Salut les lecteurs ! Un nouveau chapitre où l'on se rend au ministère pour une audience... Je vous en souhaite bonne réception.

Sinon, si vous passez à Paris dans les jours prochains et que vous êtes fans de "Sherlock", je vous conseille d'aller faire un tour dans la Rue des Boulangers et d'admirer le travail du groupe Believe in Sherlock. J'ai rarement vue la fiction déborder à ce point sur la réalité, moi...


Chapitre 7 : le Ministère de la Magie

Le lendemain, Harry s'éveilla d'un seul coup. Les aiguilles brillantes de son réveil-matin indiquaient cinq heures et demie. Il resta un moment assis sur son matelas, tandis que Ron ronflait doucement. Puis il finit par se lever en emportant les vêtements frais que Mrs Weasley avait déposés sur une chaise à côté de son lit. Après avoir récupéré ses lunettes, Harry sortit sur la pointe des pieds et se dirigea vers la salle de bains.

Vingt minutes plus tard, il en émergea les lunettes encore un peu embuées, et descendit l'escalier vers la cuisine, espérant bien n'y trouver personne.

Hélas, la pièce était déjà occupée. Les Weasley y parlaient en compagnie de Sirius, Tonks et Lupin. Se résignant, Harry poussa la porte. Mis à part Molly, qui portait encore une robe de chambre matelassée (au mois d'août ? Elle devait être bien frileuse...), tous étaient déjà habillés pour partir au travail.

En découvrant Harry sur le pas de la porte, Mrs Weasley se leva d'un bond et se dépêcha d'allumer un bon feu dans la cheminée.

- Petit déjeuner ! lança-t-elle.

- Zour, articula Tonks entre deux bâillements. Bien dormi ?

- Ça va ?

- Suis restée d'bout toute la nuit... marmonna la jeune femme en s'étirant. Viens vite t'asseoir.

- Qu'est-ce que tu veux manger ? demanda Molly. Du porridge ? Des harengs ? Des œufs au lard ? Des toasts ?

Harry soupira. On aurait pu croire qu'elle tenait absolument à le rendre malade.

- Juste des toasts, s'il vous plaît.

Lupin eut la bonne idée de faire embrayer la conversation sur le patron de Tonks, laissant Harry tranquille. Mrs Weasley posa sur son assiette deux toasts à la marmelade, que le garçon mâchonna sans appétit. Pendant ce temps, la sorcière rousse tentait d'arranger ses cheveux et son col, ce qui l'ennuyait plus qu'autre chose.

- ... et il faudra dire à Dumbledore que je ne peux pas assurer le service ce soir, je suis trop fatiguée pour ça, disait Tonks en luttant contre le sommeil.

- Pas de problème, je te remplace, décréta Arthur Weasley. En plus, j'ai un rapport à faire.

Il avait troqué sa robe contre un pantalon à rayures et un vieux blouson de cuir sur une chemise. Il passerait tout à fait inaperçu parmi des Moldus.

- Comment tu te sens, Harry ?

- Boh...

- Ce sera bientôt terminé, dit Mr Weasley avec un sourire. Dans quelques heures, tu seras innocenté. L'audience aura lieu à mon étage, dans le bureau d'Amélia Bones. C'est la directrice du Département de la Justice Magique. C'est quelqu'un de bien, tu verras.

- Ouais, approuva Tonks. Elle est impartiale, on peut lui faire confiance. Elle t'écoutera.

- Surtout, sois très poli avec eux et ne t'énerve pas, intervint Sirius. Tiens-t'en juste aux faits.

Harry leva discrètement les yeux au ciel. Si son parrain s'en était tenu aux faits, il n'aurait pas été obligé de se cacher dans sa propre maison.

- Effectivement, la loi est de ton côté, argumenta Lupin. Même un sorcier mineur a le droit de lancer un sort si sa vie est menacée.

Harry ne put lui répondre, car quelque chose de très froid lui coula soudain dans la nuque. Mrs Weasley tentait de dompter ses cheveux avec un peigne mouillé, sans succès, et elle renonça rapidement à son projet.

- Bon, nous ferions mieux d'y aller, dit son mari. Je sais que nous sommes en avance, mais il serait bon que nous soyons sur place.

Harry se leva aussitôt.

- Bonne chance, souhaita Lupin.

- Tu verras, mon grand, tout ira bien, assura Tonks avec un large sourire.

- Et si ce n'est pas le cas, coupa Sirius d'un ton menaçant, je m'occuperai d'Amélia Bones pour toi.

- Tu es si pressé de retourner à Azkaban ? lui lança sèchement Harry.

Le froid ainsi jeté empêcha Molly de se jeter à son cou, ce qui était une bonne chose. Après avoir salué tout le monde, Harry trotta dans le couloir pour rejoindre Arthur Weasley. Les portraits ronflaient encore et les deux sorciers refermèrent doucement la porte en sortant pour ne pas les réveiller.

Ils traversèrent la place à grands pas, et Mr Weasley consulta un plan avant de se lancer dans une des rues qui aboutissaient au square.

- Vous n'allez pas au bureau à pied, d'habitude ? s'enquit Harry.

- Non, je transplane. Mais comme tu ne peux pas encore, je préfère que nous nous y rendions comme ça. De plus, vu ce qui t'est reproché, arriver de façon non magique pourrait être un point positif.

Tout en avançant dans des rues désertes et bordées de maisons délabrées, Mr Weasley jetait des coups d'œil furtifs à droite et à gauche, sans lâcher sa baguette, dissimulée dans une de ses poches. La station de métro dans laquelle lui et Harry s'engouffrèrent était tout aussi miteuse et mal entretenue que les trottoirs, mais elle débordait de voyageurs qui attendaient leur rame. Arthur Weasley en profita pour examiner tous les appareils qu'il pouvait approcher sans se faire remarquer.

- C'est vraiment très ingénieux, déclara-t-il à propos des distributeurs automatiques de billets.

- Oui, quand ils sont réparés, commenta Harry dans un sourire.

Pour cause de panne, donc, ils durent acheter leurs tickets à un employé des transports. Quelques instants plus tard, ils se trouvaient à bord d'une rame bringuebalante qui les emmena vers le centre de la capitale. Mr Weasley, anxieux, ne quittait pas le plan des yeux et comptait les stations qui restaient avant le ministère.

Ils sortirent à quelques encablures de la Cité administrative, au milieu d'un flot de commerciaux en costume strict qui se dirigeaient vers les gratte-ciels où siégeaient leurs sociétés.

Pendant un instant, Mr Weasley parut hésiter, et Harry songea durant quelques secondes de panique qu'ils s'était trompé d'arrêt, en dépit de toutes ses précautions.

- Ah ! C'est par là, finit par décider son guide. Désolé, fit-il en marchant à grandes enjambées, je n'ai pas l'habitude de venir par ici. En fait, je n'avais encore jamais utilisé l'entrée des visiteurs.

Laissant derrière eux les grands immeubles vitrés de la City, les deux sorciers parvinrent dans une rue où des feuilles de journaux voltigeaient dans les caniveaux et dont les fenêtre n'avaient sans doute pas vu de nettoyeur depuis de longues années. Il n'y avait là que des bureaux de seconde zone, un pub et une benne à ordures. Connaissant le degré d'ostentation des hauts représentants du monde sorcier, Harry fut assez surpris du choix de cet emplacement.

- Bien ! Nous y sommes, assura Mr Weasley.

Il désigna une cabine téléphonique rouge usagée, couverte d'inscription et certainement hors service.

- Après toi, dit-il d'un ton joyeux en ouvrant la porte devant Harry.

Celui-ci jeta un coup d'œil méfiant à l'ensemble avant d'entrer. Une fois que Arthur Weasley fut entré à son tour, le garçon se retrouva coincé le nez sur le cadran. Sans se préoccuper de l'état délabré de l'installation, Mr Weasley tendit la main et saisit le combiné.

- Vous êtes sûr de pouvoir appeler quelqu'un ?

- Mais oui... Je suis certain que ça fonctionne. Alors... Il faut faire le six... puis deux... quatre... encore un quatre... et encore deux...

Le cadran glissa pour se remettre en place et une voix féminine froide, avec un léger écho, s'éleva dans la cabine. On aurait cru qu'elle provenait d'un haut-parleur dissimulé dans une paroi.

- Bienvenue au Ministère de la Magie. Veuillez indiquer clairement votre nom et l'objet de votre visite.

- Euh... hésita Mr Weasley, ne sachant exactement où parler. Hum ! Ici Arthur Weasley, service des détournements de l'artisanat moldu, j'accompagne Harry Potter qui a été convoqué à une audience disciplinaire...

- Merci, coupa la voix d'une façon aussi malpolie que peu rassurante. Le visiteur est prié de prendre son badge et de l'attacher bien en vue sur sa robe.

Un petit déclic se fit entendre, puis quelque chose grinça et un objet tomba dans la coupelle destinée aux pièces rendues à l'utilisateur. Harry le ramassa et découvrit un badge carré en métal argenté (toujours le goût du clinquant) portant la mention : "Harry Potter, audience disciplinaire". Il l'épingla sur sa chemise d'une main un peu tremblante, tandis que la voix donnait de nouvelles instructions :

- Le visiteur est prié de se soumettre à une fouille et de présenter sa baguette pour enregistrement au comptoir de la sécurité situé au fond de l'atrium.

La cabine trembla sur sa base dans un tintement de vitres mal fixées, puis elle commença à s'enfoncer dans le sol. Harry vit le trottoir monter vers le sommet de la cabine téléphonique, puis celle-ci disparut entièrement sous la surface et continua de descendre vers les profondeurs de la capitale, accompagnée par le bruit grave de la machinerie qui l'activait, telle un ascenseur d'un genre nouveau.

Il fallut un peu plus d'une minute avant que la lumière ne refît son apparition. Un rayon d'une chaude teinte dorée, sans aucun rapport avec la lueur des néons du métro, s'infiltra au ras du plancher, puis s'étala nonchalamment dans tout l'habitacle, forçant Harry à fermer les yeux pour ne pas être ébloui.

- Le ministère de la magie vous souhaite une bonne journée, annonça la voix de la standardiste.

La porte s'ouvrit en couinant, et les deux sorciers purent enfin entrer dans le ministère, qui laissa Harry bouche bée.

Si Poudlard faisait montre d'un certain décorum, le Ministère de la Magie déployait un luxe époustouflant. L'entrée du bâtiment était constituée d'un hall aux proportions pharaonesques au sol couvert d'un plancher de bois sombre ciré et poncé au millimètre. Le plafond peint en bleu roi avait été incrusté de symboles en métal doré qui se transformaient et se déplaçaient pour former un gigantesque tableau d'affichage indiquant directions et informations de dernière minute. Sur une hauteur de deux mètres, les murs s'ornaient de lambris luisants d'encaustique, dans lesquels s'ouvraient à intervalle régulier des cheminées aux manteaux de pierre à la teinte dorée. Des sorciers émergeaient de la rangée de cheminées de gauche, tandis que d'autres s'apprêtaient au départ devant la rangée de droite.

Au milieu du hall se dressait une immense fontaine, qui laissait loin derrière les petits jeux d'eaux des cours de Poudlard. Des statues d'or plus grandes que nature se tenaient au milieu d'un bassin circulaire. La plus élevée représentait un sorcier à l'allure chevaleresque, la baguette pointée vers le ciel. A ses côtés se trouvait une sorcière à la plastique parfaite. Autour d'eux figuraient un centaure, un gobelin et un elfe de maison. Les trois créatures contemplaient les deux humains avec adoration ce qui, dans deux cas sur trois, ne risquait pas d'arriver spontanément. Des jets d'eau jaillissaient des deux baguettes magiques, de la flèche pointée par le centaure, du chapeau en pointe du gobelin et des oreilles de l'elfe, ce que Harry trouva fort comique. L'eau produisait un doux murmure qui répondait aux bruits secs des transplanages et du réseau cheminette. Tout cela était noyé par les pas de centaines de fonctionnaires qui se dirigeaient vers deux grandes portes en métal ouvragé, de l'autre côté de la fontaine. La plupart avait l'air aussi grognon et mal réveillé que leurs équivalents moldus.

- Par ici, indiqua Mr Weasley en poussant Harry au milieu d'une foule d'employés administratifs qui portaient des piles de papiers ou de cartons, de petits mallettes fatiguées ou le journal du matin.

En passant devant la fontaine, Harry repéra l'éclat métallique de noises et de mornilles au fond du bassin. Un écriteau aux inscriptions à peine lisibles précisait :

Les Sommes Récoltées dans la Fontaine de la Fraternité Magique

Seront Intégralement Reversées à l'Hôpital Sainte Mangouste.

Harry soupira en se disant que l'hôpital ne ferait jamais de bénéfices s'il se contentait de l'argent ainsi récupéré. Personne n'était assez riche, ou assez généreux, pour déposer un gallion dans la fontaine.

- Si je ne suis pas viré, songea le jeune homme, j'y mets dix gallions d'un coup.

Arthur Weasley le tira par la manche pour le diriger vers la gauche du hall, vers une grande pancarte jaunie qui proclamait "Sécurité" en lettres gothiques.

- Salut, Arthur ! fit une voix un peu lasse derrière eux.

Harry se retourna pour découvrir un grand sorcier barbu, qui tenait serrée contre lui une boîte en carton renforcée d'agrafes en acier, d'où provenaient des crissement inquiétants.

- Qu'est-ce que c'est que ça, Bob ?

- Bonne question, répliqua l'autre. Nous pensions d'abord qu'il s'agissait d'un simple poulet, puis il s'est mis à nous cracher du feu à la figure. Encore quelqu'un qui a fait de l'élevage expérimental en douce. Bon, il faut que j'y aille. Bonne journée !

- A toi aussi ! Bon, c'est notre tour...

Il poussa Harry vers le bureau de la sécurité, tenu par un fonctionnaire mal rasé, vêtu d'une robe bleue quasi assortie à la couleur du plafond. Il déposa sa Gazette pour regarder les deux arrivants.

- J'accompagne un visiteur, énonça Mr Weasley.

- Approchez-vous, demanda le sorcier.

Harry s'avança et fut examiné sous toutes les coutures à l'aide d'une longue tige de métal semblable à une antenne de radio, qui lui rappela un des détecteurs de Maugrey.

- Bon... Baguette magique, ordonna le sorcier qui tendit la main.

Harry lui donna sa baguette, non sans un peu d'appréhension. Le vigile la plaça sur une curieuse balance de cuivre à un seul plateau, qui émit toute une série de cliquetis avant de délivrer par une fente ménagée à sa base un petit morceau de parchemin. Les sorciers connaissaient le principe de la caisse enregistreuse ? Pas croyable !

- Vingt-sept centimètres et demie, plume de phénix, en usage depuis quatre ans, c'est bien cela ?

- Oui, assura Harry.

- Je garde ce relevé, indiqua le sorcier en fichant le bout de parchemin sur une pique de cuivre. Je vous rends votre bien.

- Merci.

Mr Weasley le ramena vers le flot des arrivants avant que le garde n'eût le temps de poser des questions. Mais ils n'avaient pas fait trois pas que des voix impérieuses les hélèrent.

- Hé ! Harry !

- Par ici !

Le Serpentard aperçut alors, plantés devant la fontaine, deux personnages qu'il connaissait fort bien depuis l'année précédente : Messieurs les Oncles Basile et Alexandre McLagan. Les deux hommes lui faisaient de grands signes et l'un d'eux tenait avec soin une petite caisse de bois.

- Alors, qu'est-ce que tu penses de la fontaine de la propagande ? demanda le courtaud oncle Basile.

- Ça définit assez bien le motif, ricana Harry. Merci d'être venus. J'espère que vous n'avez pas traversé la moitié de la planète pour ça, au moins ?

- Il fallait bien rentrer en Angleterre pour permettre à Théodore de faire ses courses, expliqua l'oncle Alexandre. En attendant, voici qui te sera très utile...

Il tendit la caissette, ornée de runes et bardée de renforts en métal.

- Tu nous la rendras après l'audience, d'accord ?

- C'est une pensine ?

- Tout à fait, mon gars ! Avec ça, plus besoin d'explications ni de longs discours. Des faits, rien que des faits...

- Alors à tout à l'heure.

- Hé, pas si vite ! le retint Basile. Il n'y pas que ça...

- Ah ?

- J'ai laissé traîner mes oreilles. Plusieurs membres du Magenmagot parlent d'une audience importante, et ton nom revient souvent.

- Seulement, ils ont aussi mentionné l'horaire…

- Et on dirait bien qu'ils t'attendent à huit heures, pas neuf. Ça te laisse un bon quart d'heure, mais ça pouvait faire une mauvaise surprise…

- Et à tous les coups, c'est fait exprès, renchérit l'oncle Alexandre. Les absents ont toujours tort…

Quelque part, Harry s'attendait à un coup-fourré. Mais descendre aussi bas…

- Mais, s'ils parlent d'une grosse audience, ce ne sera donc pas dans le bureau d'Amelia Bones ?

- Non en effet, ils semblaient se rendre aux niveaux inférieurs, il y a une vieille salle d'audience en bas.

- Et bien merci beaucoup. Sans vous, je serais sûrement tombé dans le panneau…

- Bonne chance !

- Nous touchons du bois pour toi...

- Mais qui sont ces gens ? demanda ensuite Arthur Weasley, très perplexe.

- Vous les avez vus à la coupe du monde, je crois. Ce sont les oncles de Théodore Nott.

- Ah, oui, très juste. Une pensine, hein ? C'est vraiment très chic de leur part. Bon, suis-moi, nous avons juste le temps de passer à mon bureau.

Franchissant les grandes portes qui marquaient la fin du hall, Harry parvint dans une salle plus petite, desservie par une vingtaine d'ascenseurs aux grilles ouvragées assorties aux motifs de l'entrée principale. Les deux sorciers entrèrent dans la première cabine qui se présenta. Harry dut se tasser dans un coin pour échapper autant à la presse qu'aux regards curieux qui se posaient sur lui. Il rabattit une partie de sa frange sur sa cicatrice et attendit patiemment dans son coin. L'ascenseur, qui couinait sous la charge, monta lentement vers les étages, accompagné par la même voix féminine que dans la cabine téléphonique.

- Niveau sept : Département des jeux et sports magiques, Siège des ligues britanniques et irlandaises de Quidditch, Club officiel de Bavboules, Bureau des Brevets saugrenus.

Dans ce monde-ci, la Grande-Bretagne et l'Irlande faisaient donc encore partie d'un même tout, ignorant la politique moldue.

Les portes s'ouvrirent pour laisser passer quelques employés qui s'enfoncèrent dans un couloir mal tenu, décoré de quelques affiches d'équipes de quidditch punaisées de travers dans un plâtre de mauvaise qualité. Un sorcier charriant plusieurs balais se faufila entre ses collègues et disparut à son tour, non sans accrocher au passage le col d'un des fonctionnaires en transit. L'ascenseur repartit.

- Niveau six : Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des portoloins, Centre d'essai de transplanage.

Une demi-douzaine de sorcières sortirent à leur tour, laissant place à de petits avions de papier violet qui planaient paresseusement en l'air, et vinrent s'installer autour de la lampe qui éclairait la cabine dans un froissement de feuilles pliées. Les mots "Ministère de la Magie" soigneusement calligraphiés s'étalaient sur leurs petites ailes.

- Ce sont des notes de service qui voyagent d'un bureau à l'autre, expliqua Arthur Weasley. Avant que quelqu'un n'invente ça, nous utilisions des hiboux, mais ils étaient vraiment trop salissants... Les dépenses qu'occasionnait le nettoyage...

Les avions continuèrent à voleter de-ci, de-là, tandis que les magiciens poursuivaient leur trajet vertical.

- Niveau cinq ; Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique.

Ce secteur devait grouiller d'activité, car si deux notes s'y engouffrèrent, toute une meute vint les remplacer, remplissant la cabine d'un intense bourdonnement de papier.

- Niveau quatre : Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, sections des animaux, êtres et esprits, Bureau de liaison des gobelins, Agence de conseil contre les nuisibles.

- S'cusez-moi, dit Bob en sortant avec son poulet incendiaire sous le bras.

Quelques notes le suivirent. Harry repensa aux propos de Bill sur les gobelins et se demanda si les sorciers travaillant dans ce domaine étaient surchargés de paperasse ou, au contraire, se trouvaient en chômage technique par suite d'une rupture des relations.

- Niveau trois : Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des oubliators, Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus.

Des gens qui allaient avoir beaucoup de travail dans les mois à venir, se dit Harry. Il fallait sans doute disposer de beaucoup d'imagination pour mettre au point des explications tenant la route et variées face aux Moldus témoins de magie. Harry soupçonnait que les habitués de la technologie n'étaient pas aussi fermés aux manifestations paranormales que les sorciers voulaient bien le croire. A son humble avis, tous les gens qui n'avaient pas subi le sort d'oubliette devaient savoir à peu près à quoi s'en tenir quant à leurs étranges voisins...

- Niveau deux : Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des aurors, Services administratifs du Magenmagot.

- Nous descendons, annonça Mr Weasley.

Ils franchirent le seuil pour passer dans un couloir en meilleur état que celui du département des sports.

- Mon bureau est à l'autre bout...

- Dites, demanda Harry au bout de quelques pas, nous ne sommes plus sous terre ?

Et il désigna la lumière chaude qui se répandait par les fenêtres percées de place en place dans les murs de pierre blanche.

- Si, si. Ce sont des fenêtres enchantées. Ça permet de ne pas déprimer dans le noir. C'est la maintenance magique qui décide quel temps nous auront pour la journée. La dernière fois qu'ils ont demandé une augmentation, nous avons eux droit à deux mois d'ouragans... Pas terrible... C'est là.

Ils tournèrent dans un couloir et passèrent une double porte en chêne extrêmement solide. La salle de l'autre côté ressemblait à un bureau moldu moderne, divisée en de multiples compartiments par des cloisons basses. On parlait beaucoup dans cette pièce et des notes de service volaient en tous sens et à toutes les altitudes. Accroché à droite de la porte, un écriteau (toujours cloué de travers, ça devenait une habitude) indiquait que l'on se trouvait au QG des aurors.

L'ensemble ne donnait pas une très haute idée de la qualité d'organisation de ce corps d'élite. Chacun avait recouvert les parois de son espace de travail d'une quantité affolante de papiers : portraits des criminels les plus recherchés, photos de familles, affiches de quidditch, articles de journaux, cartes postales... Un gaillard vêtu d'une longue robe rouge, fort peu discrète, les cheveux noués en queue-de-cheval, dictait un rapport à une plume à papote aussi voyante que celle de Rita Skeeter. Harry finit par repérer Shacklebolt en pleine conversation avec une sorcière borgne portant un bandeau de pirate. L'auror nota aussi leur présence.

- Ah, Weasley ! Vous avez une seconde, j'ai un mot à vous dire.

- Si c'est vraiment un mot et une seconde, répliqua Mr Weasley d'un ton pincé, je n'ai pas beaucoup de temps.

La comédie était si bien jouée que pour un peu, Harry se serait pincé pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Il suivit les deux hommes en silence, serrant la boîte à pensine contre lui, tandis que Kingsley les faisait avancer vers son bureau.

Partout autour du fauteuil et de la table, des photos de Sirius avaient été punaisées. Harry les regarda les unes après les autres. Sirius à son entrée à Azkaban, au mariage de James et Lily, des portraits supposés, fondés sur les derniers renseignements... Dans le seul coin libre, une carte constellée de petites épingles rouges et luisantes indiquait les endroits où le fugitif était censé avoir posé le pied. La dernière épingle était fichée à la place du Tibet, et Harry se retint de sourire.

- Bien, disait Shacklebolt d'une voix raide en passant des parchemins à son collège, j'ai besoin de toutes les informations possibles sur les véhicules volants d'origine moldue qui ont été vus dans les douze derniers mois. D'après nos renseignements, Black pourrait encore utiliser sa vieille moto.

Aucun risque, songea Harry. La moto faisait partie des biens de Hagrid, à présent. Et la pauvre Anglia des Weasley ne risquait plus de rendre service à qui que ce fût.

- Et ne traînez pas trop, le retard de votre rapport sur les larmes à feu a bloqué notre enquête pendant un mois entier.

- Si vous l'aviez vraiment lu, rétorqua l'autre sorcier avec hauteur, vous sauriez que le terme exact est "armes à feu". Et j'ai bien peur que vous ne deviez attendre pour vos motos volantes, nous sommes surchargés en ce moment.

Un ton plus bas :

- Si tu peux te libérer avant sept heures, Molly nous prépare des boulettes pour le dîner.

A cette perspective, l'estomac de Harry se manifesta légèrement. Sans attendre de confirmation de Kingsley, Mr Weasley entraîna le garçon vers une autre porte qui donnait sur un couloir à gauche. Ils tournèrent à droite dans un autre couloir mal éclairé, puis débouchèrent dans un cul-de-sac, où une porte renfermait le placard à balais, tandis qu'une autre servait au Service des détournements de l'artisanat moldu.

Le bureau était, hélas, aussi misérable que le craignait Harry. Un as du rangement avait réussi à y faire tenir deux tables, ce qui ne permettait qu'une circulation très restreinte, car les murs disparaissaient derrière des armoires remplies à ras bords de papiers et de dossiers qui menaçaient de s'échapper au moindre souffle d'air. Un tout petit panneau au-dessus d'une chaise exposait des images de voitures moldues, des boîtes aux lettres et le schéma de montage d'une prise électrique. Les restes d'un grille-pain gisaient à côté du travail en attente, au voisinage d'une paire de gants qui se tournaient tout seuls les pouces. Harry nota l'absence de fenêtre dans cette caverne où un Moldu refuserait catégoriquement de passer huit heures par jour.

- Eh oui... soupira Mr Weasley... Ils ont jugé que nous n'avions pas besoin de voir le ciel, par ici. Même si nous en avons demandé une... Tu peux t'asseoir une minute, Perkins n'est pas encore arrivé.

Une autre personne partageait donc cette misère ? C'était affreusement déprimant, et Harry s'installa sur le bord de sa chaise avec un sentiment de malaise. Il n'eut toutefois pas le temps de réfléchir longtemps.

- Voilà, dit Mr Weasley. Une chance que tes amis nous aient prévenus, où nous aurions complètement raté l'audience. C'est dommage, j'aurais voulu te montrer un peu mon travail… Enfin, ne traînons pas, n'oublie pas ta mallette.

Mr Weasley accompagna à nouveau Harry dans l'ascenseur, pour redescendre tout en bas du bâtiment.