Chapitre 13 : les Bonnes Recettes de Tante Dolorès

L'histoire du cours qui avait vu des Gryffondor et des Serpentard sur la même ligne de conduite, si ce n'est de bataille, fit très vite le tour de l'école, Harry put s'en rendre compte dès le repas du soir. Quelques élèves paraissaient intéressés, voire impressionnés, mais la plupart d'entre eux continuait à considérer d'un œil méfiant toute personne portant vert et argent. De son côté, Weasley faisait les frais de son culot, et dînait avec sa sœur et Neville pour seule compagnie, à un bout de la table de sa maison.

- Incompréhensible, commenta Théodore. Il fait preuve de la principale qualité d'un Gryffondor et les autres lui battent froid pour ça... Cette maison est vraiment bizarre.

- Et encore plus remplie d'opportunistes que la nôtre, on dirait, compléta Sarah.

Blaise resta silencieux. De toute évidence, il préférait ne pas s'étendre sur son entrevue avec Rogue, après le cours de Défense. En tout cas, pas devant témoin. Harry ne pensait pas que cela s'était très bien passé. Les Serpentard étaient censés se mettre en sourdine face à des gens comme Ombrage, pas ruer dans les brancards et tenter de leur rentrer dedans... Si leur charmante enseignante était prise au mot, songea soudain Harry, il leur faudrait aussi se méfier de toutes les oreilles qui traînaient autour d'eux. Il se demanda quelle serait la récompense pour les espions de la prof en rose. De meilleures notes ? Un coup de polissoir pour le ministère ?

La fin du dîner fut un soulagement et la petite équipe se dépêcha de regagner la salle commune pour essayer d'oublier ses peines en faisant la pile de devoirs distribués au cours de la journée. Pendant un moment, il n'y eut que le froissement de pages qu'on tournait ou déroulait. Puis :

- C'était horrible, lâcha Blaise.

Les autres le regardèrent avec ahurissement.

- De quoi tu parles ?

- Il a fallu que j'aille voir Rogue, pour ma retenue. J'aurais préféré qu'il me crie dessus...

- Ouais, je sais comment ça peut être, compatit Harry.

- Il m'a très chaudement... façon de parler... recommandé de ne plus perdre mon sang-froid pendant des cours où tout le monde avait plutôt intérêt à faire profil bas.

- C'est évident, trancha Sarah, mais d'imaginer que nous allons passer nos BUSE avec pour seul bagage ce que le crapaud nous aura enseigné... il y a déjà là de quoi perdre le contrôle de ses nerfs.

- Maintenant que j'y pense..., fit Théodore d'un ton rêveur en regardant le plafond, rien ne nous oblige à nous contenter de ses cours.

- Oh, bien sûr, nous pouvons potasser des livres, mais...

- Je ne parlais pas de ça. Tu te souviens de la conversation que nous avons eue juste avant la coupe du monde ? Quand tu disais que vu le niveau global de nos profs, nous n'avions qu'à assurer les cours nous-mêmes ?

- Il est dingue ! s'exclama Millicent, en même temps que Blaise lançait :

- C'est génial !

- Je le crois aussi, affirma Sarah. Pour l'instant, finissons au moins le devoir de potions, bâclez le journal de Trelawney et/ou le devoir de Binns, et tout ira bien.

Ils n'en finirent pas avec les leçons avant dix heures du soir, et Blaise resta encore en arrière pour punaiser quelques feuilles sur le tableau d'affichage de la salle commune avec un sourire plein de fierté.

# #

Le lendemain matin, il bruinait sur la lande écossaise, mais l'humeur de Serpentard était nettement plus ensoleillée. Blaise pensait moins à sa retenue, Sarah et Théodore ourdissaient les dieux savaient quoi au sujet des cours et Harry, à les voir aussi affairés, se sentait mieux que jamais. Croiser les jumeaux dans l'escalier ne fit qu'améliorer encore les choses.

La veille, ils avaient entamé leur campagne de tests à grande échelle sur les élèves volontaires, et avaient constaté avec satisfaction que les petits fours Tournedeloeil étaient tout à fait au point. Hélas, Hermione était très vite intervenue pour mettre le holà, secondée avec zèle par Dean Thomas, qui semblait avoir pris les deux frères en grippe depuis qu'ils fréquentaient la maison en vert.

- Et ce n'est pas tout. Ron nous a raconté qu'elle passe une partie de son temps à tricoter des chapeaux de laine pour les elfes de maison et qu'elle les cache sous des vieux parchemins et des plumes cassées pour qu'ils les prennent sans se rendre compte de l'arnaque. Elle veut les libérer de force, tu vois.

- Bien sûr. Je suis certain qu'elle adorera ça quand elle devra prendre sur son temps de travail pour cuisiner sa propre soupe de soir, et les gâteaux du matin, et le repas de midi aussi.

- Je ne crois pas qu'elle ait pensé à ça. Ron si, sans doute. Il a fait disparaître toutes les saletés qu'elle avait mises sur ces chapeaux, qui sont paraît-il très moches.

Sarah, elle, tournait et retournait la phrase dans la tête, visiblement confuse. À son expression, il y avait quelque chose qui clochait, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

# #

Les cours commencèrent par la métamorphose, en compagnie des Serdaigle, ce qui assura un calme relatif durant la leçon. Relatif car les mises en garde de McGonagall concernant les BUSEs en mirent plus d'un mal à l'aise.

- Vous ne réussirez jamais vos BUSE, déclara-t-elle, sans une grande application et une pratique de tous les instants. Il n'existe aucune raison valable pour que quiconque parmi vous échoue à cette épreuve, à condition de s'en donner la peine. Aujourd'hui, vous allez travailler sur le sortilège de disparition, qui est un exercice pour le moins délicat.

C'était bien le moins que l'on puisse dire. Les cibles étaient de paisibles escargots, qui ne risquaient pas de prendre peur et de s'enfuir face aux apprentis sorciers. Un seul Serdaigle parvint à « effacer » les trois quarts de sa bestiole, tandis que celle de Harry, à sa grande désolation, n'avait perdu que ses cornes et le haut de sa coquille. Blaise avait fait disparaître toute la partie molle et Sarah... mieux valait ne pas trop insister. Elle fit partie des malheureux condamnés à réviser les sortilèges jusqu'au prochain cours pour parvenir à volatiliser le gastéropode.

Au sortir de cette leçon fort éprouvante, Harry et Sarah gagnèrent la salle d'étude des runes, où le professeur Vector les attendait d'un pied heureusement un peu moins ferme que McGonagall. Les formules runiques se complexifiaient au fil des années, certes, mais le degré de migraine n'atteignait jamais celui que l'on pouvait obtenir en métamorphose. Malgré tout, la classe reçut son paquet de devoirs pour la semaine suivante...

Harry renonça à un déjeuner complet et se fit un sandwich pour avoir le temps de monter à la bibliothèque faire quelques recherches sur les pierres de lune pour compléter son essai, ainsi que sur certains sortilèges, auxquels Flitwick avait accordé toute son attention. Hermione travaillait aussi dans un coin, la mine boudeuse. Harry se demanda si, comme lui, elle avait pris le temps de manger un morceau avant de se plonger dans ses grimoires.

Vint l'heure du cours de soin aux créatures magiques. Il était, comme tous les ans, commun avec les Gryffondor, ce qui laissait présager de désagréables moments.

Hagrid n'était toujours pas revenu et le professeur Gobe-Planche attendait ses élèves derrière une table couverte de brindilles. Durant la marche, Harry dut supporter les ricanements de Malefoy et de sa bande et fit mine de ne pas les voir se tapoter la tempe de l'index. Les Gryffondor se trouvaient devant eux et il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir la très nette séparation entre Londubat et Weasley d'un côté, et le reste de la maison de l'autre.

- Tout le monde est là ? lança le professeur Gobe-Planche avec son « amabilité » coutumière. Bon, on s'y met. Qui peut me dire comment s'appelle ce qu'on voit sur la table ?

Comme d'habitude, Granger leva la main avant que quiconque ait eu le temps de réfléchir un peu et Pansy ne perdit pas l'occasion ainsi offerte. Les dents en avant, se trémoussant sur place, elle montrait une caricature aussi réjouissante que cruelle de Mlle Je-sais-tout.

Quelqu'un émit un petit cri effrayé lorsque les brindilles sur la table s'animèrent soudain pour devenir de petits bonshommes filiformes aux bras noueux avec deux doigts très pointus à chaque main, le corps couvert d'écorce et deux petites billes brillantes en guise d'yeux. Des murmures intéressés s'élevèrent. Au moins, ces bricoles semblaient relativement inoffensives, même si leurs doigts pouvaient sans doute faire très mal.

- Pas de bavardage, vous autres !

Gobe-Planche jeta aux brindilles mouvantes quelque chose qui ressemblait à des grains de riz brun, que les petites créatures dévorèrent aussitôt.

- Alors, quelqu'un connaît-il le nom de ces animaux ? Miss Granger ?

- Ce sont des botrucs, dit Hermione à toute vitesse, comme si elle craignait qu'un autre étudiant ne lui vole sa réponse. Ils gardent les arbres, surtout ceux dont on se sert pour fabriquer les baguettes magiques.

- Tout à fait. Cinq points pour Gryffondor. En effet, ce sont bien des botrucs et ils vivent dans les arbres dont le bois est considéré comme magique. Qui peut me dire ce qu'ils mangent ?

Même Sarah ne se donna pas la peine de lever la main.

- Des cloportes, répondit Granger, toujours aussi vite.

Maintenant qu'il regardait mieux, Harry voyait les pseudo-grains de riz bouger... Charmant...

- Mais aussi des œufs de fée, quand ils peuvent s'en procurer, poursuivit Granger.

- Très bien, cela vous fera cinq points de plus. Notez que si vous avez besoin de feuilles ou de branches d'un arbre où vivent des botrucs, il est sage d'emporter des cloportes pour les calmer. Ils n'ont pas l'air bien méchants comme ça, mais lorsqu'ils sont en colère, ils essayent d'arracher les yeux des intrus avec leurs doigts. Vous voyez combien ils sont pointus... Croyez-moi, il vaut mieux ne pas les laisser s'approcher de votre œil. Ceci étant dit, vous allez tous prendre de la nourriture et un botruc – vous en avez environ un pour trois – et vous allez l'étudier de près. Je veux avoir, à la fin du cours, un dessin détaillé de la créature avec légende et indication de toutes les parties du corps.

- J'espère que ce gros idiot de Hagrid a été gravement blessé et qu'il ne reviendra jamais ici, déclara Malefoy avec un grand sourire en revenant vers ses groupies avec un botruc.

Il s'attira aussitôt les foudres des Gryffondor ; c'était prévisible, bien sûr, comme de dire qu'il va neiger en décembre.

- Peut-être que cette fois, il s'est frotté à quelque chose de trop grand pour lui, poursuivit le ricanant personnage en s'asseyant auprès de ses zélés suivants.

Sarah haussa les sourcils, et Harry, les épaules. Il n'avait pas la moindre idée de ce que cela signifiait. Papa Malefoy était toujours dans les petits papiers de son maître et il devait souvent entendre, puis raconter des choses, à la maison, qui n'étaient pas forcément destinées aux oreilles de son héritier. Mais Drago avait sans doute pris l'habitude d'écouter aux portes.

Cette énigme-ci restant sans réponse, Sarah entreprit de faire comprendre à son botruc qu'il n'aurait droit à sa ration de cloportes que s'il consentait à se tenir tranquille le temps qu'on lui tire le portrait. La créature ne devait pas être si bête que ça, car ses mouvements frénétiques se ralentirent très rapidement et Harry put crayonner le botruc en toute quiétude. Malefoy ne se trouvait pas assez loin pour que le vent emportât ses vantardises, mais comme il s'agissait du refrain traditionnel sur les relations de son cher père au sein de l'administration... Harry ne résista pas au plaisir de raconter à Blaise et Sarah l'aperçu qu'il avait eu de l'entrevue Fudge-Malefoy, ainsi que la présence sur leurs talons d'un cerbère de taille en la personne du chef des aurors. Ce dernier détail mit les deux autres en joie.

La cloche sonna dans le lointain et Harry relâcha le botruc, qui repartit dare-dare vers sa forêt, les bras chargés de cloportes...

En remontant au château, ils croisèrent des Poufsouffle qui descendaient aux serres et se mêlèrent à des quatrième année de Gryffondor et Serdaigle qui en revenaient. Parmi la troupe, Ginny et son étrange camarade Luna Lovegood. Cette dernière était couverte de traînées de terre, à l'exception de ses cheveux noués en chignon et des curieuses boucles d'oreilles en forme de radis orangés qu'elle portait ce jour-là.

- Salut Harry ! claironna la dernière des Weasley.

- Salut Ginny. Bon cours ?

- Tout à fait... Mais Chourave force vraiment trop sur la bouse de dragon. Berk !

- Nous avons vu Ombrage ce matin, dit Luna d'une voix douce, sans autre préambule. Elle nous a dit que tout ce que nous entendrions sur Tu-sais-qui serait un mensonge, mais moi, je crois ce que tu as dit.

- Merci, Luna. Ça fait vraiment plaisir, assura Harry. Même venant d'une gentille fofolle avec des bolets aux oreilles.

Il s'éloigna des deux filles ; la botanique l'attendait pour le lendemain matin. Mais pour le moment, il fallait s'armer de toniques et de courage pour affronter l'histoire de la magie à la sauce Binns. Peine perdue... A son actif, le professeur fantôme avait manifestement oublié que ses élèves passaient leurs BUSE et il fut le seul à ne pas leur asséner un sermon sur la nécessité de travailler dur et de redoubler d'ardeur dans leurs révisions.

En se dirigeant vers la bibliothèque pour y faire quelques devoirs de plus, Harry et ses camarades croisèrent Ron Weasley, qui partait chez Ombrage pour sa première punition. Blaise grogna, se rappelant qu'il était lui aussi convié, et emboîta le pas au Gryffondor, offrant une fois de plus un spectacle assez peu commun dans l'école.

- Je me demande ce que cette harpie va leur concocter, s'inquiéta Millicent.

- Si c'est vraiment trop abominable, nous inventerons des représailles à la hauteur, assura Sarah en regardant les deux garçons s'éloigner.

Ron avait l'air encore plus triste que Blaise, comme si la retenue allait lui faire manquer quelque chose d'important.

- Ne restez pas plantés là à rêver ! coupa soudain la voix de Philip Urquhart. J'ai des choses importantes à vous dire. Potter, les sélections commencent en fin de semaine prochaine, dès que les lions auront vidé le terrain. Cobbyte, je voudrais que nous discutions un peu stratégie. J'en ai bricolé quelques-unes cet été et il me faut un avis extérieur. Bulstrode, pourrais-tu s'il te plaît m'aider à mettre le grappin sur Montague. Ce crétin est introuvable et j'ai malheureusement besoin de lui... pour lui lancer un sort et qu'il arrête d'intimider mes futurs joueurs. On dirait qu'il n'a pas apprécié de me voir nommé capitaine à sa place...

- Je viens, je viens ! fit gaiement Millicent, trop contente d'échapper aux parchemins pour quelques instants.

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Après deux heures de recherches au milieu des grimoires, Harry et les autres redescendirent en salle commune, sans trouver trace de Blaise. Malefoy n'était pas non plus visible et Harry en profita pour sortir Salazar de sa cachette.

- 'e peux faire quelque 'ose ? demanda la statuette entre deux bâillements.

- Surveiller Malefoy et ses gorilles chaque fois qu'ils sont seuls ici m'arrangerait bien, convint Harry.

- Miam ! Encore de l'espionnage... Mets-moi dans la table de chevet et débrouille-toi pour faire un trou dans une des parois.

Harry n'avait aucun foret à disposition, mais il s'aida du couteau fourni par Sirius et parvint à creuser une rainure du bois jusqu'à ce que Salazar pût voir et entendre ce qui se passait dans le dortoir. Puis il partit dîner. Toujours aucun signe de Blaise. La retenue commençait vraiment à traîner en longueur... Harry et ses comparses attendirent, attendirent encore...

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Pendant ce temps, quelque part dans le donjon…

Au quatrième sous-sol, Grontar le gardien de nuit était aux aguets. Il épiait depuis un moment les trois cambrioleurs qui se rapprochaient dangereusement de son système de protection préféré. Un sourire sadique apparut bientôt sur son visage quand les malheureux se trouvèrent au "bon" endroit. Il s'approcha alors d'une manivelle dépassant du mur et en donna plusieurs tours (car le système était démultiplié). Les intrus se regardèrent en entendant l'étrange cliquetis, mais ici, il y avait tout le temps des bruits suspects.

Voilà! L'ingénieux mécanisme était désormais en marche. Une dizaine de mètres plus loin, une plaque métallique frappa violemment une tige suspendue au bout de laquelle on avait fixé un vieux godillot. L'instant d'après, l'on pouvait entendre les coups sourds d'un boulet de fonte qui dévalait l'escalier, avant d'atterrir dans une rigole un étage plus bas et de finir sa course dans la plomberie. Mais non sans déclencher un nouveau mécanisme, deux étages plus haut dans une salle de bain abandonnée. Bientôt une boule de pierre s'écrasa violemment sur le sol, bousculant une statue grecque. Celle-ci tomba contre un pilier, décrochant subitement la dernière partie mobile du piège.

L'un des trois étrangers comprit ce qui se passait et s'enfuit juste à temps. Le second le suivit, mais trop tard: Il fut littéralement coupé en deux par le mur de la lourde cage métallique qui s'abattit brusquement. Le dernier homme, qui n'avait pas bougé, était vivant mais privé de tout moyen de retraite. Grontar saisit alors sa vieille arbalète. Il n'avait jamais compris l'attrait qu'on pouvait avoir pour le grosbillisme affligeant d'une arme automatique. À la lueur d'une torche qui révélait son teint verdâtre, il chargea minutieusement un carreau et se dirigea vers son prisonnier.

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Il était presque minuit lorsque les Serpentard, tombant de fatigue, finirent par aller se coucher. Harry s'endormit dès qu'il posa la tête sur l'oreiller.

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À la lueur d'un chandelier, Blanche époussetait tranquillement le dessus d'une étagère dans la bibliothèque. Un quart d'heure plus tôt, elle avait entendu un grand bruit. Si elle le pouvait encore, elle aurait soupiré. Des crétins comme Grontar s'amusaient avec des aventuriers alors qu'elle en était réduite à faire le ménage.

Enfin. Dans quelques heures, la nuit serait finie, et une bonne journée de sommeil l'attendait...

Soudain, elle entendit la porte grincer légèrement. Une odeur humaine vient bientôt chatouiller ses narines. Une odeur inhabituelle. Blanche pouvait y sentir de la peur. Elle se laissa aller à espérer. Se pouvait-il qu'un des intrus se soit égaré ici ? Elle éteignit sa chandelle. Le plat du jour l'avait repéré et se rapprochait nerveusement de son rayon...

Blanche fit silencieusement le tour pour arriver derrière l'infortuné.

- Halte !

L'individu se retourna lentement. Dans sa main gauche il tenait une cagoule, sous laquelle il avait dû avoir chaud. Son cou était ruisselant de sueur, ce qui le faisait légèrement briller et le rendait encore plus appétissant...

- Bien. À présent, vous allez me dire votre nom, votre quête, et votre couleur préférée.

- Avada Kedavra !

Ça sonnait bizarre, comme nom. Et d'autant plus bizarre qu'un curieux rayon de lumière verte atteignit aussitôt Blanche en pleine poitrine. Il ne lui en fallait pas plus pour additionner deux et deux. L'aventurier était un sorcier et venait de l'attaquer. Elle commença à s'approcher de lui en silence, comme glissant sur le sol. L'intrus prononça une nouvelle fois sa formule, encore sans plus d'effet que le son-et-lumière. Il se mit à trembler comme une feuille, incapable de s'enfuir sous le regard pénétrant de la femme de chambre qui s'approchait encore.

...D'un geste rapide du bras, Blanche tua le sorcier avec le chandelier dans la bibliothèque.

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Le lendemain matin, Blaise avait dû se lever avant tous les autres, car il avait déjà disparu lorsque Harry se rendit dans la salle de bains attenante au dortoir. Une fois dehors, il apprit que Sarah n'avait pas non plus réussi à lui mettre la main dessus. En revanche, le tandem n'eut aucun mal à coincer Ron Weasley, qui descendait vers le réfectoire la tête basse, le teint blafard, et des valises impressionnantes sous les yeux.

- Tiens... 'alut...

- Tu as une mine affreuse, dit Sarah d'un ton sincèrement compatissant.

- La vieille peste nous a fait rester jusqu'à minuit et demie... grogna Weasley. Et tu sais quoi ? Elle nous a fait copier des lignes ! « Je dois respecter mes supérieurs » !

- Ça n'a pas l'air bien méchant... fit Harry, intrigué par la véhémence du Gryffondor.

- Si c'était des lignes toute bêtes, ça ne le serait pas. Mais là... Elle te donne une plume toute noire et très, très pointue. Mais pas d'encre. Tu grattes le mot sur le parchemin, et il s'écrit en rouge. Et il s'écrit sur ta main, aussi.

- Pardon ? suffoqua Sarah.

- La preuve... soupira Ron en montrant sa dextre.

Une ligne rouge en traversait le dos sur toute la largeur.

- Et elle nous a dit de revenir aussi longtemps qu'il le faudrait pour que le message rentre bien, ajouta Weasley, défait.

- Jusqu'à ce que la marque soit indélébile, tu veux dire, grommela Harry. Ça va prendre du temps...

- Et plus encore ! tempêta Ron. Je ne reconnaîtrai jamais ce crapaud répugnant comme un de mes supérieurs !

- En tout cas, ça appelle vengeance, décréta Sarah.

- Ouais. La guerre contre Ombrage est officiellement déclarée.

- Si j'étais vous, conseilla Ron d'un ton déjà plus réjoui, j'irais en parler à mes frères.

- Nous y étions déjà hier, répondit Sarah d'un ton léger, avant d'entrer dans la grande salle pour savourer son petit déjeuner.

Harry poussa le soutien jusqu'à indiquer à Ron quels étaient les livres les plus appropriés pour finir ses devoirs à temps et leur donner un niveau de qualité suffisant. Puis il gagna sa place à table. Blaise grogna en le voyant. Il était déjà encerclé par Sarah, Théodore et Lucy. L'arrivée de Harry lui enlevait encore une possibilité de s'enfuir, en admettant qu'il lui en restât une.

- Inutile de dissimuler, prévint tout de suite Sarah, Weasley nous a tout raconté.

Blaise se tassa sur son banc et grogna derechef.

Lucy écouta très attentivement ce que son frère avait à dire, puis, le concert familier de battements d'ailes retentit. En plus des journaux habituels, un hibou déposa une autre lettre moldue devant Sarah. Celle-ci l'ouvrit d'un air intrigué.

Puis changea de visage, visiblement soucieuse. Quand elle eut fini la lettre, son expression était plus sereine, mais toujours préoccupée.

- Mauvaise nouvelle ?

- Disons… pas sûr. Le temps nous le dira, mais y'a des chances.

- Il s'est passé quelque chose chez toi ?

- Oui. Comme vous le savez, ma famille habite depuis des siècles dans un d… manoir grand luxe, dotées de protections moldues et magiques. Et… je pense qu'on a voulu attenter à leur vie. Des Mangemorts, vue la description.

Les autres furent atterrés. Harry parvint à articuler « Et ta…

- Ma famille va bien, heureusement. Les Mangemorts par contre, eh bien… on va dire qu'ils mangent tout leur soûl maintenant. Mais c'est inquiétant… J'ai peur qu'ils tentent autre chose. Ou bien, que Tommy décide d'attaquer la famille de quelqu'un d'autre…

Le petit déjeuner se termina dans un silence morbide. Lucy, visiblement de mauvaise humeur, se rendit auprès des frères Weasley.

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Les jours de la semaine s'écoulèrent lentement au milieu d'une avalanche de devoirs. Ron et Blaise se rendaient tous les soirs dans le bureau d'Ombrage et en revenaient avec des coupures de plus en plus visibles et saignantes. Sous la pression de leurs camarades, ils finirent par se rendre chez leurs chefs de maison respectifs. Rogue et McGonagall étaient de sacrés morceaux, se disait Harry, qui ne se laisseraient pas facilement démonter par le crapaud.

Et alors que les garçons partaient pour leur retenue du vendredi soir, ils trouvèrent non loin du bureau cette bonne Dolorès en pleine polémique avec les directeurs de Gryffondor et Serpentard. McGonagall parlait de dénoncer ses agissements au département de la justice magique, voire au grand public si cela ne suffisait pas, et Rogue évoquait avec un plaisir évident quelle serait la réaction de Dumbledore si par malheur il apprenait les « errements disciplinaires » du professeur de Défense. Cette dernière fut alors forcée de renvoyer Ron et Blaise vers leurs quartiers sans leur faire écrire le moindre mot. Mais cette mansuétude contrainte ne suffit pas.

Un hurlement, bientôt suivi d'un glapissement aigu, vinrent apprendre à l'école que Dolorès Ombrage s'était fait des ennemis aussi inventifs que rancuniers...

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Les détails des représailles circulèrent dès le samedi matin, grâce à quelques petits curieux qui avaient espionné une conversation entre le professeur de Défense et le détesté concierge de Poudlard, Mr Rusard. En regagnant son bureau, Ombrage avait découvert qu'un audacieux délinquant avait forcé la serrure, ainsi que l'attestaient les nombreuses éraflures sur le bois autour de la poignée. La porte était encore entrouverte. L'enseignante était rentrée brusquement, espérant ainsi surprendre le malfaiteur, mais n'avait réussi qu'à faire tomber sur sa personne un seau rempli d'une substance gluante vert fluo, qui résista à toutes les tentatives de nettoyage manuel. Ombrage s'était assise à son bureau pour procéder à quelques enchantements, mais avait alors posé son impressionnant postérieur sur un objet pointu de type punaise, qui avait cédé sous son poids en répandant l'odeur infecte des autres punaises, celles à six pattes.

Harry parvint à soutirer la vérité aux coupables : Fred avait forcé la porte, George avait installé le seau rempli à ras bords d'une de leurs dernières trouvailles et les doubles punaises étaient une invention de Lucy Zabini, mise en œuvre en un temps record par les jumeaux.

- Une coopération exemplaire, décréta Sarah.