Chapitre 19 : le Lion et le Serpent
Les jours qui suivirent comptèrent parmi les plus heureux qu'Harry eût connus à Poudlard. Les cours de défense d'Ombrage étaient devenus pour lui un moment de douce hilarité. Sarah faisait des plans pour introduire quelques éléments de magie élémentale dans les séances de l'A.P. Pas sans baguette, bien sûr, car seule Hermione aurait eu assez de patience. Mais elle avait entre autres déniché un sort pour lancer des piques de glace (et non pas des pics à glace, comme Harry avait dû le préciser à un Colin Crivey trop amateur de références cinématographiques) et un autre qui produisait des cubes de feu. Neville faisait d'incontestables progrès, et ses camarades furent assez surpris de voir qu'il ne cassait plus autant de choses pendant les cours officiels. Même en potions... Si Rogue trouva la chose bizarre, il n'en laissa rien paraître. Tout le monde avait correctement appris le maléfice d'Entrave. Les sœurs Patil étaient devenues des réductrices d'objets très efficaces. Luna Lovegood faisait des choses très amusantes avec les sorts de lévitation... Un vrai bonheur.
Ombrage et Rusard semblaient s'être laissés prendre à l'appât des devoirs surveillés. Le concierge surveillait toujours avec une attention jalouse les élèves qui y prenaient place deux fois par semaine. Pour donner le change, Harry s'y rendit en compagnie de Sarah.
# #
Au fur et à mesure que la fin du mois d'octobre approchait, cependant, les étudiants devinrent un peu moins attentifs pendant leurs heures supplémentaires, et les Gryffondor qui appartenaient à l'équipe de quidditch disparurent tout à fait. Cela signifiait les quatre Weasley envolés. Harry parvint, grâce à Parvati Patil, à garder les autres, mais il devait admettre que sans la présence des rouquins et leur aisance pour arrondir les angles, les lions regardaient les serpents d'un drôle d'œil. Harry était alors soulagé de retrouver le terrain de quidditch pour les entraînements menés par Philip Urquhart. Ils échangeaient leurs rôles d'enseignant et d'enseigné avec plus d'aisance qu'ils ne l'avaient imaginé au départ. Même Malefoy devenait supportable pendant ces matches. Sale petit coq prétentieux ou pas, Harry devait reconnaître qu'il faisait un poursuiveur de premier choix. Son souaffle rentrait dans les anneaux comme un fil dans une motte de beurre. En cas de victoire, il y aurait assez à partager sans provoquer de ressentiment, et Harry était reconnaissant à toutes les divinités qu'il connaissait pour cela.
Les directeurs des deux maisons concernées avaient eux aussi pris des dispositions pour motiver leurs étudiants. On racontait que McGonagall s'abstenait de donner trop de devoirs à ses élèves et Rogue se démenait pour que les Serpentard puissent s'entraîner aussi souvent que possible... au détriment des Gryffondor. Occuper le terrain était une stratégie assez peu commune pour sa maison, mais elle marchait. Les étudiants en vert redoublaient d'efforts pour faire des misères à leurs voisins en rouge, à coups de sortilèges plus ou moins discrets. Alicia Spinnet, une des poursuiveuses Gryffondor, finit ainsi à l'infirmerie, les sourcils devenus tout à coup si épais qu'ils lui rentraient dans la bouche. Même Sarah ne parvint pas à déterminer qui avait œuvré. Il faut dire ici que le dernier qui s'était fait prendre avait été puni par Rogue lui-même, pour avoir « porté atteinte à la réputation de la maison ». Harry soupçonna fortement Howlanda Reed ou un autre membre de l'équipe Serpentard.
L'autre tactique à la mode consistait à larder le nouveau gardien des rouges, à savoir Ronald Weasley, de toutes sortes de quolibets et de sarcasmes visant sa capacité à arrêter des souaffles. De l'avis de Millicent, qui allait souvent espionner les joueurs Gryffondor, et par la même occasion Malefoy et sa clique quand ils allaient les provoquer, Weasley était extrêmement irrégulier. Il était capable à un moment d'égaler les performances des joueurs professionnels, et au suivant de s'effondrer à cause du trac et de laisser passer dix souaffles d'affilée. En tant que presque ami, Harry le déplorait. En tant que joueur, il trouvait cela des plus intéressants, car cela ouvrait de réjouissantes perspectives de désastre pour ses adversaires.
Après une fête d'Halloween pour une fois sans incident plus marquant qu'une chanson de Peeves (et une citrouille à l'effigie d'Ombrage placée dans la salle sur demande sur l'initiative de Lucy), le mois de novembre débuta avec des températures qui frisaient le zéro durant la journée et laissaient les élèves avec les joues rouges et les doigts douloureux. Le confort à l'anglaise, pour qui le chauffage central était un signe de décadence, fit de nombreuses victimes, que l'on retrouvait, résignées, sur un lit de l'infirmerie, un verre de pimentine à la main.
Le matin du match, Harry trouva la table de Serpentard en ébullition. Tous portaient des montagnes de bonnets, de chapeaux, d'écharpes, de cocardes et de rubans aux couleurs de la maison. En plus de ces emblèmes traditionnels, il découvrit sur la poitrine de ses camarades un écusson argenté en forme de couronne agrémentée d'une banderole proclamant "Weasley est notre roi". Il haussa poliment les sourcils.
- Apparemment, c'est en rapport avec une chanson que les amis de Malefoy ont l'intention d'interpréter pendant le match. C'est à la gloire de Weasley, d'où la couronne, expliqua Zabini. Je ne m'attends pas, venant d'eux, à ce que cela soit d'un grand niveau, mais ce ne sera jamais pire que les choses que les Gryffondor peuvent raconter sur nous. Bon, viens manger, maintenant.
Harry prit place et se fit servir une pile de toast à la confiture, du thé et un pot de miel avant même d'avoir eu le temps d'avancer la main. Les autres joueurs bénéficiaient tous du même traitement de faveur.
Quand les Weasley firent leur entrée dans le réfectoire, la tablée en vert leur fit de grands coucous en riant à grand bruit. Les Gryffondor, en rouge et or des pieds à la tête, répondirent en accueillant sous les vivats les quatre membres de la fratrie.
- Ils vont perdre, disait Philip Urquhart, les yeux fixés sur ses adversaires comme ceux d'un guépard sur une gazelle. Ils vont aller pleurer chez leurs mères.
- Je nous vois bien gagner deux cents à vingt, affirma FitzRoy. C'est un résultat raisonnable.
- Ça veut dire que d'après toi, je vais encaisser deux buts pendant la rencontre ? demanda Howlanda Reed d'une voix de glace.
- Non, non, pas du tout, assura Robert, battant précipitamment en retraite.
- Et que nous n'allons marquer que cinq buts ? enchaîna un troisième année nommé Piers Gerins, qui était le troisième poursuiveur de l'équipe, avec Malefoy et Urquhart.
- Encore moins, jura le malheureux gaffeur en disparaissant presque sous la table.
- Hé, regardez un peu ce phénomène, lança soudain Blaise.
Harry leva les yeux de son petit déjeuner pour découvrir Luna Lovegood qui se dirigeait vers eux, coiffée d'un improbable chapeau orné d'une tête de lion grandeur nature des plus réalistes, et le cou entouré d'une écharpe figurant un serpent aux écailles luisantes qui tirait la langue.
- C'est joli, dit Sarah.
- Comme j'ai des amis des deux côtés, je n'arrivais pas à choisir, expliqua Luna d'une voix douce. Alors j'ai décidé de mettre un lion et un serpent.
Elle agita sa baguette, le lion rugit et le serpent se dressa sur ses épaules en dardant sa langue. Quelques Serpentard applaudirent. Luna regagna sa table en souriant, sous l'œil indulgent de ses camarades.
Peu après, les deux équipes quittèrent le réfectoire pour se rendre au stade. Harry se sentait en pleine forme. Philip avait réuni d'excellents éléments, bien entraînés, et ils allaient sûrement prendre une bonne option sur la coupe de quidditch cette année.
Tandis que les joueurs se changeaient, le volume sonore dans le stade augmenta pendant que les supporteurs et les simples spectateurs s'installaient sur les bancs.
- Ce qui me fait plaisir, dit Piers, c'est que pour une fois, nous avons aussi des fans chez les Serdaigle. C'est bon de ne plus avoir les trois quarts de l'école contre nous.
Malefoy épingla un écusson-couronne sur sa robe.
- Je ne t'en propose pas, Potter, dit-il en bouclant ses protections de bras, mais franchement, tu te prives de quelque chose de drôle.
- J'aurai déjà les chœurs de l'armée verte dans quelques minutes, si j'ai bien compris. Ça me suffit.
L'équipe sortit sur le terrain, et comme l'avait noté Piers, les huées paraissaient un tout petit peu moins fournies que les années précédentes.
- Les capitaines, vous vous serrez la main, lança Mrs Bibine, qui officiait comme arbitre, ainsi qu'à son habitude.
Comparés à Marcus et Oliver, Philip et Angelina furent des modèles de courtoisie.
- Sur vos balais !
Tous se mirent en selle, frémissants d'impatience.
Au coup de sifflet, les joueurs s'envolèrent, les cognards déjà dans leurs pattes. Harry s'éleva rapidement pour se lancer dans le repérage du vif. Il fit de son mieux pour oublier que son adversaire du jour était Ginny Weasley. Les commentaires de Lee Jordan, cependant, étaient plus difficiles à mettre sous cloche.
- Et Johnson prend le souaffle, quelle joueuse extraordinaire, cette fille, ça fait des années que je le dis, mais elle refuse toujours de sortir avec moi...
- JORDAN ! rugit McGonagall sous les rires moqueurs de l'assistance.
- C'était une blague, jura Lee d'une toute petite voix. Juste pour ajouter un peu de piquant. Elle évite Gerins et... OH ! Elle est frappée par un cognard envoyé par Montague. Urquhart reprend le souaffle, remonte le terrain et... très beau cognard de George Weasley...
Harry grimaça en voyant son capitaine vaciller sur son balai en se tenant le nez.
- Le souaffle repris par Katie Bell de Gryffondor qui fait une passe de revers à Alicia Spinnet, qui s'élance...
Ce fut à ce moment que la chorale de Serpentard commença à donner de la voix.
- Les spectateurs sont ravis, disait Jordan, écoutez-les ! Mais qu'est-ce qu'ils chantent ?
Quand la voix magiquement amplifiée de Jordan se tut, tout le stade put profiter de la chanson des vert et argent.
Weasley est un grand maladroit,
Il rate son coup à chaque fois.
Voilà pourquoi
Les Serpentard chantent avec joie :
Weasley est notre roi !
Weasley est né dans un trou à rats,
Il laisse le souaffle entrer tout droit.
Voilà pourquoi
Grâce à lui, c'est sûr, on gagnera.
Weasley est notre roi !
Harry était partagé entre l'agacement et l'effarement. Presque toute sa maison chantait avec enthousiasme. Pour une fois que les Serpentard avaient l'occasion de se venger des humiliations qu'ils subissaient, il fallait que ce soit Ron qui se retrouvât au bout de leur bâton. Si ç'avait été quelqu'un d'autre, Thomas ou Finnigan, mettons, Harry aurait chanté avec les autres, et sans se priver. Pour l'heure, il ferait mieux de surveiller la zone avec un peu plus d'attention. Il entendit les vivats quand Reed bloqua un tir d'Angelina Johnson. Piers récupéra la balle et fonça vers les buts de Gryffondor, tandis que la chanson reprenait de plus belle.
Weasley est notre roi !
Weasley est notre roi !
Il laisse le souaffle entrer tout droit,
Weasley est notre roi !
Harry jeta un coup d'œil vers les buts : Piers était presque en position.
Weasley est un grand maladroit,
Il rate son coup à chaque fois...
- Et c'est le premier test pour le nouveau gardien de Gryffondor, frère des batteurs Fred et George Weasley, et de l'attrapeuse Ginny Weasley. Vas-y Ron !
Quelques secondes plus tard, la tribune des Serpentard éclatait en hourras. En dépit d'un plongeon remarquable, Ron avait raté le souaffle, qui était rentré dans l'anneau central avec aisance.
- Serpentard marque ! annonça Lee d'une voix désespérée, générant des huées de la part des supporters en rouge.
WEASLEY EST NE DANS UN TROU A RATS,
IL LAISSE LE SOUAFFLE ENTRER TOUT DROIT...
- Gryffondor reprend le souaffle, beugla Jordan dans une vaillante tentative de couvrir la chanson, sans grand succès.
GRACE A LUI, C'EST SÛR, ON GAGNERA,
WEASLEY EST NOTRE ROI !
Harry n'écouta pas la suite et se remit en chasse. Il fit le tour du terrain à plusieurs altitudes, tandis que les Serpentard se déchaînaient avec une puissance sonore qui aurait fait plaisir aux tribunes de Liverpool ou Manchester.
WEASLEY EST NOTRE ROI !
WEASLEY EST NOTRE ROI !
Ginny cherchait elle aussi, et Harry gardait un œil sur elle, si par hasard elle repérait le vif avant lui. Mais pour l'instant, elle avait l'air aussi bredouille que lui.
La suite se révéla désastreuse pour les Gryffondor. Ron encaissa encore deux buts rapprochés sous les lazzi des Serpentard qui chantaient de plus belle, brandissant leurs banderoles avec une ardeur renouvelée. Un quatrième but fut marqué avant que Johnson ne réduisît un peu la marque en trompant la vigilance de Reed. Dans les tribunes de Serdaigle, le lion de Luna rugit. Mais jusqu'à présent, c'était plutôt son écharpe-serpent qui s'était manifestée. Harry descendit prudemment vers les autres joueurs, attentif aux cognards qui traversaient le terrain à la recherche de quelqu'un à frapper.
- Gerins passe à Malefoy qui passe à Urquhart, qui repasse à Gerins, Johnson intercepte, c'est très bien... non, c'est très mal, un cognard l'empêche de passer à Bell, et c'est Malefoy qui reprend le souaffle...
WEASLEY EST NE DANS UN TROU A RATS,
IL LAISSE LE SOUAFFLE ENTRER TOUT DROIT,
GRACE A LUI, C'EST SUR, ON GAGNERA...
Harry oublia très vite la chanson car il venait de repérer la petite balle dorée du vif, qui par bonheur voletait du côté de son équipe. Il fit un grand tour pour égarer Ginny, qui commença à partir dans cette direction, avant de faire brutalement virer son balai vers le vif qui voletait pour l'instant à côté d'un gentil papillon. Le pauvre insecte n'eut que le temps de déguerpir avant que Harry ne fonçât sur son compagnon de métal. Ginny arrivait juste derrière lui en hurlant des malédictions, mais son balai, quelle que fût sa marque, n'était vraiment pas à la hauteur. Harry referma la main sur le vif, sous les acclamations des Serpentard et les huées des Gryffondor... et d'autres.
Il redescendit à terre, vite rejoint par le reste de la bande. Philip lui frappa l'épaule, Reed consentit à le féliciter et Tracey applaudit à tout rompre. Les trois autres trouvèrent le moyen de garder le silence. Pas longtemps, car Philip saisit Malefoy qui s'éloignait par le bras, le fit pivoter, et entreprit de lui passer un savon.
- TU TROUVES QUE C'EST INTELLIGENT, TA CHANSON POURRIE ? TU CROIS QU'ON N'A PAS ASSEZ MAUVAISE RÉPUTATION ? TOUTE LA GRANDE-BRETAGNE DIT DÉJÀ QUE SERPENTARD A DE LA MERDE EN GUISE D'HONNEUR, TU PENSES VRAIMENT QUE ÇA VA AMÉLIORER LES CHOSES ?
Malefoy se contenta de le regarder de haut en bas avec mépris, avant de repartir.
- ET JE VAIS ME FAIRE UN PLAISIR DE TE TROUVER UN REMPLAÇANT VITE FAIT, SALE PETIT COQ AU SANG TARÉ !
Là, il avait touché sa cible. Malefoy se retourna, le visage empourpré, et Harry vit Montague et Gerins prêts à lui prêter main-forte. Au moins, cela lui permettait de savoir où allait leur loyauté. Cette fois, ce fut Philip qui passa devant eux avec un mépris impérial.
Les quatre joueurs n'allèrent pas bien loin. Après s'être changés, ils sortirent du stade... pour tomber sur une bande de Gryffondor menée par Seamus Finnigan. Harry nota avec inquiétude qu'ils étaient facilement une vingtaine.
- Alors comme ça, tricher sur le terrain ne vous suffit plus ? Il faut que vous fassiez participer les tribunes ?
- Va en parler avec Malefoy, dit Urquhart d'un ton las. C'est sa petite amie qui dirigeaient la chorale, pas la mienne. Maintenant, Finnigan, t'est gentil, on aimerait tous rentrer dans nos quartiers.
- Je ne crois pas, assura le Gryffondor.
Les premiers à avancer reçurent une volée de sortilèges, mais les suivants durent être combattus plus physiquement. Encerclés, les quatre Serpentard recevaient largement plus de coups qu'ils n'en donnaient, et l'affaire se serait mal finie si...
- EXPELLIARMUS !
- IMPEDIMENTA !
Les jumeaux Weasley se tenaient non loin derrière, leurs baguettes brandies. Ron se trouvait juste à côté, ainsi qu'Hermione, Luna, Ginny, Théodore et quelques autres. Les trois groupes s'observèrent, tandis que Finnigan et un de ses comparses se relevaient tant bien que mal.
- QUE SIGNFIE CE... OH !
Le oh de McGonagall ressemblait assez à un rugissement de fureur. Elle tempêta contre ses élèves d'une façon qui donna envie même aux Serpentard de disparaître sous terre. Puis elle saisit Finnigan par le col et lança d'une voix furibonde que tout le monde monte dans son bureau. Traînant Finnigan, elle ouvrit la marche, suivit des joueurs et des étudiants qui étaient intervenus.
A l'allure où elle les faisait marcher, ils ne prirent guère de temps pour arriver à destination.
- J'exige des explications, cracha-t-elle à l'attention des Gryffondor. De toute ma carrière, je n'ai jamais vu un comportement aussi répugnant ! A un contre cinq !
- C'est entièrement de leur faute, s'emporta Dean Thomas. C'est leur stupide chanson qui nous a fait perdre ! Personne ne les a empêchés de chanter ! Ça a déconcentré nos joueurs !
- S'ils n'arrivent pas à se concentrer dans le bruit, ils n'ont rien à faire sur le terrain, répliqua sèchement Urquhart. Et personne ne VOUS empêche de nous insulter et de nous cracher dessus depuis vos gradins, que je sache !
- SILENCE ! TOUS LES DEUX ! Votre attitude est honteuse, Finnigan, et celle de vos camarades également. Vous avez perdu ce match, et au lieu d'en accepter le résultat, vous agissez comme le plus mauvais perdant que j'aie jamais vu. Vous organisez un guet-apens, et vous malmenez d'autres élèves. Jusqu'où comptiez-vous aller, si d'autres étudiants n'étaient pas intervenus. Soit dit en passant, je vous remercie, ajouta-t-elle à l'attention du petit groupe qui se tenait terré près de la porte. Je n'ai pas encore calculé combien de jours de punition je vais vous infliger pour ce spectacle indigne...
- Dans ce cas, peut-être, hum hum, vais-je pouvoir vous aider ?
Un gémissement collectif s'échappa de toutes les gorges.
- Je ne vois pas en quoi, répondit McGonagall d'un ton sec tandis qu'Ombrage entrait dans le bureau déjà bondé. Je me demande juste si c'est un ou deux mois de colle que je vais mettre aux élèves de ma maison qui ont participé à cette lamentable démonstration d'esprit antisportif. Ensuite, j'irai dire deux mots au professeur Rogue à propos de cette chanson.
- Je crains que vous n'ayez oublié quelque chose, dit Ombrage avec un affreux sourire.
- Je voudrais bien savoir quoi, persifla McGonagall, l'air prête à exploser.
- Eh bien il me semble que vous comptez pour rien le comportement des joueurs des deux équipes qui ont participé à la bagarre, Minerva.
- Pour votre information, puisque vous n'étiez pas sur les lieux, certains de ces jeunes gens se sont défendus. Ensuite, s'il convient de les punir, la décision en revient à leurs chefs de maison, c'est-à-dire le professeur Rogue et moi, l'informa courtoisement la codirectrice.
- J'ai bien peur que non, affirma Ombrage en souriant toujours plus.
Elle produisit un rouleau de parchemin, qu'elle déplia avec soin.
- Décret d'éducation numéro vingt-cinq, annonça-t-elle.
- Encore un ! s'exclama McGonagall. Mais dites-moi, on ne fait donc plus que cela, au ministère ?
- J'ai contacté le ministre lorsque je me suis rendue compte que tous vos collègues et vous-même passiez voir Dumbledore dans mon dos pour minimiser l'effet de mes décisions. La Grande Inquisitrice ne peut pas avoir moins d'autorité que les simples professeurs, naturellement (et naturellement, elle n'a jamais entendu parlé de contre-pouvoir…). Elle doit donc avoir la possibilité de retirer certains privilèges aux élèves qui ont démérité...
- Si c'est une question d'ego mal placé, trancha McGonagall, c'est malheureux, mais je doute qu'il faille un règlement spécial pour cela. Si nous faisons en sorte que vos inventions aient peu d'impact, c'est parce qu'elles insultent tout à la fois l'esprit dans lequel cette école a été bâtie, l'intelligence des élèves et celle des enseignants. Les réformes sont une bonne chose, encore faut-il avoir l'art et la manière de les amener, deux choses qui vous font singulièrement défaut.
Ombrage cligna plusieurs fois des yeux, comme si elle avait eu du mal à assimiler ce que l'autre sorcière venait de dire. Elle s'éclaircit la gorge à plusieurs reprises, puis entama la lecture du décret comme si rien ne s'était passé.
- Hum, hum... Le Grand Inquisiteur aura dorénavant l'autorité suprême pour infliger toute sanction, punition et retrait de privilèges aux élèves de Poudlard, ainsi que le pouvoir de modifier les sanctions, punitions et retraits de privilèges qui auraient été décidés par des membres du corps enseignant. Signé : Cornélius Fudge, ministre de la Magie, Ordre de Merlin de première classe, etc...
Elle remit le parchemin dans son sac.
- Ainsi donc, je pense que je vais interdire définitivement la pratique du quidditch aux joueurs qui se sont battus, c'est-à-dire les deux frères Weasley, ainsi que les quatre membres de l'équipe de Serpentard ici présents. Je veux que leurs balais soient confisqués. Je les conserverai dans mon bureau pour être certaine que l'interdiction sera effective.
- Définitivement ? répéta Philip.
- J'ai bien dit, Mr Urquhart. Une interdiction à vie.
Philip la regarda bien en face avant de sourire méchamment.
- Sans doute. La vôtre.
Il se tourna vers McGonagall, à qui sa dernière réplique avait rendu un semblant de bonne humeur.
- Avec votre permission, madame, je désirerais me rendre à l'infirmerie.
- Bien entendu, accorda aussitôt la Gryffondor. Vous avez quelques vilains bleus. C'est valable aussi pour les autres, ajouta-t-elle d'un ton gracieux.
Ils se hâtèrent de partir, mais Howlanda trouva le moyen de lancer à la cantonade :
- Et puis de toute façon, sa décision n'est valable qu'en Grande-Bretagne. Au pire, on pourra toujours jouer à l'étranger.
# #
- J'arrive pas à y croire !
Assis en face de Harry sur un des lits de l'infirmerie, Ron Weasley avait du mal à enregistrer la nouvelle.
- Elle vous a virés parce que vous vous êtes défendus contre ce crétin de Finnigan ?
- Ouais...
- Cette bonne femme est complètement fêlée, je vous le dis, assura le rouquin. Mince, nous, ça va encore, on a juste deux joueurs à remplacer, mais vous avez perdu votre gardien, votre attrapeur, un batteur et un poursuiveur. Dont le capitaine. Ça va être la croix et la bannière pour trouver d'autres personnes.
- On s'en fiche, maugréa Reed. On laisse Malefoy se débrouiller avec les nouvelles recrues. Parce que, bien sûr, le crapaud a décidé qu'il ferait un capitaine du tonnerre. Quelqu'un connaît un sort qui rend muet... définitivement ? Ce serait une bonne punition pour cette chanson à la *~*#.
- Merci, dit Ron en baissant le nez.
- Pas de défaitisme, Weasley, intervint Philip. Si tu veux, on t'apprendra à bloquer certaines sources sonores pour le prochain match et tu pourras jouer sans t'occuper de ces andouilles.
- Pourquoi vous feriez ça ? Nous sommes dans des équipes adverses !
- Plus maintenant. Nous faisons partie d'une même équipe, celle qui a des ennuis avec Malefoy et le crapaud.
- Je ne suis pas sûr que ça suffise...
- Mais si, opina Ginny. Tu as fait deux très beaux arrêts. Il faut juste que tu en fasses plus. C'est tout.
Hermione choisit ce moment pour faire son apparition dans le dispensaire.
- Rien de cassé ? demanda-t-elle.
- Non, juste des bleus et des bosses, la rassura Tracey. Merci, Mione.
- De rien. Ron, tu peux venir ?
- Pourquoi ?
Elle sourit d'un air malicieux.
- Hagrid vient de rentrer, et j'ai besoin de quelqu'un pour aller lui tirer les vers du nez.
- J'arrive ! lança gaiement Weasley, ses soucis momentanément oubliés.
Harry les regarda disparaître en coup de vent. Il se leva à son tour. Ms Pomfresh n'avait relevé chez lui que des écorchures et deux gros bleus qu'elle avait immédiatement soignés. En bougonnant, il quitta l'infirmerie et se dirigea vers les quartiers de Serpentard. Parler avec Salazar lui ferait du bien.
Mais ce ne fut pas Salazar qu'il croisa en cours de route.
- Eh bien, où allez-vous avec cette mine basse, Mr Potter ?
