Salut les lecteurs ! Voici un très long chapitre où l'on pose des questions qui n'obtiennent pas de réponse et on complote un peu...
Chapitre 22 : à l'Hôpital Sainte-Mangouste
Ils traversèrent le château en toute hâte et Rogue marchait si vite que Harry, malgré sa précipitation, avait du mal à tenir le rythme. Ils montèrent des escaliers, passèrent en vitesse devant des portraits assoupis, dans le plus grand silence. Rogue ne posait aucune question, ne faisait pas un bruit. Enfin, ils arrivèrent devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau alors que Harry se rongeait véritablement les sangs. Nagini était énorme, peut-être était-elle venimeuse, en prime ? Il franchit la porte dissimulée et n'attendit pas que l'escalier tournant l'amenât devant le bureau, il grimpa les marches quatre à quatre, en tête, cette fois-ci.
Parvenu sur le pallier, il entendit du bruit en provenance du bureau. On s'agitait beaucoup, là-dedans. Un sifflement de vapeur le fit sursauter, avant qu'il ne saisît le heurtoir pour frapper. La porte s'ouvrit sans un grincement et les deux sorciers entrèrent dans la pièce.
L'éclairage était réduit au strict minimum, et Fumseck pouvait continuer à dormir paisiblement sur son perchoir sans être dérangé par la lumière. Les instruments d'argent qui s'étalaient sur les consoles autour du bureau laissaient encore échapper de petits nuages de fumée qui témoignaient d'une activité intense tout juste achevée.
- Oh, c'est vous, Severus... et...
Dumbledore était bien réveillé, assis derrière son bureau en robe de chambre pourpre brodée avec art et chemise de nuit. Il fixait le professeur Rogue, mais ne paraissait pas accorder la moindre attention à Harry, ce qui eut le don d'agacer ce dernier.
- Que puis-je faire pour vous ?
- Je crois que Potter a eu une sorte de vision...
Rogue se tourna vers Harry pour avoir confirmation, et il hocha la tête.
- Le mieux est encore que vous le racontiez vous-même.
- Eh bien... j'étais entrain de dormir, commença Harry en tâchant de ne pas laisser percer dans sa voix l'aigreur que lui inspirait l'impolitesse du directeur, qui gardait les yeux baissés vers ses mains. Et je me suis retrouvé dans un couloir du... mal éclairé, j'avançais au ras du sol, et puis j'ai vu quelqu'un devant moi... J'ai reconnu Mr Weasley après coup, il était sous une cape d'invisibilité. Il empêchait le serpent de passer, alors il l'a mordu plusieurs fois.
- Tu n'avais pas un point de vue extérieur ? Tu voyais tout par les yeux du serpent ?
Il avait compris drôlement vite...
- Oui. Ça n'a pas l'air de vous surprendre, remarqua le garçon.
Dumbledore fit mine de ne pas entendre, et Harry sentit Rogue se rapprocher dans son dos, puis ses doigts minces se poser sur son épaule.
- Il est gravement blessé, reprit Harry. Ce serpent... ça devait sûrement être Nagini, a des crochets énormes, et il saignait beaucoup ! Je ne sais pas où il est, ajouta-t-il en mentant effrontément, mais si vous avez une idée, il faut aller le chercher tout de suite !
Toujours sans regarder le garçon, le directeur se releva d'un bond et se tourna vers les portraits de ses prédécesseurs.
- Everard ? lança-t-il d'un ton sec. Dilys ?
Un sorcier pâlot coiffé avec une frange épaisse et une sorcière aux anglaises blanches se réveillèrent aussitôt et se redressèrent dans leur cadre.
- Vous avez tout entendu ?
Ils opinèrent gravement.
- L'homme a les cheveux roux et porte des lunettes, poursuivit Dumbledore. Everard, vous allez donner l'alerte et vous assurer qu'il soit découvert par les gens qu'il faut.
Les deux représentations saluèrent et disparurent, mais sans se manifester dans les autres portraits qui ornaient le bureau. Harry supposa qu'ils avaient dû filer dans des cadres se trouvant à l'extérieur du château. Everard devait en avoir au ministère. Il fallait qu'il parle de tout ça à Rogue, mais comment avouer le fait que ses copains et lui avaient mis Dumbledore sous surveillance ?
En dépit du bruit, en tout cas, les autres images continuaient de dormir et de ronfler. Ils faisaient semblant, jugea Harry, puisqu'ils parlaient avec animation juste avant qu'il n'entrât dans le bureau.
- Everard et Dilys ont tous les deux été des directeurs extrêmement appréciés à Poudlard, précisa Dumbledore.
- Ma tête à couper qu'ils n'étaient pas Serpentard.
Le vieux sorcier se dirigea vers Fumseck.
- Leur renommée leur permet de disposer de portraits dans de nombreuses institutions du monde sorcier. Ils pourront nous dire ce qui se passe en dehors de l'école. Bien... et il faudra également prévenir les jeunes Weasley. Severus, pourriez-vous aller voir Minerva ? On se poserait trop de questions en voyant le directeur de Serpentard arriver en trombe chez les Gryffondor.
- Oh, j'aurais bien des explications à fournir, surtout concernant les jumeaux et leur sœur, croyez-moi, contra Rogue, mais puisque vous le souhaitez ainsi...
Il serra légèrement l'épaule de Harry avant de quitter le bureau. Voyant que Dumbledore ne songeait plus trop à lui, le garçon prit la liberté de s'asseoir sur l'un des fauteuils réservés aux visiteurs. Le directeur alla droit à Fumseck, que toute cette agitation avait réveillé, et caressa doucement les plumes rouge et or.
- Nous aurons besoin d'être avertis.
Il avait parlé à voix basse, mais Harry était assez près pour entendre. Il se garda de poser la moindre question quand le phénix disparut dans un éclair.
Dumbledore s'affaira ensuite sur ses curieux petits instruments d'argent, en prit un qu'il ramena sur son bureau, et l'activa d'un coup de baguette magique. L'objet oscilla sur sa base en émettant de petits nuages de fumée verdâtre que Dumbledore entreprit aussitôt d'étudier. Harry observa lui aussi le phénomène, mais comme il ne connaissait pas le fonctionnement de cet accessoire, il ne pouvait que faire des hypothèses hasardeuses. Et il n'allait pas demander au directeur, car il savait parfaitement qu'il n'obtiendrait aucune réponse. En tout cas, aucune qui fût intellectuellement satisfaisante. La fumée s'épaissit et s'enroula sur elle-même, puis forma la tête d'un serpent, la gueule ouverte pour mordre. Harry se pencha pour voir l'apparition plus en détail. Elle ressemblait très fortement à Nagini. Il s'apprêtait à poser quand même une question, mais le vieux sorcier ne leva même pas le nez à son approche. Ravalant quelques mots colorés qui lui traversaient l'esprit, le Serpentard recula son fauteuil de quelques pas et fit mine de se désintéresser de la chose.
- Naturellement, marmonna Dumbledore.
C'était comme s'il tendait un appât. Harry refusa d'y mordre.
- Mais séparés dans leur essence ?
Tout ce charabia paraissait très clair au vieil homme, mais le garçon n'y entendait goutte et commençait à trouver le temps long. Et si Arthur Weasley s'était vidé de son sang pendant que Dumbledore faisait sa petite alchimie ?
Le serpent se divisa en deux autres reptiles avant de s'évaporer sous le regard satisfait du directeur. L'objet s'immobilisa et Dumbledore alla le reposer délicatement sur son étagère, toujours sans accorder la moindre attention à son « invité ». Il revenait vers son fauteuil quand feu Mr Everard refit son apparition dans son cadre, essoufflé (ce qui était étrange pour une peinture qui n'avait pas besoin de respirer).
- Albus ?
- Quelles sont les nouvelles ?
- J'ai crié jusqu'à ce que quelqu'un vienne, expliqua Everard, qui s'éventait avec le rideau décorant son portrait. Ce devait être un des gardiens de nuit. Je lui ai dit que j'avais vu bouger quelque chose au bas des escaliers. Il était un peu sceptique, mais il est allé chercher un collègue et ils sont allés inspecter. J'ai dû attendre qu'ils remontent, puisqu'il n'y a pas de tableaux en bas, mais je peux vous dire que ce n'était pas joli à voir. Le pauvre homme avait du sang partout. Mais je puis vous assurer qu'il était encore en vie.
- Bien. Je pense que Dilys les aura vus arriver, elle ne devrait plus tarder.
La conversation fut interrompue par l'arrivée des quatre Weasley, plus morts que vifs, se demandant quelle boulette ils avaient bien pu commettre pour être ainsi convoqués au beau milieu de la nuit. McGonagall leur invoqua quelques chaises et Dumbledore les mit rapidement au courant de la situation. Ils devinrent tous encore un peu plus pâles, si c'était possible. Leur directrice quitta le bureau avec l'intention de trouver Rogue pour monter un mensonge convenable pour expliquer l'absence soudaine du quatuor. Dumbledore lui garantit que Fumseck se chargerait de prévenir Molly Weasley, et elle partit plus tranquille. Harry évitait de les regarder en songeant à l'épouvantard prophétique apparu à Grimmauld Place, ce visage blafard, et tout ce sang...
Dilys revint sur ces entrefaites.
- Emmené à Sainte-Mangouste, lança-t-elle en regagnant son cadre. Pas joli à voir, mais pas désespéré, qu'ils ont dit.
Ce rapport succin ne pouvait évidemment rassurer la fratrie Weasley, dont les membres évitaient de se regarder en se concentrant, l'un sur les tableaux, l'autre sur le tapis... Ils n'osaient pas poser la question qui leur brûlait les lèvres. Enfin, Dumbledore voulut bien se tourner vers eux.
- Jeune gens, vous allez devoir quitter l'école en toute discrétion. Il sera annoncé demain matin que votre père a eu un accident et que vous êtes partis à la première heure pour être à ses côtés, ce qui ne sera, somme toute, qu'un demi-mensonge.
- Parce qu'on ne vous autorisera pas à rester à ses côtés, songea Harry. Des fois qu'il pourrait parler et dire des choses que vous ne devez pas entendre.
- Harry vous accompagnera.
Il alla fouiller dans une armoire et revint avec une vieille bouilloire fatiguée à la main. Il la posa doucement sur son bureau puis pointa sa baguette dessus.
- Portus !
L'ustensile s'illumina de bleu, puis reprit son aspect normal. Dumbledore repartit à nouveau, cette fois vers le portrait d'un sorcier en robe verte brodée d'argent, aux cheveux noirs et à la barbiche en pointe, à la mode des Cavaliers de la guerre civile.
- Phineas.
La peinture ne réagit pas et continua à dormir. Sa poitrine s'élevait et s'abaissait si régulièrement que Harry doutât un instant que ce fût de la simulation. Le directeur connaissait mieux son prédécesseur, car il insista, et certains portraits se joignirent à l'appel, si bien que le nommé Phineas finit par ouvrir les yeux, quoiqu'à contrecœur. Ses yeux noirs firent le tour de la pièce et Harry aurait juré qu'il lui avait souri.
- J'ai besoin que vous vous rendiez dans votre autre portrait, annonça Dumbledore. J'ai un message à transmettre.
- Pourquoi n'utilisez-vous pas le réseau cheminette ou votre oiseau de compagnie ? dit Phineas d'une voix flûtée. La dernière fois que je suis passé là-bas, mon cher descendant m'a traité de tous les noms avant de me laisser ouvrir la bouche.
- C'est de l'insubordination ! brailla une peinture de sorcier bien en chair au nez bourgeonnant. Un manquement à notre devoir !
- Nous devons nous mettre au service de l'actuel directeur, renchérit le portrait d'Armando Dippet, c'est l'honneur qui nous le commande. Honte à vous, Phineas !
- Et aucune honte de votre part, riposta le Serpentard, à jouer les valets de l'homme qui vous a poussé vers la sortie. Mais, reprit-il avant qu'aucun confrère n'ait eu le temps de relever, je vois là des petites mines bien inquiètes, et je suppose que la commission est avant tout pour eux, c'est cela ?
- Oui. Allez voir Sirius et dites-lui qu'Arthur Weasley a été blessé, que sa femme et ses enfants, ainsi que Harry Potter, vont arriver chez lui. Vous avez compris ?
- Tout à fait, dit Phineas sans enthousiasme. Dites-moi, lança-t-il juste avant de filer, ça devient dangereux, de travailler pour vous.
- Nous allons attendre qu'il revienne avec la réponse, dit Dumbledore sans commenter la pique du directeur défunt. Je veux m'assurer que la voie est libre avant de vous envoyer sur place.
Une plume d'or apparut soudain en l'air et tomba doucement sur le bureau.
- Ah... un avertissement... le professeur Ombrage doit être réveillée. J'espère que Minerva trouvera de quoi l'occuper assez longtemps.
Il y eut un silence de quelques minutes avant que Phineas ne revînt s'asseoir.
- Il dit qu'il sera ravi de les accueillir. Prenez juste ça pour une formule de politesse, et non une vérité objective. Il est d'une humeur affreuse et j'ai dû crier pendant dix minutes avant qu'il n'émerge du brouillard de tout ce qu'il a consommé récemment, grogna le sorcier en vert.
Harry l'entendit marmonner quelque chose comme « … détruit tout ce qu'il touche... » avant que Dumbledore ne fît signe aux cinq élèves présents de s'approcher du portoloin.
- Vous en avez tous utilisé, n'est-ce pas ?
Sur leur réponse affirmative, il commença le décompte.
- Alors attention, à trois... Un... Deux...
Juste avant que le « Trois » ne fut prononcé, Harry parvint enfin à accrocher le regard si fuyant du directeur. Sa cicatrice brûla de nouveau comme si on la passait au fer rouge et il sentit l'envie monter en lui. L'envie de mordre, d'arracher la chair de sur les os de son ennemi...
- … Trois.
La main de Harry se retrouva soudain plaquée sur le métal de la bouilloire et le monde disparut dans un tourbillon. Ballotté de gauche et de droite, se cognant à ses voisins, il eut tout juste le temps de remarquer que leur allure ralentissait avant que ses pieds ne heurtassent le sol. La bouilloire tomba par terre dans un grand fracas de ferraille.
# #
- De retour, les sales petits traîtres à leur sang. Est-il que vrai que leur père amoureux des Moldus est à l'agonie ?
- DEHORS ! beugla une voix que Harry n'avait pas précisément envie d'entendre en ce moment.
Il se releva pour découvrir le décor de la cuisine de Grimmauld Place. Il lui sembla que les meubles et les cuivres avaient été astiqués plus que de coutume, et que les murs étaient aussi plus clairs, mais il n'eut guère le loisir de s'étendre sur son environnement.
Une chandelle sur la table éclairait les restes d'un repas, et l'unique occupant humain des lieux avait visiblement dîné seul. Sirius finit de mettre l'elfe de maison Kreattur à la porte de la pièce avant de revenir au quintette. Ses habits étaient fripés, sa barbe datait de plusieurs jours et il dégageait une odeur d'alcool renfermé qui rappelait fâcheusement Mondingus Fletcher.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il depuis le seuil de la cuisine. Ce gredin de Phineas a dit qu'Arthur était grièvement blessé.
- Ça, il faut demander à Harry, indiqua Fred.
Était-ce un effet de son imagination, ou l'ami Fred avait un ton assez accusateur en disant cela ?
A présent, tout le monde le regardait.
- J'ai eu... une espèce de... vision, expliqua lentement Harry.
Les Weasley n'avaient pas entendu sa première version de l'histoire, il pouvait donc modifier un peu la réalité pour s'éviter d'autres soupçons. Il raconta les faits en se présentant comme un observateur extérieur. En aucune façon il ne laissa entendre qu'il s'était trouvé à la place du serpent. Après avoir fini, Harry se dit qu'il avait bien fait d'agir de la sorte, car les jumeaux le dévisageaient toujours avec une insistance désagréable. Ginny était trop nerveuse pour cela, mais Sirius, par contre, regardait bizarrement son filleul. Ron rompit heureusement cet instant pesant.
- Maman est là ?
- Pas encore, répondit Sirius en regagnant le banc près de la table. Elle ne doit pas être au courant. Le plus important était de vous éloigner d'Ombrage sans déclencher d'alerte. Dumbledore ne devrait pas tarder à la prévenir.
- Il faut qu'on prenne des nouvelles de papa, décréta fermement Fred. Vous pouvez nous prêter des capes ?
- Il est hors de question que vous vous précipitiez à Sainte-Mangouste maintenant, répliqua Sirius. Comment allez-vous expliquer que vous êtes au courant de sa blessure alors que l'hôpital n'a même pas prévenu votre mère ?
Harry dut reconnaître que, pour une fois, son parrain réfléchissait plus vite que la moyenne des Gryffondor. La présence des enfants Weasley serait en effet des plus surprenantes, et risquait de compromettre le relatif secret qui entourait les activités de l'ordre.
- Je ne vois pas en quoi c'est important, disait George.
- C'est important parce qu'il ne faut surtout pas que l'on sache que Harry peut voir des choses qui se déroulent à des centaines de kilomètres de lui ! Avez-vous idée de ce que le ministère ferait avec de telles informations ?
Sûrement rien de bon, connaissant Fudge et la clique qui l'entourait.
Mais les deux autres garçons s'en souciaient comme d'une guigne. Ron les observait d'un air perplexe, mais ne prenait pas leur parti.
- Quelqu'un d'autre aurait pu nous prévenir, voulut argumenter Fred.
- Qui ? finit par intervenir Harry. On va déjà se poser des questions sur la présence de votre père à une heure pareille au dép... au ministère, si en plus Fudge apprend que Dumbledore a quelque chose à voir là-dedans, vous pouvez être sûr que votre père sera viré dans l'heure qui suit, malade ou pas.
- Il a raison, renchérit Sirius, cela pourrait menacer l'ordre...
- On s'en fiche complètement, de votre idiotie d'Ordre du Phénix ! aboya George. Papa est blessé, et c'est tout ce qui compte !
- Votre père savait à quoi il s'exposait, pas vous ! Il ne vous remerciera sûrement pas de compliquer les choses ! Ce n'est vraiment pas demain la veille qu'on vous laissera rejoindre les membres actifs ! Vous n'y comprenez rien ! Vous vous fichez totalement de la cause que nous défendons !
- Que NOUS défendons ? Ça vous va bien, de dire ça, on ne peut pas dire que vous participez beaucoup ! rétorqua George en hurlant.
- Vous non plus, dit Ron d'une voix atone. Maintenant, fermez-la, tous autant que vous êtes. On va attendre les nouvelles.
Harry lui fut reconnaissant de son intervention. Elle avait sans doute évité un esclandre, et sans doute aussi que les jumeaux reçussent la paire de claques qui leur avait tant manqué depuis leur petite enfance.
Les deux garçons allèrent s'asseoir le plus loin possible de Sirius, tandis que Harry et Ginny s'installaient aux côtés de Ron. Tout le monde s'enferma dans un silence buté. Puis Sirius tenta d'alléger l'atmosphère en proposant des bièraubeurres, qui furent acceptées sans un mot. En les voyant quitter le garde-manger, Harry se rappela soudain qu'il avait laissé Salazar à Poudlard. Misère ! Sans la statuette espionne, il allait se trouver bien dépourvu. Nul doute que le petit bonhomme apprendrait des choses passionnantes en restant à l'école, mais le garçon aurait préféré l'avoir sous la main. Qui pourrait le conseiller, à propos du serpent ? Comment cet étrange phénomène avait-il pu se produire ? Il était entrain de somnoler dans le couloir désaffecté quand tout cela était arrivé, pas à rôder dans les couloirs du ministère. Il secoua la tête ; il n'y comprenait décidément rien, et à moins que Dumbledore fût victime d'une soudaine crise de sincérité, il n'aurait sans doute jamais le fin mot de l'histoire. Il se souvenait parfaitement avoir eu envie de mordre le vieux sorcier dans son bureau, mais était incapable de dire si ce désir venait de lui ou du serpent. Cela faisait si longtemps qu'il souhaitait attraper le directeur par le col de sa robe et le secouer comme un prunier pour l'obliger à répondre à ses questions...
Ses réflexions furent interrompues quand une flamme rouge et or illumina la pièce, puis s'éteignit en laissant derrière elle un parchemin et une plume dorée.
- Fumseck nous envoie un message, s'exclama Sirius avec satisfaction. Hum... ce n'est pas l'écriture d'Albus. C'est sûrement Molly. Tiens, fit-il en tendant la lettre à Ginny.
- Alors... Elle dit que Papa est vivant, et qu'elle part tout de suite à Sainte-Mangouste. Elle nous enverra plus de nouvelles dès qu'elle aura vu les médicomages.
Ron laissa échapper un soupir de soulagement.
- Vivant... dit George, l'air éteint. Comme s'il avait échappé...
A une mort à peu près certaine, songea Harry. Il ne savait pas ce que valaient les mages guérisseurs de Sainte-Mangouste, mais il espérait sincèrement qu'ils étaient à la hauteur de leur réputation, sans quoi... Il préféra ne pas y penser. Contrairement au quatuor assemblé dans la cuisine, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il avait perdu. Ses souvenirs étaient trop lointains. Les Weasley, eux, sauraient pertinemment qu'ils auraient perdu un père certes un peu trop coulant avec ses enfants, mais attentionné, gentil, fier d'eux... Est-ce que mon père serait fier de me voir là où je suis ?
Rien de moins sûr.
# #
Les heures passèrent, les unes après les autres. Lentement. Très lentement. Aucun nouveau message ne vint troubler la quiétude étouffante de Grimmauld Place. Les jumeaux finirent par sombrer dans le sommeil, Ginny alla s'étendre devant la cheminée, Ron glissa petit à petit sur le banc jusqu'à avoir la tête posée sur la table.
# #
Une horloge sonna dix heures quelque part dans la maison. Harry grogna. Le soupirail qui s'ouvrait à l'autre bout de la cuisine laissait passer un pinceau de lumière entre toutes ses couches de grillages. Dix heures du matin, donc... Et toujours rien. Une demi-heure plus tard, la porte de la cuisine s'ouvrit pour laisser passer Molly Weasley. Elle était très pâle et d'énormes cernes bleuâtres s'étalaient sous ses yeux. Elle parvint à produire un sourire de mauvais acabit pour les garçons encore éveillés.
- Il va s'en sortir, annonça-t-elle en tombant sur une chaise. Il dort encore, nous irons le voir un peu plus tard. Bill a pris sa journée pour rester avec lui.
Un long soupir de soulagement s'échappa de plusieurs poitrines.
- Petit déjeuner pour tous ! dit gaiement Sirius... qui appela aussitôt Kreattur.
Mais l'elfe de maison ne se présenta pas.
- Tant pis pour lui, grommela Sirius.
Il compta rapidement les convives et alla chercher des œufs, des toasts, du bacon, du beurre et du thé en quantité suffisante, tandis que Ron mettait une casserole sur le feu, sous les regards narquois de ses frères. Harry se demanda bien ce qui pouvait être là sujet à moquerie. Lui-même sortit les couverts, mais il n'eut pas le temps de les poser que Mrs Weasley le serrait dans ses bras à l'étouffer, le noyant sous les remerciements. Il n'était pas certain de mériter cette gratitude, en tout cas pas tant qu'il n'aurait pas éclairci ce qui s'était réellement passé la veille. Néanmoins, il parvint à lui échapper et se concentra sur les cuillères et les soucoupes. Elle l'abandonna vite pour se tourner vers Sirius et le remercier d'avoir accueilli ses enfants pendant la nuit. Sirius répondit avec un grand sourire – un peu forcé – qu'il avait été très heureux de rendre service, et que la fratrie était la bienvenue chez lui.
- Ooh, merci, s'extasia Molly. Cela veut dire que nous allons sans doute rester ici pour Noël...
- Tant mieux ! Plus on est de fous plus on rit !
Sirius en faisait trop, bien sûr. Il ne voulait pas voir plus de gens dans sa maison, il voulait en sortir. Harry hésita à lui parler de sa « vision ». Il savait que Sirius le soupçonnait d'être « Serpentard jusqu'à la moelle » (encore que Harry eût bien voulu savoir où était le mal en cela), et parler de serpents et de choses de ce genre à son parrain... Il craignait aussi que leur conversation ne fût répétée à Dumbledore. Plus le temps passait, moins il faisait confiance au directeur. Il en parlerait à Rogue dès qu'il en aurait l'occasion. Le professeur de potions ne lui avait jamais menti jusque-là, et répondu toujours directement à ses questions. Mieux valait emprunter ce biais-là pour savoir de quoi il retournait. Aussi se contenta-t-il de prendre son petit déjeuner avant de monter au premier pour dormir un peu.
Malheureusement, l'idée que le serpent pouvait revenir en profitant de son sommeil l'empêcha de se reposer, et il ne dormit en tout et pour tout qu'une pauvre petite heure.
# #
Les bagages des élèves fugueurs arrivèrent à Grimmauld Place en milieu d'après-midi. Molly ordonna à toute la nichée de s'habiller en Moldus pour se rendre à Sainte-Mangouste. Des jeans et des pulls volèrent à travers le couloir lorsqu'on se rendit compte que quiconque avait fait les valises avait aussi mélange les affaires. Ginny récupéra en toute hâte un sac apparemment rempli de livres, qu'elle fourra au fond de sa malle sans un mot. Harry avait échappé à ce problème, étant le seul à loger dans les quartiers de Serpentard. Il sut immédiatement que sa valise avait été faite soit par Sarah, soit par Blaise, car il y retrouva une certaine statuette, qu'il glissa entre deux coussins, faute de pouvoir la dissimuler dans la cuisine pour le moment.
- Grnfff, c'est pas une façon de traiter les gens, ça, ronchonna la voix étouffée de Salazar.
En descendant dans le hall d'entée, Harry trouva tout le monde entrain de s'extasier – avec force moqueries – sur le chapeau melon de Maugrey, seul moyen qu'il avait trouvé de dissimuler son œil magique.
- Dis, garçon, demanda le vieil Auror quand le tapage se fut un peu dissipé, c'est vrai que Tonks attirerait moins l'attention que moi ?
Les cheveux de la jeune femme étaient aujourd'hui du plus beau rose vif.
- Je crois. C'est plutôt tendance, en ce moment, chez les Moldus.
- Ah bon...
Il avait l'air tout désappointé. Tonks rectifia en déposant un baiser sur ses cheveux gris, et à la grande surprise de Harry, Alastor vira au rouge tomate. Puis sa jeune consœur posa quelques questions au garçon.
- Dis-moi, tu ne sais pas s'il y a eu des voyants dans ta famille ? lui demanda-t-elle tandis que toute la troupe se dirigeait vers la plus proche station de métro.
Pour Harry, un voyant, c'était quelqu'un du genre Trelawney. La comparaison ne lui paraissait pas du tout flatteuse et il le fit savoir, ce qui déclencha un rire joyeux chez sa voisine.
- Désolée, s'excusa-t-elle. En plus, c'est idiot, ce que je viens de dire, tu n'as pas fait de prédiction, tu as vu le présent. C'est vraiment curieux...
Elle passa le reste du trajet à cogiter. Ils descendirent dans le centre-ville, une curieuse petite troupe qui, cependant, n'attira pas l'attention outre mesure, exception faite d'un groupe de punks aux coiffures rouges et vert fluo qui saluèrent Tonks d'un
- Hey, sister !
qui la fit beaucoup rire et laissa les autres sorciers un peu interloqués. Pour créer une conversation et éviter les questions gênantes, Harry se tourna vers Maugrey pour lui demander où se trouvait l'hôpital.
- Pas loin.
Le groupe traversa une avenue brillante de guirlandes, encombrée d'une foule pressée de faire ses derniers achats de Noël. Maugrey saisit Harry sous le coude pour éviter d'être séparés dans la cohue. Son œil artificiel pivotait dans tous les sens.
- Je me demande à quel point c'est différent d'un hôpital moldu, musa Harry.
- Peux pas t'dire, répondit Maugrey en reniflant à cause du froid. J'ai jamais mis les pieds chez les médecins moldus. Il a été difficile de trouver un bon endroit. Des malades, ça ne se met pas sous terre, c'est pas terrible pour la santé. Et on manquait de place sur le Chemin de Traverse. En fin de compte, on a construit dans ce quartier. C't' assez discret.
Harry considéra en silence la jambe de bois et le nez arraché. Un bon chirurgien aurait sans doute pu rendre la mutilation moins... inconfortable et reconstituer au moins une partie de l'appendice manquant. Concernant la jambe, on avait, côté moldu, dépassé le stade du pilon de pirate depuis longtemps, et soigné par eux, Alastor aurait pu bénéficier d'un appareillage mieux adapté. Cependant, le garçon jugea plus sage de ne pas le mentionner.
Ils se faufilèrent encore quelques minutes à contre-courant entre les passants, puis Maugrey s'arrêta.
- Voilà, on est arrivé.
Harry faisait face à un grand bâtiment de briques rouges, autrefois occupé par un magasin de vêtements dont le nom était encore peint sur les vitrines : Purge & Pionce Ltd. Les quelques mannequins de plastique qui traînaient encore derrière les vitres avaient connus des jours meilleurs, la perruque mitée, la peinture écaillée... leurs habits étaient tristement démodés. Au moins quatre écriteaux indiquaient « Fermé pour rénovation », un état qui ne risquait pas de changer avant très, très longtemps...
Tonks poussa son monde vers la vitrine, puis se pencha vers un affreux épouvantail aux faux cils de travers, revêtu d'une robe de nylon vert tout aussi hideuse.
- Salut, on vient voir Arthur Weasley.
Après avoir joué à Max la Menace, on parlait aux pantins de plastique... Enfin, après tout, pourquoi pas ? Se dit Harry en voyant la poupée faire un petit signe à Tonks, qui entraîna Ginny avec elle, tandis que Molly faisait avancer les jumeaux. Alastor poussa Ron et Harry vers la vitre, qui se mua en un rideau d'eau fraîche pour les laisser passer.
Une fois franchi, les sorciers se retrouvèrent de nouveau bien secs et au chaud.
Les horribles mannequins de la vitrine ne devait être qu'un sortilège d'illusion particulièrement réussi, car à l'intérieur s'ouvrait un hall empli d'une foule de sorciers qui attendaient, assis ou debout, de passer devant une standardiste. Certains feuilletaient le journal, d'autres tentaient de dissimuler les appendices bizarres qui ornaient leur personne. Un tohu-bohu assourdissant régnait dans la place, entre les appels, les cris des enfants et les bruits peu communs émis par certains patients. Ici, une sorcière s'épongeait le visage et émettait des jets de vapeur sifflants par les oreilles et le nez. Un confrère tintait comme une cloche chaque fois qu'il bougeait la tête, et devait la maintenir par les oreilles pour l'empêcher de vibrer indéfiniment. Quelqu'un avait-il voulu faire la démonstration de son niveau d'intelligence ? Parmi cette affluence, on distinguait des robes vertes qui allaient et venaient en questionnant les malades. Leur emblème était un tibia croisé d'une baguette.
- Des médecins sorciers, nota Harry.
- Mais non, voyons, rien à voir avec ces médecins moldus qui ouvrent et scient les gens, le réprimanda Molly Weasley en frissonnant. Ce sont des guérisseurs. Bon, par ici.
Le petit groupe vint prendre place dans la queue qui s'allongeait devant un comptoir tenu par une petite sorcière blonde. Diverses affiches étaient accrochées autour d'elles, formulant des consignes et des slogans tels que LES ANTIDOTES NE SONT QUE DE LA CAMELOTE S'ILS NE SONT PAS APPROUVÉS PAR UN GUERISSEUR QUALIFIÉ ou DANS UN CHAUDRON PROPRE, LES POTIONS NE SE CHANGENT PAS EN POISONS. Rogue aurait approuvé celle-ci. Au-dessus de la porte principale, qui desservait le reste de l'établissement, était suspendu le portrait d'une sorcière aux boucles argentées : Dilys Derwent, guérisseuse à Sainte-Mangouste (1722-1741), directrice de Poudlard (1741-1768). Harry reconnut la Dilys que Dumbledore avait envoyée aux nouvelles quelques heures plus tôt. Le portrait parcourut rapidement le groupe des yeux avant de disparaître par un bord de son cadre.
Le premier patient à passer était un jeune sorcier qui dansait la gigue devant la standardiste en émettant des cris de douleur, et tâchant d'expliquer son problème.
- Ce sont – Aïe ! - ces chaussures que mon – Ouille ! - frère m'a offertes – Ouch ! - elles me dévorent – AAH ! - les pieds, elles sont sûrement ensor – IAH ! - celées, j'arrive pas à les – OUAH ! - retirer !
Harry se retint difficilement de rire. Le coup des punaises dans les souliers, revu et corrigé à la mode sorcière...
- Vous pouvez encore lire, je suppose ? hargna la demoiselle du comptoir en désignant un grand panneau. Vous devez monter au service de pathologie des sortilèges, quatrième étage. Vous avez un plan près de la porte. Au suivant.
Le malchanceux partit en quête d'un guérisseur en sautillant. Harry essuya ses lunettes et se pencha pour lire l'écriteau. Il était conçu de la même façon que celui d'un hôpital « classique », mais les rubriques en étaient bien plus originales.
ACCIDENTS MATERIELS Rez-de-chaussée
Explosions de chaudrons
dysfonctionnements de baguettes
chutes de balai, etc...
BLESSURES PAR CREATURES VIVANTES Premier étage
Morsures, piqûres, brûlures,
échardes, épines, etc...
VIRUS ET MICROBES MAGIQUES Deuxième étage
Maladies contagieuses (variole du dragon),
disparitions pathologiques, scrofulites, etc...
EMPOISONNEMENTS PAR POTIONS ET PLANTES Troisième étage
Urticaires, régurgitations,
fous rires incontrôlables, etc...
PATHOLOGIE DES SORTILEGES Quatrième étage
Maléfices chroniques,
ensorcellements,
détournements de charmes, etc...
SALON DE THE / BOUTIQUE DE L'HÔPITAL Cinquième étage
Si vous ne savez pas où aller, si vous êtes incapable de vous exprimer normalement ou de vous rappeler pourquoi vous êtes ici, notre sorcière d'accueil sera heureuse de vous aider.
Harry commençait à comprendre pourquoi la petite femme se montrait si hargneuse. Être confrontée toute la journée à des gens partiellement métamorphosés, grognant, bavant ou de mauvais poil (au propre comme au figuré) demandant des trésors de patience.
Devant eux, un très vieil homme tenant un cornet dans l'une de ses oreilles demanda à voir Broderick Moroz.
- Salle 49, répondit la jeune femme, mais vous perdez sans doute votre temps. Son cerveau est dans un sale état, et il se prend toujours pour une théière. Suivant !
Un sorcier avec des cernes énormes sous les yeux arriva en tenant une petite fille par la cheville. L'enfant flottait en l'air, soutenue par deux ailes blanches et duveteuses, d'une envergure suffisante pour le poids de leur porteuse. La fillette était vêtue d'une barboteuse et n'évoquait rien de moins qu'un petit ange.
- Quatrième étage, indiqua la standardiste d'un ton las.
Puis ce fut le tour de Molly Weasley.
- Bonjour, mon mari Arthur Weasley devait être transféré ce matin dans une nouvelle salle. Pourriez-vous...
- Oui, oui. Arthur Weasley... Oui... Premier étage, salle Dai Llewellyn.
- Merci. En route, vous autres.
Ils franchirent la porte ornée du portait de Dilys et traversèrent un couloir lui aussi décoré de tableaux figurant des guérisseurs fameux. Comme à Poudlard, la plupart somnolaient paisiblement. L'éclairage, plus sûr que les torches de l'école (elles devaient être là en partie pour l'ambiance), consistait en une série de globes de cristal à facettes remplis de bougies (il ne fallait pas être trop moderne, tout de même). Les maladies traitées dans ce secteur étaient vraiment étranges. Harry se demanda quelle infection pouvait bien générer le gaz jaune et puant qu'ils croisèrent en route, ou les gémissements douloureux qui provenaient d'une des chambres. Une volée de marches plus haut, ils dénichèrent la salle Dai Llewellyn, réservée aux cas de morsures graves. Les patients, d'après le carton glissé dans un petit cadre de cuivre, étaient aux bons soins d'Hippocrate Smethwyck et de son assistant-stagiaire Augustus Pye.
Tonks et Fol Œil décidèrent, par discrétion, de rester dans le couloir le temps que la famille allât prendre des nouvelles du blessé. Harry se dit que cette disposition était bien vue. Ainsi, les deux aurors pourraient parler avec Arthur plus tard, hors de la présence des « petits ».
Il trouva également, une fois entré dans la pièce, qu'elle faisait plus penser à une cellule de monastère ou de prison qu'à une chambre d'hôpital. Une unique fenêtre, étroite et ouverte très haut dans le mur, laissait passer un maigre rayon de soleil, les boiseries des murs étaient noircies par l'âge et pour toute compagnie, les patients avaient le portrait d'Urquhart Rackharrow (1612 – 1697), inventeur du maléfice de videntrailles. Harry souhaita sincèrement que ce type à l'air franchement patibulaire n'eût aucun lien de parenté avec Philip Urquhart, et se demanda pourquoi l'inventeur d'un maléfice avait droit à un tableau dans un hôpital.
Arthur Weasley se trouvait tout au fond, sous la fenêtre, et lisait tranquillement la Gazette. Il paraissait, somme toute, en assez bonne forme, et leur sourit largement lorsqu'il s'aperçut de leur présence.
- Bonjour à tous ! fit-il gaiement en reposant son journal. Bill est parti tout à l'heure, il devait rentrer travailler, mais il m'a dit qu'il viendrait vous voir un peu plus tard.
- Comment ça va, Arthur ? s'enquit son épouse avec inquiétude.
- Mais très bien, répondit-il avec bonne humeur après qu'elle l'eût embrassé. Ils ont vraiment fait du bon travail. Le seul hic, c'est que je ne pourrai pas sortir tant que je garderait mes bandages, et ils ne veulent pas encore me les enlever.
- Pourquoi ? demanda aussitôt Fred.
- Il semblerait que quelque chose dans le venin du serpent empêche la cicatrisation. Mais les guérisseurs sont certains de trouver un antidote. Ils ont vu pire.
Il attrapa sa baguette pour ajouter trois chaises à celles qui étaient déjà alignées contre le mur.
- Je dois prendre une potion de régénération sanguine toutes les heures, mais c'est un moindre mal. Le pauvre homme là-bas, par contre...
Il désigna de la tête le lit d'en face, où un homme verdâtre et très maigre, fixait le plafond d'un air absent.
- Mordu par un loup-garou, c'est sans espoir...
- Mais, s'angoissa son épouse, ce n'est pas dangereux ? Il ne devrait pas être dans une chambre individuelle ?
- La pleine lune n'est pas pour tout de suite... Les guérisseurs veulent le convaincre qu'il arrivera à mener une vie normale, ou peu s'en faut. J'ai ajouté ma propre expérience dans ce domaine, mais... il m'a répondu que je prendrais une deuxième morsure si je ne me taisais pas tout de suite. La femme à côté de la porte refuse de dire ce qui l'a mordue, ce qui signifie qu'elle a une créature illégale chez elle, sans l'ombre d'un doute. L'odeur est affreuse quand ils changent les bandages, et j'ai vu qu'une bonne partie de sa jambe avait été arrachée.
- Dis, papa, interrompit George, tu vas nous raconter ce qui t'es vraiment arrivé ?
- Mais vous le savez déjà, répondit son père en souriant. J'avais trop travaillé, je me suis endormi au bureau, et quand je me suis réveillé, j'ai vu ce serpent géant...
- Le journal en parle ? demanda l'un des jumeaux.
- Mais non, bien sûr, grinça Mr Weasley. Le ministre ne veut surtout pas que l'on sache qu'un serpent venimeux a pu...
- Arthur... menaça Molly.
- A pu entrer et me... mordre.
Flagrant délit d'échec critique au jet de mensonge...
- Tu étais vraiment au bureau quand c'est arrivé ? insista Ginny.
- Allons, cessez un peu toutes ces questions, vous le fatiguez, coupa sa mère.
- Et j'ai aussi d'autres nouvelles à vous annoncer, ajouta Arthur en brandissant son journal. Vous vous souvenez de ces toilettes régurgitantes l'été dernier ? Eh bien, on a arrêté le responsable. Il s'appelle Willy Larebrouss, et un de ces maléfices lui est revenu à la figure. Vous imaginez ? Les toilettes lui ont explosé à la figure et la brigade d'intervention l'a retrouvé au milieu des débris, couvert de... enfin bref... Mais ce gredin a été libéré, voyez-vous ça ! Je suppose qu'il devait avoir quelques pièces d'or à dépenser.
- Dis, tu n'étais pas chargé de la garder ? reprit George, totalement imperméable aux tentatives de détourner la conversation. L'arme que Tu-sais-qui essaye de se procurer ?
- Tais-toi ! aboya sa mère.
- En tout cas, reprit Arthur en forçant sa voix, notre Larebrouss ne pourra pas s'en tirer, cette fois. Il a été pris sur le fait entrain de vendre des poignées de porte mordeuses à des Moldus, et on n'a pas pu l'arrêter avant qu'un de ses clients ait perdu deux doigts. Il est ici, pour lui faire repousser les os et modifier sa mémoire. Je me demande dans quelle salle il se trouve... conclut-il d'un air avide.
- Dis Harry, Tu-sais-qui a bien un serpent géant comme animal de compagnie ? susurra Ginny tout en gardant un œil sur ses parents. Tu l'as vu ?
- Bien sûr, approuva Harry. Elle s'appelle Nagini.
- Ça suffit ! s'emporta Molly. Tout le monde dehors, Tonks et Maugrey veulent te parler, Arthur. Allez, ouste !
Ils obéirent, mais à peine la porte fut-elle refermée que les jumeaux sortirent de leur poche de longues ficelles couleur chair qu'ils distribuèrent à la ronde.
- Je suis sûr que Sainte-Mangouste n'a pas pensé à rendre ses portes imperméables à l'écoute...
Une extrémité dans une oreille et l'autre glissée sous le battant, les cinq complices écoutèrent avec attention.
- … ils ont fouillé toute la zone, disait Tonks, mais ils n'ont pas remis la main sur le serpent. Il s'est volatilisé juste après t'avoir mordu. Tu-sais-qui ne pensait quand même pas faire entrer un serpent au département des Mystères, non ?
- Il devait simplement servir d'éclaireur, coupa Maugrey. Il vaut mieux avoir une vision claire du chemin à suivre avant de s'aventurer là-bas. Si Arthur n'avait pas été là, le serpent aurait eu tout son temps pour inspecter les sécurités. Potter dit qu'il a tout vu ?
- Oui, dit Molly, hésitante. Dumbledore semblait s'attendre à ce qu'il ait ce genre de visions.
- Ben voyons, marmonna Harry. Et bien sûr, pas question de me tenir au courant.
- Il avait aussi l'air de s'inquiéter.
- Ce serait une première, commenta Ginny à voix basse.
- Évidemment qu'il s'inquiète, gronda Maugrey. Potter voit des choses à l'intérieur même du serpent. Naturellement, Potter ne se rend pas compte de ce que cela signifie, mais si Vous-savez-qui a pris possession de lui...
Harry eut un haut-le-cœur et fut tenté de ne plus rien écouter. Mais il lui fallait ces informations.
- Impossible, dit Tonks. Ça ne correspond pas du tout aux critères de la possession, cette affaire. On n'a pas retrouvé Potter errant dans les couloirs comme un inferius, et incapable de se souvenir de ce qu'il avait fait. C'est forcément autre chose. Et puis si c'était vraiment ça, pourquoi Dumbledore aurait-il pris le risque de l'emmener au QG ? Tu-sais-qui aurait accès à tous les petits secrets de l'ordre. Alors soit Dumbledore n'a pas de suite dans les idées, soit il fait de la rétention d'information.
- Pshh ! Quelqu'un se rapproche de la porte ! siffla Fred. Retrait général !
Quand Molly ressortit de la chambre, ils étaient tous sagement alignés sous une fenêtre, l'air parfaitement innocent. Harry nota toutefois mentalement qu'il lui faudrait se renseigner sur la signification de « inferius »…
