedwige, Hary vit entrer dans sa chambre l'oncle Vernon, sanglé dans son plus bel habit, le visage marqué par la suffisance. Le père de Sarah avait-il invité son associé et futur pigeon ?

- Nous sortons.

- Ah.

- Nous, c'est-à-dire ta tante, Dudley et moi.

- Cool.

- Il t'est interdit de quitter ta chambre pendant notre absence.

- Entendu.

- Interdiction de toucher à la télévision, à la chaîne stéréo ou à quoi que ce soit qui nous appartienne.

- D'accord.

- Interdiction de voler de la nourriture dans le frigo.

- O.K.

- Je vais fermer cette porte à clef.

- Vas-y.

Quelque peu désarçonné par l'absence de réaction de son neveu, Vernon verrouilla la porte et descendit l'escalier. Harry l'entendit claquer la porte de la maison. La voiture démarra peu après. Il compta encore jusqu'à dix avant de prendre son épingle à serrures et ouvrir la porte. Sans plus tergiverser, Harry s'installa dans la cuisine, où il alluma la radio, qu'il plaça sur une station qui passait de la musique décente, et pas ces tubes pour ascenseur que Pétunia semblait adorer, puis il se confectionna un dîner digne de ce nom. Par Dieu sait quel miracle, il dénicha une petite boîte de thon et des tomates. Le garçon se découpa aussi une belle part de fromage et sortit du congélateur un de ces desserts dont son oncle ne pouvait se passer.

Une petite heure plus tard, l'estomac dans un état de plénitude satisfaisant, Harry était à nouveau étendu sur son lit. La vaisselle avait été lavée et rangée. Bien malin qui pourrait dire qu'il avait passé outre les consignes de tonton Dursley.

Soudain, Harry se redressa vivement. Une assiette était tombée sur le sol de la cuisine avec un grand fracas. Les Dursley ne pouvaient pas être déjà de retour, puisqu'aucun bruit de moteur n'avait troublé le silence. Des voix s'élevèrent. Des cambrioleurs auraient pris plus de précautions, aussi Harry saisit sa baguette et descendit prudemment l'escalier, tendant l'oreille au moindre murmure.

Il sursauta en distinguant plusieurs silhouettes tournées vers lui.

- Baisse ta baguette, mon garçon, tu risques d'éborgner quelqu'un, dit une voix grave, semblable à un grognement.

- Tout d'abord, ensuite je ne suis pas votre garçon, je n'ai aucune raison de baisser ma baguette et je ne suis pas maladroit au point d'éborgner quelqu'un. Ensuite, qui êtes-vous et que fichez-vous ici ?

- En voilà, des manières, reprit la voix.

- Vous êtes Maugrey ? Le vrai Maugrey ?

- Ouais. Viens plus près, bonhomme.

Harry fit quelques pas dans la direction des intrus, sans ranger sa baguette. Il doutait qu'un second imposteur se fût présenté à lui, mais tout de même...

- Ne t'inquiète pas, nous sommes venus te chercher.

Harry identifia tout de suite ce timbre fatigué.

- Monsieur Lupin ? A quoi rime tout ça ?

- Bon, on va rester longtemps dans le noir ? s'impatienta une femme.

Elle agita sa baguette et une clarté diffuse se répandit dans le hall. Harry ne voyait toujours pas l'intégralité du groupe, aussi actionna-t-il l'interrupteur le plus proche.

- Là. J'aime bien voir à qui je cause.

La lueur magique s'éteignit aussitôt.

Remus Lupin se tenait au pied des marches. Il avait gagné des cheveux blancs et perdu du poids. Sa robe de sorcier était toute rapiécée. Il souriait néanmoins jusqu'aux oreilles. Harry lui rendit son sourire.

- Oooh, il est exactement comme je l'imaginais, fit la sorcière qui avait illuminé le hall.

Elle avait un drôle de visage en cœur surélevé de mèches violettes et pointues qui partaient dans tous les sens. Il existait des sorciers punks ? De mieux en mieux !

- Salut Harry !

- Bonsoir.

- C'est vrai, il ressemble énormément à James, dit un grand sorcier noir et chauve, qui portait un anneau d'or à l'une de ses oreilles.

- Avec les yeux de Lily. Très réussi, ajouta un homme aux cheveux argentés, dont la voix sifflait.

Maugrey regardait toujours Harry avec insistance.

- Tu es bien certain que c'est lui, Lupin ? On aurait l'air malin si on ramenait un mangemort avec nous, grommela le vieil auror. Il faut lui demander une chose que seul Potter saurait.

- Harry, quelle forme prend ton patronus ?

- C'est un cerf, répondit le jeune homme, un peu nerveux.

- C'est bon.

Harry finit par entrer dans la cuisine, toujours suivi par huit ou neuf paires d'yeux. Il allait ranger sa baguette dans sa poche arrière quand :

- Surtout pas ! brama Maugrey. Imagine qu'elle s'enflamme ou qu'elle s'active toute seule ! Des sorciers y ont laissé un bon morceau de fesse !

- Ah bon ? Tu en connais beaucoup ? s'amusa la sorcière aux cheveux violets.

- Grmpf... Question de sécurité.

- Ouais, ouais, vigilance constante, soupira la jeune femme tandis que Harry vérifiait en douce que les deux moitiés du postérieur de Maugrey étaient bien égales.

- Je suppose, dit-il après examen, que ce n'est pas un hasard si vous êtes là justement le soir où les Dursley sont partis...

- En effet, claironna la sorcière aux pointes violettes. Je les ai attirés dehors en leur envoyant une lettre par la poste moldue, en leur faisant croire qu'ils étaient parmi les finalistes du concours national de la plus belle pelouse de banlieue. Ils croient être en route pour la remise des prix.

- Très slytherinesque, commenta Harry. C'était votre idée ?

- Tout à fait. Bon, où sommes-nous attendus ? Au Terrier ?

- Non, répondit Lupin. C'est beaucoup trop risqué. Nous avons un endroit plus discret.

- Parce que vous croyez que neuf sorciers dans une maison moldue à minuit et des poussières, c'est discret ? s'amusa Harry. Franchement, c'est comme si vous aviez mis un gros panneau dans le jardin, « récupération de Harry Potter, ne pas déranger ».

- Et voilà, fit la jeunette punk. Je vous l'avais bien dit. Une seule personne, ça c'est discret. Enfin, en attendant le feu vert, on peut peut-être faire les présentations.

- Tout à fait, approuva Lupin. Alors... Voici Alastor Maugrey, commença-t-il en désignant le vieux sorcier qui buvait quelque chose dans sa flasque.

- Je sais, répondit Harry en se disant qu'il n'y avait vraiment que chez les sorciers qu'on pouvait connaître quelqu'un et le fréquenter pendant un an sans jamais l'avoir rencontré.

- Et Nymphadora...

- Laisse tomber le prénom, Tonks suffira, coupa la fille aux cheveux violets. J'ai horreur de ce prénom débile.

- Bref... Kingsley Shacklebolt.

Le sorcier noir à l'anneau d'or s'inclina légèrement.

- Elphias Doge, se présenta le sorcier à la voix sifflante.

- Dedalus Diggle.

- Nous nous sommes déjà rencontrés deux fois, couina le petit homme, qui n'avait pas renoncé à son affreux haut-de-forme violet.

- Emmeline Vance.

Qui le salua tout juste de la tête, avant de redraper un pan de son châle vert.

- Sturgis Podmore.

Le sorcier en question, blond et robuste, cligna de l'œil.

- Et Hestia Jones.

Hestia, qui manipulait le grille-pain, se redressa en écartant ses longues mèches noires de devant ses yeux.

Harry rendit maladroitement tous les saluts, un peu agacé par tous ces regards braqué sur lui.

- Tout ce monde était vraiment nécessaire ?

- Il y a eu un nombre surprenant de volontaires, assura Lupin, et nous te servirons tous de garde rapprochée. Nous attendons juste le signal que la voie est libre. Ça ne devrait plus être long.

- C'est nickel, ici, commenta Tonks. Tes Moldus sont sacrément soigneux. Mon père aussi est moldu, mais il n'est pas aussi rangé, c'est sûr.

- Ouais... fit Harry sans se mouiller. Au fait, quelqu'un pourrait m'expliquer un peu ce qui se passe dehors ? Parce que les nouvelles se sont faites un peu rares, ces derniers temps... Remarquez, comme la plupart de mes amis ne sont...

Harry s'interrompit juste à temps pour ne pas dire « soumis à la censure façon Dumbledore ».

- Comme ils sont à l'étranger, j'ai cru comprendre via leurs courriers qu'il ne se passait pas grand-chose. Mais un petit signe de vie eût été le bienvenue. Sans compter le fait que je suis surveillé sans ma permission.

- Permission ? fit Maugrey en levant un sourcil.

- C'est la moindre des politesses, quand on est dans le même camp que la personne à garder, de lui signaler qu'on va le faire. Sinon, au moins si on est moldu, on risque de finir au poste, rajouta Harry.

Maugrey se garda bien de répondre, mais alla vers l'évier pour nettoyer son œil magique, qui ne cessait de se coincer suite à son passage dans l'orbite du fils Croupton.

- Comment se déplace-t-on ? demanda Harry pour meubler un peu le silence.

- En balai, répondit Lupin, quelque peu perturbé par les réflexions de son ancien élève. Tu n'as pas encore le permis de transplaner, le réseau de cheminées est surveillé, et on ne pourrait pas créer un portoloin sans attirer l'attention.

- Il paraît que tu voles très bien, dit Shacklebolt.

- Il est doué, oui, affirma Lupin sans laisser le temps à Harry d'en placer une. D'ailleurs, tu ferais bien de préparer tes bagages. Il faut être prêt au bon moment.

- Je vais l'aider ! décréta Tonks.

La jeune sorcière gravit les marches derrière lui en observant toute la maison.

- C'est bizarre, c'est presque trop propre. Ça manque un peu de naturel.

- Bien vu.

- Ah ! Ça, c'est un peu mieux !

Elle souriait de toutes ses dents en examinant la chambre de Harry. Sans être un modèle de désordre, celle-ci n'était pas tout à fait bien rangée. Quelques livres traînaient, dont celui des monstres par terre, sautillant d'un coin de la pièce à un autre. La valise était aussi restée ouverte, laissant voir des vêtements pas très bien pliés. Harry se dépêcha de ranger ses habits en les repliant au mieux, puis empila des livres par-dessus ; c'était le meilleur moyen pour ne pas les retrouver en tas au fond de la malle, complètement fripés. Le livre des monstres se fit un peu prier pour rentrer dans la valise, mais finit par obéir en grondant. Tonks l'aida à ramasser des parchemins, puis se planta devant l'armoire et détailla son reflet dans la glace.

- Mouais... C'est pas terrible, le violet. Qu'est-ce que tu en dis ? Ça ne me donne pas un peu mauvaise mine ?

- Pas vraiment, mais c'est un petit peu triste, dit prudemment Harry.

- T'as raison. Je vais arranger ça tout de suite.

Elle plissa les yeux pendant quelques secondes, l'air très concentré, puis ses cheveux retombèrent en frange sculptée sur son front, arborant désormais une teinte rose malabar.

- Wow ! Comment vous faites ça ? s'étonna Harry.

- Je suis une métamorphomage, répondit Tonks. Ça veut dire que je peux changer d'apparence à volonté. C'est de naissance, tu vois. J'ai eu les meilleures notes en classe de dissimulation et déguisement quand j'ai suivi ma formation d'auror. Sans jamais mettre le nez dans mes bouquins.

- Vous êtes auror ?

Harry se sentit très impressionné.

- Ouaip, répliqua fièrement Tonks. Kingsley aussi, mais ça fait déjà cinq ans qu'il y est, alors que je n'ai passé mon diplôme que l'année dernière. J'ai failli rater la filature et tapinois, je suis affreusement maladroite. Je suis désolée pour l'assiette, au fait.

- On peut apprendre à changer de tête ?

- Pas du tout, lui apprit la jeune femme. C'est un don très rare et l'apprentissage n'y peut rien. Je pense bien que cela te ferait plaisir de pouvoir te balader incognito, mais il faudra te servir d'un sort ou d'une potion. Bon, si on se dépêchait un peu, hein ? Il faut finir cette valise en vitesse... Allez, hop ! Faislamalle !

Les vêtements restants, le télescope et la balance s'envolèrent sur-le-champ pour retomber dans la valise. Le rangement n'était pas parfait, et Tonks soupira lourdement.

- Ma mère est nettement plus douée pour ça. Moi, les tâches ménagères, ça n'a jamais été ma tasse de thé. Récurvite ! ajouta-t-elle en pointant sa baguette sur la cage d'Hedwige.

Les plumes et les restes de nourriture s'évaporèrent comme par miracle.

- On a tout ? Le chaudron aussi, et le balai. La vache ! Un Éclair de Feu ? Waou ! Et dire que je dois me contenter d'un de ces fichus Comète 260... Bref ! Tu as toujours deux fesses et ta baguette ? Alors on y va ! Locomotor barda !

D'un geste du poignet, Tonks envoya la valise dans le couloir, puis la fit descendre au rez-de-chaussée.

En bas, toute l'équipe attendait en examinant les appareils ménagers. Podmore tentant de comprendre comment fonctionnait le four à micro-ondes, et Miss Jones étudiait un épluche-légumes avec attention. Lupin cachetait une enveloppe.

- Nous allons dans le jardin, indiqua-t-il. J'ai laissé un mot aux Dursley pour leur dire de ne pas s'inquiéter...

- Aucun risque, déclara Harry.

- ... que tu es en sécurité...

- Ça va les déprimer.

- ... et que tu les reverras l'été prochain.

- C'est vraiment indispensable ?

Quelques membres de la garde rapprochée eurent l'air surpris de ce manque flagrant d'enthousiasme.

- Par ici, mon gars, il faut que je te désillusionne, annonça Maugrey.

- C'est-à-dire...

- Que j'utilise un sortilège de désillusion, répondit le vieux sorcier. Ta cape d'invisibilité ne tiendra pas en place pendant le voyage. Allez...

Harry reçut un bon coup de baguette sur le crâne, en plus de la sensation de prendre un œuf sur la tête et une douche froide sur le reste du corps. Quand Maugrey eut terminé, Harry se retrouva déguisé pour moitié en plan de travail, et pour l'autre en mur peint. Ce camouflage magique était tout à fait intéressant. Dommage qu'il n'ait pas entendu l'énoncé du sortilège.

- Bon, tout le monde dehors !

A l'extérieur, pas un nuage ne venait masquer les étoiles, ce qui fit grogner l'ancien auror.

- Alors on vole en groupe serré. Tonks devant Harry, Lupin dessous, moi derrière, les autres en cercle autour de nous. Interdiction formelle de rompre la formation, compris, vous tous ? Si l'un de nous se fait tuer...

- C'est possible ? s'alarma Harry, sans obtenir de réponse.

- Les autres continuent, poursuivit Maugrey. Ne vous arrêtez pas. S'ils arrivent à nous descendre tous et que tu survives, Harry, l'arrière-garde prendra le relais. Vole cap à l'est et ne t'occupe de rien d'autre.

- Dit comme ça, intervint Tonks, il va croire que nous prenons les choses à la légère.

- Du calme, Alastor, personne ne se fera tuer, raisonna Shacklebolt.

- Tout le monde en selle ! Premier signal ! cria Lupin.

Une pluie d'étincelles rouges tombait en cascade au-dessus d'eux. Harry se retint de dire tout haut ce qu'il pensait de la discrétion de cette signalisation. Il enfourcha son balai en silence.

- Deuxième signal ! En route !

Des étincelles vertes montèrent à leur tour et Harry s'élança d'un coup de pied. En quelques secondes, les jardins et les maisons se fondirent en un ensemble de petits carrés sombres. Le vent soufflait fort et Harry resta concentré sur sa valise, qui tanguait de façon peu rassurante sous le balai de Tonks.

- Virage à gauche, lança Maugrey. Un Moldu regarde en l'air.

- Qui le croirait, de toute façon ?

- On monte de quatre cents mètres !

Harry pensa que c'était une mauvaise idée. Plus on montait, plus il faisait froid. Il tenta de se distraire en regardant les petits points lumineux des lampadaires et des phares, en se demandant où en était sa famille adorée, en ce moment.

- Cap au sud ! Ville droit devant !

Toute la troupe vira de bord pour ne pas survoler un vaste réseau lumineux.

- Cap au sud-est et continuez à monter, nous pourrons nous cacher dans les nuages !

- Non mais ça va pas ! hurla Tonks. Hors de question, nous allons être trempés !

Une personne au moins avait conservé le sens des réalités, dans cette bande, et ce n'était pas plus mal. Le froid commençait à lui piquer méchamment les oreilles et ses doigts se serraient péniblement sur le manche du balai. A force de changer de cap sans arrêt, Maugrey allait les faire arriver à des heures pas possibles.

- Cap au sud-ouest ! Autoroute !

Il y avait sans aucun doute un moyen plus sûr et plus rapide d'atteindre leur destination. Les sorciers changeaient de position autour de Harry, et celui-ci avait bien envie de leur demander si ce cirque allait durer encore longtemps.

- Il faudrait revenir en arrière pour s'assurer qu'on est pas suivis, décréta Fol Œil.

- T'ES MALADE OU QUOI ? s'insurgea violemment Tonks. Nous sommes tous gelés. Nous y sommes presque, alors on descend.

Elle piqua vers le sol, Harry « sur les talons ». Ils se dirigeaient vers une gigantesque toile d'araignée brillante de mille feux, une ville énorme. Allaient-ils à Londres ? Ils descendirent encore et passèrent au-dessus d'un parc, puis de rues plus ou moins éclairées, avant d'atterrir enfin sur une pelouse miteuse au milieu d'une petite place. Tonks se dépêcha de détacher la valise, tandis que Harry regardait autour de lui. Les maisons étaient sales, certaines à l'abandon, les vitres cassées, le crépi se détachant par plaques. Les poubelles ne devaient pas être souvent ramassées, par ici.

- Où sommes-nous ?

- Attends une seconde...

Maugrey fouilla dans ses poches, ce qui lui prit un moment. Lui non plus n'avait pas pensé aux gants.

- Ah... Le voilà...

Il leva un genre de petit briquet argenté qu'il alluma. Le réverbère le plus proche s'éteignit avec un claquement. Le vieil homme répéta l'opération jusqu'à ce que toutes les lampes fussent éteintes.

- Petit emprunt à Dumbledore... Comme ça, les voisins moldus ne verront rien par la fenêtre, grommela Maugrey.

Tout le groupe traversa la place à sa suite, le bruit des pas étant heureusement étouffé par celui d'une chaîne stéréo dans une des maisons encore habitées.

Maugrey tendit un bout de parchemin à Harry, qui lut :

Le quartier général de l'Ordre du Phénix se trouve au 12, Grimmauld Place, Londres.