Bonjour à tous mes lecteurs anciens et nouveaux. Merci à ceux qui ont laissé des revues. Je me bornerai à leur demander s'ils apprécieraient beaucoup que je fasse un copié-collé du même chapitre à chaque nouveau post.
Ceci étant dit, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 9 : les Malheurs de Molly Weasley
Harry resta un instant assis sur le fauteuil, tâchant de comprendre à quoi rimait ce comportement. Certes, il avait bien entendu la sentence du tribunal, qui le dégageait d'un poids énorme, mais il aurait apprécié de pouvoir discuter un peu de deux ou trois points touchant à la surveillance de Privet Drive. Comme personne ne faisait vraiment attention à lui, à l'exception du crapaud, Harry se leva, prit la mallette à pensine, y remit la petite bassine de pierre, et se dirigea vers la porte d'un pas qu'il força à rester tranquille, alors qu'il mourait d'envie de s'enfuir en courant.
Derrière la porte, Arthur Weasley attendait toujours, la mine inquiète.
- J'ai vu passer Dumbledore, mais il n'a pas dit ce que...
- Les chargées sont levées, le rassura Harry en fermant la porte.
Et dire que le bon directeur n'avait même pas pu calmer les inquiétudes d'un de ses plus fervents partisans, juste en passant...
- Oh ? C'est magnifique ! C'était impossible qu'ils te condamnent, ils n'avaient pas assez d'arguments pour ça, mais ça soulage bien quand même de l'entendre !
Harry allait lui répondre quand les juges sortirent de la salle d'audience.
- Ma parole, mais tu as eu droit à la cour au grand complet ? s'effara Mr Weasley.
- On dirait, confirma Harry.
De très rares sorciers adressèrent un petit salut au fonctionnaire, dont Mrs Bones, mais la grande majorité affecta de l'ignorer. Fudge et le crapaud passèrent devant le pauvre Arthur comme s'il était transparent. En revanche, ils dédièrent tous les deux un regard furieux au Serpentard. Enfin, en bout de file, Percy sortit à son tour et referma la porte derrière lui. Lui aussi fit mine de ne pas voir les deux sorciers qui se tenaient près de lui, et s'éloigna dans le couloir, ses parchemins roulés sous son bras, le dos raide comme à la parade. La bouche de son père se mit à trembler légèrement, mais ce fut le seul signe extérieur de sa détresse.
- Bien, fit le pauvre homme d'un ton trop léger. Je vais te ramener tout de suite à la maison pour que tu puisses annoncer la bonne nouvelle. Je te déposerai en allant à Bethna Green m'occuper de ces maudites toilettes.
- Comment allez-vous arranger ça ?
Normalement, Harry n'aurait pas demandé de détails, mais il se sentait si heureux que même les cours de Binns lui auraient paru intéressants.
- Rien de très compliqué, juste un anti-maléfice, expliqua Mr Weasley en montant vers l'étage numéro neuf. Mais le plus grave ne vient pas des dégâts. C'est l'attitude que révèle ces actes. Se moquer des Moldus est très amusant pour certains sorciers, mais c'est l'expression de quelque chose de beaucoup plus pervers et cruel.
- Du racisme ordinaire, songea Harry. Je me demande si les sorciers trouveraient ça encore drôle après que leurs voisins aient vu rouge et leur aient balancé une bombe atomique sur la tête...
- En ce qui me concerne... poursuivit son compagnon. Et *~] !
Le juron qui lui échappa concernait les deux hommes qui discutaient non loin de là. L'un était le ministre et l'autre, ce cher vieux Lucius en personne.
- Tiens, tiens, fit-il d'une voix traînante en se tournant vers les arrivants. Le Patronus Potter.
Harry ravala le salut insultant qu'il avait sur le bout de la langue. Il était inutile de donner à Fudge une nouvelle occasion de lui créer des ennuis.
- Monsieur le ministre m'a informé de la chance que vous avez eue tout à l'heure. C'est très étonnant de voir comment vous arrivez toujours à vous sortir des situations les plus inextricables en vous tortillant.
- Je n'ai rien tortillé du tout, monsieur, répliqua Harry. Pas même les faits. Je dirais au contraire que j'ai été très direct. Ceci dit, vous avez raison. Je m'en tire toujours très bien. Bizarrement, il y a des gens que ça énerve...
Lucius Malefoy releva son nez pointu en direction d'Arthur.
- Et voici le fidèle Weasley ! Que diable faites-vous ici ?
- Je travaille au ministère, répondit Mr Weasley d'un ton faussement aimable. L'auriez-vous encore oublié, par hasard ?
- Absolument pas. Je suppose que vous étudiez toujours autant les objets moldus ?
- En l'occurrence, je m'occupe plutôt de réparer les dégâts causés par des sorciers aussi malveillants que stupides.
- Et vous, monsieur, que diable faites-vous ici ? demanda Harry d'un air innocent.
- Je ne pense pas que les affaires privées du ministre vous concernent en quoi que ce soit, Potter, dit sèchement Malefoy en lissant le devant de sa robe.
Le geste tira légèrement sur le tissu, faisant tinter des pièces d'or au fond d'une poche.
- Des affaires fructueuses, à n'en pas douter, ricana Harry. Je ne voudrais surtout pas vous retarder plus que cela, monsieur. Je vous souhaite le bonjour.
Lucius haussa les épaules puis commença à se détourner.
- Et passez-le à Tommy de ma part ! ajouta Harry d'un ton entendu en filant vers l'ascenseur.
Une fois les portes refermées, il se tourna vers son compagnon :
- Mais que fiche-t-il à ce niveau ?
- Il devait vouloir s'approcher du tribunal, je suppose, expliqua Arthur, nerveux au possible. Pour savoir si tu étais renvoyé ou non. Il faudra que j'avertisse Dumbledore. Des contacts avec Fudge...
- En quoi consistent leurs fameuses affaires ?
- Il y a de l'or en jeu, sans aucun doute. Malefoy a toujours été généreux envers toutes sortes d'organismes charitables, qui lui permettaient de bien se faire voir et de rencontrer des gens utiles. En échange de ses largesses, ils lui rendent service en retardant le vote de projets de lois qui le dérangent... Ce genre de choses...
Il ne décolérait toujours pas quand l'ascenseur parvint à l'atrium. Les portes s'ouvrirent pour laisser entrer une volée de notes violettes, suivies d'un gaillard parfaitement imposant, en dépit de la canne sur laquelle il s'appuyait lourdement pour marcher. La plupart des sorciers, Harry l'avait remarqué, n'étaient pas très musclés, puisqu'ils s'évitaient beaucoup d'exercices physiques par l'usage de la magie, mais celui-ci faisait exception à la règle. Il devait pouvoir attraper Arthur par le col de sa chemise et le soulever du sol d'une seule main.
- Bonjour Weasley, fit l'homme d'une voix de basse. Le ministre est toujours en bas ?
- Oh non, je ne pense pas. Il a dû remonter dans son bureau en compagnie de son... visiteur.
- Encore ? Bon, j'y vais, soupira le gaillard en levant au plafond ses yeux couleur d'ambre. Merci du renseignement.
- Wow ! Fit Harry quand le phénomène fut dans la cabine, et lui dehors. C'est qui, ce monsieur ?
- Le chef des aurors.
- C'est le boss de Tonks ?
- Tout à fait. Il va vérifier que Fudge n'est pas mis sous imperium, comme d'habitude. Il perd son temps, parce que j'ai bien peur qu'il n'agisse de son propre chef, ce qui n'a rien de très rassurant.
Tout en parlant, ils passèrent devant la fontaine de la propagande, où les McLagan les attendaient avec impatience.
- Alors, alors ?
- C'est dans la poche ! Je rentre à Poudlard !
- Génial !
- Tenez : je vous rends votre pensine, dit Harry en tendant la mallette.
- Merci bien, mon gars. A une prochaine fois !
Les deux oncles firent de grands saluts avant de filer par une des cheminées du hall. Harry saisit alors la bourse assez bien garnie qui pendait à sa ceinture, la retourna au-dessus du bassin de la fontaine, et y vida l'intégralité des pièces qu'elle contenait. Un peu de générosité n'avait jamais tué personne.
# #
- OUAAIIS ! C'était évident, qu'ils allaient te lâcher !
Planté au milieu de la cuisine, Fred – à moins que ce ne fût George – exprimait sa satisfaction à retrouver son partenaire silencieux pour la nouvelle année scolaire.
- Excellent, approuva l'autre jumeau en levant le pouce.
- Ils étaient obligés de le disculper, dit leur père. Ils n'avaient plus aucun élément à charge, une fois qu'ils ont eu les faits sous les yeux.
- Hmm, fit Harry. En attendant, pour des gens aussi persuadés que vous de mon acquittement, vous avez l'air tous drôlement soulagés, hein ?
Un gros éclat de rire salua cette remarque, tandis que Ginny et les jumeaux entamaient une sorte de danse de Sioux autour de la cuisine en chantant :
- Il s'en est tiré, il s'en est tiré, il s'en est tiré...
- Du calme, les enfants, intervint Arthur. Sirius, il faut mettre Dumbledore au courant, Lucius a toujours ses entrées chez Fudge... même s'il a désormais Scrimgeour sur les talons.
- Quoi ?
- Oui, nous avons vu Lucius en pleine conversation avec le ministre.
- Il s'en est tiré, il s'en est tiré...
- Chut ! grogna Sirius. On préviendra Dumbledore, pas de problème.
- Parfait ! Bon, je vais filer, j'ai des toilettes sous maléfice à remettre en ordre. Euh, Molly, je vais certainement rentrer assez tard, puisque je relaie Tonks, mais Kingsley viendra sans doute dîner. Alors, à bientôt.
Il déposa en partant un baiser sur la joue de sa femme, puis s'éclipsa. Il semblait toujours aussi heureux de vivre sous la conduite de sa (trop ?) énergique épouse, se dit Harry.
- Il s'en est tiré, il s'en est tiré...
- Silence, tous les trois ! Harry, mon grand, viens manger quelque chose, tu n'as rien pris au petit déjeuner. Ron, c'est prêt !
Le sixième Weasley descendit l'escalier au petit trot. Il haussa un sourcil en remarquant la chorégraphie menée par sa fratrie.
- Inutile de demander si ça s'est bien passé, on dirait, commenta-t-il en attrapant des assiettes pour les aligner sur la table.
Harry cligna de l'œil avant de disposer les couverts, tandis que Molly épluchait des pommes de terre à grands coups de baguette.
- Alors, c'était comment ? demanda Ron, avide de nouveauté.
- Tout le tribunal était là. Dumbledore s'est point... est venu témoigner pour moi, mais il a été un peu bizarre. Il n'a jamais regardé de mon côté, et il a filé dare-dare à la fin de l'audience. Même pas dit au revoir, si tu vois le tableau.
- Je comprends pas, finit par lâcher Ron. Ce n'est pas son genre d'être malpoli. Remarque, ça ne fait pas très longtemps qu'ils l'ont viré, alors ça ne doit pas être très confortable de se retrouver tous dans la même pièce, non ?
- C'est possible.
En allant chercher les serviettes, Harry se pencha vers l'armoire et murmura :
- Rien de neuf ?
- Pas un mot ce matin, répondit Salazar.
Harry referma vivement la porte avant que Sirius ne se rendît compte qu'il causait avec son espion attitré. Puis l'attention fut détournée par les grosses louchées de purée que Molly distribuait généreusement dans les assiettes, accompagnées de parts de poulet rôti. Le trio de fêtards abandonna ses tours de piste pour venir se régaler, sans pour autant cesser de répéter leur refrain.
- Dumbledore viendra fêter ça ? s'enquit soudain Sirius d'un ton un peu raide.
- Oh non, répondit Mrs Weasley, il est vraiment trop occupé.
- IL S'EN EST TIRÉ!
- TAISEZ-VOUS !
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Les jours qui passèrent après cette audience mémorable renforcèrent la conviction que Harry avait acquise lors du déjeuner : Sirius était tout sauf ravi de le voir retourner à Poudlard. Bien sûr, il affichait une joie de façade, mais son comportement se ressentait de sa déception, et il se montrait excessivement désagréable avec tout le monde même si, aux dires de Salazar, Rogue en prenait plus que les autres lors des réunions.
- Mais ma parole, il est jaloux, ou quoi ? s'étonna Ron en apprenant cela.
Le dernier frère Weasley avait développé une certaine forme d'intelligence psychologique au cours des dernières semaines, sans doute à force de moucharder tous les adultes qui passaient dans la maison. Aussi sa réflexion n'attira que des grognements d'approbation de la part de ses frères, de sa sœur et de Harry, qui travaillaient avec lui à nettoyer des moisissures au fond d'une rangée de placards dans les chambres du second étage. Ils parlaient tous à voix basse, car Sirius s'était de nouveau enfermé dans l'ancienne chambre de sa mère pour nourrir Buck.
- A ce point ?
- J'en ai peur, opina Ginny. La place de Harry est à Poudlard, Sirius le sait, mais pour lui, Poudlard veut dire que ce pauvre petit Harry sans défense va se retrouver sous la coupe du grand méchant professeur Rogue.
- Boh, fit Fred, notre Harry ne risque pas grand-chose. Depuis que le vieux Rogue a compris qu'il avait un cerveau en état de marche, il lui fiche la paix. Ça marche même bien entre vous, non ?
- C'est bien là le problème, expliqua sa benjamine. Pour Sirius, que le fils de son grand copain James s'entende aussi bien avec l'ennemi, c'est une trahison, une espèce de manquement à sa mémoire, tu vois. Et je ne crois pas qu'il ait encore digéré le fait que Harry soit un bon Serpentard.
- C'est idiot, rétorqua George. Ça prouve juste que ces disputes de jeunesse, c'est complètement débile. Rogue est du genre rancunier, mais il a quand même laissé tomber ça. Sirius devrait arrêter de s'accrocher. Je l'aime bien, mais je commence à en avoir assez de l'entendre répéter toujours les mêmes vieux préjugés.
- Ouais, on a la preuve que certains Slys sont cools : Sarah, Zabini, Nott dans une certaine mesure, Urquhart... Même Flint était pas mal, quand on y repense, dit Fred avec un soupir nostalgique.
- Pour en revenir à Sirius, dit Harry, il devait penser que je resterais ici tout le temps si jamais j'étais renvoyé. Ça lui aurait fait une compagnie acceptable. Je veux dire, quelqu'un d'aussi enfermé que lui et qui ne pourrait rien faire pour l'ordre.
- Il va vraiment falloir lui organiser une thérapie pour qu'il te laisser un peu respirer, commenta Ron depuis le fond d'un placard.
- Pas encore fini ? coupa une voix depuis le palier.
- Maman ! protesta George. Moi qui croyait que tu venais nous féliciter pour notre efficacité ! Tu te rends compte de la quantité de saleté que nous avons enlevée depuis que nous sommes là ?
- Vu votre enthousiasme à fournir de l'aide à l'ordre, je pense que vous pouvez en effet faire votre part en rendant cette maison habitable.
Ceci dit, elle redescendit vivement à la cuisine.
- Gron... Ce serait bien si les gens pour lesquels nous bossons nous donnaient un coup de main, émit Ron depuis son placard.
- Ou une petite récompense, ajouta Fred.
- Ou de la considération, renchérit Ginny.
- Ou des félicitations, enchaîna George.
- Ou un poil de confiance, conclut Harry.
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Le mois d'août passa rapidement. Harry s'en réjouissait. La venue de septembre signifiait qu'il pourrait enfin sortir de cette maison moisie, sale et poussiéreuse où il était confiné pour respirer un air plus frais, dormir dans un lit en bon état, sortir dans le jardin quand il en avait envie et manger une cuisine moins bourrative que celle dont il "bénéficiait" à Grimmauld Place. Les membres de la fratrie Weasley partageaient son opinion, mais évitaient de la formuler pour peu que Sirius ou leur mère se trouvât dans les parages.
Toute cette petite troupe s'ennuyait ferme. Les adultes allaient et venaient, échangeaient quelques mots en chuchotant, mais ne faisaient rien pour tenir les "enfants" au courant de ce qui se tramait. Tout le monde, Sirius compris, devait penser (ou plutôt, Dumbledore avait pensé pour eux) que Harry n'avait pas besoin d'entendre plus que ce qu'il avait appris le soir de son arrivée. Comme par hasard, chaque fois que Rogue venait dans la demeure, Molly s'arrangeait pour le tenir éloigné du hall. Seule Tonks avait l'air de juger qu'il était tout à fait à point pour en savoir plus, mais comme elle était la benjamine de l'ordre, personne ne prenait son avis en compte et on faisait en sorte que Harry la vît le moins possible. C'était regrettable, car il la trouvait aussi aimable qu'amusante, et il trouvait parfois bien triste leur différence d'âge.
Par chance, Salazar poursuivait son travail d'espion. Le petit homme de bois en entendait beaucoup pendant les réunions. Il s'agissait avant tout de garder quelque chose au ministère, et si Salazar ne parvint pas à déterminer quoi, il apprit en revanche que cela se trouvait au département des mystères, et que cela tourmentait beaucoup Dumbledore de penser qu'il y avait bien peu de sorciers pour garder la chose en question. D'où la présence d'un membre de l'ordre chaque soir, sous une cape d'invisibilité.
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Le dernier jour des vacances se leva enfin. Harry faisait sa malle quand Ron fit son entrée dans la chambre en brandissant deux enveloppes.
- Les listes de livres, expliqua-t-il en lançant l'une d'elles à son voisin. J'ai cru qu'ils les avaient oubliées. On les reçoit plus tôt que ça, normalement.
Harry roula une chaussette dépareillée et la jeta dans la poubelle style Pierrafeu installée près de la porte. Celle-ci avala la chaussette en émettant un petit gloussement satisfait. Le livre des Monstres, voyant son jouet favori lui échapper, poussa un grognement lugubre. Mais comme il avait déjà détruit l'autre moitié de la paire, c'était bien fait pour lui.
- Deux nouveaux bouquins seulement, ça nous fera moins mal au dos, annonça Harry en parcourant la liste. Un guide des enchantements niveau 5 et Théories des stratégies de défense magique, de Wilbert Eskivdur.
CRAC !
- C'est pour quoi, cette fois-ci ? demanda Ron avant même que ses frères n'eussent ouvert la bouche.
- Oh, nous venions juste parler du futur mort, amnésique ou chômeur qui a mis le livre d'Eskivdur sur notre liste.
- Dumby a trouvé un prof de défense, et il était temps..., dit Fred.
- En laissant traîner nos oreilles, nous avons entendu papa dire à maman qu'il devenait très difficile de se procurer un prof, même en augmentant le salaire ou en lui mettant une baguette dans le dos pour le faire avancer jusqu'à l'école, s'amusa George.
- Ouais... Ron, qu'est-ce que tu fais ?
Leur cadet secouait sa lettre dans tous les sens et vérifiait l'enveloppe avec le plus grand soin.
- Rien d'autre que les parchemins. Parfait, décréta Ron avec un large sourire. Pas la moindre trace d'un atome d'insigne de préfet. Je vais pouvoir dormir tranquille.
- Sûr, approuva Fred. Sinon, maman ne t'aurait plus lâché.
- Des recommandations à n'en plus finir, sans compter les réunions et les morpions à surveiller.
- Et vous deux, aussi.
- Ah ! Tu parles ! Hé, Harry, rien pour toi ?
- Non plus. Dommage ; je ne pourrai pas mettre de retenue à Malefoy. Mais je ne serai pas forcé de jouer les modèles de bonne conduite pour les plus jeunes. Ouf !
- Ma tête à couper que Granger est préfète, dit Ron en pliant des pulls.
- Je pense que ta tête va rester là où elle est, gloussa George. Et c'est bien ennuyeux pour nous... Que Granger hérite d'un badge, je veux dire ! Elle va nous rendre la vie impossible, avec ses envolées moralisatrices. Je n'ai rien contre les têtes bien pleines, mais je les préfère du genre Sarah. C'est plus compatible avec ma vision du monde.
- Notre vision du monde, corrigea son jumeau.
- Qui est aussi celle de Harry, puisqu'il nous a aidés...
- Hé bien, que se passe-t-il, ici ?
- Euh, euh... rien de spécial, madame, répondit précipitamment le Serpentard.
- Rien, vraiment ?
Les yeux de Molly scrutèrent attentivement son dernier fils, qui lui envoya un faible sourire avant de se remettre à ranger ses pantalons. Le visage de sa mère passa en un clin d'œil de l'espoir à la déception et elle embraya aussitôt sur un autre sujet.
- Puisque vos listes de livres sont enfin arrivées, dit-elle, vous n'avez qu'à me les donner. J'irai faire les courses cet après-midi sur le Chemin de Traverse. Il va aussi falloir que j'achète de nouveaux pyjamas. C'est fou ce que ces enfants grandissent vite...
- Je parie qu'elle va nous dire ce soir que les vêtements coûtent atrocement cher, grommela Ron dès que sa mère eut quitté la chambre.
- Elle n'a pas le temps de les faire elle-même, objecta sa sœur.
- Je ne lui demande pas de me tailler un pyjama, rouspéta son frère. Eh, je sais déjà recoudre mes boutons. A la moldue, précisa-t-il.
- Ronnie se met à la couture ? ricana Fred.
- Marre-toi, répliqua Ron avec colère, mais tu feras comment, quand tu seras tout seul chez toi ? Pas de fille pour t'aider et tu ne connais même pas un petit sortilège ménager. Avec du fil et des aiguilles, c'est peut-être plus long, mais on ne risque pas de mettre le feu à ses robes si on se plante.
- Je suis d'accord, intervint Harry. Si la couture n'est pas assez virile à ton goût, je te signale que je m'occupe de mes ourlets depuis plusieurs années...
- Mon Dieu, et maintenant, il va nous annoncer qu'il fait aussi de la broderie, s'effara George.
- Moi, je trouverais très mignon que mes enfants aient des robes ou des oreillers brodés par leur papa, déclara Ginny en souriant.
- Et tu fais aussi la lessive et les papiers peints? demanda Fred d'un ton narquois.
- Vous êtes lamentables, renchérit George d'un ton faussement dégoûté. Viens, Fred, on s'en va.
La préparation des valises se poursuivit jusqu'au milieu de l'après-midi, puis les apprentis sorciers partirent en vadrouille dans la maison. Harry, qui aurait bien aimé se décrasser les poumons sur le Chemin de Traverse, traversa la salle à manger puis la bibliothèque du rez-de-chaussée, la mine mélancolique. Il s'arrêta devant une large fenêtre qui donnait sur ce qui avait dû être, en son temps, un magnifique jardin. De l'autre côté, à travers la saleté qui marbrait la vitre, on distinguait une serre qui abritait les restes de plantations.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda la voix de Sirius derrière lui.
- Je jetais juste un coup d'œil, répondit Harry, sur la défensive. Ce sera vraiment très joli quand nous aurons déblayé tout ça et nettoyé la serre.
- Hors de question que vous touchiez à ça, gronda son parrain. Je ne veux pas voir les fantaisies végétales de ma mère et son meeerveilleux jardin d'hiver ressuscités, c'est clair ?
- Ouais. C'est vrai que c'est beaucoup mieux en terrain vague, persifla Harry avant de remonter au premier.
Mise au courant, Ginny affirma qu'elle tenterait quand même de procéder à quelques petits arrangements avant le départ. De fait, Harry la vit se glisser en bas pour procéder à un inventaire des dégâts.
Molly rentra des courses plus tard que prévu, vers six heures du soir, les bras chargés de livres.
- Les gens arrivent pour dîner, alors descendez en vitesse, ordonna-t-elle.
Une petite procession se forma sur-le-champ dans l'escalier en direction de la cuisine.
Tonks était déjà dans la place, se balançant mollement sur sa chaise. Sirius avait pris un siège non loin d'elle et Lupin tirait une chaise vers lui pour s'asseoir plus près de la cheminée. Kingsley attendait sagement son dîner, et Maugrey entra juste derrière la file d'adolescents.
- Bonsoir, Alastor, claironna Molly. Je suis contente que tu sois là, je vais avoir besoin de ton aide. Pourrais-tu regarder dans le secrétaire du grand salon et nous dire ce qui se cache dedans ? Personne n'a osé l'ouvrir, c'est peut-être dangereux.
- Tout de suite.
L'œil artificiel de Maugrey pivota vers le plafond pour étudier le problème.
- Ce bureau, là, dans le coin ? C'est un épouvantard. Tu veux que je monte m'en occuper ?
- Pas du tout, je suis parfaitement capable de m'en charger moi-même, répondit aussitôt Molly. Sers-toi donc un verre.
- Merci.
Mr Weasley fit son apparition alors que les bouteilles de bièraubeurre se posaient les unes après les autres devant les dîneurs. Sa femme fronça les sourcils en voyant arriver derrière lui Mondingus Fletcher, qui tentait de dissimuler quelque chose sous son manteau.
Une fois tout le monde assis, les plats circulèrent et les assiettes se remplirent au milieu des conversations. Ron expliquait à voix basse que sa mère regrettait sans doute l'absence d'insigne de préfet dans son courrier. Tonks, qui s'était créé une chevelure extra-longue d'un rouge éclatant, se mit à rire.
- Peuh ! Moi non plus, je n'ai pas été préfète. Mon directeur de maison disait que je manquais de certaines qualités indispensables.
- Lesquelles ? interrogea aussitôt Ginny.
- La capacité à me conduire convenablement, dit Tonks en riant.
- Vous étiez dans quelle maison ?
- Serdaigle. Je ne sais toujours pas pourquoi le choixpeau m'a envoyée là-dedans. Je m'y suis ennuyée...
- Pas été préfet non plus, indiqua Sirius.
- Rien d'étonnant, pouffa sa cousine. Tu n'as jamais été une référence en matière de bonne conduite ou de sérieux dans les études ! C'est Remus qui a eu droit à la palme.
- Dumbledore espérait sans doute que je remettrais les autres dans le droit chemin. Inutile de préciser que j'ai lamentablement échoué.
Autour d'eux, on papotait de sujets sans importance. Molly tentait de convaincre son mari que les cheveux de Bill auraient bien besoin d'une coupe, mais que son fils refusait de l'écouter. Bill était majeur, non ? Si les catogans lui plaisaient ?
Harry s'éloigna un moment de la table et aperçut les jumeaux en pleine négociation avec Fletcher.
- Viens voir, chuchota Fred.
- Regarde ce que Ding nous a trouvé, ajouta George en montrant de petites graines noires et ratatinées qui émettaient un crépitement à peine audible.
- Des graines de Tentacula vénéneuse, idéales pour nos produits, mais comme elles sont sur la liste des substances interdites à la vente de classe C, nous avons du mal à les dénicher.
- Alors, nous disions donc dix gallions pour le lot ?
- Avec tout le monde que j'me donne pour les avoir, dit Fletcher avec incrédulité, non les gras, ce s'ra vingt et pas une noise de moins.
- Très humoristique, lâcha Fred.
- La meilleure, jusqu'à ce soir, c'était six mornilles pour un sac de piquants de noueux, compléta son frère.
- Faites gaffe, Maugrey doit surveiller les moindres mouvements de Mondingus, indiqua complaisamment Harry.
- Ah ouais, grogna Fletcher en jetant un œil par-dessus son épaule. Bon, d'accord, dix gallions, mais grouillez-vous de les emporter.
- Merci Harry ; et maintenant, nous allons vite les emmener là-haut.
Il regarda les jumeaux s'esquiver en croisant les doigts pour que leur mère n'apprenne jamais qu'il était l'origine des fonds de leur petit commerce. Elle ne l'accueillerait sans doute plus aussi aimablement si elle savait qu'il aidait les garçons à embrasser une carrière qui lui déplaisait fortement. Derrière lui, Sirius et Kingsley parlaient sans trop de discrétion :
- ... Dumbledore aurait dû nommer Harry préfet ! Ça montrerait qu'il lui fait confiance.
- Surtout après ce que la Gazette a raconté, certes. Mais il attire déjà assez l'attention comme ça.
- Il doit avoir ses raisons, enchaîna Lupin.
Harry haussa les épaules et revint vers la table pour poser son verre.
Mrs Weasley paraissait à deux doigts de succomber au sommeil, mais tint à monter au salon pour chasser l'épouvantard de sa cachette, non sans avoir recommandé aux enfants de ne pas se coucher trop tard. Harry aurait bien tenté de filer dans sa chambre, lui aussi, mais Maugrey tenait à lui parler.
- Viens là, j'ai quelque chose qui pourrait t'intéresser.
Il tira d'une de ses nombreuses poches une photo écornée.
- L'ordre du Phénix, à l'origine, expliqua Maugrey. J'ai retrouvé ce truc en cherchant ma cape de rechange, puisque Podmore attend Dieu sait quoi pour me rendre celle que j'apprécie le mieux.
Des gens agitaient la main sur la photo et Harry distingua Maugrey lui-même, avec un nez encore entier, Dumbledore, Dedalus Diggle, toujours avec un chapeau violet, et la forme gigantesque de Hagrid.
- Là, c'est Marlene McKinnon. La pauvre femme s'est fait tuer une semaine après qu'on ait pris la photo, avec toute sa famille. Là, les Londubat.
Harry songea que Neville ressemblait beaucoup à sa mère, avec son visage rond au sourire un peu timide. Il n'avait rien de son père, à part sa couleur de cheveux.
- Ils me manquent, dit doucement Maugrey. Emmeline Vance, que tu connais déjà, Lupin... Benjy Fenwick, qu'on a retrouvé aux quatre coins de Londres, éparpillé par petits bouts façon puzzle, le pauvre garçon. Ici, Edgar Bones, le frère d'Amelia. Y est passé avec toute sa famille aussi... Podmore, qui a l'air fichtrement jeune, dis donc ! Et Caradoc Dearborn, disparu six mois après la photo. Jamais retrouvé. Elphias Doge... Les frères de Molly, Fabian et Gideon Prewett, morts eux aussi, se sont battus comme des enragés... Abelforth, le frère de Dumbledore ; drôle de bonhomme, pas causant... Dorcas Meadows, c'est Voldemort lui-même qui l'a tuée. C'est dire si elle avait dû l'exaspérer... Sirius... Ah ! Et voilà tes parents... avec le petit salopiot...
Fol Œil désignait sous ce terme Peter Pettigrew, qui tenait compagnie à James et Lily. Harry se sentit un peu triste à l'évocation de tous ces gens morts. Si peu parmi l'ancienne équipe étaient encore en vie... Et parmi les vivants, certains auraient été plus tranquilles six pieds sous terre...
Il remercia Maugrey et profita de ce que Sirius voulait discuter avec le vieil auror pour s'esquiver enfin vers le premier étage. Voir la photo lui avait mis le moral au fond des chaussures. Tous ces sorciers heureux qui faisaient "coucou" de la main sans se douter de la suite de l'histoire...
Harry s'arrêta sur le palier en entendant quelqu'un pleurer. La porte entrouverte du salon laissait filtrer des sanglots affolés et il s'y rendit aussitôt.
Molly Weasley était recroquevillée contre un mur, sa baguette en main, gémissant à la vue d'un cadavre étendu sur le tapis. Harry reçut lui aussi un choc tant l'apparence de Ron était réussie.
- R... Riddikulus ! bégaya Molly en tendant sa baguette.
Crac ! Le cadavre changea de visage pour devenir Bill, inerte, les yeux ouverts et vides.
- Riddikulus !
Crac !
Bill fut remplacé par son père, les lunettes brisées, le visage inondé de sang.
- Riddikulus !
Il semblait que chaque fois qu'elle répétait la formule, l'épouvantard se découvrait de nouvelles aptitudes, prenant l'apparence de toute la famille Weasley à la file.
- Arrêtez et sortez, proposa Harry en s'approchant d'elle. Maugrey va finir ça...
- Qu'est-ce qui se passe, ici ?
Le garçon poussa un ouf de soulagement en voyant arriver Lupin et Maugrey, suivis de Sirius, tandis que la créature se changeait en un Harry Potter des plus convaincants.
- Riddikulus, fit calmement Lupin.
La pleine lune se leva au milieu du salon, avant de se dissoudre en volutes de fumée grise.
Mrs Weasley s'effondra dans un déluge de larmes.
- Allons, dit doucement Lupin, c'était juste un épouvantard. Molly... Il ne faut pas...
- J... je les vois m... morts sans ar... arrêt... J'en f... fais des cauchemars... t... toutes les nuits !
Sirius regardait d'un air perplexe le tapis où s'était trouvé les faux cadavres. Maugrey fouillait le reste du salon, au cas où.
- N'en p... parlez surtout pas à Arthur, dit Molly en s'essuyant les yeux, la voix mal assurée. Je ne veux pas qu'il sache... que je me conduis comme une idiote.
- Mais non, mais non. Ce n'est pas idiot de se faire du souci, voyons.
- Je suis si inquiète... La moitié de la famille fait partie de l'ordre et ce serait... un miracle si tout le monde s'en sortait... Et P... Pe... Percy qui ne nous parle plus ! Si quelque chose arrivait avant que nous ayons pu nous réconcilier ? Et si jamais Arthur et moi étions tués ? Qui s'occuperait de Ron et Ginny ?
- Ça suffit, intervint Lupin, plus fermement, cette fois. Nous sommes mieux préparés, nous avons une bonne longueur d'avance, nous savons ce que projette Voldemort (petit cri effrayé de Mrs Weasley) et si je ne peux pas garantir que personne ne prendra de coups, je peux affirmer que nous sommes dans une meilleure situation que la dernière fois. Nous étions à un contre vingt. C'était impossible de tenir.
- Et ne te soucie pas trop de Percy, coupa Sirius. Il changera d'avis. Voldemort va se montrer à nouveau et là, tout le ministère va nous supplier de lui pardonner. Mais je ne suis pas sûr que j'accepterai leurs excuses.
- Quel grand seigneur, songea Harry. Non mais tu crois vraiment que Fudge va te présenter des excuses ? T'es encore plus arrogant que Malefoy, ma parole ! Rien d'étonnant, ça doit être de famille.
- Et si jamais vous aviez des ennuis, enchaîna Lupin, tu crois vraiment que nous laisserions tes enfants mourir de faim ?
- Je suis une idiote, répéta Molly.
Quelques minutes plus tard, en enfilant son pyjama, Harry se dit que les angoisses de Molly pour les siens étaient sans doute les plus fondées qu'elle eût jamais exprimées jusque-là. Pour le moment, il s'agissait pour chaque joueur de placer ses pions. Mais quand le combat commencerait pour de bon... Les méchancetés de l'épouvantard pourraient bien se révéler prophétiques.
Sur ces tristes pensées, sa cicatrice le brûla soudainement et son estomac se contracta de peur. Puis la douleur passa.
- Encore en pétard, ce bon Tom, soupira Harry en se massant le front.
- Ce n'est pas bon signe, de parler tout seul, gloussa une voix amusée, qui ressemblait à s'y méprendre au ricanement de Salazar, depuis la toile accrochée au mur.
- Tant qu'il n'y a que vous pour entendre...
