Bonjour à tous mes lecteurs, anciens et nouveaux. Alors que l'été approche à petits pas, nous entamons l'année scolaire à Poudlard. Je vous souhaite comme toujours une bonne lecture.
Chapitre 12 : le Professeur Ombrage
Au matin, Harry préféra s'habiller rapidement pour échapper à Malefoy et ses probables plaisanteries douteuses. Il sortait déjà du dortoir, après une toilette express, lorsque Théodore et Blaise émergèrent du sommeil. Dans la salle commune, il ne rencontra que Discret, lové sur un fauteuil. Harry caressa la tête du chat, qui ronronna sous ses doigts, avant de s'aventurer dans les couloirs.
A cette heure matinale, il n'y avait pas grand-monde, et il relâcha légèrement sa baguette dans sa poche. L'instant de grâce ne dura pas longtemps car, alors que les portes du réfectoire étaient en vue, Harry entendit des pas précipités claquer sur les marches des escaliers, et il s'arrêta derrière un pilier pour laisser passer cet autre lève-tôt, si par hasard il se fût agi de Mr Thomas ou de Mr Finnigan. Mais ce n'était qu'Hermione, fort heureusement. Cependant, à la vue de son visage d'un rose encore vif, qui avait dû être cramoisi quelques minutes auparavant, Harry jugea plus prudent de remettre les salutations à plus tard.
D'autres pas frappèrent les marches au-dessus de sa tête et il eut le plaisir de reconnaître un des jumeaux Weasley.
- Salut, cher associé silencieux ! lança gaiement Fred... ou George. Tu pourrais me rendre un nouveau petit service ?
- Ça dépend de quoi il s'agit. Je n'ai pas mille autres gallions sous la main...
- Oh, c'est bien plus simple que cela, assura le Gryffondor. Je te demande juste de bien vouloir épingler ceci dans un endroit fréquenté, ajouta-t-il en tendant un rectangle de parchemin à son camarade.
Harry se pencha pour lire le message et retint un gros éclat de rire. Les deux incurables farceurs ne perdaient pas de temps ! Qu'on en juge :
DES GALLIONS A FOISON !
Votre argent de poche n'arrive plus à suivre vos dépenses ?
Un peu d'or serait le bienvenu ?
N'hésitez pas à prendre contact avec Fred et George
pièce commune de Gryffondor,
pour petits travaux à temps partiel,
simples et garantis quasiment sans douleur.
Nous avons le regret de préciser que les candidats s'engagent à leurs risques et périls.
- Je me vois mal accrocher ça dans la salle commune de Serpentard, mais je suis sûr que certains de mes co-serpents seront très intéressés. Qu'est-ce que vous faites, exactement ?
- Oh... nous recrutons quelques cobayes, expliqua l'inventeur. Nos auto-expérimentations ne nous permettent pas d'aller assez vite, il nous faut plus de données. Maintenant, avec tous ces braves petits que nous avons sous la main...
- C'est ce qui a mis Hermione de si bonne humeur, je suppose ? Je l'ai vue passer il y a deux minutes, franchement en pétard.
- Oui... Elle prend ses nouvelles responsabilités beaucoup trop au sérieux, si tu veux mon avis. Bon, je suggère que nous allions manger un morceau.
Tandis qu'ils bavardaient, d'autres élèves étaient arrivés sur le palier et leur jetaient des regards au mieux intrigués.
- Vous voulez une photo dédicacée ? finit par demander le Gryffondor dans sa plus belle imitation de Gilderoy Lockhart.
L'effet fut immédiat et les indiscrets gagnèrent précipitamment leurs places autour des tables de leurs maisons respectives.
Côté rouge et or, Harry repéra une jeune fille noire aux longues rastas qui prenait des notes, assise à un bout de la table.
- Angelina, indiqua le Weasley n°4 ou 4 bis. Elle a été nommée capitaine de notre équipe, cette année. Depuis le temps qu'elle en rêvait... C'est qui, chez vous ?
- Aucune idée. Je n'ai même pas pensé à demander.
- Dommage... Oh ! Des crêpes ! Navré, mais là, il faut vraiment que je t'abandonne. Cas de force majeure !
Harry leva les yeux au plafond, qui était ce jour-là d'un triste gris tout terne, puis gagna la table de Serpentard, où quelques première année soucieux de ne pas arriver en retard entamaient déjà leur petit déjeuner. Ils parurent maîtriser leur curiosité – ou leur crainte – sans trop de difficulté et Harry put leur rendre leur salut sans avoir à se pincer pour sourire.
Il commençait à tartiner de la marmelade d'orange sur une tartine quand Sarah fit son entrée pour s'installer à côté de lui, bientôt rejointe par les deux Zabini, Théodore, Millicent et les quasi-siamois Urquhart et FitzRoy. Tout ce petit monde s'attaqua immédiatement aux douceurs posées sur la table. On avait des goûts raffinés (en tout cas, assez continentaux) car personne ne toucha à la grande assiette remplie de harengs, et seul FitzRoy, que la nature avait doté d'un estomac peu facile à contenter, se servit des œufs au bacon.
- Alors, quoi de neuf ? s'enquit Harry.
- Premiers essais de quidditch dans un mois et trois jours, répondit Urquhart entre deux bouchées de céréales. Tu as intérêt à rester à la hauteur de ta réputation.
- Attends un peu... C'est toi le capitaine ?
- Oui monsieur. Et j'ai beau être moins costaud que Marcus...
- Et ne pas avoir d'ancêtre troll...
- Tais-toi, Robert ! Je disais donc : j'espère bien que tu vas prendre mes louables efforts en stratégie au sérieux.
Harry l'assura que oui, bien sûr, pendant que la grande salle se remplissait de plus en plus rapidement. Des hiboux et des chouettes postaux entrèrent à leur tour. Harry ne s'attendait pas à recevoir de courrier ; en revanche, Sarah avait la Gazette du Sorcier, le Chicaneur, et même sorcière-hebdo sous le coude, tandis qu'elle s'attelait à ouvrir une enveloppe d'aspect bien moldu.
- C'est quoi ? interrogea Lucy.
- Mon relevé de comptes, répondit Sarah. Papa a pris l'excellente habitude de me donner des dividendes chaque fois que je lui indique un bon placement.
Harry dissimula un sourire en repensant au contrat signé par l'oncle Vernon l'année précédente. Combien Sarah avait-elle pu retirer de cette signature ?
Les piques et les réflexions furent interrompues par le passage de McGonagall qui distribuait les emplois du temps.
- Alors, voyons un peu ça... fit Blaise. Ouh... Voilà une journée qui va en faire souffrir quelques-uns... Enchantements... ça va, ce sont les Serdaigle.
- Cool ! firent plusieurs voix.
- Potions avec les Gryffs...
- Pauvres Gryffondor...
- Harry, tu es sérieux ? Tu as de la fièvre ?
- Non.
- Ah, bon !
- Ensuite, divination pour les glandeurs,
- Hé ! protestèrent Harry, Blaise et Millicent.
- Avec les Gryffs, laissez-moi finir. Et arithmancie en compagnie des Poufsouffle pour les esprits sérieux. Et pour finir... défense... avec les Gryffs. Eh ben, pour un jour de rentrée, on peut rêver mieux, conclut Blaise en s'affaissant légèrement sur son banc. Je vais devoir parler avec les jumeaux, histoire de savoir si leurs combines anti-cours sont au point.
- Tant que j'y pense, se rappela Harry. Un des deux m'a donné une affiche pour recruter des cobayes. Si ça t'intéresse...
- Je vais surtout préparer les miennes, assura Blaise en fourrant le papier dans sa poche. Et me mettre à concocter des bricoles qui remontent le moral. Il paraît que c'est dépression garantie pour tout le monde pendant l'année des BUSEs. Suffit juste d'établir un roulement de façon à ce qu'il en reste au moins chaque jour pour prendre des notes en cours.
- C'est rassurant, pouffa Harry. Arrange-toi plutôt pour travailler avec eux au lieu de contre eux, ça vous fera tous gagner du temps.
- Nous allons sans doute y venir, dit Blaise d'un ton dégagé. Maintenant qu'ils ont de l'argent, leur production devrait se multiplier à l'envi.
- J'attends ça avec impatience, affirma Sarah.
- Moi aussi, flûta Lucy. Pour pourrir les supporteurs de l'équipe adverse pendant le quidditch.
- Dis donc, Blaise, tu l'as bien formée, cette petite, susurra Sarah, l'œil soudain pétillant.
- Certes. Et comme en plus, elle est un peu voleuse...
Tout en parlant, Blaise surveillait les jumeaux et, les voyant partir une pile de toasts à la main, il ramassa prestement ses affaires pour leur courir après.
- Le début d'une fructueuse coopération ? souffla Urquhart.
- Que Hel me damne, mais c'est sans doute bien parti pour, décréta Robert. Bon, nous avons des cours qui nous attendent. Je commence par métamorphose, et je ne tiens pas à me faire épingler par McGonagall dès le premier jour.
# #
Le cours d'enchantements réussit à mettre un peu de joie et de bonne humeur dans une journée qui, sans cela eût été bien morne. Flitwick organisait des lévitations de très gros objets, ainsi que des sortilèges sur plumes à écrire, bien pratiques pour travailler même avec un poignet dans le plâtre. Blaise notait, notait, cherchant sans doute l'inspiration pour de futures productions. Le résultat de cette compilation fiévreuse disparut au fond de ses poches lorsque la cloche de la récréation retentit et que les élèves se dispersèrent dans les couloirs et sous les arcades entourant les cours intérieures. La petite pluie fine qui tombait depuis le lever du jour obligeait les étudiants à rester à l'abri et Harry se retrouva bien plus près de ses condisciples qu'il ne l'aurait souhaité. Il parvint à se dissimuler à peu près efficacement derrière Théodore, qui avait encore plus grandi que lui, et qui était aussi un petit peu plus large (ce qui n'avait rien de difficile). Cela lui épargna une rencontre certainement pénible avec Mlle Chang, qui arpentait Poudlard avec une mine sinistre.
- Elle veut encore nous « parler » ? s'inquiéta Harry.
- Je pense que oui, opina Théodore. Apparemment, elle a décidé de partir en croisade contre les responsables de la mort de son Cédric adoré. Mais j'ai bien peur qu'elle ne te mette dans le lot.
- Ah ? Ce n'est pourtant pas moi qui l'ai forcé à s'accrocher à moi quand j'ai pris la coupe... Enfin... Je suppose que je fais une cible plus facile à taper que Voldemort...
- Sans aucun doute, approuva Sarah, lugubre.
DRRIIIING !
- Pas trop tôt, ajouta-t-elle sans conviction.
Devoir se réfugier en cours pour échapper aux réflexions assassines n'avait rien de plaisant, même si les potions restaient l'une des matières favorites de Harry. Il descendit vers le laboratoire l'esprit un peu plus léger.
Assis au deuxième rang en compagnie de Millicent et Blaise, il tenta aussi de ne pas faire attention aux regards narquois que lui lançaient Malefoy et ses suivants en prenant place non loin d'eux. Puis les tabourets restants se garnirent de Gryffondor et l'esprit de maison remplaça quelque peu les querelles personnelles.
- Veuillez vous taire, dit Rogue en entrant derrière les derniers de la file.
Le peu de bruit qui se faisait encore entendre cessa immédiatement et le professeur gagna son bureau à grandes enjambées.
- Avant de commencer les manipulations du jour, je crois utile de vous rappeler qu'en juin prochain, vous aurez à passer un examen important au cours duquel vous devrez apporter la preuve de vos connaissances en matière de composition et d'utilisation des potions. Malgré le crétinisme congénital qui caractérise indubitablement une partie de cette classe (celle en rouge, professeur ?), il serait souhaitable que vous arrachiez une mention « acceptable » lors de votre épreuve de BUSE si vous ne souhaitez pas subir mon mécontentement.
Quelques Gryffondor durent se sentir particulièrement visés. Parmi eux, certains devaient envisager la perspective de ne plus avoir de cours de potions avec une forme de soulagement, dont le malheureux Neville faisait sans aucun doute partie.
- Mais avant d'en arriver au bonheur des adieux, poursuivit Rogue comme s'il avait lu dans leurs esprits, nous avons encore un an à passer ensemble, alors que vous ayez ou non l'intention de réussir cet examen, je vous encourage à consacrer vos efforts à maintenir un niveau digne d'élèves en cinquième année. La potion que nous allons préparer aujourd'hui est souvent demandée lors des BUSEs. Il s'agit du philtre de Paix, destiné à calmer l'anxiété et apaiser l'agitation. Je dois vous avertir que si vous avez la main trop lourde sur les ingrédients, celui qui consommerait le philtre tomberait dans un sommeil potentiellement irréversible (eh ben, c'est gai !). Faites bien attention à vos mesures, donc. Bien... Les ingrédients et la méthode de préparation se trouvent au tableau, continua-t-il en agitant la baguette pour inscrire le texte au tableau. Tout ce dont vous aurez besoin se trouve dans cette armoire (dont la porte s'ouvrit sur-le-champ). Vous avez une heure et demie. Au travail.
Harry pesta mentalement en lisant les instructions. Comme d'habitude, Rogue commençait l'année en grand. Pour inaugurer le bal des chaudrons fondus et des vapeurs piquantes, il n'aurait pas pu trouver mixture plus délicate. Les temps de mijotage et les quantités de poudres, liquides et copeaux étaient extrêmement précis. C'était dans des cas comme celui-ci que Harry aurait donné gros pour disposer d'une bonne balance électronique au millième de gramme. Ainsi que d'un thermomètre un peu plus correct que l'antiquité au mercure dont il devait se servir pour déterminer la baisse d'intensité du foyer sous son chaudron. Pour couronner le tout, certains éléments de la potion auraient fait meilleure figure dans la vitrine d'un joaillier. Harry n'avait même pas besoin de tourner la tête pour savoir que Blaise allait tenter de dérober une des pierres de lunes mises à sa disposition.
Dix minutes avant la fin du cours, Rogue se manifesta de nouveau :
- A ce stade, votre potion devrait dégager une légère fumée argentée.
Harry fronça les sourcils. Sa potion avait bien la légèreté requise, mais les volutes qui s'en dégageaient lui paraissaient un peu trop foncées. Rien de bien calamiteux, ceci dit, en comparaison des exploits de certains de ses camarades. La potion de Parkinson avait viré au jaune, celle de Ron avait la bonne couleur mais laissait échapper un pétillement d'étincelles vertes et le pauvre Neville regardait d'un œil désolé l'espèce de ciment qui colmatait son chaudron. Pas très folichon. Harry vérifia bien qu'il n'avait rien oublié, ni pierre de lune ni hellébore (qui seule aurait suffi à étendre une équipe de rugby) ni encore les racines de valériane.
Ce fut avec un soupir de soulagement qu'il accueillit les dernières directives du cours :
- Veuillez déposer un échantillon de votre potion dans un des tubes posés sur vos paillasses et inscrivez votre nom sur l'étiquette lisiblement. Posez-les sur le bureau, je les analyserai durant la semaine.
Harry se hâta de remplir son éprouvette avant de ramasser ses affaires, mais avant la fin du TP, il eut le plaisir de voir la potion de Goyle faire éclater le verre et mettre le feu à la robe de l'incapable, sous les yeux résignés de l'enseignant.
La cloche sonna, libérant des Gryffondor déjà catastrophés, puis des Serpentard un peu moins portés aux lamentations, en dépit du devoir conséquent que leur directeur avait donné sur les propriétés de la pierre de lune.
Harry s'attaqua avec reconnaissance au hachis Parmentier servi au déjeuner. Rien de tel pour caler un estomac vidé par les calories à fournir au cerveau... et par une certaine appréhension. La viande était cuite à point et la purée fondante. Tout en faisant un sort à ce plat de résistance et à la suite, Harry observa les tables des autres maisons. Rien de particulier à Serdaigle ni à Poufsouffle. En revanche, les jumeaux Weasley paraissaient en grande conversation avec certains de leurs camarades, et la discussion devait porter sur un sujet sensible, car les gestes de menace arrivèrent très vite.
- Hmmm... Je parierais que quelqu'un les a vus parlementer avec notre Blaise, commenta Sarah à mi-voix.
- Sûrement, opina Théodore. Maintenant que le fou est revenu, nous sommes tous sur la liste des suspects et quiconque nous adresse la parole s'y retrouve aussi.
- Je ne crois pas que les jumeaux s'en soucient beaucoup, fit Harry entre deux lampées d'eau. Le qu'en-dira-t-on ne les a jamais trop préoccupés.
- Tant mieux pour eux, approuva Blaise. C'est la meilleure attitude à adopter.
- Ou bien, contrôler subtilement ce qu'on dit, renchérit Sarah.
- Tu veux quelque chose, Lucy ?
- J'ai un cours avec Chourave tout à l'heure. Elle est comment ?
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A la fin du déjeuner, Harry s'arma de courage pour entreprendre l'ascension de la tour nord, direction le perchoir du professeur Trelawney. Chemin faisant, il croisa l'infatigable chevalier au catogan qui tenta vainement de le provoquer en duel, puis une dame sorcière qui lui souhaita toute la patience du monde pour survivre aux bêtises de la divination. Enfin, il parvint à la trappe qui menait à la salle de classe et gravit les échelons en se demandant, au nom du ciel, qu'est-ce qui avait bien pu lui faire croire que l'astrologie et ses cousines seraient des matières intéressantes.
Quand Harry passa la tête par la trappe, Trelawney était occupée à poser des livres sur les tables basses autour desquelles s'installaient les étudiants. Elle ne fit pas attention à lui et regagna son coin de grenier sans un mot. Entendant des pas en bas de l'échelle, Harry se dépêcha de monter et de gagner une table qui serait à la fois loin de la prof et près d'une fenêtre. Millicent vint s'installer à côté de lui, puis Blaise. Bastian Moon et Pansy Parkinson prirent soin de s'asseoir aussi loin d'eux que possible. Lavande Brown et Parvati Patil se placèrent tout naturellement juste sous le nez de leur enseignante favorite. Ron Weasley et Neville Londubat se tenaient près de la trappe, Dean Thomas et Finnigan un peu plus loin. Et la parodie de cours commença.
- Bonjour à tous, dit Trelawney de sa voix toujours vague. Soyez les bienvenus dans la classe de divination. J'ai soigneusement étudié vos destinées pendant les vacances et je suis ravie d voir que vous êtes tous revenus sains et saufs à Poudlard, ainsi que je l'avais prévu.
- Allons donc, elle nous a prédit une bonne santé ? marmotta Blaise. Là, il est grand temps de s'inquiéter.
- Vous trouverez sur vos tables un livre intitulé l'Oracle des Rêves, par Iñigo Imago. L'interprétation des rêves constitue l'un des principaux moyens de pénétrer l'avenir et il est très possible que l'on vous demande de traiter cette délicate question lors des BUSE. Ne croyez pas, bien sûr, que la réussite ou l'échec à un examen revête à mes yeux la moindre importance lorsqu'il s'agit de l'art sacré de la divination.
- Alors nous pouvons rater ce stupide examen et oublier cette matière idiote ? demanda Millicent à voix basse.
- Si vous possédez le troisième œil, les certificats et les diplômes n'auront jamais grand intérêt pour vous. Mais le directeur de cette école tient beaucoup à ce que vous passiez vos BUSE, alors...
A la façon dont sa voix traîna sur les derniers mots, il ne faisait aucun doute que Sybille Trelawney considérait sa chère divination comme très au-dessus des basses contingences matérielles, telles que l'obtention d'un examen. Ce qui n'avait rien d'étonnant compte tenu de ses propres performances…
- Ouvrez s'il vous plaît vos livres à la page d'introduction et lisez ce qu'Imago nous dit de l'interprétation des rêves. Vous vous regrouperez ensuite par équipes de deux et vous tenterez de comprendre vos rêves les plus récents. Allez-y.
Par chance, Imago était un homme bavard, et le temps de finir son introduction, l'heure de cours était presque totalement écoulée. Harry n'avait guère envie de parler de ses rêves, et ses deux camarades avaient discrètement sorti des rouleaux de parchemin pour commencer les devoirs reçus en cours d'enchantements. Harry se hâta de les imiter. Trelawney ne s'approchait pas de leur table, ce qui facilitait la manœuvre. Le trio écrivait au crayon pour ne pas être dénoncé par le grincement de la plume. Il n'y aurait plus qu'à repasser à l'encre si c'était valable.
Enfin, la cloche libéra les élèves et les Serpentard descendirent vers le cours de Défense... non sans se retrouver lestés d'un nouveau travail : tenir le journal de leurs rêves pendant le prochain mois.
- Il n'y aura qu'à tout inventer... comme d'habitude, conclut Blaise en s'engageant dans l'escalier, un tube de petits cachets parfaitement moldus à la main. Pour l'instant, je dois me préparer à la séance qui s'annonce. Je vous rejoins de suite.
- Je me demande si les calmants moldus fonctionnent sur les sorciers, musa Harry en le regardant filer vers les toilettes les plus proches.
La suite lui prouva que non...
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Ombrage se trouvait déjà derrière son bureau lorsque les élèves entrèrent dans la salle de classe, toujours vêtue de rose, le nœud de velours noir dans les cheveux. La couleur ne ferait jamais oublier l'aspect de batracien de celle qui la portait, malheureusement. A part quelques raclements de chaises, l'installation se fit dans le silence.
- Eh bien, bonjour à tous, dit Ombrage lorsque tous les étudiants furent assis.
Quelques murmures montèrent sans conviction.
- Allons, cela ne va pas du tout, fit Ombrage avec une déception feinte. J'aimerais, s'il vous plaît, que vous répondiez « Bonjour, professeur Ombrage ». Recommençons depuis le début, si vous le voulez bien. Bonjour tout le monde !
- Bonjour professeur Ombrage, répéta la classe d'un ton monocorde et sans le moindre entrain.
- On n'est pas en classe de maternelle, chuchota Dean Thomas, qui se trouvait juste derrière Harry, qui cette fois lui donna entièrement raison.
- Voilà qui est beaucoup mieux, rayonna Ombrage. Ce n'était pas si difficile, n'est-ce pas ?
- Si, et j'ai envie de vomir, souffla Blaise.
- Rangez vos baguettes et sortez vos plumes, s'il vous plaît.
Des grognements se firent entendre tandis que les apprentis sorciers fouillaient dans leurs sacs à la recherche de plumes et d'encre. Quand le prof disait de ranger les baguettes, la suite était nécessairement affligeante et d'un ennui mortel. Ombrage sortit sa propre baguette, assez courte et de couleur claire (quand même pas rose pâle ?) et en tapota le tableau noir. Des mots soigneusement calligraphiés en blanc s'alignèrent alors :
Défense contre les Forces du Mal
Retour aux principes de base
- Bien. Il m'est apparu que votre enseignement dans cette matière a été passablement perturbé et plutôt fragmentaire, n'est-ce pas ? reprit Ombrage en se tournant vers son auditoire forcé. Le changement constant d'enseignants, dont beaucoup ne semblent pas avoir suivi le programme approuvé par le ministère... Oui, mister ?
- Zabini, répondit Blaise, dont la main ballottait en l'air. Qu'est-ce que le programme approuvé ? C'est la première fois que j'en entends parler.
- Il s'agit d'un programme de magie défensive centré sur la théorie, et qui vous permettra d'atteindre le niveau des BUSEs sans difficulté. Vos problèmes d'apprentissage irrégulier vont être rapidement résolus.
- Mademoiselle ? flûta Sarah, la main dressée vers le plafond, cela signifie-t-il que vous comptez rester plus d'une année au poste de professeur de défense ?
- Bien entendu, expliqua Ombrage sans prendre garde au ton profondément incrédule de la question. Sans cela, il est impossible de dispenser une formation de qualité.
- Et les rumeurs comme quoi le poste serait maudit ne vous font pas peur ? s'enquit Sarah, l'air faussement admiratif, tandis que Harry se mordait la joue pour ne pas rire.
- Ce ne sont que des sornettes, décréta « mademoiselle ». Nous vivons dans une société éclairée, mon petit, ces bêtises ne devraient pas vous influencer. Personne n'est mort, après tout.
Des « hum », des «euh, euh » et autres toussotements envahirent un instant la salle. Les gros yeux du professeur dévisagèrent les étudiants un moment puis :
- Commencez par copier sur vos parchemins les phrases suivantes.
Sous la baguette, le tableau recommença à se couvrir de mots :
1)Comprendre les principes qui fondent la défense magique
2)Apprendre à reconnaître les situations dans lesquelles la défense magique se trouve légalement justifiée
3)Replacer la défense magique dans un contexte ouvrant sur la pratique
Scratch, scratch, firent les plumes sur les pages tandis que les élèves recopiaient la ligne de conduite de cette nouvelle année.
Lorsque tout le monde eut terminé, Ombrage reprit son laïus.
- Avez-vous tous votre exemplaire de la Théorie des Stratégies de défense magique par Wilbert Eskivdur ?
Comme le bonjour, la réponse affirmative fut morne et traînante.
- Je crois qu'il va falloir recommencer, interrompit l'enseignante, la mine réprobatrice. Lorsque je pose une question, je souhaite que vous me répondiez « Oui, professeur Ombrage » ou « Non, professeur Ombrage ». Donc, je reprends : avez-vous tous un exemplaire de votre manuel ?
(OK, j'en ai déjà marre. J'ai intérêt à bien vite m'équiper en produits Weasley…)
- Oui, professeur Ombrage, répondirent les jeunes sorciers avec autant d'enthousiasme que pour se rendre à leur pendaison.
- Très bien. Je voudrais maintenant que vous ouvriez ce livre à la page 5 et que vous lisiez attentivement le premier chapitre « Principe de base à l'usage des débutants ». Je vous signale qu'il est inutile de bavarder.
Au moins, le texte était facile à comprendre, peut-être même Crabbe et Goyle en saisiraient-ils la totalité. Sans doute était-ce dû au fait qu'il ressemblait à un cours de première année. Mais un cours de première année qu'on aurait épuré et raffiné, avec grand art, pour le débarrasser de toutes les parties intéressantes. Harry se senti somnolent et se surprit à lever les yeux de plus en plus souvent pour regarder autour de lui.
D'autres étudiants avaient déjà abandonné. Weasley jouait avec sa plume tout en faisant mine de lire. Théodore devait corriger les coquilles de son manuel et Sarah... prenait des notes ? Non, elle devait plutôt préparer un message. Lavande Brown bâillait aussi discrètement que possible et Parkinson se tournait tranquillement les pouces. Quant à Hermione, elle se tenait droite comme un i, la main levée. Plusieurs personnes la fixaient avec étonnement. Granger qui refusait de lire un livre, c'était véritablement une grande première. Et elle ne paraissait pas se fatiguer de garder la main en l'air, même si les crampes devaient se manifester. Ombrage faisait mine de ne pas la voir, mais elle ne pouvait ignorer longtemps le fait que la plupart de ses élèves préféraient regarder le phénomène plutôt que de lire leur fameux chapitre.
- Souhaitez-vous me poser une question au sujet du chapitre ? finit-elle par demander.
- Pas au sujet du chapitre, répondit Hermione. C'est au sujet des objectifs du cours. Je vois qu'il est marqué en troisième position de replacer la défense dans un contexte pratique, pourtant rien n'est dit sur l'utilisation des sortilèges, ce qui semble étrange lorsque l'on parle de pratique.
- Je ne vois pas ce qui pourrait arriver dans ma classe qui justifierait l'utilisation de sortilèges, miss. Vous ne craignez tout de même pas de subir une attaque pendant mes cours ? Oui, miss...
- Bulstrode. Nous n'allons pas passer toute notre vie dans votre classe, mademoiselle, dit Millicent assez lentement, comme si elle cherchait à peser ses mots au maximum avant de parler. Hors de l'école, il peut se passer des tas de choses.
- Mais vous êtes dans l'école, rétorqua Ombrage, et tant que vous y êtes, vous devrez suivre le programme indiqué.
Zouf ! La main de Ron Weasley, soudain enhardi, se leva d'un coup.
- Mais quand nous n'y serons plus ? Tout n'est pas rose et gentil dehors, fit-il remarquer de l'air le plus sérieux du monde. Comment allons-nous pratiquer nos sorts ?
- Mister Weasley, vous n'avez pas à vous préoccuper de cela. Des sorciers sérieux ont établi votre programme d'études pour que vous appreniez les sorts de défense dans des conditions optimales de sécurité.
La main de Théodore se leva à son tour.
- C'est gentil de se soucier de notre bonne santé, mais si un jour nous croisons un sorcier ou une créature mal intentionnée, ce sera le cadet de ses soucis. Je sais que je vais jouer le radoteur, mais comment allons-nous apprendre à nous défendre en cas de problèmes sérieux ?
- Vous n'avez à craindre aucun problème pendant mes cours...
- Notre existence ne se limite pas à vos ****** de cours ! cria soudain Blaise, exaspéré. Combien de fois va-t-il falloir vous le répéter ?
- Vous venez de gagner une retenue, Mister Zabini, dit la voix onctueuse d'Ombrage. Vous commencerez dès ce soir, et vous irez en discuter avec votre chef de maison.
- Je suis sûr qu'il partage mon point de vue, grommela Blaise.
- Bien sûr, je sais que vous avez été exposés à des sorciers irresponsables, totalement incapables et même (elle émit un petit rire) à des hybrides particulièrement dangereux. Oui, Mister Thomas ?
- Sans vouloir vous contredire, professeur, le professeur Lupin est sans doute le meilleur que nous ayons eu dans cette matière.
- Comme je vous le disais, reprit Ombrage comme s'il n'avait rien dit, vous avez été initiés à des sorts complexes, inadaptés à votre âge et potentiellement mortels. On vous a fait peur en vous laissant croire que vous risquiez d'être attaqués tous les deux jours par des forces maléfiques...
- Miss ?
- Oui, Mister Weasley ?
- C'est un peu ce qui est arrivé. Nous avons eu de très gros ennuis avec les détraqueurs il y a deux ans, et deux de vos prédécesseurs ont carrément tenté de tuer des élèves, déclara Ron, sans se départir de son ton sérieux. Bon, évidemment, c'étaient tous les deux des mangemorts, ça doit expliquer des choses...
Harry sourit et leva la main à son tour.
- Quelque chose à ajouter, Mister Potter ? demanda Ombrage, qui avait perdu une partie de son ton doucereux.
- Je dois ajouter que nous avons aussi eu la visite de Sirius Black, que le ministère essaye toujours de retrouver. Est-ce que ce genre d'intrusion ne justifie pas un peu d'apprentissage pratique ?
- En plus, fit Parvati Patil, la main bien en évidence, il y a une épreuve pratique aux examens. Nous ne pouvons pas nous présenter sans avoir jeté le moindre sort en classe. Lancer un sortilège pour la première fois le jour de l'examen, ça ne s'est jamais vu.
- Je doute que vous soyez qualifiée pour estimer ce qui se fait ou non le jour d'un examen, Miss Patil, lâcha sèchement Ombrage.
Harry se frottait les mains en considérant cette rébellion en marche. Malefoy ne disait rien, pas plus que sa bande, mais cela n'avait rien d'étonnant. Il faisait sans doute tout son possible pour devenir, aux yeux d'Ombrage, un élève modèle sur qui elle pourrait compter. Plus fayot que Drago Malefoy, tu meurs. C'était étrange, quand on y réfléchissait. Cela ne ressemblait pas beaucoup à Lucius, qui ne s'inclinait devant personne sauf Voldemort, ni à la hautaine Narcissa. Quelque chose de l'orgueil Malefoy avait été perdu ou mal compris en passant à la nouvelle génération.
- Je souhaiterais que vous repreniez votre lecture, continua Ombrage. Que voulez-vous encore, Mister Thomas ?
- Que pensez-vous du retour de Vous-savez-qui ?
Harry poussa un ouf de soulagement. Il désespérait que quelqu'un posât la question. Si Thomas n'avait pas eu le cran – ou la bêtise – de le faire, il aurait encore été obligé de s'y coller.
- Je vais éclaircir certains points, décréta Ombrage. On vous a raconté qu'un certain mage noir était revenu d'entre les morts, et il s'agit d'un mensonge, rien de plus. Le ministère de la magie peut vous garantir qu'aucun mage noir ne vous menace. Si vous continuez à éprouver des inquiétudes, venez m'en parler. Si quelqu'un répand des histoires mensongères, venez m'en parler également. Je suis ici pour vous aider.
- Professeur, reprit Weasley, s'il n'y a pas de mage noir en cavale, qui s'est amusé à lancer la marque des ténèbres l'année dernière, et qui a suspendu toute une famille en l'air pour passer le temps ? Et qu'est-ce qui va nous protéger contre eux ? Aucun n'a été attrapé.
- C'est la tâche de ministère que de se charger de ses individus. Vous n'aurez jamais l'occasion d'en croiser un seul.
- Et si ça arrivait quand même, grinça Ron, on n'aurait qu'à leur balancer nos livres de cours à la tête. Ils sont assez lourds pour assommer quelqu'un, et c'est bien la seule utilité qu'ils ont.
- Ce sera une retenue pour vous aussi, Mister Weasley. A présent, quiconque interrompra encore ce cours fera perdre dix points à sa maison.
A la fin du cours, qui arriva bien trop lentement (ou trop tôt pour ceux qui avaient ressorti leurs parchemins d'enchantements), Sarah, Théodore, Harry, Blaise et Millicent vinrent solennellement serrer la main du Weasley. Ça ne lui ferait sans doute pas grand bien, mais qu'il sache au moins qu'il pouvait compter sur eux.
