Salut tout le monde ! Aujourd'hui nous faisons connaissance avec Miss Lovegood et les cadeaux pas nets de Sarah Cobbyte.
Je vous souhaite à tous une bonne lecture.
Chapitre 10 : Luna Lovegood
Harry dormit d'un sommeil de plomb et eut bien du mal à se réveiller au matin du 1er septembre, malgré l'insistance de Fred, qui le secoua sans ménagement pour le tirer du lit.
- Dépêche-toi un peu, maman pique sa crise, elle répète que nous allons encore manquer le train.
Harry entendit des raclements de pieds au-dessus de sa tête, puis un vacarme épouvantable. A en juger par les cris de sa mère, George avait ensorcelé sa valise et celle de son jumeau pour les envoyer au rez-de-chaussée sans se fatiguer, mais les lourdes malles avaient heurté Ginny et lui avaient fait dévaler tout l'étage avant qu'elle n'atterrît rudement dans le hall.
- TU AURAIS PU LA BLESSER GRAVEMENT, SOMBRE IDIOT !
- IMMONDES CRÉATURES, VOUS SOUILLEZ...
Le portrait de Mrs Black, réveillé par le bruit de la chute, fut heureusement très vite réduit au silence. Harry se leva et s'habilla à toute vitesse sous l'œil d'Hedwige, qui claqua du bec quand il la mit dans sa cage.
- Désolée, ma grande.
- Vous êtes prêts, là-dedans ? s'enquit Mrs Weasley en passant la tête dans la chambre.
- Presque. Ginny va bien ?
Molly observa Harry sous toutes les coutures pendant un instant avant d'assurer que oui. Puis une autre voix monta du hall.
- Non, il est impossible de partir tant que cette andouille de Podmore ne sera pas rentré ! Il nous manque un membre de l'escorte, bon sang !
- Ah, Maugrey... commenta Ron en enfournant précipitamment un livre dans sa malle.
- Une escorte ? Ça va être d'une discrétion... soupira Harry. Ils croient que Voldemort se cache derrière une poubelle en attendant une occasion de me sauter dessus ?
Ron émit un grognement en essayant de retenir un éclat de rire. L'image de l'ennemi public numéro un tapi derrière une benne à ordures lui paraissait tout à fait hilarante.
- VOUS ALLEZ DESCENDRE, OUI ?
Le rugissement maternel fut efficace. Les garçons empoignèrent leurs bagages et se ruèrent dans l'escalier, sans prêter trop d'attention aux cris qui avaient repris en bas.
- Harry, dit Molly, tu pars avec moi et Tonks. Alastor s'occupe des bagages, laissez tout ici, les enfants. Et... Sirius ! Par Merlin, Dumbledore a dit non !
Harry se retourna pour découvrir un énorme chien noir qui sautait dans l'entrée.
- Je vous jure... Si ça t'amuse, grommela Molly.
Pendant qu'elle écartait les bagages de son chemin, Ginny se mit sur la pointe de pieds pour chuchoter à Harry :
- J'ai Salazar dans ma valise. Je te le rends dans le train.
Sa mère sortir la première de la demeure, Harry et le chien sur les talons. A peine eurent-ils posé pieds ou pattes sur le trottoir que la maison s'estompa derrière eux et finit par disparaître.
- Tonks est là-bas, indiqua Mrs Weasley en désignant une vieille dame coiffée d'un chapeau plat d'un violet facilement repérable.
Elle grogna de nouveau en voyant Sirius faire des cabrioles au milieu de la place, courant dans tous les sens, effrayant les pigeons et bondissant sur ses pattes arrière.
- Salut Harry, lança gaiement Tonks en les rejoignant. Vous n'êtes pas en avance...
- Je sais... marmonna Molly. Mais Alastor voulait attendre Sturgis. Et nous n'avons pas de voitures... Enfin, qu'est-ce que je raconte... Fudge ne prêterait même pas une plume cassée à Arthur, en ce moment. Tsss... Mais comment font les Moldus ?
Tandis que le trio avançait à grandes enjambées, le chien noir continuait ses pitreries dans la rue, sous le regard courroucé de la matriarche Weasley.
# #
Après vingt minutes de marche soutenue, ils parvinrent à King's Cross et franchirent la barrière entre les gares sorcière et moldue presque au pas de course. La longue forme rouge du Poudlard Express crachait sa vapeur en direction de la verrière et toute une foule se pressait le long du quai.
- Salut ! Joli toutou, remarqua une voix familière non loin de Harry.
- Salut Sarah ! Les vacances ont été bonnes ?
- Excellentes. J'ai trouvé des tas de choses passionnantes, ajouta-t-elle avec un large sourire.
- Ouf, voilà Alastor et les valises, se rassura Molly à côté d'eux.
- Attends, c'est Maugrey, là ?
- Ça y ressemble...
Coiffé d'une casquette de porteur, Maugrey arrivait à son tour, poussant un chariot chargé de malles, de cages et de quelques sacs.
- C'est bon, je pense qu'on ne nous a pas suivis.
- Toujours aussi parano, commenta Sarah, tandis que dans son panier, son chat noir Discret crachait son mécontentement face à la vilaine figure de ce nouvel arrivant.
Ron fit son apparition, s'empara de sa valise et se mit en quête de Lee Jordan, vite suivi par les jumeaux, qui saluèrent élégamment Sarah au passage, et par Ginny, qui préféra rester avec les deux Serpentard.
- Pas d'ennuis ? demanda Fol Œil à Lupin qui accompagnait la fratrie.
- Pas l'ombre d'un.
- Tant mieux. Mais je vais quand même dire deux mots à Dumbledore au sujet de Sturgis. C'est la deuxième fois en une semaine qu'il nous fait le coup. Va devenir aussi fiable que Mondingus. Qu'est-ce que vous écoutez, vous trois ?
Instinctivement, Harry et les filles firent un pas en arrière. Discret cracha derechef.
- Soyez prudents, conseilla Lupin. Faites bien attention si vous écrivez un courrier, il peut être surveillé.
- Dans le doute, n'écrivez rien du tout, compléta Maugrey.
- Amusez-vous bien quand même, ajouta Tonks en faisant la bise à tout le monde (Harry sentit alors le rouge lui monter aux joues). J'espère vous revoir à Noël.
Un coup de sifflet fit prestement monter les élèves dans les wagons, et sous les dernières recommandations de Molly, Harry aida ses camarades à hisser leurs valises à bord. Sirius se redressa soudain pour poser ses pattes sur les épaules du garçon, mais Molly le rappela sèchement à l'ordre. Il était temps de se quitter, car à peine le trio fut-il monté que l'express s'ébranlait et avançait sur les rails. Tout le monde échangeait de grands signes de la main, et Harry distingua entre les panaches de vapeur la forme noire d'un chien qui courait sur le quai. Puis le train sortit de la gare et Sirius se trouva hors de vue.
- Bon, allons nous trouver une place, lança Ginny.
- Dis, Sarah, tu as vu Théodore et Blaise ?
- Non, pas encore. Ça m'embête d'autant plus que la petite sœur de Blaise vient cette année à Poudlard. Il faut la mettre au parfum, cette chère enfant.
- Tu comptes l'inscrire au club des farceurs ?
- C'est obligé. Je suis certaine que nous allons rencontrer chez elle de très bonnes dispositions...
Tout en cherchant des places, ils croisèrent une autre Serpentard, Daphné Greengrass, une fille sympathique à l'épaisse chevelure châtain clair, qui revenait du wagon de tête.
- Salut tout le monde !
- Bonjour Daphné, répondit Ginny, qui était dans la même année. Tu as pris de sacrées couleurs, dis donc !
- Oui, les vacances en Tunisie font souvent cet effet-là, s'amusa Greengrass en souriant de toutes ses dents impeccables. Dites, j'ai jeté un œil au wagon des préfets...
- Ils en ont un pour eux tous seuls ? s'étonna Harry. Et dire que nous sommes serrés comme des sardines...
- Oui ; c'est une parfaite injustice sociale. Plus sérieusement... J'ai vu toute la nouvelle fournée.
- Je suppose que Blaise pour Serpentard, c'est trop demander ?
- Hélas oui. Nous avons Moon et cette sale pimbêche de Parkinson.
- Oh non... grogna Harry.
- Pour Serdaigle, Goldstein et Patil.
- C'est bon.
- MacMillan et Abbot à Poufsouffle.
- Ça peut aller.
- A Gryffondor, Thomas et Granger.
- Pitiéééé... gémit Ginny. Thomas n'arrête pas de me reluquer !
- Voilà, vous savez tout. Bon, je vais tenter de retrouver Tracy, et ça ne va pas être du gâteau, dans tout ce fouillis. A ce soir !
- Je suis é-cœu-rée, décréta Sarah.
- Bienvenue au club. Enfin, ne nous plaignons pas, Malefoy n'est pas préfet. C'est déjà ça de pris.
Secouant la tête et maudissant le sort, les trois comparses avancèrent encore dans le couloir, récupérant au passage Neville Londubat, qui cherchait lui aussi une place, son crapaud à la main.
- Bonjour Neville ! claironna Ginny. Tu viens avec nous ? Ça rétablira l'équilibre entre les deux maisons.
- Euh... oui. Je crois qu'il n'y a pas trop de monde au fond.
- Ginny, même à deux contre deux, vous êtes encore en infériorité numérique.
Un bruit bizarre au fond de la valise de la jeune fille fit rougir celle-ci jusqu'à la racine des cheveux.
- Ah ! Ici, c'est encore libre, annonça gaiement Sarah en parvenant devant un des derniers compartiments.
En réalité, il y avait déjà un occupant, ou plutôt une occupante. Neville recula aussitôt d'un pas, l'air peu assuré.
- Je ne voudrais pas déranger...
- Mais pas du tout, le coupa Ginny. Luna est très gentille.
Elle passa la tête par la porte vitrée du compartiment pour saluer la demoiselle qui lisait un magazine.
- Bonjour Luna ! Nous pouvons nous asseoir avec toi ?
- Hmm ? Oui, oui, tout à fait, répondit une voix douce.
Les apprentis sorciers s'installèrent donc en compagnie de ladite Luna. C'était une fille relativement petite, aux longs cheveux blonds peu soignés, aux grands yeux gris clair arrondis, qui dégageait une impression au mieux de tête-en-l'air, au pire de fofolle patentée. Harry se retint de rire en notant la présence d'une baguette magique derrière l'oreille de Luna, telle un crayon, et d'un collier de bouchons de bièraubeurre autour de son cou. Sans compter qu'elle lisait son magazine à l'envers...
- Je vous présente Luna Lovegood, déclara Ginny, élève de Serdaigle dans mon année. Alors, voici Sarah Cobbyte et Harry Potter, de Serpentard, et Neville Londubat, de Gryffondor.
- Je me souviens de toi, dit Luna en fixant Neville. Je t'ai vu danser au bal de Noël l'année dernière.
- Ah ? Euh... Oui... Tu as dansé, toi ?
- Oh non, pas du tout. Personne ne m'a invitée. Mais ce n'est pas grave. Je n'aime pas danser à deux.
Pendant un instant, ce fut le silence, tandis que les nouveaux arrivants déballaient quelques affaires. Harry sentit son estomac gronder et pria pour que la sorcière aux douceurs arrivât très vite. Ginny farfouilla parmi ses vêtements et lui tendit la statuette, qui affichait une mine déconfite.
- Quoi ?
- Je suis très déçu, marmonna Salazar.
- Par quoi ?
- Par ses habits. Il n'y a pas un seul dessous affriolant, là-dedans.
TUNK ! fit la statuette contre les armatures de la malle de Harry.
- Ouille...
De son côté, Neville sortit de sa valise un étui renforcé qui ressemblait beaucoup à une bouteille thermos. Une étiquette rouge prodiguait force avertissements, malheureusement écrits trop petit pour que Harry parvînt à les lire.
- Tu l'as emmenée ? Génial ! s'extasia Sarah.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un cadeau de Sarah pour mon anniversaire, expliqua Neville sans prendre garde à l'expression horrifiée de Harry et Ginny. C'est une plante très spéciale.
Pour accepter un présent de Cobbyte, il fallait, décida Harry : 1) tout ignorer des antécédents de cette charmante personne, 2) être suicidaire, 3) bon pour l'asile, 4) ou juste très innocent (rayer les mentions inutiles). Et la plante confirma cette opinion.
Elle avait l'allure globale d'une orchidée dotée d'une unique fleur assez volumineuse, mais d'une orchidée revue et corrigée par Salvador Dali. La corolle d'un rouge flamboyant traversé de taches mouvantes pourpre et orangées se dressait au bout d'une tige noire comme du charbon, sous laquelle on distinguait la circulation d'une sève lumineuse à l'éclat de lave en fusion.
- Orchidea volcanica furiosa, dit fièrement Neville. L'orchidée de feu...
Harry éprouva brusquement l'envie de changer de place. Voire même, de wagon.
- C'est très joli, assura Luna. Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit, ajouta-t-elle d'une voix chantante.
Ne sachant trop quoi répondre à cela, Harry se carra dans son fauteuil. Il gardait toujours un œil sur la fleur écarlate, espérant que son nom ne lui venait que de sa couleur. Mais dans le monde sorcier, ce genre d'espoir se révélait généralement vain.
A ce stade de ses réflexions, la porte du compartiment s'ouvrit et une jeune fille aux longs cheveux noirs prit pied dans un espace déjà bien rempli, obligeant Neville à garer ses jambes pour éviter de se faire piétiner les orteils. Qu'est-ce que Cho Chang pouvait bien leur vouloir, en particulier en affichant une mine partagée entre la colère et le dédain que Harry aurait pourtant juré être propriété exclusive de Drago Malefoy.
- Je peux te parler une minute ? exigea-t-elle en se tournant vers lui.
- Ça dépend pour quoi, répondit froidement le Serpentard. C'est une réunion entre amis, ici.
- Oui... très certainement, lâcha-t-elle en jetant un regard méprisant à Luna qui lisait toujours à l'envers. Je...
La phrase en resta là.
Harry avait commis l'erreur de quitter la plante des yeux. Une gerbe de flammes d'un mètre de haut jaillit soudain de la fleur, tandis que celle-ci se secoua telle un chien qui s'ébroue, lançant de grosses étincelles dans toutes les directions. Plusieurs vêtements prirent feu. Pris de panique, Neville lâcha la plante que tout le monde regarda tomber au sol, comme au ralenti. Heureusement, ceux qui étaient assis eurent le réflexe de mettre les pieds sur leurs sièges, avant que la seconde gerbe de flammes ne puisse leur incinérer les jambes. Quant à Cho, elle eut juste le temps de bondir en arrière hors du compartiment, se cogner bruyamment contre la fenêtre et tomber. Avant que les autres aient rassemblé leurs esprits, elle se releva, saisit la poignée et claqua la porte du compartiment.
Tout le wagon entendit Ginny apostropher Neville qui avait imprudemment tiré sur une des feuilles de la plante. Sarah reçut aussi un savon pour avoir offert à Neville un tel engin de mort, et l'humeur de Ginny ne s'arrangea pas quand elle lui répondit innocemment qu'il était meilleur qu'elle en botanique et qu'elle avait juste eu peur de ne pas savoir s'en occuper. Ginny n'abandonna les charges que quand Sarah lui demanda qui elle préférait savoir avec une telle plante dans les mains, en arborant un sourire carnassier.
Il fallut un moment à la compagnie pour retrouver son calme. L'apparition du chariot de friandises détourna les attentions du fâcheux incident qui venait de se produire et Harry, qui sentait venir l'hypoglycémie, ne se fit pas prier pour attaquer une chocogrenouille. Il grignotait la deuxième quand Théodore et Blaise poussèrent la porte à leur tour.
- Je savais qu'on allait forcément vous trouver tout au bout du train, puisque nous étions près de la locomotive, grogna Zabini en s'affalant sur le seul fauteuil resté libre.
- Ta sœur n'est pas avec toi ? s'enquit Sarah.
- Non, Rena Fallstar l'a prise en charge. Elles doivent papoter avec Beline et deux ou trois autres filles. Je les laisse s'arranger. Après tout, nous avons l'année entière et encore deux autres après celle-ci pour la familiariser avec notre approche de Poudlard. Et... oh, pardon, Théo ! Je te laisse passer.
Sans faire de façons, Théodore s'assit dans l'espace libre sous la fenêtre et sortit des fondants du Chaudron d'une de ses poches.
- Vous êtes au courant pour les préfets ?
- Ouais. Greengrass nous a rapporté le désastre, répondit lugubrement Sarah. Je croise simplement les doigts pour que cette fonction ne réveille pas le côté mère-la-morale qui s'abrite dans un coin du crâne de Granger, ou les Gryffondor vont s'ennuyer. Surtout Fred et George. Remarque... J'exagère peut-être un peu. En matière d'effraction réglementaire, cette fille en connaît un rayon, elle aussi. A part ça... Parkinson et Moon seront gênants. C'est Malefoy qui leur tient lieu de cerveau, alors bonjour les dégâts !
- Weasley a dit que finalement, il aurait aimé être préfet rien que pour obliger Crabbe et Goyle à faire des lignes en guise de punition, s'amusa Blaise. Il y a eu un miracle pendant l'été, avec ce garçon ?
- Disons que nous avons réussi à cohabiter sans nous étriper, dit prudemment Harry. En fait, il suffisait juste de trouver une situation où ses talents cachés pouvaient se manifester.
- Tout à fait. Ça lui fait du bien, de vieillir un peu, approuva Ginny. L'âge bête, je pense qu'il en est sorti.
- Il y en a qui feraient mieux de ne jamais y entrer, dit Luna d'un ton rêveur.
Harry tenta de déchiffrer la couverture du journal qu'elle lisait avec tant d'attention. Il parvint à lire le titre à l'envers : le Chicaneur, et reconnut le chapeau vert de Fudge.
- Dis Luna, je peux t'emprunter ton journal, s'il te plaît ?
- Uh ? Bien sûr, répondit la jeune fille en lui tendant le magazine. Bonne lecture !
La couverture représentait une caricature du ministre de la Magie, d'assez mauvaise facture, le montrant serrant un sac d'or dans une main et le cou d'un gobelin de l'autre. Un sous-titre en lettres rouges dégoulinantes, à la mode des films d'horreur des années 50, posait la question suivante : "Jusqu'où ira Fudge pour s'emparer de Gringotts ?"
D'autres éléments de la une promettaient un numéro assez délirant :
Corruption à la ligue de quidditch : comment l'équipe des Tornades a-t-elle fait pour gagner ?
Les secrets des anciennes runes révélés !
Sirius Black : tueur ou victime ?
Ça, par contre, cela pouvait être intéressant...
Harry tourna les pages pour découvrir une nouvelle caricature, fort peu identifiable, de Sirius, debout sur un tas d'ossements, sa baguette en main. En plus d'être mal dessinée, l'image était d'un goût... Malgré tout, le jeune homme commença à lire.
Sirius Black est-il aussi noir qu'on le dépeint ?
Un redoutable tueur en série ou un innocent changeur de variétés ?
- C'est quoi, ce délire ? commenta Zabini en se penchant pour mieux lire.
- J'aimerais bien le savoir, répondit Harry. Voyons un peu la suite.
Il y a maintenant quatorze ans que Sirius Black est considéré comme l'auteur du meurtre de douze Moldus innocents et d'un sorcier. Sa fuite audacieuse du pénitencier d'Azkaban il y a deux ans a déclenché la plus grande chasse à l'homme jamais entreprise par le ministère de la Magie. De l'avis général, il est urgent de le retrouver pour le rendre aux détraqueurs et lui infliger le châtiment qu'il mérite.
MAIS LE MERITE-T-IL VRAIMENT ?
- Jusque-là, rien d'aberrant, jugea Zabini.
Un fait nouveau et troublant permet en effet de penser que Sirius Black ne serait peut-être pas coupable du crime pour lequel on l'a envoyé à Azkaban.
- Sans rire, marmonna Harry.
En réalité, nous dit Doris Purkiss, au 18, Acanthia Way, Little Norton, il se pourrait bien que Black n'ait même jamais été présent sur le lieu de la tuerie.
- Là, ça commence à devenir marrant...
"Les gens n'ont pas compris que Sirius Black est un faux nom, affirme Mrs Purkiss. L'homme que l'on croit être Sirius Black n'est autre que Stubby Boardman, le chanteur du groupe Croque-Mitaines, qui a quitté la scène après avoir reçu un navet en pleine figure lors d'un concert donné à Little Norton il y a près de quinze ans."
- Sa musique était si pourrie que ça ? s'esclaffa Blaise.
"Je l'ai reconnu au premier coup d'œil en voyant sa photo dans le journal. Il est impossible que Stubby ait commis ces crimes pour la bonne raison que, ce jour-là, il dînait aux chandelles en ma compagnie. J'ai écrit au ministre de la Magie et je pense qu'il accordera sous peu une grâce pleine et entière à Stubby, alias Sirius."
- La vache... souffla Harry, partagé entre le rire et l'ahurissement. C'est un canard spécialisé dans le canular, ou quoi ?
- Non, affirma Blaise, dans le sens où son directeur croit vraiment tout ce qu'il publie. Je te jure que le reste est à l'avenant.
Les deux compères parcoururent le journal en alternant les yeux ronds comme des soucoupes et les éclats de rire.
Imaginer Fudge en éventreur de gobelins était ainsi fort réjouissant, quant à les jeter du haut d'une tour ou les mettre dans du pâté en croûte... En revanche, l'idée que le ministre voulait s'assurer un contrôle sans faille sur les réserves d'or et les comptes en banque collait assez bien avec les propos tenus par Bill à Grimmauld Place.
Les autres articles valaient bien celui-là. On accusait les Tornades de Tutshill de verrouiller le championnat de quidditch à coups de chantage, de sabotage de balais et d'actes de violence sur les supporteurs. Un sorcier prétendait avoir volé jusqu'à la lune et en avoir rapporté des grenouilles sélénites en guise de preuve. On vous disait aussi que si vous lisiez la formule runique à l'envers, vous y liriez un sortilège vous permettant de changer les oreilles d'un adversaire en kumquats. Ben voyons...
- C'est génial, ce truc ! Je vais m'y abonner pour rigoler un coup chaque fois que j'en aurai besoin, décréta Théodore quand les deux autres lui eurent passé le journal.
- Merci, dit Luna. Ça fera très plaisir à mon père.
- Pourquoi ?
- C'est lui le directeur.
Théodore éclata de rire.
- Alors ça me fera doublement plaisir de vous l'acheter !
- Théodore ?
- Oui, Ginny ?
- Reprends le Chicaneur tout de suite.
- Hein ?
- Malefoy arrive avec ses gardes du corps.
- Pas besoin, alors. Ce bouffon devrait suffire à me faire rire.
Quand Malefoy ouvrit à son tour la porte du compartiment, personne ne parut noter son entrée. Harry et Neville conversaient à propos de l'orchidée, Sarah s'était plongée avec Luna dans l'étude des runes du Chicaneur, Blaise semblait faire la sieste et Théodore contemplait le paysage. Ceci dit, chacun d'eux avait sa baguette à portée de main, voire déjà en main dans le cas de Blaise.
- Tiens, Potter s'est trouvé de nouveaux amis, fit la voix traînante de Malefoy. Et encore qui font pitié. Tu as l'intention de monter une organisation charitable, Potter ?
- Hmm ? Tiens, mangemort junior, répondit Harry d'un ton faussement surpris. Ton père a bien passé ma commission à Monsieur Sang-Mêlé Voldemort, j'espère ? Franchement, je serais déçu s'il avait oublié.
- Surveille ta langue, Potter. Contrairement à toi, j'ai les préfets dans ma poche.
- Et contrairement à toi, je peux compter sur la majorité de ma maison, Malefoy...
- Et aussi sur les autres, ajouta Ginny d'un ton féroce. Alors va vite retrouver tes copains. Pansy doit s'ennuyer sans toi.
- Faites tous bien attention à vous. Je vous suivrai à la trace comme un bon chien et si vous faites un pas de travers...
- Je crois qu'un furet serait une image plus appropriée pour toi, commenta paresseusement Blaise. Boïng, boïng... fit-il en mimant de la main les rebonds successifs d'un objet sur un sol imaginaire.
Un éclat de rire précipita la retraite de Malefoy, mais Sarah garda les sourcils froncés.
- Comme un chien, hum ?
- Ouais...
Si Lucius avait vu Sirius sur le quai, vu les bonnes relations qu'il entretenait avec le ministre, les mensonges de Kingsley pourraient être éventés en très peu de temps.
Songeurs, ils se replongèrent dans l'étude du panorama qui défilait devant la fenêtre.
# #
Les lumières s'allumèrent dans le couloir et au-dessus de la porte, signalant la tombée de la nuit et la proximité de l'école. Les sept apprentis sorciers se dépêchèrent d'enfiler leurs robes et de descendre leurs valises du filet à bagages. Ginny récupéra Coquecigrue et Neville fourra Trevor dans sa poche. Sarah avait déjà le panier de Discret sous son bras. Bientôt, la petite troupe put sortir et se dirigea tant bien que mal vers la porte la plus proche. Quelques élèves se tenaient déjà au milieu du couloir et dévisagèrent Harry avec insistance quand celui-ci passa devant eux. Par bonheur, aucun incident n'éclata.
Une dizaine de minutes plus tard, l'express s'arrêta en gare de Pré-au-Lard dans un grand grincement de freins serrés. Harry descendit sur le quai et s'écarta du bord pour éviter la bousculade. Ses camarades le rejoignirent rapidement. A son grand soulagement, Neville avait rangé l'orchidée incendiaire dans son étui de transport. Il vit aussi Théodore faire un grand signe de la main à la Poufsouffle Susan Bones, qui descendait du wagon suivant.
- Hé, hé, fit Ginny. Ça marche bien, vous deux !
- Pas du tout, affirma Nott avec sérieux. Je lui ai demandé d'aller au bal à Noël dernier parce que c'est une des rares personnes de l'école à ne pas me regarder de travers. Et c'était moi ou McMillan, qui danse comme un manche. Nous sommes de bons copains, et c'est tout.
- C'est déjà pas mal, apprécia Zabini. Eh ! Vous vous rendez compte ? On a les quatre maisons dans notre bande !
- Yeepee ! Quelqu'un sait où on peut acheter du champagne ? plaisanta Sarah.
- Je vais chercher. Je vous laisse, faut que je parle à ma sœur.
- Dites, fit la voix de Neville. Vous avez vu ? Hagrid n'est pas là.
En effet, la silhouette massive du garde-chasse/professeur n'était visible nulle part. Sans doute n'était-il pas encore rentré de sa mission, songea Harry en soulevant sa valise pour se diriger vers les calèches qui attendaient derrière la gare.
Parvenu à la hauteur des véhicules, il eut un brusque mouvement de recul. Devant lui, entre les brancards, se tenaient des créatures cauchemardesques, des sortes de chevaux squelettiques aux yeux blancs sans pupilles, le dos orné d'une paire d'ailes membraneuses, et dont la mâchoire supérieure laissait voir des crocs.
- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
- Ah oui, c'est vrai, dit Théodore à voix basse. Toi aussi, tu peux les voir, maintenant.
- Pardon ?
- J'ignore pourquoi, mais il faut avoir vu et compris la mort pour se rendre compte de leur présence. Pas très agréables, n'est-ce pas ? Je les vois depuis mon arrivée ici. C'est en causant avec d'autres personnes que j'ai fini par savoir pourquoi.
- Moi aussi, je les vois, dit Luna derrière eux. Vous n'êtes pas fous.
- Et moi aussi, murmura Neville.
Le cheval fantôme le plus proche d'eux tourna la tête pour les regarder... en tout cas pour regarder dans leur direction. Harry frissonna, puis rassembla son courage et monta dans la calèche, dont les ressorts couinèrent légèrement. Neville le suivit, puis Théodore, et enfin Luna, qui caressa l'apparition avant de gravir le marchepied.
Le trajet vers le château se fit dans le plus grand silence. Ce rappel sinistre des pertes et des disparitions de leurs êtres chers avait laissé les quatre adolescents sans voix. Et même les lumières de Poudlard qui grandissaient tandis qu'ils s'en rapprochaient ne pouvaient alléger leur humeur.
