Salut les lecteurs ! Aujourd'hui, nous assistons aux inspections académiques menées par Ms Ombrage. Je vous souhaite une bonne lecture, et de bien vous amuser avec ce chapitre. Les commentaires sont les bienvenues (et les flammes iront servir dans ma cuisine).

Bonne soirée à tous !


Chapitre 15 : la Grande Inquisitrice

Le lendemain, lundi, Harry et ses camarades n'eurent point besoin de décortiquer la Gazette pour découvrir la dernière invention du ministère. Celle-ci s'étalait en première page et sur la suivante, sous une grande photo d'Ombrage souriante et le titre :

LE MINISTÈRE VEUT RÉFORMER L'ÉDUCATION

DOLORES OMBRAGE NOMMÉE GRANDE INQUISITRICE

- Eh bien... Je dois dire, je ne m'attendais quand même pas à ça... murmura Sarah.

- Personne ne s'attend à ce genre de choses, tu sais, lui répondit Harry.

- Un grade pareil dans le monde sorcier ? continua-t-elle. Ça peut exister ? Soit c'est de l'inconscience, soit c'est de la provocation.

- C'est censé provoquer la peur, expliqua Théodore.

- C'est réussi, rétorqua la jeune fille. J'ai déjà peur de ce que je vais lire là-dedans...

- Voyons la catastrophe de plus près.

Dans une initiative inattendue, le ministère de la Magie a publié hier soir un nouveau décret qui lui permettra d'exercer un contrôle sans précédent sur l'école de sorcellerie de Poudlard.

"Depuis un certain temps déjà, les responsables du ministère étaient de plus en plus préoccupés par certains agissements qu'on pouvait observer à Poudlard, nous a déclaré Percy Weasley, le jeune assistant du ministre. Il s'agit aujourd'hui de répondre aux inquiétudes exprimées par des parents alarmés qui sentent que l'école prend une direction qu'on ne saurait approuver."

- Que le ministère ne saurait approuver parce que ça contredit sa thèse officielle comme quoi tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, commenta Harry.

Ce n'est pas la première fois, ces dernières semaines, que le ministre Cornélius Fudge établit de nouvelles lois pour améliorer le fonctionnement de l'école de sorcellerie. Déjà, le 30 août dernier, le décret d'éducation numéro vingt-deux établissait que, dans le cas où l'actuel directeur ne serait pas en mesure de proposer un candidat à un poste d'enseignant, le ministère serait chargé de choisir lui-même la personne qualifiée.

- Et on peut donc remercier Dumbledore d'avoir ENCORE refusé le poste de défense à Rogue, poursuivit Blaise, grâce à quoi nous devons supporter Ombrage et ses théories débiles... Si pour UNE FOIS dans sa p****n de carrière le vieux avait accepté de faire confiance à un Serpentard, nous n'en serions pas là.

"C'est ainsi que Dolorès Ombrage a pu être nommée professeur à Poudlard, indique Weasley. Dumbledore était incapable de trouver quelqu'un. Le ministre a donc choisi Ombrage qui, bien entendu, a remporté un succès immédiat."

- Auprès des amateurs de blagues et des moins respectueux de nos confrères, je veux bien lui accorder ce point, ricana Théodore. Y'en a encore beaucoup, comme ça, que nous rigolions un peu avant d'aller en cours ?

- Oui, oui, fit Sarah d'un ton morne. Je continue à lire.

"Elle a en effet totalement révolutionné l'enseignement de la défense contre les forces du Mal...

A ce stade de la lecture, Théodore s'étrangla avec son jus de citrouille, Harry faillit s'étouffer avec un morceau de toast, Blaise se retrouva le nez dans ses œufs et sa sœur disparut sous la table le temps de calmer ses hoquets de rire.

"... et a pu fournir au ministre des informations recueillies sur le terrain à propos de ce qui se passe réellement dans l'école", poursuivit la voix imperturbable de Sarah. C'est cette dernière fonction que le ministère a désormais officialisée grâce au décret d'éducation numéro vingt-trois qui crée à Poudlard le poste de Grand Inquisiteur – en l'occurrence de Grande Inquisitrice.

"Il s'agit d'une nouvelle étape passionnante dans le projet du ministère de traiter concrètement le problème de ce que certains qualifient de baisse de niveau à Poudlard, souligne Weasley. L'inquisitrice aura le pouvoir d'inspecter ses collègues enseignants et de veiller ainsi à ce qu'ils se montrent à la hauteur de leur tâche. Le professeur Ombrage s'est vu offrir ce poste en plus de celui d'enseignante et nous avons le très grand plaisir de vous annoncer qu'elle a accepté d'en assumer les responsabilités."

Ces nouvelles initiatives ont reçu le soutien enthousiaste des parents d'élèves de Poudlard.

" Je me sens beaucoup plus tranquille, maintenant que je sais que Dumbledore est soumis à une évaluation juste et objective de la façon dont il exerce ses fonctions, nous a ainsi déclaré Lucius Malefoy, quarante et un ans, que nous avons pu joindre hier dans son manoir du Wiltshire. Nombre de parents soucieux des intérêts de leurs enfants se sont inquiétés de certaines décisions excentriques de Dumbledore au cours des dernières années. Aujourd'hui, nous sommes heureux de savoir que le ministère surveille la situation de près."

- Je ne pensais pas que je pourrais haïr ce type encore plus qu'avant, mais en fait, si, remarqua Blaise. Il est puant de mensonge et de suffisance. Comme si nos profs allaient courber le dos devant cette incapable...

Parmi ces décisions, on rappellera diverses nominations dont nous avons déjà fait état dans ces colonnes, notamment celles du loup-garou Remus Lupin, du demi-géant Rubeus Hagrid et de l'ex-auror paranoïaque Maugrey "Fol Œil".

Les rumeurs ne manquent pas, bien sûr, pour affirmer qu'Albus Dumbledore, autrefois manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers et président du Magenmagot, n'est plus capable de diriger la prestigieuse école de Poudlard.

- Alors donnez la place à McGonagall et qu'on n'en parle plus, décréta FitzRoy, assis en face de Sarah.

"Je pense que la nomination de l'inquisitrice est un premier pas pour garantir à l'avenir que Poudlard sera dirigé par quelqu'un en qui nous pourrons avoir toute confiance", nous a déclaré hier soir un membre du ministère.

Deux juges du Magenmagot, Griselda Marchebank et Tiberius Ogden, ont démissionné pour protester contre la création du poste de Grand Inquisiteur à Poudlard.

- Crétins, marmonna Harry. C'est en restant à leur poste qu'ils auraient été utiles. A présent, ils n'ont plus aucun pouvoir.

"Poudlard est une école, pas un poste avancé du cabinet de Cornélius Fudge, affirme Mrs Marchebank. Il s'agit une fois de plus d'une tentative abjecte de discréditer Dumbledore."

(Pour plus de détails concernant les liens supposés de Mrs Marchebank avec des groupes subversifs de gobelins, voir page 17).

- Des groupes subversifs ? Je VEUX voir ça ! s'enthousiasma Sarah. Ça doit être une ambiance de folie !

- Avec des gobelins ? s'amusa Lucy. Peu de risques...

- En attendant, vous vous rendez compte que non seulement nous allons la supporter pendant les cours de défense, mais qu'il faudra aussi la voir à tout moment de la journée ? gémit FitzRoy.

- Tais-toi, Fitz, demanda Blaise d'un ton traînant.

Mais le crapaud se fit discret lors de ce lundi. Harry fut content de retrouver la salle de potions aussi calme que d'habitude. Il y eut cependant des grognements de dépit lorsque Rogue rendit les devoirs sur la pierre de lune.

- Je vous ai mis les notes que vous auriez obtenues à l'épreuve de BUSE avec des copies de cette... qualité. Cela vous donnera une idée assez réaliste de ce que vous pouvez espérer dans les conditions actuelles. La moyenne générale de ce devoir n'est pas spécialement brillante. La plupart d'entre vous auraient sans aucun doute été recalés à l'examen. Votre travail de la semaine portera sur les antidotes de différents venins et je vous conseille de faire mieux... sinon, je devrai donner des retenues aux cornichons qui sont incapables d'obtenir plus qu'un D.

- Ah tiens, ricana Malefoy, il y en a qui ont eu un D ?

Harry haussa les épaules. Un E se logeait dans le coin droit de sa feuille, ce qui laissait présager de très bonnes choses pour le partiel de juin. Sarah n'avait eu qu'un A en dépit de ses efforts, mais personne n'avait décroché de O. Le malheureux D devait être Neville, qui semblait s'être encore ratatiné sur son tabouret.

Le cours lui-même se déroula sans incident et Harry prépara une solution de force tout à fait honorable. Théodore et Blaise avaient encore trouvé moyen de détourner des ingrédients, et Harry se dit que Nott devenait affreusement doué pour cet exercice... Sarah ne "complotait" plus, mais il la vit consulter une liasse de papiers chiffonnés, vers la fin du cours, d'un air très concentré.

A la sortie, les Serpentard s'éloignèrent en toute hâte pour échapper aux considérations d'Hermione sur les notes des devoirs. Ron passa devant eux, l'air bougon, en marmonnant quelque chose à propos d'un P.

- Ça veut dire piètre, expliqua Théodore, mais ce n'est pas la note la plus basse. Il y a ensuite D pour désolant et T pour troll. Mais je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un qui l'aurait décrochée.

- Demande à Fred et George, ils te diront sûrement qu'ils ont eu ça en histoire de la magie, s'esclaffa Sarah.

Malheureusement, les jumeaux étaient fort occupés à trafiquer avec Lee Jordan, et les Serpentard ne purent les aborder pendant la pause. Néanmoins, ils apprirent qu'Ombrage avait pointé son nez trop court pendant une leçon de Flitwick, s'était installée dans un coin et avait pris des notes, sans que cela parût perturber le petit professeur plus que cela ; le minuscule Flitwick était de toute façon parfaitement compétent et ne risquait pas grand-chose. A part de se voir reprocher un trop grand humour.

- Je vous rappelle que nous commençons les sélections ce soir, annonça soudain la voix d'Urquhart, coupant net les commentaires sur les évaluations. Et qu'elles s'étendront jusqu'à mercredi.

- Et je n'ai même pas besoin de parier que Malefoy va encore essayer de devenir attrapeur à ma place, remarqua Harry en finissant son dessert.

- Il peut toujours, répliqua Millicent. L'important, c'est qu'il n'y parvienne pas.

# #

L'après-midi arriva, et avec lui un cours de divination... ainsi que la présence d'une invitée surprise.

- C'est une malédiction, grommela Blaise en passant la tête par le trou de l'échelle.

- Je sais. Dépêche-toi de monter, il y a des gens qui attendent dessous, répondit Harry en gagnant une place éloignée du fauteuil de Trelawney.

Il sortit son journal des rêves tandis qu'Ombrage prenait place non loin du siège de l'autre enseignante. Le silence se fit très rapidement au fur et à mesure que les étudiants s'asseyaient. Trelawney distribuait l'Oracle des Rêves sans un mot.

- Je crois que vous avez reçu mon petit mot ? Celui dans lequel j'indiquais le jour et l'heure de mon inspection ?

Trelawney hocha la tête et reprit sa distribution, les lèvres pincées. Ombrage saisit un bloc-notes, évidemment rose, dans son sac à fleurs, et attendit le début du cours. L'astrologue dévisagea ses élèves. Cette fois, bien qu'elle l'ignorât, personne n'envisageait de faire ses devoirs pendant son cours. Hors de question que Trelawney quittât Poudlard ! Ses leçons étaient une farce, mais elles avaient leur utilité...

- Nous allons poursuivre notre étude des rêves prémonitoires, dit la professeur d'une voix presque normale, bien qu'un peu tremblante. Répartissez-vous en équipes de deux, comme la semaine dernière, et à l'aide de l'Oracle, échangez vos interprétations des visions nocturnes que vous avez pu connaître.

Ombrage écrivait déjà. Harry n'avait pas noté grand-chose sur son calepin, car il avait la fâcheuse manie d'oublier la plupart de ses songes. Millicent, en revanche, était très perplexe sur le dernier rêve qu'elle avait fait. Elle disait avoir vu Théodore debout dans une grande salle vide, devant un rideau déchiré qui ne donnait sur rien. Et l'Oracle ne disait pas un mot au sujet des rideaux dans les grandes salles vides.

- Mais ce n'était pas très rassurant, ajouta-t-elle, surtout si je l'ajoute à un autre, que j'ai fait avant, où j'ai vu un loup tomber dans un piège et se faire mettre en pièces. Toute petites, les pièces, conclut-elle avec un frisson.

Pendant ce temps, Ombrage circulait entre les tables en posant des questions et en écoutant les échanges entre professeur et élèves.

- Depuis combien de temps enseignez-vous ici ? demanda-t-elle soudain à Trelawney.

- Bientôt seize ans, répondit l'astrologue après un moment d'hésitation, sa voix laissant paraître l'indignation qu'elle ressentait à être ainsi interrogée.

- C'est une longue période, commenta Ombrage en écrivant. C'est donc le professeur Dumbledore qui vous a recrutée ?

- Exact, répondit Trelawney d'un ton cassant qui ne lui ressemblait guère. Comme la plupart de mes collègues, d'ailleurs.

Scratch, scratch, fit encore la plume sur le bloc-notes.

- Vous êtes, je crois, une arrière-arrière-petite-fille de la célèbre Cassandra Trelawney, n'est-ce pas ?

- En effet, répondit la descendante avec fierté.

- On m'a dit, corrigez-moi si je me trompe, que vous étiez la première dans la famille depuis Cassandra à avoir le don de voyance...

- Le troisième œil est une hérédité parfois aléatoire, expliqua Trelawney d'un ton docte. Si vous étudiez les familles de voyants, vous vous rendrez compte que toutes les générations ne présentent pas ce don.

C'était peut-être une incapable, se dit Harry avec une pointe de respect tout frais, mais au moins, elle avait préparé la visite avec soin.

- Bien sûr, bien sûr, enchaîna le crapaud. Alors, peut-être pourriez-vous me prédire quelque chose ?

- Quoi donc ? lança Trelawney. Si vous ne précisez pas un peu votre demande : carrière, santé, rencontres ou, Merlin m'en garde, amour, je serai forcément floue. Il est difficile de pénétrer les brumes de l'avenir sans quelques indications, même pour les meilleurs, car on ne sait pas forcément à quoi rattacher les images qui se présentent à nous.

- J'aimerais bien que vous me fassiez une prédiction, répéta Ombrage.

Harry avait abandonné son livre, de même que toute la classe. Trelawney était connue pour sa tendance au catastrophisme. Qu'allait-elle pouvoir sortir à Ombrage ?

- Donnez-moi votre main, demanda la voyante.

- Ma main ?

Ombrage semblait aussi offusquée que si son adversaire lui avait demandé un strip-tease.

- Je dois être en contact physique avec vous pour ressentir votre futur, poursuivit la prof, qui avait réussi à retrouver son habituel ton mystique, ses perles et ses colliers étincelant dans la lumière du feu lui donnant une allure vraiment étrange.

Ombrage tendit une main à regret.

- Je crois... marmonna Trelawney, je vois peut-être quelque chose... Oh, oh... ce n'est pas très bon... Je crains que votre séjour à Poudlard ne soit très court... Vous serez peut-être rappelée au min... non, ce n'est pas le ministère... Mais ce qui est certain, c'est que la fin de votre temps ici est plutôt sombre. Je pressens de graves ennuis pour vous... Il y a comme une ombre derrière vous... celle d'une créature agressive...

Ces derniers mots parurent inquiéter le crapaud pendant quelques secondes, puis elle reprit vivement contenance. Trelawney avait l'air un peu ennuyée.

- Je ne saurai vous dire laquelle, cependant, conclut-elle. Mais si j'étais vous, je me tiendrais soigneusement à l'écart de toute situation pouvant faire intervenir des créatures magiques.

Ombrage avait déjà retrouvé son sourire mielleux.

- Si vous ne pouvez pas faire mieux... dit-elle en écrivant.

Harry n'était pas d'accord. Pour une fois, l'enseignante avait eu l'air quasiment crédible. Et il avait vraiment envie de croire à ce qu'elle venait d'annoncer. Ron et Neville aussi, à en juger par les sourires en coin qu'ils arboraient. Ombrage descendit l'échelle et Trelawney referma brutalement la trappe derrière elle.

- Eh bien, lança-t-elle, qu'attendez-vous pour me montrer le résultat de vos interprétations ?

Effet inattendu, le passage du crapaud donnait de l'autorité à la timide voyante...

# #

Avec des soupirs résignés, Gryffondor et Serpentard se rendirent au cours de défense. Seul Malefoy et sa clique semblaient apprécier ces moments. Sans doute parce que l'on y pratiquait aucun sortilège, étant donné qu'ils n'étaient pas vraiment doués pour ce type d'exercice. Ombrage était assise à son bureau et chantonnait, ce qui ne présageait rien de bon pour la suite des événements. Granger et Théodore revenaient du cours d'arithmancie et eurent droit, chacun de son côté, à un résumé des faits. Mais ils ne purent guère développer car dès que les élèves eurent posé leur Théorie des stratégies de Défense magique sur leurs pupitre, Ombrage demanda le silence... et de ranger les quelques baguettes qui traînaient encore sur les tables.

- Puisque vous avez fini de lire le premier chapitre au cours précédent, je voudrais maintenant que vous ouvriez vos livres à la page 19 et que vous commenciez la lecture du chapitre deux : les théories de défense les plus communes et leurs dérivés. Bien entendu, vous êtes dispensés de bavarder.

Arborant un large sourire satisfait, elle se rassit. Un gros soupir s'échappa de plusieurs paires de poumons et les étudiants entamèrent leur pensum. Harry n'avait pas encore compté les chapitres pour s'assurer qu'il y en avait bien un par semaine, mais il savait déjà ce qu'il ferait du manuel à la fin de l'année : il le donnerait comme compagnon de jeu au Livre des Monstres.

Hermione avait levé la main. Cette fois, Ombrage parut la remarquer.

- Encore un problème, miss Granger ?

- J'ai déjà lu le chapitre deux.

- Dans ce cas, passez au troisième.

- Je l'ai lu aussi. En fait, j'ai déjà lu tout le livre, répondit Hermione.

- Quelle surprise... marmonna Sarah.

- Très bien, susurra Ombrage, sûre de coincer la jeune fille, dans ce cas, vous devriez pouvoir me répéter ce que dit Eskivdur des contre-maléfices.

- Il dit que le terme de contre-maléfice est impropre, répondit Hermione d'une voix un peu mécanique. Et que les gens donnent le nom de contre-maléfice à leurs propres maléfices pour les rendre plus acceptables.

Ombrage parut déçue.

- Mais ce n'est pas la définition qu'en donnent les autres manuels que nous avons eu à lire, poursuivit Hermione.

- Vous n'êtes donc pas d'accord avec Eskivdur ?

- Ce sont les autres auteurs qui ne sont pas d'accord avec lui. Mr Eskivdur n'aime pas les maléfices car d'après lui, leur nom même indique leur mauvaise vocation, mais d'autres spécialistes jugent qu'ils peuvent se révéler très utiles.

- C'est malheureux, dit Ombrage d'un ton froid, mais l'opinion de ces soi-disant spécialistes n'est pas à prendre en compte dans cette classe, au contraire de celle de Mr Eskivdur. Quoi, Mr Weasley ?

- Quentin Jentremble et Ludovicus Le Cherche ne sont pas des ignorants en matière de défense. Ce sont des experts reconnus, surtout par les aurors. On ne peut pas balayer leur expérience comme ça... juste parce qu'ils recommandent de faire de l'exercice et que vous avez décidé que nous n'en avions pas le droit.

- Bon sang, j'aime de plus en plus ce Weasley, chuchota Millicent.

- Par contre, sa maison va lui en faire voir de toutes les couleurs.

En effet, mis à part Hermione, qui souriait légèrement, et Neville, qui paraissait fort impressionné, les Gryffondor semblaient plus enclins à frapper leur camarade qu'à applaudir son honnêteté. Au moins, se dit Harry, Weasley avait bien retenu les cours des années précédentes.

- Mr Weasley, je crois qu'une retenue vous fera le plus grand bien, annonça Ombrage d'une voix onctueuse.

- Naturellement, fit Ron, la voix dégoulinant de sarcasme. Vous ne pourrez pas me graver dans la main que je manque de respect à mes supérieurs, cette fois-ci. Je viens au contraire de leur rendre hommage.

Ombrage vira au cramoisi tandis que des murmures s'élevaient dans les rangs. Tout le monde n'était pas au courant des punitions infligées à Ron et Blaise. Elle ordonna brusquement aux apprentis sorciers de reprendre leur lecture. Weasley souriait jusqu'à ses cheveux roux et Neville lui tapota timidement l'épaule.

Une qui ne le félicita pas, en revanche, ce fut Angelina Johnson. Elle fondit sur lui au moment du dîner et lui passa un monstrueux savon parce qu'il allait encore manquer des séances d'entraînement. Les Serpentard apprirent ainsi qui serait peut-être le nouveau gardien de l'équipe de Gryffondor. McGonagall intervint alors pour mettre un terme à l'esclandre, retirant au passage quelques points supplémentaires pour punir ce tapage intempestif.

Ce fut oublié le lendemain matin, lorsque les élèves les plus proches de la table des professeurs entendirent que le crapaud allait inspecter le cours de McGonagall.

- Je voudrai me déguiser en souris pour voir comment ça va se passer, assura Lucy entre deux toasts.

- Justement, il paraît que ce sont les souris, ses sujets d'étude, en ce moment, remarqua Urquhart.

- Je retire ce que j'ai dit, coupa précipitamment Lucy.

- Et, Potter, nous commençons les sélections ce soir, alors tâche d'être à l'heure. Et à la hauteur.

Harry se retint de se mettre au garde-à-vous.

Le cours de métamorphose des Serpentard suivait celui des Gryffondor, et même le plus aveugle des étudiants aurait pu se rendre compte que McGonagall était d'une humeur de... dogue. Personne n'osa lui demander « Un souci, professeur ? ». Le maladroit qui aurait posé la question aurait sans doute fini le cours sous une forme plus ou moins ésotérique.

- Aujourd'hui, entama la co-directrice, nous allons étudier la disparition appliquée aux mammifères, qui sera nettement plus ardue que la simple évaporation d'un escargot, étant donné que lesdits mammifères sont des organismes plus évolués, et donc plus complexes. Avant de passer aux travaux pratiques, je vous rends vos devoirs, qui vous donneront une très bonne idée de la notation des BUSEs. Et de la note que vous obtiendrez si vous ne travaillez pas un peu plus.

Assise assez loin du bureau de l'enseignante, Sarah faisait la grimace à la perspective d'une métamorphose complexe. Sa note n'était pas à la profondeur abyssale d'un D, mais un P ne faisait pas très sérieux non plus. Harry soupira de soulagement en voyant un A au coin de son parchemin. Puis les ennuis commencèrent avec les souris, qui refusaient catégoriquement de coopérer, au grand effroi de Pansy Parkinson.

- Je ne comprendrai jamais quel est le problème des filles avec les souris. Ce n'est pas comme si elles étaient moches, chuchota Blaise tout en essayant de faire disparaître un peu plus que le museau de la sienne.

# #

Au déjeuner, les Gryffondor et les Poufsouffle qui avaient assisté à l'inspection du cours de métamorphose se firent un plaisir de raconter l'épisode à qui voulait bien les entendre.

- C'était magnifique, s'enthousiasma Susan Bones. Quand Ombrage a demandé à McGonagall si elle avait bien reçu son petit mot, elle lui a répondu que oui, sinon elle lui aurait demandé la raison de sa présence dans la classe. Et quand Ombrage l'a interrompue, vous savez, avec son hum, hum complètement idiot, eh bien McGonagall l'a remise à sa place, et plus vite que ça !

- Excellent ! décréta Padma Patil. Elle va vite comprendre qu'elle n'impressionne personne. Je ne suis pas totalement contre l'idée d'une petite réforme dans l'école, mais il y a l'art et la manière de l'amener. Et ils font défaut, ici.

- Très bien résumé, approuva Sarah. Jusqu'ici, on ne peut pas dire qu'elle ait eu beaucoup de succès dans ses tentatives d'intimidation. Même Trelawney s'est bien défendue...

- Ouais. C'est quoi, le prochain cours ?

- Soins aux créatures magiques. Vous avez pensé à vos gants anti-botrucs ?

Aux grognements qui s'élevèrent du groupe, la réponse était non.

Harry fut consterné, et bien d'autres avec lui, de retrouver Ombrage sur la pelouse qui s'étalait devant la forêt, en pleine conversation avec le professeur Gobe-Planche.

- D'habitude, ce n'est pas vous qui assurez ce cours, c'est bien cela ? disait le crapaud tandis que les étudiants prenaient place autour de la table où s'alignaient les botrucs.

- Tout à fait, répondit Gobe-Planche, les mains dans les poches. Je remplace le professeur Hagrid pendant son absence.

Assis à quelques mètres de Harry et Sarah, Malefoy préparait quelque chose avec ses deux gorilles. Sans doute un mauvais coup contre le garde-chasse.

- Je me demandais... Le directeur semble étrangement réticent lorsque je lui pose des questions à ce sujet ? Mais vous, pourriez-vous me dire la raison de cette absence si prolongée du professeur Hagrid ?

Malefoy tendit immédiatement l'oreille, ses ennemis jurés aussi.

- Pas la moindre idée, peux pas vous répondre, dit la remplaçante avec un large sourire. N'en sais pas plus que les autres sur le sujet. Reçu un hibou de Dumbledore pour un travail pendant deux semaines. J'ai dit oui. Je parie que Hagrid doit encore être entrain d'étudier une grosse bête sur le continent ou un truc comme ça. Bon, je commence ?

- Je vous en prie, dit Ombrage tout en écrivant dans son carnet, que Sarah lorgnait avec une insistance particulière.

Durant ce cours, l'inquisitrice se promena sur l'herbe en posant des questions aux apprentis sorciers, qui répondirent correctement, la plupart du temps. Et elle notait, elle notait toujours.

- J'attendrai qu'elle ait fini sa tournée, décida Sarah.

- D'une manière générale, demanda Ombrage, en tant que membre provisoire de l'équipe pédagogique et d'une certaine façon, observatrice objective, comment trouvez-vous Poudlard ? Pensez-vous que vous bénéficiez d'un soutien suffisant de la part de la direction ?

- Oh oui, approuva Gobe-Planche. Dumbledore est un excellent directeur qui met tous les moyens possibles à disposition pour que les cours se passent bien. Je suis très heureuse de la façon dont les choses sont organisées. Vraiment très satisfaite.

Ombrage afficha une incrédulité aussi prudente que polie. Nul doute que cette appréciation ne figurerait pas dans son rapport ou qu'elle recommanderait un petit traitement pour démence passagère pour le professeur Gobe-Planche.

- Qu'avez-vous l'intention d'étudier cette année, en supposant bien sûr que le professeur Hagrid ne revienne pas ?

- Je leur ferai un tour d'horizon des créatures qui tombent souvent aux BUSEs. Ceci dit, Hagrid leur a déjà fait voir les licornes, les niffleurs, et des tas d'autres, il ne reste plus grand-chose au programme. Il ne leur manque que les porlocks et les fléreurs, et puis j'ajouterai sans doute les croups et les noueux pour avoir un aperçu complet. Mais nous allons surtout faire de la révision sur ce qu'ils ont déjà vu.

Harry s'autorisa un sourire, partagé par la plupart des Gryffondor et une bonne moitié de Serpentard. Hagrid ne pouvait pas être taxé d'incompétence... Hélas, la suite ne se déroula pas de la même façon.

- J'ai entendu dire qu'il y avait eu des blessés pendant ce cours.

Les réponses fusèrent si rapidement et de façon si simultanée qu'elle ne put pas tout comprendre du premier coup. Malefoy fut naturellement le premier à recevoir la parole et il se plaignit hautement de la coupure faite par l'hippogriffe deux ans plus tôt. Mais les Gryffondor ne le manquèrent pas et se bousculèrent presque pour raconter qu'il avait écopé de cette entaille parce qu'il avait bavardé au lieu d'écouter les consignes de sécurité, et que d'ailleurs personne d'autre n'avait eu d'ennuis, et qu'un petit veinard avait même pu faire une promenade sur le dos de la même créature sans prendre le moindre coup de patte. Sarah souriait béatement en écoutant cela. Elle buvait du petit-lait.

Devant l'avalanche, Ombrage jugea prudent de ne pas insister. Elle ferma son calepin et annonça à Gobe-Planche qu'elle recevrait les résultats de l'évaluation d'ici une dizaine de jours. Puis elle s'en alla bien vite vers la très relative sécurité de son bureau...

- Parfait. Cette fois, nous n'aurons pas eu à faire le travail nous-mêmes, se félicita Blaise.

- A présent, dit Sarah, nous récupérons Théodore dès qu'il sera sorti de ses langues anciennes et nous ourdissons.

- Quoi donc ?

- Vous allez voir...

Mais avant cela, Harry avait du quidditch sur la planche.

Urquhart avait déjà fait un peu de ménage parmi les aspirants joueurs. Malefoy était cependant présent. Le capitaine devait avoir des projets pour lui autres que le poste d'attrapeur, sinon il ne l'aurait même pas laissé entrer sur le terrain. Philip commanda aux candidats de monter sur leurs balais et de se mettre au travail. Au bout d'un quart d'heure de démonstration, il leur ordonna de redescendre, avec autant d'autorité que Marcus Flint lui-même.

- Eh bien, j'ai trouvé un moyen de vous avoir tous les deux sur le terrain, déclara-t-il à Malefoy et Harry. Drago, tu seras le deuxième poursuiveur. Tu as tout ce qu'il faut pour cela. Il nous en manque encore un, et deux batteurs, et nous serons au complet.

Le premier poursuiveur n'était autre que Philip lui-même. Une fois n'était pas coutume, le gardien était une fille de sixième année, Howlanda Reed, de taille moyenne, aux yeux vert mousse et au visage triangulaire. Les batteurs, il fallait le reconnaître, posèrent problème. Malefoy aurait bien poussé Crabbe et Goyle à cette position, mais le capitaine avait d'autres idées en tête. Montague devint le premier batteur, bientôt rejoint par une batteuse, Travey Davis, de quatrième année, l'amie de la délicieuse Daphné Greengrass.

- Et voilà le travail ! se félicita Urquhart. Je vous dirai la même chose que Marcus : les Gryffondor doivent perdre. Sinon, gare à vos fesses !

# #

Quelques heures plus tard, Harry était assis dans une salle commune soigneusement inspectée, en compagnie de Sarah, Théodore et des deux Zabini, ainsi que des inséparables FitzRoy et Urquhart et de Millicent. Sans oublier l'inénarrable petite statuette de bois qui servait de (plus ou moins) bon (ou mauvais) génie à toute la troupe.

- Alors, Sarah, si tu nous expliquais ?

- C'est très simple. Depuis que j'ai découvert quel genre de prof nous avions, j'ai décidé d'ourdir dans le dos de la dondon dodue. Aussi ai-je fait le tour de l'école en interrogeant toutes les bonnes volontés que je peux connaître. Ce qui, croyez-moi, fait quand même un joli petit paquet.

- Et tu leur as demandé quoi ?

- S'ils étaient d'accord pour prendre des cours supplémentaires. Avec nous comme profs.

- ...

- Si j'avais encore un cœur, il viendrait juste de s'arrêter sous le choc, fit remarquer Salazar. Qui t'a donné une idée pareille ?

- Théodore, l'année dernière, répliqua Sarah. C'est bien toi, ajouta-t-elle à l'attention de son camarade, qui nous avait parlé de ça pendant les vacances avec tes oncles, non ?

- Euh... oui, c'est vrai.

- Eh bien il semble que beaucoup de gens trouvent cette idée géniale. J'ai passé des soirées entières à tenter de monter un emploi du temps compatible avec les obligations des uns et des autres. Il y en a de toutes les années, et de toutes les maisons. Certains se méfiaient un peu au départ, en se disant que j'étais peut-être une moucharde d'Ombrage, mais comme je suis fille de Moldus ET que j'ai la caution des frères Weasley, c'est finalement passé comme une lettre à la poste. Ils ont envie d'apprendre, et ils croient, en tout cas la plupart, qu'il se passe des trucs pas nets en-dehors de l'école.

- Et ceux qui croient pas que mon c*****d de descendant est revenu ? s'enquit Salazar d'un ton précieux.

- Disons que certains veulent briller aux examens, d'autres ont envie d'un cours où ils peuvent bastonner en toute liberté... Les arguments publicitaires ne manquent pas.

- Tu ne crois pas que l'un d'entre eux pourrait être un mouchard ? s'inquiéta Millicent.

- Bien sûr que si, rétorqua Sarah. La méfiance est ma première nature, et aussi la seconde, depuis que je suis à Serpentard. Mais pas de bile à se faire, je travaille sur la question avec quelques experts en maléfices.

- Je parie que deux d'entre eux sont roux et qu'ils se ressemblent beaucoup, plaisanta Théodore.

- Certes. Et c'est en bonne voie. Une petite réunion sera bientôt organisée pour faire les présentations et décider du programme.

- Tu veux vraiment que NOUS donnions des cours ? insista Harry.

- Toi, surtout. Grâce à Lupin, tu as pris une sacrée longueur d'avance. Et puis... t'être affronté trois fois seul à Voldemort et être revenu en un seul morceau à chaque fois, c'est un CV auquel tout le monde ne peut pas prétendre.

- Ouais... on peut rêver mieux, quand même.

- Pas en ce moment, intervint Salazar. C'est même le meilleur qui soit, au vu des circonstances. Et je crois, ajouta-t-il d'un ton à faire envie au Patricien Vétérini, qu'il serait temps de donner au ministère exactement ce qu'il craint depuis le début de l'été...