Chapitre 17 : Décret d'Éducation n°24
La fin de la semaine se déroula dans une ambiance survoltée parmi les Serpentard... qui veillaient cependant à mettre la sourdine à leur bonne humeur lorsque Malefoy et sa clique se trouvaient à portée d'oreille. Malgré l'omniprésence des devoirs, Harry se sentait sur un petit nuage. Il pouvait de toute façon réviser dehors en profitant d'un été indien exceptionnel pour la région. Il n'était pas le seul à travailler à l'extérieur. Granger avait inauguré des travaux pratiques tout à fait inhabituels dans l'école, puisqu'elle s'était mise au tricot de façon très sérieuse. Cependant, nota Harry, la qualité de son ouvrage était sans doute amélioré par le fait qu'elle avait enchanté ses aiguilles et sa pelote pour tricoter toutes seules plutôt que de les manier elle-même. Des écharpes et ce qui ressemblait à des bonnets s'empilaient à côté d'elle tandis qu'elle lisait un énorme grimoire.
Donner des cours dans le dos d'Ombrage représentait pour lui une immense satisfaction. Cela ne permettrait sans doute pas de vaincre Voldemort, mais il pouvait au moins faire quelque chose sans avoir à passer par l'aval de Dumbledore. Aussi, savoir que tant d'élèves lui faisaient confiance et ne le jugeaient pas bon à interner lui redonnait courage.
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En rentrant de son bain de soleil studieux, Harry eut néanmoins une très désagréable surprise. Le panneau d'affichage accroché au mur de la salle commune de Serpentard disparaissait sous un immense parchemin. Les annonces, règlement, programme de quidditch et autres menues paperasses avaient été arrachés et peu cérémonieusement abandonnés par terre. Une petite assemblée d'élèves était déjà entrain de lire le contenu du parchemin, orné d'un sceau en cire noire.
Par Ordre de la Grande Inquisitrice de Poudlard
Tous les groupes, associations, équipes, organisations et clubs sont dissous à compter de ce jour.
Une association, organisation, équipe, groupe ou club se définit par le rassemblement à intervalles réguliers de trois élèves ou plus.
L'autorisation de former à nouveau de tels rassemblements doit être demandée à la Grande Inquisitrice (professeur Ombrage).
Aucune organisation, association, équipe, groupe ou club d'élèves ne peut exister sans l'approbation de la Grande Inquisitrice.
Tout élève fondateur ou membre d'une organisation, association, équipe, groupe ou club qui n'aurait pas été approuvé par la Grande Inquisitrice sera immédiatement renvoyé de l'école.
Les mesures ci-dessus sont prises conformément au décret d'éducation numéro vingt-quatre.
Signé : Dolores Jane Ombrage, Grande Inquisitrice
- J'ai comme l'impression qu'effacer la mémoire de ce bon à rien n'aura pas été suffisant, grommela Théodore quand Harry le mit à courant.
- Je ne crois pas, le contredit Sarah. C'est à cette période de l'année que tous les clubs et autres finissent de se constituer. Ombrage a choisi ce moment pour semer la confusion, inciter quelques esprits faibles à reconsidérer leurs engagements, générer des doutes et affaiblir la confiance des étudiants envers leurs camarades. C'est très malin. Et en même temps, elle se réserve le droit d'interdire les groupes qui lui paraissent dangereux.
- Si jamais elle entend parler du nôtre, on peut se brosser pour avoir son aval, soupira Blaise. Il ne faut surtout pas le mentionner devant elle.
- Au contraire, fit la voix de Salazar depuis le sac de Harry, qui lui offrait quelques heures d'air pur chaque semaine au bord du lac. C'est exactement ce que vous allez faire.
Tous les Serpentard réunis fixèrent Salazar comme s'il avait perdu l'esprit logé dans son corps de bois.
- Je m'explique : vous allez voir le crapaud et vous lui dites que vous avez décidé de monter une équipe d'aide au devoirs inter-niveaux. Vous vous faites attribuer une classe fixe. Bien sûr, les effectifs pourront varier d'une semaine sur l'autre, tout le monde n'aura pas besoin des mêmes apports au même moment. Mais le fait de se réunir aux mêmes heures et au même endroit va attirer son attention sur cet endroit et ceux qui y seront présents. Ce sont eux qui seront surveillés. Pas ceux qui sont censés se trouver à la bibliothèque, dans leur salle commune ou leur dortoir. Elle voudra savoir qui apprend quoi et qui raconte quoi. Il vous suffira ensuite d'établir un roulement pour que tout le monde ait droit à ses leçons hebdomadaires de défense.
- Mais qui va aller lui jouer cette sérénade ? demanda Harry.
- Pas toi, ça c'est sûr. Le crapaud t'a déjà fiché depuis longtemps. Je propose Sarah.
- Pourquoi elle ? Je sais très bien mentir aussi, protesta Urquhart.
- Oui, je sais que tu t'es fait passer pour un détraqueur il y a deux ans, s'amusa Salazar. Mais l'avantage de Sarah vient du fait qu'elle est fille de Moldus. Ne me brûle pas encore, fillette, et laisse-moi finir, ajouta-t-il en hâte devant l'expression de Cobbyte. Ombrage est comme Lucius Malefoy persuadée de la supériorité du sang pur. Le fait que ce soit une enfant de Moldus qui ait cette idée de soutien scolaire ne fait que renforcer cette logique, puisque d'après eux, ces enfants-là sont naturellement moins puissants que ceux au sang pur. Une idée que j'ai fini par abandonner il y a quelque temps déjà. Mea culpa...
- Sarah ?
- Compris. Lundi première heure, je vais voir l'affreuse pour lui demander l'autorisation d'agiter un chiffon rouge devant son nez. Quelqu'un connaît un sort qui permet de ne pas vomir ? demanda-t-elle ensuite. Et puis tant que vous y êtes, profitez du dimanche pour faire circuler nos nouvelles dispositions.
Les garçons n'eurent plus qu'à obéir à ses ordres. A leur grand soulagement, ils furent d'autant mieux compris que la plupart de leurs co-conspirateurs avaient déjà tenu le même raisonnement qu'eux, et accueillirent très bien l'idée d'une diversion.
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Le lundi matin apporta d'autres lots de désolation. Parmi les organisations visées par la circulaire de demoiselle Ombrage se trouvaient les équipes de quidditch. Les quatre capitaines étaient malheureux comme des pierres. Si par malheur un seul de leurs joueurs ne convenait pas à son altesse, ils étaient bons pour refaire des séances de recrutement, ce qui présentait nombre d'inconvénients si près du début de la saison. Philip Urquhart se faisait déjà des cheveux à l'idée de présenter sa liste à Ombrage. Il partit la voir à l'intercours, suivi de Sarah, qui s'apprêtait à exécuter le plan mitonné par Salazar.
Les deux comparses arrivèrent devant la porte du bureau d'Ombrage avec une certaine inquiétude au creux du ventre.
- Toi d'abord, dit Sarah en poussant Philip. Si tu peux lui faire avaler la présence de Harry dans l'équipe de quidditch, mon aide aux devoirs passera comme une lettre à la poste.
- Je te déteste, gémit Urquhart avant de frapper quelques coups hésitants contre le battant de chêne.
- Entrez, fit la voix chantante du professeur de défense.
Après un dernier regard désespéré vers Sarah, Philip se décida à pénétrer dans le bureau, et referma la porte derrière lui. Sarah attendit patiemment son tour dans le couloir.
A sa grande surprise, il fallut moins de dix minutes à son camarade pour ressortir, le teint pâle, mais un semblant de sourire sur les lèvres.
- La présence de Malefoy sur la liste semble être un gage de bonne moralité. Fais-toi plaisir, dit-il avant de s'éloigner à grands pas de ce lieu de perdition.
Sarah se composa le visage de la jeune fille timide et respectueuse avant d'entrer à son tour dans l'antre du crapaud.
Si la Serpentard avait vaguement aimé le rose avant de franchir le seuil, elle en aurait été définitivement écœurée par la vision qui s'offrait à elle. Le bureau avait été décoré de toutes les nuances possibles de cette couleur, depuis une moquette bois de rose foncé jusqu'aux murs couleur layette, en passant par de petits napperons à la teinte dragée posés sur des guéridons aux formes surchargées, sans doute très à la mode sous Victoria. Pour ajouter à l'horreur, des bouquets de
fleurs séchées étaient placés un peu partout dans des vases de porcelaine très kitsch, et des assiettes ornées de chatons avec des rubans multicolores autour du cou avaient été accrochées aux murs. Sarah s'autorisa un haut-le-cœur mental avant de s'avancer dans la place.
- Bonjour professeur Ombrage, dit-elle d'un ton si naturellement hésitant que même Salazar s'y serait presque laissé prendre.
- Bonjour Miss Cobbyte. Je ne m'attendais pas à votre visite. Que puis-je donc pour vous, ma chère petite ?
- Eh bien voilà, débuta Sarah en triturant le papier qu'elle avait en main, je désirerais créer une association d'élèves.
- Fort bien. De quoi s'agit-il ?
- D'un groupe d'aide aux devoirs, expliqua Sarah en faisant mine de chercher ses mots. Avec les BUSE qui approchent, nous sommes nombreux à avoir besoin d'être épaulés, et d'échanger des connaissances. Et puis... certains d'entre nous n'ont pas eu la chance de grandir dans un milieu sorcier, et ils ont souvent des lacunes dans de nombreux domaines. Je suis la première à le reconnaître, en particulier en ce qui concerne la métamorphose...
Ombrage hocha la tête d'un air compatissant.
- C'est tout naturel, dit-elle d'une voix mielleuse. Combien d'élèves se sont-ils présentés ?
- Environ une trentaine, entre la quatrième et la sixième année. Nous avons un peu discuté entre nous et nous avons pensé nous diviser en deux groupes avec les "petits" d'un côté et les plus âgés de l'autre. J'ai la liste ici, si vous voulez.
- Très bien imaginé, approuva Ombrage en se saisissant de son parchemin. L'enseignement au petit nombre est toujours gage de qualité. Cela ne pourra hélas jamais compenser le fait de grandir parmi des gens ignorants de toute magie, mais l'idée est généreuse. Quand comptez-vous organiser les séances ?
- Nous avons trouvé que le mardi pour les plus jeunes et le vendredi pour les autres posaient le moins de problèmes au niveau des emplois du temps. Ce n'est pas très facile, avec le quidditch et les autres clubs. Il nous manque une classe pour nous réunir, mais...
- Ce n'est pas grave, assura Ombrage. Je vais étudier votre projet, et si votre idée me paraît en accord avec la réforme menée à Poudlard, je vous donnerai les autorisations nécessaires pour disposer d'une salle.
- Sans vouloir paraître indiscrète..., fit Sarah de sa voix la plus obséquieuse, mes camarades vont me mettre sur le grill pour savoir si vous acceptez, et...
- Vous aurez ma réponse définitive d'ici deux ou trois jours, tranquillisez-vous, ma petite.
- Merci beaucoup, professeur, dit Sarah en produisant un sourire qui pouvait assez bien passer pour de la gratitude.
La sonnerie de la cloche lui épargna d'autres indignités. Elle salua Ombrage comme si c'était la reine-mère, et descendit ventre à terre vers la classe de potions. En chemin, elle prit toute de même le temps de se rincer la bouche à une fontaine.
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A la fin de la récréation, les Serpentard se dirigèrent vers le sous-sol pour le cours de potions. Bien que commun avec les Gryffondor, son atmosphère serait sans doute un peu plus détendue que par le passé, conspiration oblige... si quiconque pouvait se sentir détendu en présence de Severus Rogue. Et pire encore, d'un Severus Rogue de (très) mauvaise humeur.
Il passa devant les élèves en leur lançant d'attendre quelques instants à l'extérieur. Malefoy profita de cette pause supplémentaire pour asséner ses méchancetés habituelles.
- J'avoue que je suis très surpris qu'Ombrage n'ait rien changé à la composition de l'équipe de quidditch de notre maison, dit-il d'un ton hautain. Je suppose qu'elle a voulu faire une fleur à mon père. Il passe très souvent au ministère et ils s'entendent très bien.
- Si elle était plus jolie, je dirais que Mrs Malefoy aurait du souci à se faire, vu le temps qu'il passe dans son bureau, susurra Blaise à l'oreille de Harry.
- Zabini, tu es dégoûtant, décréta Millicent, qui l'avait entendu.
- De toute façon, je sais pourquoi elle n'a rien pu objecter, répondit Harry. Philip lui a dit que c'était l'équipe au complet, telle quelle, ou pas d'équipe du tout, et qu'il se dégageait de toute responsabilité concernant la réaction des élèves. Et de notre chef de maison.
- J'aimerais bien savoir, poursuivait Malefoy, si l'équipe de Gryffondor a elle aussi reçu son autorisation. C'est surtout une question d'influence, aussi je ne pense pas qu'ils aient vraiment la moindre chance. Ça fait des années que Fudge veut licencier Arthur Weasley... Et je suis certain qu'un jour, il arrivera aussi à envoyer Potter à Sainte-Mangouste. Il y a un étage spécial pour les gens qui ont le cerveau ramolli par un excès de magie...
Et il conclut par une grimace, faisant rouler ses yeux dans leurs orbites et lançant des grognements. Ses groupies éclatèrent servilement de rire.
Puis tout alla très vite.
Quelqu'un bouscula les élèves du premier rang pour foncer sur Malefoy. Il fallut un peu de temps aux spectateurs pour comprendre que ce quelqu'un était Neville Londubat, tant cette réaction était inattendue de sa part, mais cette poignée de secondes fut largement suffisante au Gryffondor pour empoigner Malefoy par le col de sa robe et lui allonger un direct qui fit hurler de joie les représentants des deux maisons. Crabbe et Goyle voulurent intervenir, mais se retrouvèrent face à la baguette de Zabini, qui les tint en respect avec un sourire féroce sur la figure.
La raclée de Drago ne dura pas aussi longtemps que ses victimes et ennemis l'auraient souhaité, car la porte de la classe s'ouvrit, laissant passer un maître des potions plutôt énervé. Ses yeux noirs s'arrondirent une fraction de seconde devant le spectacle. Puis sans perdre de temps, il saisit chacun des deux combattants et les sépara avec une vigueur accrue par sa colère.
- En pleine bagarre, messieurs ? Dix points de moins pour chacune de vos maisons. Et estimons-nous heureux que vos camarades aient limité les dégâts. Zabini, rangez votre baguette. Potter et Weasley aussi. Et maintenant, entrez ! En silence...
- Mais qu'est-ce qui lui a pris ? marmonna tout de même Dean Thomas.
Harry savait la raison de cette réaction explosive. Les parents de Neville faisaient précisément partie des malheureux hébergés en séjour longue durée à Sainte-Mangouste à cause des ravages que le doloris avait généré dans leur cerveau. N'en parler à personne était bien la seule promesse à laquelle il s'était engagé envers Dumbledore sans la moindre arrière-pensée.
Il s'assit vers le milieu de la classe entre Sarah et Théodore, Blaise devant eux et Millicent juste derrière. Chacun sortit son exemplaire de Mille Herbes et Champignons Magiques et quelques chuchotements commencèrent à s'élever, coupés net par le BANG ! que fit la porte en se refermant. Harry n'était pas certain que Rogue n'y avait pas mis un coup de pied pour la claquer.
- Vous remarquerez, dit l'enseignant d'une voix teintée d'ironie, que nous avons une invitée, aujourd'hui.
Qu'il dît « nous » en englobant les élèves prouvait qu'il n'était pas tout à fait dans son état normal, songea Harry. D'ordinaire, il ne le faisait jamais. Quant à l'identité de l'invitée, nul besoin de boule de cristal pour la deviner. Ombrage était installée dans le coin le plus sombre du cachot, plume et bloc-notes à la main. Harry jeta un coup d'œil à ses camarades. Nul doute que les Serpentard souhaitaient voir leur directeur se faire les dents sur le crapaud, mais voir Ronald Weasley répéter en silence « Allez Sly, allez Sly » tout en observant les deux professeurs était une autre affaire.
- Aujourd'hui, reprit Rogue, nous allons poursuivre la préparation de notre solution de force. Vous trouverez vos mélanges là où vous les avez laissés lors de la dernière séance. S'ils ont été préparés correctement, ils ont dû évoluer de façon satisfaisante pendant ces quelques jours. Les instructions...
Il fit un geste de la baguette et la craie inscrivit des lignes au tableau.
- ... sont disponibles. Au travail !
Ombrage prit son temps avant de poser des questions à Rogue. Harry attendit patiemment le début du festival. Sarah fit mine de prendre des notes et lui fit passer, au milieu des gribouillages, le message suivant : Le crapaud a dit qu'elle rendrait sa décision dans deux ou trois jours. Harry hocha la tête, et Sarah fourra discrètement le papier dans les flammes sous le chaudron. Enfin, Ombrage quitta son recoin et s'avança vers Rogue, qui était entrain d'observer la potion de Dean Thomas.
- Cette classe me semble très avancée par rapport au niveau habituel, commença-t-elle.
- Je fais en sorte de pousser mes élèves au maximum de leurs capacités, déclara l'enseignant en se retournant. S'ils sont capables de réaliser des mélanges complexes, les potions simples à deux ou trois ingrédients ne sauraient poser problème, du moment qu'ils ont bien intégré les principes de base de la préparation.
- Certes, certes... fit Ombrage en faisant grincer sa plume sur son carnet. Je me demande cependant s'il est bien raisonnable de leur apprendre à créer une solution de force. Je pense que le ministère préférerait la voir disparaître du programme.
- Pourquoi donc ne pas l'avoir retirée des questions éligibles par les examinateurs des BUSE, dans ce cas ? demanda aimablement le maître des potions.
- Dites-moi, fit Ombrage en passant du coq à l'âne, depuis combien de temps enseignez-vous à Poudlard ?
- Quatorze ans, répondit Rogue d'un ton égal.
- Je crois savoir que vous avez d'abord posé votre candidature au poste de professeur de défense contre les forces du mal ?
- Exact.
- Mais sans succès.
- Cela semble évident, non ?
Sa voix contenait une infime touche d'ironie. Harry aurait apprécié de savoir moduler à ce point le ton de ses réponses. Ombrage écrivit encore.
- Une idée de la raison pour laquelle Dumbledore vous a refusé cette demande ?
- D'après lui, je suis plus à ma place ici, répondit Rogue.
Harry et Sarah échangèrent un coup d'œil. Quel sens donner au mot « place » dans ce cas précis ?
- De plus, étant donné que nous avons toujours eu beaucoup de mal à garder nos professeurs de défense, ajouta Rogue d'un ton plus léger, il n'a peut-être pas souhaité me porter malchance ? Je vous suggère d'en parler avec lui à l'occasion.
- Je n'y manquerai pas, assura Ombrage sans paraître prendre garde aux sourires réjouis qui fleurissaient sur les visages de plusieurs élèves.
- Ce petit questionnaire est terminé ?
- Euh... Oui, fit Ombrage, un peu désarçonnée par la rudesse de la question. Le ministère souhaite connaître le mieux possible... les... euh... différents éléments de la personnalité des enseignants. Je vous enverrai les résultats de l'évaluation dès que possible, conclut-elle.
- J'en meurs d'impatience, commenta Rogue à voix basse, néanmoins parfaitement audible pour les premiers rangs.
Harry cessa de s'intéresser à l'inquisitrice pour se reconcentrer sur sa potion. Il était certain que cette évaluation n'arriverait jamais à cerner son directeur et qu'elle passerait à côté des points-clés, tout simplement parce qu'Ombrage n'y aurait jamais accès. Elle n'entendrait pas les conseils donnés aux élèves de première année, elle ne verrait pas les rares sourires lors des victoires de l'équipe de Serpentard ou quand la maison remportait la coupe. Elle ne remarquerait pas les nouvelles lignes que le souci avait creusées sur son visage. En bref, elle ne saurait jamais vraiment à qui elle avait affaire.
- Londubat, soupira la voix de Rogue, vous avez, j'en ai peur, gagné un nouveau devoir supplémentaire... Vous allez m'expliquer pourquoi et comment vous avez raté cette préparation. A rendre au prochain cours.
- Oui, monsieur, répondit tristement Neville.
Les élèves quittaient la classe pour aller déjeuner, mais Harry vit Rogue retenir Neville quelques secondes avant de le relâcher. Le Gryffondor avait l'air abasourdi.
- Eh ben ? fit Théodore.
- Il m'a dit que je pouvais taper Malefoy autant que je voulais s'il refaisait ce genre de blagues, à condition qu'il n'y ait pas de témoin...
- C'est le principe de base du Serpentard, mon ami, indiqua complaisamment Blaise. Il n'est pas interdit de faire telle ou telle chose. Il est juste interdit de se faire prendre. Bon, à la soupe, maintenant !
Après le déjeuner, Harry jeta un œil à son calepin et découvrit qu'il avait tant de travail qu'il préféra sécher la divination sous un prétexte bidon, laissé à l'appréciation de Millicent, pour terminer essais et dissertations. Tout bien réfléchi, c'était nettement moins ennuyeux que d'écouter les élucubrations de l'astrologue.
Cependant, quand Millicent lui décrivit l'attitude de Trelawney durant la leçon, il regretta presque d'avoir manqué le spectacle. Elle s'était montré nerveuse, colérique, faisant sans cesse allusion à des accusations (pas forcément infondées) d'incompétence, à des insultes, du mépris et des menaces...
- Ombrage n'a pas dû lui faire de cadeau, commenta Millicent pour clore son récit. Elle est quasiment partie au plafond quand Brown a parlé de cette bonne femme. Tellement perturbée que j'ai préféré laisser mon histoire de loup au placard, pour cette fois.
- Tu as encore fais ce rêve ? s'inquiéta Harry.
- Oui... J'ai encore vu ce loup... ou ce gros chien, tomber dans un piège, sauf que cette fois, c'était dans la salle avec le rideau déchiré. Et Théodore était devant le rideau. Avec Lovegood.
Harry sentit quelque chose de froid descendre le long de son dos. Les rêves répétitifs ne lui disaient rien de bon. Surtout quand les deux animaux présents avaient un sens très clair pour lui. Il ne cessa de retourner ce qu'elle avait dit pendant le trajet jusqu'à la classe de défense, qui se mua une fois de plus en séance de lecture. Harry se consola en songeant avec délices à la séance d'entraînement de quidditch qui aurait lieu le lendemain soir.
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Il avait eu tort de se réjouir. Malefoy fut parfaitement exécrable durant l'heure et demie que durèrent les exercices. Non par ses performances, qui étaient tout à fait honorables, mais par son humeur. Il passa le plus clair de son temps à critiquer les décisions de Philip Urquhart, qui commençait à voir rouge quand le soir tomba et qu'ils regagnèrent leurs quartiers.
- Si j'étais toi, je lui filerai discrètement un des bonbons à vomir que les jumeaux sont entrain de concocter, suggéra Blaise d'un ton plein d'espoir. Philip n'aura qu'à nommer quelqu'un d'autre, et tout le monde y gagnera.
- Quels bonbons ?
- Oh, encore une de leurs inventions. Ils en ont fait la démonstration pendant que vous couriez après vos petites balles et il paraît que c'est très efficace.
- C'est surtout très dégoûtant, objecta sa sœur.
- Parce qu'une punaise puante, c'est mieux ? plaisanta Zabini.
Sarah avait patiemment attendu qu'ils aient terminé leur rapport sur les frères Weasley pour s'approcher.
- C'est arrivé un peu après que tu sois parti, commenta-t-elle d'un air lugubre en tendant une enveloppe à Harry.
Il reconnut l'écriture de Sirius.
- Comment l'as-tu obtenue ? Ça m'est adressé.
- J'ai dû menacer la chouette postale de lui enlever quelques plumes. J'ai bien fait. Je suis à peu près sûre que l'affreuse fait surveiller le courrier. Des élèves se sont plaints que des colis avaient été ouverts et très mal refermés avant d'être distribués.
- Merci d'avoir pris des précautions.
Même endroit, même heure, disait simplement le mot.
Ce qui signifiait que Harry avait gagné une nouvelle promenade à travers les couloirs pour rejoindre la classe de runes et discuter via le réseau cheminette. Il croisa les doigts pour que les conduits ne fussent pas aussi surveillés, et se prépara pour la nuit.
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Il parvint à traverser la moitié du château sans rencontrer âme qui vive. La porte de la classe n'était même pas verrouillée. Qui irait voler des grimoires pesant plusieurs kilos et capables de se défendre tout seuls ?
Harry dut ranimer le feu dans l'âtre en priant pour qu'aucun détecteur de sorts ne se déclenchât. Une fois les flammes assez hautes à son goût, il s'assit devant la cheminée et attendit. Quelques minutes s'écoulèrent avant que la tête de Sirius n'apparût au-dessus des braises.
- Salut ! lança son parrain avec la mine réjouie de celui qui a une bonne blague à raconter.
- Salut, répondit Harry en se penchant vers les flammes.
- Comment ça va ?
- Moyennement. Il a fallu négocier dur pour arriver à reformer notre équipe de quidditch, avec le décret d'Ombrage. Sans parler d'un groupe de devoirs. Mais ça m'a l'air bien parti aussi.
- Un groupe de devoirs ? Tu veux parler de votre association de défense ? s'enquit Sirius en haussant les sourcils.
- Comment es-tu au courant ? s'exclama Harry, ébahi.
- Mondingus vous a entendu, expliqua Sirius. Il était à la Tête de Sanglier, déguisé en sorcière.
- Encore à me surveiller ?
- Bien entendu, et vu tes initiatives, ça vaut mieux.
- Le groupe de défense n'était pas exactement mon idée, et ce n'est pas moi qui l'ai mis au point, se défendit Harry. Quoi qu'il en soit, me voilà prévenu. Mondingus va avoir intérêt à se trouver un autre déguisement, s'il ne veut pas finir avec un gros trou de mémoire.
- Je le lui dirai, s'amusa Sirius, qui croyait sans doute que son filleul plaisantait, tandis que Harry avait des pensées dignes de Don Corleone.
- Tout l'ordre est au courant, je suppose ?
- Bien sûr. Molly est déjà sens dessus dessous. Moi, je trouve que c'est une excellente idée.
- Ah bon ? Je croyais que je devais faire le moins de vagues possible, pointa Harry en essayant de garder une voix enjouée.
- C'est vrai, concéda son parrain. Mais il n'est pas inutile d'apprendre à vous défendre, bien au contraire ! Vu ce qui attend les élèves hors de Poudlard, c'est plus que jamais d'actualité. Où comptez-vous vous réunir ?
- Aucune idée, reconnut Harry.
Ils auraient une salle pour la couverture, mais pour le vrai groupe...
- Pourquoi pas dans la cabane hurlante ? Vous y seriez tranquilles.
- Si Mondingus a bien fait son travail, il a dû vous dire que nous étions une trentaine. Ça va être difficile de faire rentrer tout ce monde sans être vu.
- Hmm, hmm... Il y a pas mal de classes vides, mais elles ne sont pas protégées. Je vais y réfléchir un peu, d'accord ?
- Merci. Si tu veux m'envoyer du courrier, fais attention : plusieurs élèves ont dit que leurs colis avaient été ouverts. Et je ne sais pas par quel miracle les cheminées ne sont pas encore surveillées.
- Ouais. C'est à craindre. Je trouverai un moyen. Au pire, je demanderai à quelqu'un de l'ordre de te faire passer un mot.
- Parfait. Il faut que j'y aille. Si je m'endors en cours demain, je suis mal. On a métamorphose...
- Et si Minerva entend le moindre ronflement... Allez, va te coucher. On reparlera un de ces jours.
- Eh ben... Si on se fait espionner par ses alliés ou supposés tels, où va le monde ? commenta Salazar quand Harry lui eut rapporté la conversation.
