Salut aux lecteurs ! Aujourd'hui, nous évoquons la joyeuse généalogie de la famille Black. Bonne lecture à tous et merci pour tous vos commentaires.


Chapitre 6 : la Très Ancienne et (Presque) Éteinte Maison des Black

Harry et les jumeaux montèrent l'escalier en silence, suivis de près par Molly Weasley.

- Je veux que vous alliez directement au lit, et sans bavardage, prévint-elle en arrivant au premier étage. Nous avons beaucoup de choses à faire demain. Et ne faites pas de bruit, Ron et Ginny doivent déjà dormir.

- Dormir, ça m'étonnerait, commenta Fred à voix basse. Ils attendent surtout de savoir ce qui s'est passé en bas.

- Allez, filez au lit !

Harry entra dans la chambre qu'il partageait avec Ron, et Mrs Weasley referma la porte derrière lui avec un claquement sec qui eût suffi à réveiller l'autre occupant des lieux si celui-ci avait trouvé le moyen de s'endormir.

Tâchant de ne pas prêter attention à la respiration provenant du tableau accroché au mur, Harry se changea et déposa ses lunettes sur sa table de nuit. Un crissement attira son regard vers le mur en face de lui. Un léger mouvement se produisait juste à côté de Ron.

- C'est Ginny qui passe son oreille à rallonge, indiqua le rouquin. Comme ça, elle entendra tout. Elle veut connaître tous les détails. Et moi aussi ! J'en ai ras le chaudron d'être coincé ici sans infos !

Un hululement désolé ponctua cette affirmation. Hedwige et Coq s'ennuyaient ferme, perchés sur une armoire. Ils avaient reçu du miamhibou, mais cela ne compensait pas les heures de chasse qu'ils auraient pu passer dehors. Ron se releva soudain et alla mettre le verrou à la porte.

- Pourquoi tu fais ça ? s'étonna Harry.

- A cause de l'elfe de maison, expliqua Ron. Cette sale petite fouine s'est pointée ici la première fois que j'ai dormi dans cette chambre et a farfouillé dans mes affaires.

- Mais… Il n'est pas supposé pouvoir se téléporter, comme Dobby ?

- Je ne sais pas, je ne l'ai jamais vu faire. Peut-être qu'il est trop vieux pour ça…

Des grattements se firent entendre de l'autre côté de la cloison.

- Ginny s'impatiente...

Harry se lança alors dans un résumé aussi complet que possible de la réunion. Ron n'eut pas l'air trop surpris, excepté quand Harry fit mention de l'arme sur laquelle travaillerait Voldemort.

- Le reste, nous le savions déjà grâce aux oreilles, mais ça, c'est nouveau...

Crac !

- La barbe, vous deux ! Essayez de transplaner au milieu de la chambre, pas sur mes genoux !

- Il fait noir, répliqua George avant d'aller s'asseoir sur le lit de Harry, qui grinça pour protester contre le poids ajouté sur ses ressorts.

- Alors, vous avez attaqué le plat de résistance ?

- L'arme dont ils ont parlé ?

- Je dirais plutôt qu'ils ont un peu gaffé, dit George d'un air songeur. Ça, ils l'avaient gardé pour eux, jusque-là.

- Qu'est-ce qu'il pourrait inventer de pire que l'avada ? demanda Ron depuis son lit. Un sort pour tuer plein de gens en même temps ?

- Ou pour les tuer d'une façon vraiment horrible, suggéra Fred en frissonnant.

- Qui peut avoir cette arme, d'après vous ? Si elle existe déjà, bien sûr, interrogea Harry.

- Nous, j'espère, grommela Fred.

- Peut-être que Dumbledore la garde à Poudlard, ajouta son jumeau.

- Comme la pierre philosophale ? Ce n'était pas la meilleure solution, remarqua Harry.

- Une arme doit être plus grande qu'une pierre, non ? suggéra Ron.

- La taille ne fait pas la puissance, dit doctement un de ses frères. Ginny est petite, mais ses sortilèges de chauve-furie sont tout à fait redoutables.

- D'un autre côté, intervint Harry, on n'est même pas sûr que l'arme existe déjà. Voldemort cherche peut-être à créer un nouveau sort…

- Pschhh ! Dit l'autre jumeau. Taisez-vous !

Des bruits de pas montaient vers eux.

- Maman... On s'en va !

Deux craquements plus tard, les deux farceurs avaient disparu. Le parquet grinça derrière la porte. Puis les pas s'éloignèrent.

- Se faire fliquer par ses parents... le rêve... marmonna Ron. Elle est vraiment insupportable, en ce moment. Elle ne me lâche plus.

- Pourquoi toi particulièrement ?

- Je rentre en cinquième année, et c'est à ce moment qu'on choisit les préfets. Vu qu'elle en a été privée avec Fred et George, et qu'elle tient absolument à avoir un quatrième préfet dans la famille, c'est sur moi que ça tombe, gémit Ron. Mais je ne veux pas être préfet, moi ! Pas envie de passer le plus clair de mon temps à faire la morale à mes frères... Vu comment ça a marché quand Percy s'en chargeait... Et il faut aller à des tas de réunions casse-pieds, en prime ! Non, c'est hors de question que je sois préfet ! Ça me rend malade rien que d'y penser...

- J'avais oublié tout ça, reconnut Harry, qui comprenait enfin la raison du comportement bizarre du rouquin. Je ne crois pas que je serai nommé. J'ai sûrement trop enfreint le règlement pour ça.

Ron ricana avant de se gratter la tête.

- Je parie que Granger sera préfète pour Gryffondor... Et chez Serpentard, ce sera qui, d'après toi ?

- Le duo gagnant, ce serait Sarah et Blaise, mais ils ont à peu près autant de chances que Fred et George d'obtenir ce poste.

- Sans blague...

- Théodore ferait l'affaire, mais il est du genre discret et n'aime pas faire la police, donc ce ne sera sans doute pas lui non plus.

- Si c'est Malefoy, il va pouvoir numéroter ses abattis, commenta Ron. Je sais qu'il n'est pas très populaire même chez Serpentard.

- Ah ?

- Zabini en a parlé aux jumeaux, qui me l'ont répété. Finalement, vous êtes bien aussi malins que vous le prétendez. Hé, hé... Oh ! Malefoy ET Cobbyte en même temps...

- Hi, hi, hi ! Ce serait comique, mais ça ne risque pas d'arriver, pouffa Harry.

- Dommage... Je parie qu'elle l'anéantirait rien qu'en le faisant tourner en bourrique dès la première semaine, soupira Ron.

Sur ces bonnes paroles, les deux garçons finirent par s'endormir pour de bon.

# #

Le lendemain matin, les deux dormeurs furent tirés du sommeil par la voix pas vraiment mélodieuse de maître George.

- Maman veut voir tout le monde debout ! Le petit déjeuner est prêt, vous pouvez descendre à la cuisine. Ensuite, rendez-vous au salon pour nettoyer. Il y a plus de doxies que prévu et elle a trouvé un nid de boursoufs morts sous un canapé.

Après être passés dans la salle de bains de l'étage, qui avait été suffisamment réparée pour que le lavabo consentît à fournir de l'eau chaude, et avalé un bol de thé avec des tartines, les garçons se rendirent dans le salon, situé au premier.

C'était une pièce de belles proportions, aux murs peints en vert olive et ornés de tapisseries poussiéreuses. Des nuages de particules blanchâtres s'élevaient de l'épais tapis couvrant le sol chaque fois que quelqu'un y posait le pied. Tout cela aurait bien mérité un nettoyage car sous les couches de dépôt accumulées, on devinait des couleurs somptueuses. Une large baie vitrée donnait sur le square et permettait de voir ce qui se passait sur le perron. Des rideaux de velours vert mousse qui encadraient la fenêtre montait un bourdonnement incessant. Mrs Weasley et ses enfants s'activaient déjà autour, un foulard noué sur la bouche et le nez, chacun tenant à la main un vaporisateur rempli de liquide noir.

- Couvrez-vous le visage et prenez un pulvérisateur, ordonna Molly aux garçons quand elle les vit. C'est du doxycide. Merlin, je n'ai jamais autant de ces bestioles dans une seule pièce ! C'est une véritable invasion... Cet elfe de maison n'a vraiment rien fichu pendant ces dix dernières années. Bon, d'accord, il n'est plus de première jeunesse, mais...

- Kreattur peut faire des tas de choses quand il le veut, lança Sirius en entrant, un sac taché de brun à la main.

A l'odeur, il avait dû contenir de la viande fraîche.

- Je viens de donner à manger à Buck, expliqua Sirius en voyant les regards curieux des jumeaux. Je l'ai installé dans l'ancienne chambre de ma mère, au-dessus. Bon, voyons un peu ce secrétaire...

Il se pencha pour regarder par le trou de la serrure.

- Je suis presque sûr que c'est un épouvantard... Mais connaissant ma mère, ça pourrait être pire. Mieux vaut laisser Maugrey s'en occuper.

- D'accord, fit Mrs Weasley en rajustant le foulard qu'elle portait.

Leur ton faussement léger montrait sans ambiguïté qu'ils n'avaient rien oublié de la dispute – ô combien mémorable – de la veille.

Une cloche retentit soudain, déclenchant les hurlements de Mrs Black et des autres portraits. Sirius leva les yeux au ciel.

- Je leur avais pourtant dit de ne pas actionner la cloche, bon sang !

Il se rua hors du salon et descendit l'escalier pour mettre un terme aux cris du portrait de sa mère.

- Opprobre et déshonneur ! Immondes bâtards ! Traîtres à votre sang ! Enfants indignes...

Ginny se dirigea vers la porte en prenant tout son temps. Aussi, dès que le vacarme eût cessé, Harry put entendre la voix de Kingsley s'adressant à Sirius :

- Hestia vient de prendre la relève, c'est elle qui a la cape de Maugrey. J'ai pensé que je ferais bien de laisser un rapport à Dumbledore.

- Bonne idée. Va dans la cuisine, c'est libre pour le mom...

A ce stade, Ginny dut refermer la porte car sa mère la regardait avec un rien d'insistance.

Puis Molly ouvrit le Guide des Créatures Nuisibles, écrit par Gilderoy Lockhart, de sinistre mémoire, à la page des doxies.

- Faites bien attention, ils sont agressifs et venimeux. J'ai apporté un flacon d'antidote, mais j'aimerais autant que personne n'ait à s'en servir. Bien... A mon signal, vous commencerez à pulvériser. Ils vont nous sauter dessus, mais normalement, un bon jet devrait les paralyser. Quand ils tomberont par terre, jetez-les dans le seau.

Les apprentis nettoyeurs se mirent en ligne.

- Prêts ? Allez-y !

Au bout de quelques secondes, les doxies firent leur apparition. Ils avaient des ailes brillantes et colorées, des dents minuscules, mais néanmoins très pointues, et n'appréciaient pas du tout de se faire déloger à grands renforts de produits chimiques. Harry en visa un et lui expédia un jet de liquide en pleine tête. La bestiole tomba sur le tapis avec un bruit sourd. Harry la saisit par les ailes et la lâcha dans le seau.

- Fred ? Arrête de jouer !

Ledit Fred haussa les épaules et intoxiqua aussitôt le doxy qu'il tenait entre deux doigts. Sa mère le quitta des yeux un instant, qu'il mit à profit pour glisser la créature dans sa poche.

- C'est pour des expériences... pour nos Boîtes à Flemme, chuchota George.

Harry aspergea encore un doxy avant de demander :

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un assortiment de sucreries qui rendent malades, expliqua George en surveillant le dos de sa mère. Pas vraiment malade, bien sûr, juste ce qu'il faut pour devoir quitter le cours. Fred et moi bossons dessus depuis le début de l'été. Chaque bonbon comporte deux couleurs différentes : la partie orange va te causer les ennuis que tu veux. La pastille de gerbe te fait vomir, par exemple. Dès que tu as l'autorisation de sortir pour aller chez Pom-pom, tu avales la partie violette...

- ... qui te remet d'aplomb, enchaîna Fred. Tu peux alors passer une heure passionnante au lieu de la perdre en cours. Ce que nous avons écrit dans nos publicités.

Tout en tenant ce discours, il ramassait une demi-douzaine de doxies pour les mettre dans ses poches.

- Mais ce n'est pas encore au point, continua George. Jusqu'à maintenant, les cobayes ont eu du mal à s'arrêter de vomir assez longtemps pour avaler l'antidote.

- Quels cobayes ?

- Nous, bien sûr, s'amusa Fred. George a essayé les petits-fours Tournedelœil et nous avons pris tous les deux du nougat Néansang.

- Maman a cru que nous nous étions battus en duel, ce qui n'est pas plus mal...

- Alors votre projet de magasin avance bien ? murmura Harry.

- Nous n'avons pas encore acheté de local, mais nous vendons déjà bien par correspondance, détailla George avant de s'interrompre le temps que sa mère repartît à l'attaque des rideaux de velours. Nous avons passé des petites annonces dans la Gazette et d'autres journaux. Ça a déjà fait venir une vingtaine de clients.

- Tout ça grâce à toi... et à nos crèmes canaris, qui ont fait un vrai tabac l'année dernière. Maman ne se doute de rien, elle ne lit plus la Gazette à cause de tous les mensonges qu'ils racontent sur toi et Dumbledore.

Harry sourit largement. Obliger les jumeaux à prendre son prix du tournoi des Trois Sorciers avait visiblement été une excellente idée. Il remercia également le ciel que Mrs Weasley ne fût pas au courant de l'aide qu'il avait apportée aux deux farceurs. D'après elle, rien ne valait une carrière dans l'administration...

Par malchance, la dédoxysation des rideaux se prolongea et dura jusqu'à midi passée. Épuisée, Molly se laissa tomber sur un fauteuil, et se releva aussi sec après s'être assise sur le sac que Sirius avait laissé là, et qui contenait encore quelques rats morts. Les rideaux étaient luisants d'humidité. Harry ouvrit la grande baie vitrée pour les faire sécher plus vite, tandis que les jumeaux s'activaient autour du seau rempli de doxies adultes et de leurs œufs noirs, dissimulés par Ron et Ginny.

- Nous nous occuperons de tout ça après le déjeuner, dit soudain Mrs Weasley.

Elle désignait des armoires vitrées alignées le long des murs. Leurs étagères supportaient tout un bric-à-brac qui n'aurait pas dépareillé chez Barjow et Beurk : de vieux poignards, des griffes acérées, des peaux de serpents exotiques lovées, des boîtes en argent terni couvertes d'inscriptions étranges et une bouteille de cristal à la forme élégante, au bouchon incrusté d'une grosse opale, qui malheureusement semblait remplie de sang en partie desséché.

La cloche de la porte d'entrée retentit et les cris aigus de Mrs Black remplirent à nouveau la cage d'escalier.

- Restez ici, ordonna Molly en prenant au passage le sac de rats. Je vais vous apporter des sandwiches.

Naturellement, elle referma soigneusement la porte derrière elle. Naturellement, ses rejetons et Harry se dépêchèrent de la rouvrir pour écouter ce qui se passait en bas. Mais il n'y avait encore personne dans le hall. En revanche, en jetant un œil par la fenêtre, ils découvrirent Mondingus Fletcher portant un tas de chaudrons en équilibre instable. Très instable. Harry eut envie de lancer quelque chose sur le bonhomme pour tout faire tomber, mais ce n'était vraiment pas le moment de se faire remarquer par l'intraitable sorcière rousse, qui pour l'instant allait faire passer un mauvais quart d'heure à Mondingus.

A peine celui-ci fut-il entrée avec son chargement à l'origine forcément douteuse que toute la bande de garnements revint se coller à la porte pour écouter ce qui se passait.

- Ding' parle avec Sirius et Kinglsey, dit Fred. Ça vaudrait la peine de prendre les oreilles à rallonge...

Cette bonne idée devint inutile car l'explosion sonore qui suivit rendit superflu l'usage des dispositifs espions.

- CE N'EST PAS UNE CACHETTE POUR OBJETS VOLÉS ICI !

- Ça fait plaisir d'entendre Maman hurler contre quelqu'un d'autre, gloussa George. Ça change...

Il ouvrit un peu plus le battant pour ne rien perdre de l'algarade.

- VOUS ETES COMPLÈTEMENT IRRESPONSABLE ! VOUS CROYEZ QUE NOUS N'AVONS PAS ASSEZ DE SOUCIS COMME ÇA SANS QU'IL SOIT BESOIN DE VOUS VOIR ARRIVER AVEC UN ASSORTIMENT DE CHAUDRONS VOLÉS !

- Elle arrive à garder l'emploi du subjonctif même en pétard ? Je suis impressionné, commenta Harry.

- Ils auraient dû l'arrêter tout de suite, déplora George. Sinon, elle peut continuer comme ça pendant des heures. En plus, Mondingus fait une cible idéale pour elle. Ah... Mrs Black remet son numéro...

La cacophonie devient telle que toute forme d'écoute était impossible. Fred repoussa la porte avec une mine déçue, mais avant qu'il ait pu la refermer totalement, un elfe de maison se faufila dans la pièce.

A part un chiffon vraiment crasseux et usé noué en pagne autour de la taille, il ne portait rien. Comparé à Dobby, il avait l'air vieux et fatigué, il semblait très maigre, à voir sa peau pendre tristement sur ses os, et de grandes touffes de poils blancs lui sortaient des oreilles, qu'il avait fort longues, comme tous ses congénères. Il avait les yeux gris et larmoyants, et son nez avait la même forme de groin que ceux des têtes empaillées sur les murs de la cage d'escalier. Apparemment, il ne prêtait aucune attention à son environnement, car il passa devant les adolescents sans faire mine de les voir. Il avança vers le fond du salon, le dos rond et la démarche traînante, marmonnant sans cesse d'une voix désagréable. Harry se dit qu'en effet, une créature si pitoyable ne pouvait pas faire grand-chose dans une maison si grande.

- ... il a une odeur d'égout et en plus, c'est un bandit, grognait l'elfe, parlant bien sûr de Fletcher. Mais l'autre ne vaut pas mieux, cette horrible vieille bonne femme traître à son sang avec ses sales gosses qui viennent semer la pagaille dans la maison de ma maîtresse ! Oh, ma pauvre maîtresse, si elle savait, si elle savait quelle vermine est entrée dans ma demeure, que dirait-elle à ce pauvre Kreattur ? Oï, quelle honte ! Des sangs-de-bourbe et des loups-garous, et des traîtres, des voleurs, pauvre vieux Kreattur, que peut-il faire... ?

- Bonjour Kreattur, scanda Fred en claquant la porte.

Ledit Kreattur sursauta et cessa son monologue, mais sa surprise était feinte. Il savait fort bien que des humains se trouvaient dans la pièce.

- Kreattur n'a pas vu le jeune maître, dit-il en se tournant pour s'incliner bien bas. Sale petit gamin, fils de traîtresse, infidèle à son sang, ajouta-t-il le nez dans le tapis, mais de façon tout à fait compréhensible.

- Pardon ? Tu disais ? gronda George.

- Kreattur n'a rien dit du tout, jeune maître, affirma l'elfe, crânement, avant de faire une seconde courbette...

... et de marmonner très clairement :

- Et voilà son jumeau, des sales bêtes contre nature, ces deux-là.

Harry ne savait quelle attitude adopter. D'un côté, les paroles de Kreattur étaient révoltantes, et de l'autre, l'elfe était clairement timbré. Après avoir salué George, l'étrange serviteur se redressa et jeta à tous les sorciers un regard hostile. Convaincu que son bavardage passait inaperçu, il se remit à marmonner des insultes :

- Et l'autre traîtresse à son sang, qui fait sa fière dans la maison de ma maîtresse, oh si ma maîtresse savait ! Et mon pauvre petit maître... Et en voilà un nouveau, Kreattur ne l'a jamais vu... Que vient-il faire ici ? Kreattur n'en sait rien...

- Harry Potter, se présenta le jeune homme. Sang-de-bourbe de son état. Ravi de te rencontrer.

- Gnrkz... fit Kreattur. Que dirait ma maîtresse si elle me voyait en si mauvaise compagnie... Oh...

- Ne te fais surtout pas d'illusion, souffla Ron. La Granger lui trouverait sans doute des circonstances atténuantes, mais il sait parfaitement ce qu'il dit, et il sélectionne toujours les meilleures insultes en fonction de la personne en face de lui.

- Est-ce que c'est bien lui ? se demandait Kreattur. Kreattur voit la cicatrice alors ce doit être vrai. C'est lui qui a battu le Seigneur des Ténèbres. Comment a-t-il fait ?

- On se le demande tous, lâcha Ginny. Qu'est-ce que tu fais ici, Kreattur ?

- Kreattur fait le ménage... dit l'elfe d'un ton morne.

- Et tu PENSES qu'on va te CROIRE ? cria quelqu'un derrière eux.

Tout le monde sursauta avec un bel ensemble. Sirius regardait l'elfe de maison avec un mélange de colère et de dégoût assez proche de l'expression qu'arborait Rogue quand il se trouvait à proximité de Sirius. En réponse, le petit serviteur se courba rapidement en aplatissant son nez sur le tapis.

- Relève-toi, idiot, aboya Sirius. Qu'est-ce que tu fabriques ici ?

- Kreattur enlève la poussière, protesta l'elfe. Il ne vit que pour servir la noble maison des Black.

- Et la noble maison devient de plus en plus ignoble chaque jour. C'est d'une saleté repoussante, ici, tonna Sirius.

- Le maître a toujours aimé plaisanter, dit courtoisement Kreattur, avant d'ajouter un ton plus bas : Le maître est un sale pourceau ingrat qui a brisé le cœur de sa mère...

- Cette vieille vipère n'avait pas de cœur, coupa brutalement Sirius. Il n'y avait que la rancune pour la faire vivre.

- Le maître dit ce qu'il veut, grommela furieusement le petit elfe, mais il n'est pas digne d'enlever la boue des bottes de sa mère. Et on parie qu'il a ouvert le champagne quand le petit maître est mort !

- Je t'ai demandé ce que tu fichais ici ! s'énerva Sirius, coupant court à des plaintes quelque peu embarrassantes, semblait-il. Chaque fois que tu fais le ménage, tu en profites pour voler quelque chose et tu le caches pour qu'on ne puisse pas le jeter.

- Kreattur n'enlève jamais rien de la place qui est la sienne dans la maison du maître, assura l'elfe. La maîtresse ne pardonnerait jamais que l'on jette la tapisserie, sept siècles qu'elle est dans la famille. Kreattur doit la sauver, Kreattur ne laissera personne la détruire...

- Ah ! Je pensais bien qu'il s'agissait de cette horreur, dit Sirius avec une grimace. Il doit y avoir un autre maléfice de glu perpétuelle sur le mur pour qu'on ne puisse pas la décrocher, mais j'arriverai bien à m'en débarrasser. Va-t'en, Kreattur.

Celui-ci fut bien forcé d'obéir, mais en partant, il jeta à Sirius un regard haineux, et poursuivit ses incantations à l'encontre de son patron.

- Continue à marmonner comme ça et ta tête va finir sur le mur comme les autres ! hurla Sirius.

- Laisse tomber, suggéra Harry. Il est complètement frappé. Et il ne peut pas faire grand-chose.

- Ç'a toujours été un sale petit fouinard, toujours à la botte de ma mère ou de mon frère, grogna Sirius. Le pire, c'est qu'il refuse de partir d'ici. Pouah !

Puis il s'approcha lentement de la fameuse tapisserie.

Celle-ci avait connu des jours meilleurs. Ses couleurs s'étaient fanées et les doxies en avaient grignoté quelques morceaux. Cependant, ses broderies au fil d'or brillaient toujours et dessinaient un arbre généalogique complexe qui s'étendait sur plusieurs siècles. Au sommet de l'arbre s'étalait un grand titre en écriture compliquée :

La Noble et Très Ancienne Maison des Black

"Toujours Pur"

suivi du blason de la famille encadré de deux lévriers.

- Je ne te trouve pas, remarqua Harry après examen.

- J'y étais, répondit Sirius en indiquant un trou aux bords brûlés vers le bas de la tapisserie. Ma chère mère a effacé mon nom d'un coup de baguette le jour où je suis parti de la maison. Kreattur adore raconter cet épisode.

- Tu es parti de chez toi ?

- Quand j'ai eu seize ans. J'en avait assez de cette famille de dégénérés.

- Biologiquement, tu en fais toujours partie, rappela Harry.

Il avait dit cela avec le sourire et une pointe de malice, mais en voyant la colère qui s'allumait à nouveau sur le visage de son parrain, il préféra reculer d'un pas.

- Où es-tu allé ? demanda précipitamment Harry pour changer de sujet.

- Chez ton père. Tes grands-parents m'ont très bien accueilli. Je suis allé camper chez eux pendant les vacances scolaires et quand j'ai eu dix-sept ans, j'ai acheté une maison à moi. Mon oncle Alphard m'a légué une belle quantité d'or (à ce stade, Ron soupira doucement) – lui aussi a sauté, sûrement à cause de ça – et à partir de ce moment j'ai vécu par mes propres moyens. Mais j'ai toujours été invité à déjeuner chez James.

- Pourquoi es-tu parti ?

- Parce que je les haïssais tous, lâcha Sirius avec un rien de désinvolture. Mes parents avec leur obsession du sang pur, qui étaient convaincus qu'être un Black donnait quasiment un rang royal... mon petit crétin de frère, suffisamment bête pour les croire...

Sirius ne remarquait pas le malaise que ses paroles créaient autour de lui. Harry garda pour lui une réplique à propos du diamètre des chevilles de son parrain et se concentra sur l'arbre généalogique.

- Tiens, il est là...

Sirius tapa du doigt l'endroit qui portait le nom de Regulus Black. Il était mort environ quinze ans auparavant, tout juste âgé de dix-huit ans, ce qui jeta un autre froid.

- Il était plus jeune que moi, reprit Sirius, et un bien meilleur fils, comme on ne manquait jamais de me le faire observer, ajouta-t-il avec comme une pointe de jalousie.

- Ça fait un moment qu'il est mort, murmura Ginny avec une mine un peu triste.

- Ouais... l'imbécile... Il est devenu mangemort, ricana Sirius.

- Ah ? fit prudemment Fred.

- Vous avez vu le décor, non ? Vous vous doutez du genre de famille qui vivait ici, non ? s'impatienta Sirius.

- Et tes parents aussi étaient mangemorts ? demanda Harry.

- Oh non, bien sûr. Mais ils approuvaient les idées de Voldemort. Ils désiraient eux aussi purifier la race et conserver le pouvoir aux sangs-purs exclusivement. Ils n'étaient pas les seuls, d'ailleurs. Beaucoup de sorciers adhéraient plus ou moins ouvertement à ces théories, avant que Voldemort ne montre son vrai visage. Ils ont été un peu refroidis, par la suite. Mais au début, quand Regulus s'est engagé, mes parents voyaient sûrement en lui un brave petit héros.

- Comment est-il mort ?

- Voldemort l'a fait tuer. Regulus n'était pas assez important pour que Voldemort se donne la peine de faire ça lui-même. D'après ce que j'ai compris, Regulus a suivi jusqu'à un certain point, avant de paniquer et d'essayer de partir. Mais on ne démissionne pas comme ça. C'est servir ou mourir.

- Lui, au moins, il a compris qu'il faisait une bourde, grommela Fred. Pas comme certains qu'on connaît...

- Le déjeuner est prêt ! annonça la voix guillerette de Molly Weasley.

Sirius ne parut pas l'entendre, pas plus qu'il ne fit attention aux sandwiches qu'elle déposait sur une table. Il fixait toujours la tapisserie.

- Ça fait des années que je n'y pensais plus... Phineas Nigellus, mon arrière-arrière-grand-père. Le directeur le moins populaire de l'histoire de Poudlard.

- Il était Serpentard, je parie, interrompit Harry.

- En effet.

- Alors c'est normal. Par définition, un Serpentard est impopulaire, quoi qu'il fasse.

- Hem... Là, Araminta Meliflua, cousine de ma mère... Elle a tenté de faire passer une loi pour autoriser la chasse au Moldu.

- Charmant...

- Cette chère tante Elladora, qui a inauguré la tradition de décapiter les elfes de maison quand ils se faisaient trop vieux pour porter les plateaux de thé... Chaque fois qu'un membre de la famille était fréquentable, les autres le reniaient. La tante Claudia n'est plus là... Un peu voleuse, une excellente joueuse de poker... Elle préférait vivre chez les Moldus. Grave erreur... Et Tonks n'est pas là non plus. Ça doit être pour ça que Kreattur refuse de lui obéir.

- Tu es parent avec Tonks ?

- Sa mère Andromeda est ma cousine préférée. Si on cherche bien... Ah oui, elle n'est plus sur l'arbre. Ses sœurs sont bien là, par contre. Elles ont épousé de nobles sangs-purs, alors qu'Andromeda s'est mariée avec un sorcier fils de Moldus, Ted Tonks.

- Dora m'a dit que son père était moldu tout court, nota Harry. Attends une minute... Narcissa Black a épousé Lucius Malefoy ? C'est la mère de Drago ?

- Ouais, soupira Sirius. Toutes les familles de sang pur sont parentes entre elles, de toute façon. Nous ne sommes plus si nombreux et si on ne laisse ses enfants épouser que d'autres nobles, le choix est vite limité.

- Bonjour les dégâts dans l'hérédité, songea Harry.

- Molly est une cousine par alliance, Arthur est un cousin au second degré ou dans ces eaux-là... Ils ne sont pas ici non plus : traîtres à leur sang, naturellement. Ça fait des générations qu'ils sont considérés comme ça.

Harry se pencha de nouveau sur la tapisserie. Un double fil d'or reliait la cousine Narcissa à Lucius Malefoy, tandis qu'une unique ligne descendait vers Drago. La cousine Bellatrix était reliée par le même lien d'or à Rodolphus Lestrange. Mais aucun enfant ne lui était né. Tonks et Drago étaient les derniers descendants de la famille.

- Lestrange ? J'ai déjà entendu ce nom-là quelque part...

- Ils sont à Azkaban, dit froidement Sirius. Tu ne t'en souviens déjà plus ?

- Hein ? Ah, si... Ce sont eux qui ont envoyé les Londubat à Sainte-Mangouste... Je les avais vus dans la pensine de Dumbledore. Elle a l'air assez effrayante... Et très fière d'avoir servi Voldemort, sans compter que c'est une fanatique de premier ordre... Elle est amoureuse de lui, ou quoi ?

Sirius émit un son étranglé, comme s'il ne goûtait pas la plaisanterie.

- J'imagine que personne n'a envie de se vanter d'une famille pareille...

- Surtout pas d'elle, cracha Sirius avec mépris. La dernière fois que je lui ai parlé, j'avais à peu près ton âge. Je l'ai vue un moment quand elle est arrivée à Azkaban et c'est tout. Je suis tout sauf fier d'avoir une parenté de ce genre !

- J'avais bien compris, marmonna Harry.

- Je déteste être ici, grommela son parrain. Je ne croyais pas être obligé de revenir vivre dans cette maison.

Harry se dit qu'il n'apprécierait guère d'habiter à Privet Drive une fois adulte, bien qu'il ne ressentît pas une répulsion aussi forte à l'égard de cette demeure que Sirius envers la sienne.

- C'est l'idéal pour installer un QG secret, poursuivait Sirius. Plus personne n'y vit et mon père a doté la maison de tous les systèmes de sécurité connus dans le monde de la sorcellerie.

Ce qui ne suffisait visiblement pas face à un escroc dans le type de Mondingus Fletcher.

- En plus, elle est incartable, ce qui signifie que les Moldus ne peuvent pas la trouver... comme s'ils pouvaient en avoir envie ! Et Dumbledore a rajouté sa propre protection, bien entendu. Je crois qu'il est impossible de trouver plus sûr. Il est le gardien du secret pour la maison. Nul ne peut entrer sans qu'il ne lui révèle l'adresse. Ah ! Si mes parents pouvaient voir ce que nous faisons de cette demeure... Le portrait de ma mère te donne une idée de leur réaction.

Il soupira tristement.

- Ça me serait égal si je pouvais sortir un peu d'ici de temps en temps. J'ai demandé à Dumbledore si je pouvais t'accompagner au ministère pour ton audience... déguisé en chien, tout de même. Qu'en penses-tu ?

Harry faillit le remercier pour lui avoir remis en mémoire cette comparution qu'il avait oubliée en mettant le nez dans les arcanes de la famille Black. Au lieu de cela, il se contenta de hausser les épaules.

- Pourquoi pas... Si tu es sûr de ne pas te faire repérer...

- Ne t'inquiète pas... Je suis sûr que tu seras innocenté. Le code international du secret magique contient bien un article qui autorise l'usage des sortilèges en cas de danger.

- Et si je suis quand même renvoyé ? Je n'ai pas très envie de passer l'année chez les Dursley, mais cela m'étonnerait beaucoup s'ils m'autorisaient à venir vivre chez toi.

- Ouais... Je n'avais pas vu les choses sous cet angle.

- Allons, vous deux ! Venez vite sinon ces goinfres auront tout mangé sans rien vous laisser !

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Par bonheur, l'après-midi fut employée à des travaux exigeant une très grande attention. L'équipe de nettoyeurs s'attaquait aux armoires vitrées du salon et les vidait de leur contenu, ce qui n'allait pas sans risques. Les objets se montraient bien peu coopératifs et ne souhaitaient pas quitter leur place. Sirius se fit ainsi pincer par une tabatière récalcitrante, et sa main se couvrit sur-le-champ d'une sorte de croûte brune dégoûtante.

- De la poudre à verrues, sans doute, dit-il d'un ton léger avant de soigner sa main d'un coup de baguette magique.

Les jumeaux s'arrangèrent pour détourner la tabatière...

Les autres pièces de la collection atterrirent sans ménagements dans un grand sac où tout le monde jetait ce qui lui tombait sous la main.

Un appareil fort effrayant fut découvert sous la forme d'une sorte de grande pince à épiler en argent, dotée de pattes, qui tenta de faire des trous dans le bras de Harry. L'engin finit écrasé par une lourde généalogie des sorciers, assez semblable à celle dont Théodore avait réussi à se débarrasser après un Noël à Poudlard. Ils trouvèrent aussi une boîte à musique d'où montait une musique aigrelette dotée d'un curieux pouvoir somnifère. Ginny fut la seule à garder ses esprits et ferma le couvercle. Parmi les pièces intéressantes, Harry découvrit un médaillon en métal lourdement ouvragé, où il put distinguer malgré l'usure la forme d'un serpent. En dépit de ses efforts, il ne parvint pas à l'ouvrir. Par la suite, Harry ne parvint pas à retrouver ce bijou, et il soupçonna Kreattur de l'avoir escamoté. En revanche, les sceaux de la famille et une médaille de l'Ordre de Merlin première classe décernée au grand-père de Sirius ("En échange d'un gros sac d'or !") connurent le triste sort de la poubelle. Kreattur ne parvint pas à les sauver, pas plus que la chevalière du défunt Mister Black, portant les armoiries de la maison. A cette occasion, les jeunes gens purent enrichir considérablement un répertoire d'insultes pourtant déjà bien fourni.

- C'est drôle, commenta Sirius. Kreattur n'était pas aussi dévoué à mon père qu'à ma mère, mais la semaine dernière, il serait quand même contre lui un de ses vieux pantalons...

Cette image amena quelques sourires discrets.

Le nettoyage complet du salon prit trois jours, au bout desquels il ne resta plus dans la pièce, outre les meubles, que l'arbre des Black et l'inquiétant secrétaire qui tressautait sur ses pieds. Maugrey n'était pas encore passé à Grimmauld Place, Salazar dixit, et Molly refusait d'y toucher sans son avis.

Après le salon, la salle à manger du rez-de-chaussée fut la victime de cette rénovation par le vide. Le buffet contenait toute une colonie d'araignées grosses comme des soucoupes, et Ron s'esquiva très vite dès qu'il les vit. Sirius voulait jeter la vaisselle en porcelaine, ce qui lui valut un sermon de la part de Ginny.

- Vous devriez avoir honte de gâcher toute une ménagère d'aussi bonne qualité juste parce que son décor ne vous plaît pas. Dans quelles assiettes allons-nous manger, si vous les détruisez ? Je connais des tas de gens qui seraient heureux d'avoir de la vaisselle de cette qualité chez eux ! Il suffit d'enlever l'écusson et vous pourrez vous en resservir.

Les photos anciennes dans leurs cadres en argent disparurent dans le sac et les personnages en noir et blanc crièrent de frayeur pendant leur chute.

Ce n'était plus du ménage, c'était une vraie guerre menée contre un organisme qui se défendait, en la personne d'un anticorps nommé Kreattur. Ce dernier emportait tout ce qu'il pouvait, bien que Sirius le menaçât de lui donner des vêtements.

- Le *#~*$* maître fait ce que le &^*¤* maître désire, répliqua Kreattur, mais il ne mettra pas Kreattur à la porte, parce que Kreattur sait très bien ce qui se prépare ! Oh oui, le *£- maître complote avec des sangs-de-bourbe, des traîtres, des sales petits...

Le reste se perdit quand Sirius attrapa l'elfe par son pagne et le jeta dehors.

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Les visites se succédaient à un rythme effréné, la cloche de l'entrée déclenchant un tohu-bohu plusieurs fois par jour. Harry parvint à récupérer Salazar lors d'un dîner et le petit homme de bois se montra particulièrement prolixe :

- Oh, leur grande affaire, c'est de surveiller le ministère de la magie, en ce moment, expliqua-t-il aux adolescents serrés autour de lui. Plusieurs membres de l'ordre se relaient jour et nuit pour monter la garde près d'un endroit sensible à l'intérieur du bâtiment, le département des mystères. Je ne sais pas de quoi il s'agit, puisque le ministère a été créé longtemps après ma mort, mais cela a l'air excessivement important. De plus, le professeur Rogue a rapporté que mon crétin de descendant faisait du pied aux géants, aux trolls et aux loups-garous. Hier soir, cela a failli dégénérer... Mister Black a raconté quelques sornettes au jeune Rogue à propos de Mister Lupin, lequel a tenté de calmer le jeu, sans grand succès. Ce Sirius a l'air extraordinairement têtu, même pour un Gryffondor. Euh... pardon, jeunes gens...

- Excellent ! approuva George après écoute du rapport. Le département des mystères renferme tous les projets top-secrets du ministère : nouveaux sortilèges, études étranges... L'endroit rêvé pour se procurer une nouvelle arme !

- Merci Salazar. Nous allons vous remettre sur l'étagère, d'accord ?

- Je veux bien. Mais ensuite, je veux rentrer à Poudlard avec vous, les mômes.

Ainsi fut fait.

Salazar écouta donc les discussions de Rogue, McGonagall et d'autres. Harry rata son directeur, mais parvint à entrevoir la co-directrice, vêtue d'un tailleur moldu qui n'enlevait rien à son air de professeur sévère. Tonks vint aussi à la maison et resta quelques heures pour chasser du grenier une goule très agressive. Lupin répara une horloge qui crachait des boulons à la tête de toute personne passant près d'elle, ce qui avait occasionné nombre de bleus et de bosses. Mondingus remonta un peu dans l'estime de Mrs Weasley en venant au secours de Ron, pris à parti par une collection de vieilles robes pourpres ensorcelées pour étrangler les intrus.

Malgré des rêves récurrents de couloirs sombres et de portes verrouillées qui lui donnaient des picotements dans la cicatrice, Harry s'amusait beaucoup à découvrir toutes les possibilités qu'offrait la maison des Black. Cela lui permettait de ne pas trop penser à son audition, qui approchait à toute vitesse. Il n'en parlait à personne, en dépit des efforts de Salazar pour lui remonter le moral. Harry voyait parfois un fonctionnaire brisant sa baguette, ou encore sa valise qui l'attendait devant la porte des Dursley... Il frissonnait chaque fois qu'il s'imaginait rentrant chez eux pour une année entière. S'il était renvoyé, peut-être pourrait-il partir à Durmstrang ?

La peur devint plus forte que jamais quand, la veille de l'audition, pendant le dîner, Molly lui déclara d'un ton qu'elle jugeait rassurant :

- Je t'ai repassé tes plus beaux habits et je veux que tu te laves les cheveux ce soir. Une première impression favorable peut faire des merveilles.

Lui n'en était pas aussi convaincu, et un grincement sec monta des étagères du vaisselier.

- Comment je vais aller là-bas ?

- Arthur va t'emmener en allant au bureau, ne t'inquiète pas, dit Molly avec un petit sourire.

- Oui, tu pourras attendre l'heure de l'audience avec mes collègues. Ils sont plutôt sympathiques, dans l'ensemble.

Sirius paraissait vouloir dire quelque chose, mais se ravisa.

- Dumbledore a dit qu'il n'était pas prudent que Sirius t'accompagne, ajouta Mrs Weasley.

- Il a tout à fait raison, marmonna Sirius, les dents serrées.

- Quand est-ce que Dumbledore vous a dit ça ?

- Hier soir, quand il est venu, répondit Molly.

Harry grimaça de plus belle. Non seulement le vieux le maintenait dans l'ignorance la plus complète, mais il ne venait même pas lui dire un mot ou un conseil qui aurait pu, éventuellement, s'avérer utile.