Salut tout le monde, anciens et nouveaux lecteurs ! Me voilà de retour après quelques jours à la cambrousse pour me nettoyer les poumons et me calmer les nerfs. Il est temps à présent de retrouver les Serpentard et leur nouveau professeur.
Chapitre 11 : Nouvelles Dispositions
Les chevaux fantomatiques tiraient vigoureusement les calèches et quelques instants plus tard, les véhicules s'arrêtaient en grinçant devant l'imposant perron de pierre menant au grand hall. Sans doute McGonagall était-elle déjà en place à son poste favori, sur le palier du premier étage, guettant l'arrivée des nouveaux étudiants.
En descendant de la voiture, Harry espérait un peu naïvement ne plus voir les étranges créatures, mais hélas, elles se trouvaient toujours entre les brancards, leurs yeux blancs regardant dans le vide. Une fine vapeur s'échappait de leurs naseaux décharnés.
Le Serpentard se détourna de l'apparition pour gravir les marches derrière Blaise, qui attendait la répartition de sa jeune sœur avec impatience.
Le réfectoire était déjà bondé quand la fine équipe des Verts vint s'asseoir et Harry remarqua que bon nombre d'élèves se détournaient ostensiblement pour chuchoter après son passage. Il haussa les épaules et s'installa au milieu de ses camarades. Les inséparables Urquhart et FitzRoy l'accueillirent avec amabilité, et quelques collègues plus jeunes, dont Rena et Beline, se déplacèrent pour se trouver plus près.
- Hagrid n'est pas là non plus, remarqua Sarah au bout d'un moment, tandis qu'à la table des Gryffondor, Neville commentait les exploits de sa plante. Je me demande si c'est définitif. Pour sa santé, j'espère que non.
- Croisons les doigts. Il n'est sans doute pas parti pour une simple visite de bon voisinage… marmonna Blaise en tapotant son assiette du bout des ongles.
- A propos de changement de staff, intervint FitzRoy, qui est la bonne femme qui parle à Dumbledore ?
Harry porta les yeux sur la table des professeurs. Le directeur était légèrement penché sur sa gauche, écoutant ce que lui disait à l'oreille sa voisine, une sorcière replète dont le jeune homme ne voyait pour l'instant que des cheveux coupés courts et bouclés, ornés de surcroît d'un bandeau de velours rose fort semblable à celui dont les auteurs de romans policiers affublaient les tantes célibataires, assorti au cardigan pelucheux que la sorcière portait par-dessus sa robe.
Quand Dumbledore se détourna pour répondre à un mot du professeur Chourave, Harry reconnut le visage de la nouvelle venue. Immanquable, avec sa face de crapaud qui n'aurait pas vu le soleil depuis longtemps.
- Oh non... Pas cette grosse vache...
Ce n'était pas Harry, mais Blaise qui avait poussé ce gémissement indigné.
- Qui c'est ? demanda Sarah avec intérêt.
- Dolorès Ombrage. Une des assistantes en mauvais coups du ministre. Championne toutes catégories de l'anti-démocratie sournoise, d'après ma mère. Elle est raciste, autoritaire, capricieuse, et son seul domaine de compétence, c'est de mettre les gens mal à l'aise et de leur faire du tort.
- Je crois que ça suffira pour ce soir, interrompit Harry d'une voix faible.
- Mais j'en avais encore toute une charrette ! s'offusqua Blaise.
- Nous aurons toute l'année scolaire pour en discuter, rétorqua Théodore. Au cas où tu ne l'aurais pas compris, si cette gourde à face de batracien est ici ce soir, c'est parce qu'elle a été nommée professeur de Défense contre les forces du Mal.
- Excellent ! décréta son camarade. Nous commencerons donc par apprendre à nous défendre contre elle, puisqu'elle sera notre force du Mal résidente.
Théodore lui fit signe de se taire lorsque le professeur Gobe-Planche entra dans le réfectoire par la petite porte de derrière et vint prendre place parmi ses collègues. Une minute plus tard, les lourdes portes de chêne qui barraient l'entrée de la salle s'ouvrirent et une file d'enfants peu rassurés s'avança lentement entre les tables, jusqu'au point où le professeur McGonagall venait de poser un tabouret surmonté du choixpeau.
L'artefact ouvrit bien grand la déchirure qui lui tenait lieu de bouche et se mit à chanter un air qui fit dresser les oreilles à travers toute l'assemblée.
Aux temps anciens lorsque j'étais tout neuf
Et que Poudlard sortait à pein' de l'œuf,
Les fondateurs de notre noble école
De l'unité avaient fait leur symbole.
Rassemblés par la même passion,
Ils avaient tous les quatre l'ambition
De répandre leur savoir à la ronde
Dans la plus belle école du monde.
« Ensemble bâtissons et instruisons ! »
Décidèrent les quatre compagnons,
Sans jamais se douter qu'un jour viendrait
Où la destinée les séparerait.
Toujours amis à la vie à la mort,
Tels étaient Serpentard et Gryffondor.
Toujours amies jusqu'à leur dernier souffle,
Telles étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.
Comment alors peut-on s'imaginer
Que pareille amitié vienne à sombrer ?
J'en fus témoin et je peux de mémoire
Vous en raconter la pénible histoire.
Serpentard disait : « Il faut enseigner
Aux descendants des plus nobles lignées. »
Serdaigle disait : « Donnons la culture
A ceux qui ont l'intelligence sûre. »
Gryffondor disait : « Tout apprentissage
Ira d'abord aux enfants pleins de courage. »
Poufsouffle enfin disait : « Je veux l'équité ;
Tous mes élèves sont à égalité. »
Lorsque apparurent ces quelques divergences,
Elles n'eurent d'abord aucune conséquence,
Car chacun ayant sa propre maison,
Pouvait enseigner selon sa façon,
Et choisir des disciples à sa mesure.
Ainsi Serpentard voulait un sang pur
Chez les sorciers de son académie,
Et qu'ils aient comme lui ruse et rouerie.
Seuls les esprits les plus sagaces
De Serdaigle intégraient la classe
Tandis que les braves et tromp'la-mort
Allaient tous chez le hardi Gryffondor.
La bonne Poufsouffle prenaient ceux qui restaient
Pour leur enseigner tout ce qu'elle savait.
Ainsi les maisons et leurs fondateurs
Connurent de l'amitié la valeur.
Poudlard vécut alors en harmonie
De longues années libres de soucis.
Mais parmi nous la discorde grandit
Nourrie de nos peurs et de nos folies.
Les maisons qui comme quatre piliers
Soutenaient notre école et ses alliés
S'opposèrent bientôt à grand fracas,
Chacun voulant imposer sa loi.
Il fut un temps où l'école parut
Tout près de sa fin, à jamais perdue.
Ce n'était partout que duels et conflits,
Les amis dressés contre les amis.
Si bien qu'un matin le vieux Serpentard
Estima venue l'heure de son départ.
Et bien que l'on vît cesser les combats,
Il laissait nos cœurs en grand désarroi.
Et depuis que les quatre fondateurs
Furent réduits à trois pour leur malheur,
Jamais plus les maisons ne furent unies
Comme elles l'étaient au début de leur vie.
Maintenant, le choixpeau magique est là
Et vous connaissez tous le résultat :
Je vous répartis dans les quatre maisons,
Puisque l'on m'a confié cette mission.
Mais cette année je vais en dire plus long,
Alors ouvrez bien vos oreilles à ma chanson ;
Bien que condamné à vous séparer,
Je ne peux m'empêcher de douter.
Il me faut accomplir ma destinée,
Qui est de vous répartir chaque année,
Mais je crains que ce devoir aujourd'hui
N'entraîne cette fin qui m'horrifie.
Voyez les dangers, lisez les présages
Que nous montrent l'histoire et ses ravages,
Car notre Poudlard est en grand péril
Devant des forces puissantes et hostiles,
Et nous devons nous unir en elle
Pour échapper à la chute mortelle.
Soyez avertis et prenez conscience !
La répartition maintenant commence.
Comme à l'accoutumée, cette longue performance vocale fut chaleureusement applaudie par les étudiants, mais beaucoup affichaient des mines sceptiques et, à peine la chanson finie, se mirent à la commenter avec animation.
- Très étrange, décréta Sarah. Voilà que notre chapeau fait de la politique.
- D'après la légende, il avertit l'école chaque fois qu'un danger la menace, expliqua Millicent. C'est son devoir de signaler les pièges à venir. Mais la rumeur dit aussi qu'il ne l'a pas fait très souvent.
- J'ai peur qu'il ait du mal à se faire entendre, soupira Théodore. Mais...
Il s'arrêta là, car McGonagall regardait de travers tous ceux qui continuaient à discuter, et personne ne souhaitait la mettre en colère avant même le premier cours. Sitôt le silence revenu, elle déploya la liste des nouveaux élèves et se mit à lire :
- Abercrombie, Euan !
Un garçon à la mine apeurée s'avança vers le tabouret et fut coiffé du choixpeau, qui se posa délicatement sur les grandes oreilles du candidat.
- GRYFFONDOR !
La table en rouge et or applaudit à tout rompre alors que la recrue se glissait timidement entre deux étudiants.
Harry se désintéressa un peu de la suite. A part Blaise, aucun de ses amis n'accueillait de frère ou de sœur cette année. Enfin, McGonagall parvint aux Z : il n'y en avait que deux.
- Zabini, Lucy !
La fillette brune que Harry avait croisée l'année précédente marcha à grandes enjambées vers le tabouret pour venir s'asseoir sous le choixpeau. Elle s'était coupé les cheveux et quelque chose brillait au lobe de son oreille. Le chapeau resta moins d'une minute en place avant de crier :
- SERPENTARD !
La tablée éclata en bravos. Blaise délirait d'enthousiasme. En revanche, Malefoy et compagnie battirent à peine le bout des doigts.
Enfin, Rose Zeller partit à Poufsouffle et la répartition s'acheva. Des « ouf » discrets échappèrent à quelques affamés, alors que Dumbledore se levait pour prononcer un discours heureusement très bref.
- A ceux qui sont ici pour la première fois, déclara-t-il avec amabilité, je souhaite la bienvenue. Et à nos anciens, je dis : bon retour parmi nous ! Bien... Il y a un temps pour les discours, mais il n'est pas encore venu. Alors bon appétit !
Le directeur se rassit pour profiter comme tout le monde des plats qui venaient d'arriver, encore fumants, sur les tables du réfectoire.
- Ah, voilà qui est mieux, apprécia FitzRoy. Il était temps.
- Salut Harry, salut Sarah ! fit gaiement Lucy. C'était bien, les vacances ?
- Parfait, assura Sarah. Tu veux des carottes ?
- Oui !
- Et moi qui voulais du champagne pour fêter le fait que les quatre maisons soient réunies dans notre bande... grogna son frère. Si ça devient une nécessité, y'a plus rien à fêter, damn it !
- Ouais, approuva Théodore. Je me demande comment le choixpeau fait pour savoir tout ça. Hmpff... Son programme va être dur à mettre en place.
- Sans blague, marmonna Harry en fixant Seamus Finnigan. La coopération à grande échelle est tout sauf une valeur bien ancrée, ici.
- Ne te mets pas déjà la rate au court-bouillon, conseilla Sarah. Si cette grosse dondon en rose est bien le professeur de Défense, tu auras beaucoup d'autres occasions de t'énerver, collègue.
Le dîner se prolongea pendant encore une demi-heure avant que tous les plats n'eussent disparu. Dumbledore profita du flottement qui s'instaurait pour reprendre la parole :
- A présent que vous êtes tous rassasiés, je vous demande encore quelques minutes d'attention avant d'aller dormir. Parmi les traditionnelles mais nécessaires recommandations de début d'année, je rappelle à nos anciens et j'apprends à nos nouveaux arrivants que la Forêt Interdite n'est pas à visiter. Elle est interdite pour tout un tas de bonnes raisons que les préfets se feront une joie de vous expliquer. Ensuite, notre concierge, Mr Rusard, m'a chargé de vous signaler, pour la quatre cent soixante-deuxième fois selon lui, que l'usage de la magie dans les couloirs est strictement prohibé, de même que la possession de divers articles dont la liste est affichée dans son bureau.
- Comme si nous allions nous donner la peine de la consulter, ricana Blaise. Avec lui, rien n'est permis, de toute façon.
Harry remarqua que Lucy se montrait fort intéressée par ce genre de détails.
- Autre point important, précisa Dumbledore, nous accueillons cette année deux nouveaux enseignants ; le professeur Gobe-Planche revient parmi nous pour assurer les cours de soins aux créatures magiques et le professeur Ombrage se chargera des cours de Défense contre les forces du Mal.
- J'en ai marre d'avoir toujours raison... gémit Théodore.
Gobe-Planche fut assez applaudie, mais les étudiants se montrèrent plus circonspects à l'égard d'Ombrage, ne sachant pas encore à quelle sauce ils allaient être mangés.
- Bien, reprit Dumbledore. Les essais pour la constitution des équipes de quidditch de nos quatre maisons se dérouleront à partir de...
A la surprise générale, le directeur se tut et jeta un coup d'œil curieux à Ms Ombrage. Harry finit par comprendre qu'elle s'était levée, mais sa petite taille rendait le fait difficilement perceptible. Elle s'éclaircit la gorge d'un « Hum, hum » un peu bruyant et chacun se demanda quel genre de discours d'introduction elle allait inventer.
Bien que n'appréciant pas Dumbledore outre mesure, Harry songea qu'elle aurait au moins pu avoir la politesse de lui laisser finir sa phrase. Le vieux sorcier n'eut cependant qu'un instant d'hésitation avant de se rasseoir et de poser un masque gentiment attentif sur son visage. Ses adjoints dissimulèrent plus ou moins bien leur sentiment, et l'ennui apparut clairement chez certains d'entre eux. Les élèves réagirent diversement, la plupart considérant la nouvelle venue avec un rien de mépris amusé. Les élèves s'étaient habitués, l'année précédente, aux profs de Défense dont les bonnes manières n'étaient pas le domaine de prédilection.
- Merci, cher directeur, pour ces paroles de bienvenue, couina Ombrage d'une voix qu'elle tentait de rendre aimable.
Harry sentit l'animosité ressentie au Ministère de la Magie revenir et lui hérisser le poil. Ce timbre aigu avait le don de le mettre effectivement mal à l'aise, et mieux encore, lui inspirait une profonde aversion pour sa propriétaire. Bien sûr, il avait appris à ne pas juger les gens sur leur physique, mais cette femme qui persistait, à son âge, à se déguiser en petite fille modèle toute rose, lui donnait la nausée.
- Hum, hum... Je dois dire que c'est un grand plaisir pour moi de revenir à Poudlard – elle produisit un sourire pointu – et de voir tous ces joyeux petits visages levés vers moi !
Elle devait voir la vie à travers des lunettes de même couleur que sa veste, se dit Harry, car personne ne semblait joyeux à l'idée d'être assimilé à un enfant de maternelle. Même Malefoy paraissait franchement interloqué.
- J'ai hâte de vous connaître tous et je suis sûre que nous deviendrons de très bons amis.
- C'est mal barré, décréta Sarah.
- Ça vaudrait la peine rien que pour l'obliger à revoir sa façon de s'habiller, ironisa Daphné quelques places plus loin.
Encore un petit raclement de gorge et Ms Ombrage reprit son allocution, d'une voix plus assurée, mais avec toute la vivacité d'un texte appris par cœur. Néanmoins, cette récitation valait la peine d'être entendue, à défaut d'être écoutée en détail.
- Le ministère de la Magie a toujours accordé une importance primordiale à l'éducation des jeunes sorcières et des jeunes sorciers. Les quelques dons que vous avez pu recevoir à votre naissance se révéleraient pas d'une très grande utilité si une instruction attentive ne se chargeait de les cultiver et de les affiner. L'ancien savoir dont la communauté des sorciers est l'unique dépositaire (Ah ? Et l'ancien savoir accumulé par les Moldus, je suppose qu'il ne compte pas et qu'il n'intéresse personne ?) doit être transmis aux nouvelles générations si nous ne voulons pas le voir se perdre à jamais. Le trésor de la connaissance magique amassé par nos ancêtres doit être conservé, enrichi, bonifié par ceux qui sont appelés à la noble mission de l'enseignement (Vu le conservatisme ambiant de cette société, ça ne va pas servir à grand-chose).
Le professeur Ombrage marqua une pause pour saluer ses collègues d'une petite inclination de la tête, mais aucun ne lui en sut gré. McGonagall devait être entrain de se faire les griffes sur le bois de la table et Rogue faisait de sérieux efforts pour ne pas se perdre dans la contemplation du plafond. Indifférente à la mine de plus en plus hostile affichée par les autres adultes, Ombrage reprit le cours de son monologue :
- Chaque directeur, chaque directrice de Poudlard a apporté quelque chose de nouveau en accomplissant la lourde tâche de gouverner cette école historique, et c'est ainsi qu'il doit en être, car l'absence de progrès signifie la stagnation, puis le déclin (Oh, oh, et on a découvert ça toute seule ?). Mais le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé pour autant, car nos traditions éprouvées par le temps n'ont souvent nul besoin d'être modifiées (Permettez-moi d'en douter...). Un équilibre entre l'ancien et le nouveau, entre la pérennité et le changement, entre la tradition et l'innovation est la condition nécessaire à la bonne marche de notre monde. Les éléments qui tenteront de perturber cette marche vers l'avenir ne méritent pas leur place parmi nous.
Harry haussa un sourcil à cette dernière phrase. Lors de l'audience, le crapaud avait eu l'air de le classer dans cette catégorie indésirable. Il retrouva le sourire en voyant Sarah prendre des notes. Tout le monde n'était pas aussi attentif qu'elle, cependant. Luna relisait son journal, des pans entiers de tablées bavardaient... Mais Ombrage continuait à parler des améliorations qu'elle comptait apporter à la formation des jeunes sorciers, imperturbable. Elle ne laissait aucune place à l'improvisation. Tous ses voisins de table avaient désormais les sourcils froncés. L'irruption d'un agent du ministère parmi eux ne leur plaisait guère...
Après avoir détaillé sa vision de l'apprenti magicien idéal (singulièrement zélé, docile et d'une obéissance confinant à l'aveuglement), Ombrage parvint enfin à la conclusion de son laïus.
- ... car certains changements seront pour le mieux alors que d'autres, à l'épreuve du temps, apparaîtront comme des erreurs de jugement (Vous envoyer ici en est une.). De même, certaines coutumes anciennes seront conservées à juste titre, tandis que d'autres, usées et démodées, devront être abandonnées. Aussi, n'hésitons pas à entrer dans une ère nouvelle d'ouverture (Pincez-moi, je rêve !), d'efficacité (Mouarf !), de responsabilité, avec la volonté de préserver ce qui doit être préservé, d'améliorer ce qui doit être amélioré, et de tailler dans le vif chaque fois que nous serons confrontés à des pratiques dont l'interdiction s'impose.
Elle se rassit et Dumbledore applaudit de façon purement diplomatique. Ses subordonnés suivirent le mouvement sans entrain et les étudiants avaient à peine commencé à les imiter que Dumbledore se releva, imposant de nouveau le silence.
- Merci beaucoup, professeur Ombrage, dit-il d'un ton posé, pour ce discours très éclairant. A présent, comme je vous l'annonçais tout à l'heure, les essais pour la constitution...
- Pas-sion-nant, approuva Sarah en refermant son calepin.
- Sarah... Le vieux parle de trucs importants, là, protesta Urquhart.
- Oublie le Quidditch, Phil. Si cette vieille fille confite en administration met son programme à exécution, ce sera le dernier de tes soucis.
- Je ne comprends pas...
- Normal, tu n'as pas tout écouté. Mais ça fait peur. Je crois que le Ministère de la Magie envisage une sérieuse remise au pas de notre chère école.
- C'est ce que Fudge a dit l'été dernier, se souvint Harry. Poudlard a besoin d'un bon coup de balai, d'après lui.
- Je n'aime pas ça du tout, marmonna Théodore tandis que les élèves commençaient à se lever pour gagner leurs dortoirs. On ne peut pas dire que l'ambiance soit au beau fixe en temps normal, alors si les fonctionnaires viennent mettre leur nez dans nos cours...
- Hmm, fit Blaise. Les sorciers issus de Moldus vont devoir garer leurs fesses encore plus qu'avec Malefoy, en tout cas... La grenouille déteste toute forme d'« hybridation ».
- Ça explique sans doute son célibat prolongé, ricana FitzRoy, qui avait, d'après lui, trois ou quatre Moldus perchés sur les branches les plus récentes de son arbre généalogique. Bon, en route... J'ai sommeil, moi !
Sous la houlette des préfets, les première année se dirigeaient déjà vers leurs quartiers respectifs. Entouré par ses camarades qui dissuadaient les curieux et les médisants sans trop de douceur, Harry descendit rapidement les escaliers vers le domaine des Serpentard. Pas assez vite, cependant, pour ignorer les doigts pointés, les regards en coins et les chuchotements insultants qui se répandaient autour de lui. Il se demanda si les divagations du père Diggory avaient trouvé un écho dans l'enceinte de Poudlard. Si oui, l'année à venir allait être particulièrement pénible...
Devant la porte de la salle commune, le petit groupe retrouva Pansy Parkinson entrain de faire la leçon aux petits, avant de leur lâcher le mot de passe : « Tiamat », et de les faire entrer. Où diable étaient passées la douceur de l'exquise Adélia, ou les bonnes grosses vannes de Terence Higgs ?
Quelqu'un avait dû faire passer le mot : les Serpentard les plus âgés ne firent aucun commentaire concernant Harry... si l'on exceptait les regards narquois que lui dédiaient Drago, ses gorilles et Bastian Moon. Il fut tenté un instant de rester dans la salle commune jusqu'à ce que tout le monde fût couché, mais il finit par trouver cette idée ridicule.
En revanche, les plus jeunes passèrent devant lui sur la pointe des pieds. Inutile de se fatiguer à se justifier ; vos amis n'en ont pas besoin et vos ennemis ne vous croiront pas, de toute façon. Aussi Harry les ignora-t-il superbement. Il gagna le dortoir en silence, et se retint de tout commentaire en voyant que Blaise lui avait réservé le lit le plus proche de la porte. Si le flair de Zabini pressentait des bagarres, elles auraient sans doute lieu. L'associé-concurrent des frères Weasley était exceptionnellement doué pour ce genre de prévisions.
Harry venait à peine de se changer que Malefoy entra à son tour, passant devant lui comme un prince devant le petit peuple. Lui non plus n'avait pas besoin de parler. Son attitude arrogante valait tout un discours.
Lorsque les chandelles furent éteintes et les rideaux tirés, Harry se prit à regretter le silence. Une bonne dispute aurait eu le mérite de faire diminuer un peu la tension. L'année serait vraiment très longue...
