Chapitre 23 : Noël dans la Salle Spéciale

Durant tout le trajet de retour, Harry rumina ce qu'il avait entendu. Cela expliquait le comportement étrange de Dumbledore à son égard. Pensait-il voir soudain l'apprenti sorcier se transformer en une copie de l'ennemi, comme Quirrell ? Il frissonnait de dégoût à l'idée que Voldemort pût avoir accès à ses pensées. Il l'avait déjà fait trois ans auparavant, par l'intermédiaire de son maudit journal... Harry serait-il l'arme nouvelle que le mage noir désirait s'approprier, une taupe inconsciente de son propre rôle au sein de l'Ordre du Phénix ? Cette pensée lui donnait le vertige, et il se recroquevilla sur son siège, sans oser adresser la parole à personne. Peut-être était-ce aussi pour cela que le vieux directeur le faisait surveiller ? Pour éviter qu'il ne causât de désastre du genre de la nuit précédente.

- Harry, tu vas bien ? s'inquiéta Molly Weasley. Tu es tout pâle. J'espère que tu n'as rien attrapé pendant la visite.

Ron leva les yeux au ciel. Harry secoua la tête et fit signe que tout allait bien. Il garda encore le silence jusqu'à leur arrivée à Grimmauld Place. Mrs Weasley lui proposa alors d'aller faire une petite sieste avant le dîner. C'était parfait. Il allait pouvoir réfléchir tranquillement. Mais il avait oublié un petit détail. Deux, même.

Une fois enfermé dans sa chambre, Harry commença à marcher de long en large tout en étudiant son problème. Comment avait-il pu se retrouver dans le serpent ? Était-il devenu lui-même l'animal ? On devait quand même savoir lorsqu'on avait des dons d'animagus, non ? Ou alors ce talent appartenait à Voldemort, et comme leurs esprits se trouvaient, d'une façon ou d'une autre, liés, il le suivait dans sa métamorphose. Aurait-il pu être transporté à Londres ? Salazar n'avait pas mentionné la moindre disparition, la veille. Et puis comment réaliser un pareil tour ? Il aurait fallu une énergie, magique ou non, absolument énorme.

- Deux pence pour vos pensées ? demanda une voix.

- A mon avis, elles valent plus cher que ça, répondit une autre, un peu étouffée.

Harry sursauta violemment. Puis il se rappela que la statuette était toujours dissimulé sous un oreiller, et se hâta de la libérer.

- Pffui, souffla Salazar en revoyant la lumière du jour. Il était temps que tu me sortes de là, je m'ennuyais franchement, là-dessous. Si tu nous expliquais un peu ton problème, petit ?

- Nous ? répéta Harry.

Salazar désigna le mur derrière eux. Le garçon se retourna pour s'apercevoir que le cadre autrefois vide accroché sur le papier peint moisi accueillait désormais un visiteur connu. Phineas Nigellus s'inclina légèrement pour saluer ses voisins. Puis il s'assit posément dans le large fauteuil représenté en arrière plan.

- J'espère que vous n'avez pas l'intention de vous enfuir, dit Phineas d'un air sombre. Mon jeune crétin de descendant avait adopté la même attitude juste avant de quitter la maison.

- Non, non, protesta aussitôt Harry. Je ne faisais que réfléchir. Mais... Il y a tellement de trous dans ce que je sais que je n'arrive à rien.

- Nous allons tenter d'y remédier, l'assura Salazar. Allez, assieds-toi là et raconte-nous tout, d'accord?

Toujours un peu surpris de voir que ces deux-là étaient maintenant ensemble dans la confidence, Harry obéit au Fondateur et alla docilement s'installer sur son lit, posant la statuette contre les barreaux. Le bout de bois comme la peinture arboraient une expression soucieuse, qui ne fit que s'accroître quand le garçon leur narra ce qu'il avait découvert à l'hôpital.

- Ce qui me rassure, commenta Phineas après avoir tout entendu, c'est ce que dit la jeune demoiselle Tonks. Dumbledore n'est pas du genre à prendre de tels risques. Le jeune Jedusor ne doit sans doute pas avoir accès comme ça – il claqua des doigts – à votre esprit, sans quoi mon très cher successeur vous aurait renvoyé chez vos Moldus sans languir. D'ailleurs, il m'a envoyé ici pour vous transmettre un message.

- Je m'attends au pire, soupira Harry.

- Oh, il veut simplement que vous ne bougiez pas d'ici. Il semble s'attendre à ce que vous tentiez de déguerpir à la première occasion.

- Comme si c'était son genre, grinça l'homme de bois. Je t'assure, pour un serpent, il a des mâchoires à toute épreuve. Une fois qu'il les a crochées dans quelque chose, c'est rare qu'il lâche prise ensuite.

Harry sentit la colère monter en lui à l'énoncé de ce message laconique. Il se tourna vers Phineas, qui se tortillait la barbiche.

- Et c'est tout ? Rien d'autre, pas le moindre petit début d'explication sur ce qui m'arrive ? Non, des fois que ça m'aiderait à comprendre la situation...

Nigellus haussa largement les épaules.

- Hélas... Vous pensez bien que je ne peux guère l'influencer sur ce point. Mais je peux néanmoins vous apporter un peu d'aide, je crois. Dumbledore ne se méfie jamais assez des gens, même quand ils ne sont que pigments sur une toile. Il ne raconte pas tous les détails de ses plans lorsqu'il cogite dans son bureau, naturellement, mais il laisse parfois échapper quelques mots. Il a parlé d'un lien entre vous et le jeune Jedusor pour la première fois l'été dernier, juste après ce... malheur.

- C'est-à-dire après que Voldemort ait pris de mon sang pour se recréer un corps. J'en ai parlé au professeur Rogue...

- Excellente initiative, approuva Phineas.

- Et il a dit que c'était du domaine du possible. Qu'il y avait eu d'autres cas similaires. Mais alors, si c'est bien ça, comment je vais faire pour m'en débarrasser ? Il n'y a pas de moyen magique de séparer les globules rouges, chez les sorciers, je suppose ?

- Je ne sais pas trop ce qu'est un globule rouge, avoua Nigellus, mais si vous signifiez par là séparer des éléments du sang provenant d'une autre personne, non, je le regrette, il n'existe rien de tel.

- Bon... Vous pouvez dire à Dumbledore que, naturellement, je ne bougerai pas d'ici ?

- Mais bien entendu.

Et Phineas disparut de son cadre.

Harry remit Salazar à l'abri, après l'avoir amplement remercié de son aide. Il se sentait immensément fatigué. La situation avait tellement changé en quelques heures que cela en paraissait surnaturel. Il pensa d'abord essayer de ne pas dormir, mais se dit après coup qu'il finirait de toute façon par tomber de sommeil, alors autant s'accorder un peu de repos.

Cette fois, il vit une porte de métal noir au fond d'un couloir désert et mal éclairé. La porte était fermée, verrouillée, il ne pouvait l'ouvrir. Mais il lui fallait ce qui se trouvait derrière, à tout prix. Il devait connaître le futur...

# #

- Harry ? Maman dit que le dîner est prêt !

Connaître le futur ?

Harry se leva maladroitement. Salazar avait bien entendu, lorsqu'il espionnait Dumbledore. Voldemort voulait une prophétie le concernant, mais ne pouvait y accéder, c'était bien cela. Il avait envoyé Nagini pour tenter de repérer un accès praticable.

- Gnff... Ne m'oublie pas !

Le garçon prit la statuette et la fourra sous son pull, espérant disposer d'un peu de temps pour la dissimuler dans la cuisine. Par chance, il se retrouva de corvée pour mettre le couvert et profita de la distraction causée par Sirius, qui souhaitait apparemment créer une véritable ambiance de Noël en décorant à sa façon les murs de la pièce. Des boules rouge et or se matérialisèrent au plafond et pendant que ses hôtes détournaient le regard pour les observer, Harry casa la statuette dans un vaisselier, derrière une soupière qui n'était jamais utilisée. L'instant d'après, il prit sa place à table pour l'un des repas les plus silencieux qu'il eût jamais faits. Molly n'allait bien entendu rien dire de l'échange avec Maugrey à l'hôpital, et personne ne posait de questions pour éviter d'avoir l'air suspect.

Heureusement, une fois hors de vue et d'ouïe des adultes, les langues se délièrent.

- Donc Rogue avait sûrement raison quand il a dit que prendre ton sang avait créé un lien entre toi et Jedusor ? répéta Ron.

- Ouais. Salazar et Phineas Nigellus penchent dans ce sens. J'avais déjà eu un genre de rêve avant que ça n'arrive, précisa Harry, mais c'était très différent. Je ne tenais pas compagnie à ce vieux Tom dans son esprit.

- Voyons les choses d'un point de vue plus optimiste, dit le rouquin. Il s'est introduit un élément humain dans le corps, ça va peut-être le rendre plus facile à tuer, qu'est-ce que tu en penses ?

- Si seulement ça pouvait être vrai...

- En tout cas, Ginny est d'accord avec Tonks. Tu n'es sûrement pas possédé. Elle dit qu'elle est bien placée pour savoir comment ça fait, quand Tu-sais-qui s'installe dans ta tête pour te faire faire des choses sans même que tu t'en rendes compte, et que tu n'avais pas l'air de présenter les mêmes symptômes.

- Exact, admit Harry. On dirait que tout le monde a oublié cette affaire.

- Ouais, ben pas elle. Maintenant, va falloir s'attaquer au problème de cette prophétie. Tu paries combien qu'elle donne un moyen de se débarrasser de Jedusor et qu'il veut mettre la main dessus avant que quelqu'un ne l'entende ?

- Ça expliquait l'envie dévorante qu'il a de la posséder. Mais dans ce cas, il faudrait absolument que je puisse l'écouter aussi. Et je ne crois pas que j'aurais beaucoup plus de chances que lui de pouvoir entrer en douce au ministère. Ni aucun d'entre nous, en fait. Tonks et Kingsley risqueraient d'être virés s'ils se faisaient prendre.

- À sa place, je chercherais plutôt à la détruire, dans ce cas.

- Difficile à dire. D'un côté il veut vraiment en connaître le contenu, et je ne suis pas sûr qu'il puisse concevoir avoir une faiblesse. De l'autre, si j'avais un point faible, je chercherais à le connaître pour le corriger…

- Bah, conclut Ron en se laissant retomber sur son oreiller, on finira bien par trouver quelque chose. 'saye de bien dormir.

Cette nuit-là, aucun rêve étrange ne vint perturber le sommeil de Harry, ni porte, ni couloir, ni surtout serpent glissant sur la pierre.

# #

Le lendemain matin, les garçons furent réveillés en fanfare par Sirius qui chantait à pleine voix des chants de Noël. A peu près juste.

- Dommage, pourrais même pas demander aux jumeaux de faire pleuvoir sur sa tête, ronchonna Ron en s'extirpant de sous les couvertures.

Les garçons descendirent cahin-caha vers la cuisine pour prendre leur petit-déjeuner, et découvrirent au passage que Sirius avait décidé de décorer la maison pour célébrer les fêtes. Avoir un peu de compagnie le rendait tout d'un coup beaucoup plus joyeux. Ginny était déjà attablée en bas devant un bol de thé et des toasts. Elle fit un petit signe de tête à Ron, qui opina de la même façon. Le trio bavarda de tout et de rien en mangeant, puis remonta pour ranger les chambres.

- Ron t'a bien expliqué ce que je lui ai dit, pour la possession ? demanda Ginny une fois arrivés à l'étage.

- Oui, et ça me rassure un peu. Mais ça ne me dit toujours pas ce qui s'est réellement passé. Je sais qu'on ne peut pas transplaner dans Poudlard, donc je suis resté dans l'école... mais ces histoires d'esprits partagés me font perdre le peu de latin que j'ai. Phineas a promis d'essayer d'en apprendre plus en espionnant Dumbledore, mais il ne garantit pas de miracles. Et puis, comme me l'avait dit Rogue, on ne sait toujours pas si Voldemort est au courant.

- Fais-leur confiance, insista Ginny. Ça ne pourra t'apporter que du bon. En attendant, si nous allions ranger ces chambres, histoire de passer pour des enfants modèles, hein ?

- Espérons. C'est vraiment dérangeant, toutes ces émotions qui ne sont pas les miennes.

Ils travaillèrent une bonne partie de la journée à remettre la maison en état, et Ginny passa plus de temps qu'elle n'aurait dû à faire le ménage dans l'ancien jardin d'hiver de feue Mrs Black. Quand ils allèrent se coucher, Grimmauld Place croulait tant sous les décorations festives que l'endroit en était devenu méconnaissable. Chaque lustre avait été orné de guirlandes argent et or auxquelles pendaient des branches de houx. Fletcher avait trouvé on ne savait où un sapin de Noël, que Sirius avait placé juste devant la tapisserie généalogique avant de le couvrir de petites étoiles scintillantes et de neige magique, qui formait également des mini-congères le long des plinthes. Enfin, des bonnets de Père Noël avaient été enfoncés sur les têtes d'elfes du hall, dissimulant avantageusement les trophées empaillés. Quelqu'un avait tout de même trouvé le moyen de casser l'ambiance en jetant un sort à l'horloge du dernier étage. A chaque heure, au lieu de sonner, elle se lançait dans un chant sinistre qui se rapportait hélas trop bien à la situation actuelle.

Look to the sky

Way up on high

There in the night

Stars are now right

Eons have passed

Now then at last

Prison walls break

Old ones awake

They will return

Mankind will learn

New kinds of fear

When they are here

Lupin parvint à faire taire l'horloge chantante, mais son cantique détourné laissa un curieux arrière-goût.

# #

Au matin de Noël, les garçons s'éveillèrent pour découvrir une généreuse pile de cadeaux devant la vieille cheminée de la chambre.

- C'est sympa, cette boussole pour balai, commenta Ron, et Harry fut content de voir que cela lui plaisait. Nettement mieux que le... planning de devoirs que Granger m'a envoyé. Mais quelle horreur !

- C'est marrant, Sarah m'en a envoyé un aussi, sauf qu'il récapitule toutes les réunions à venir, et quelques mauvais coups à faire. Par exemple, elle suggère de récolter des fonds en démarrant une session de paris sur le sort du professeur de Défense.

- Des fonds pour quoi ? s'intéressa Ron.

- Ça, elle ne le précise pas, mais connaissant Sarah, elle saura forcément quoi faire avec l'argent. Crois-moi. Alors, sinon... Ginny m'a acheté un nouveau jeu de plumes, ça va effectivement être utile. Merci pour les dragées.

- Y'a pas de quoi. Tiens, c'est de Cobbyte. Ça s'appelle Tempête sur l'Échiquier. C'est quoi ?

- Je connais : c'est un jeu moldu qui s'utilise avec un échiquier et des cartes qui modifient les règles de façon assez loufoque. Et ça... Sirius et Lupin m'ont trouvé toute une série que la Défense appliquée. Wow, il y a des illustrations vraiment précises. Je crois que les cours de l'AP vont prendre du relief.

- Déjà qu'avec les sorts élémentaux de Sarah, on ne s'ennuyait pas...

CRAC !

Les jumeaux venaient d'apparaître au milieu de la chambre. Ils faisaient des progrès.

- Joyeux Noël ! Un conseil, attendez un peu avant de descendre.

- Pourquoi ?

- Comment dire ? Il y a eu comme un petit accrochage à Sainte-Mangouste hier soir... Bill est venu rendre visite à papa, expliqua l'un des jumeaux, et il a malheureusement choisi le même horaire que Percy.

- Voilà au moins une bonne nouvelle, commenta Harry. Percy s'est déplacé.

- Ouais. Apparemment, il avait même amené des bouquins moldus.

- C'est plutôt bon signe, approuva Ron.

- Seulement... Bill lui a sauté dessus en l'accusant de vouloir profiter de l'état de faiblesse de papa pour lui tirer les vers du nez. Percy a répondu que papa lui paraissait en assez bonne forme pour être capable de répondre pour lui-même et que Bill était encore plus parano que Maugrey. Et que tant qu'il y était, il pouvait toujours vérifier que les livres n'avaient pas été ensorcelés, on sait jamais...

- Pour une fois, je donnerais plutôt raison à Percy, pointa Harry.

- Ouais, opina Fred. Moi aussi, et ça n'arrive pas souvent. Il a eu le bon goût de se décoincer un peu, et Bill fiche tout par terre. Ce coup-ci, c'est certain qu'on ne va pas le revoir avant très, très longtemps. Il a renvoyé son pull sans un mot.

- Maintenant, Lupin essaye d'arranger les choses, mais je ne suis pas sûr qu'il arrive à un résultat convenable.

Les garçons attendirent environ un quart d'heure avant de descendre dans la cuisine. Ginny les attendait sur le palier.

- Salut ! Dites, vous avez fait des folies, cette année ! J'ai un ensemble de bijoux fantaisie, un livre, un parfum... Je vais finir par être à la mode, si vous continuez. Lupin vient de partir, poursuivit-elle, mais Sirius est toujours de mauvais poil, alors attention à ce que vous dites.

- Qu'est-ce qui se passe encore ? ronchonna Harry.

- Eh bien... il semblerait que Kreattur ait disparu. Sirius pense qu'il est caché quelque part dans un coin sombre, mais Lupin a peur qu'il n'ait quitté la maison. Je ne sais pas s'ils ont pensé à regarder dans le trou qu'il occupe sous la chaudière.

- Ben on n'a qu'à aller regarder tout de suite, proposa Ron.

Ils entrèrent en silence dans la cuisine et sans s'approcher de Mrs Weasley qui s'activait aux fourneaux en reniflant, le trio alla inspecter le local de la chaudière.

C'était l'endroit le plus répugnant de crasse qu'Harry eût jamais vu, et cela comprenait également la tanière du basilic. Le local était presque entièrement rempli par une énorme chaudière aux tuyaux de cuivre partiellement corrodés, ne laissant qu'un espace minuscule sous la cuve, où Kreattur avait aménagé une espèce de couchette repoussante, faite de tous les rebuts de chiffons qu'il avait pu ramasser dans la maison. L'odeur de l'elfe n'était déjà pas de plus agréables, mais jointe à celle des bouts de fromage moisis qui jonchaient le tissu, elle en devenait carrément nauséeuse. Dans un coin, Kreattur avait entassé quelques objets en argent sauvés du grand ménage et une photo de famille dont il avait maladroitement réparé le verre avec du ruban adhésif version sorcière. Parmi les personnages hautains qui observaient les intrus se trouvait Bellatrix Lestrange, qui avait l'air de s'ennuyer mortellement sur le cliché. En fait, en y regardant de plus près, Kreattur avait choisi les pires criminels de la famille.

- Quand je suis arrivé, l'autre jour, remarqua Harry, Sirius a hurlé « Dehors! » à Kreattur. Il a très bien pu prendre ça pour un ordre.

- Les elfes de maison peuvent quitter leur demeure ?

Ginny paraissait sceptique.

- Bien sûr. Dobby l'a fait il y a trois ans. Il n'arrêtait pas de se flanquer des coups sur la tête, mais il y est très bien arrivé.

- Sirius le sait ?

- Euh... oui, je crois. J'ai dû lui en parler.

- Eh bien j'espère qu'il ne l'a pas oublié, conclut sèchement la jeune fille. Ce serait très dommage.

Peu avant le déjeuner, du courrier parvint à Grimmauld Place. Il provenait de Sarah et Neville, qui l'avaient adressé à Poudlard, suivi assuré par McGonagall. Neville racontait comment il avait eu la bonne surprise de découvrir une nouvelle plante pour sa collection, de surcroît compatible avec l'orchidée de feu envoyée par Sarah pour son anniversaire. Hedera helix mobilis ignifugens, autrement dit, lierre commun mobile et fire-proof, ferait sans nul doute bon ménage avec la volcanique fleur tropicale. Harry s'amusa beaucoup en imaginant le pied de lierre se carapater sur ses petites racines au cas où sa voisine s'enflammerait de trop. Le courrier de Sarah était plus technique ; outre qu'elle confirmait être l'expéditrice du lierre, elle détaillait quelques idées pour les cours de magie élémentale au retour des vacances : sortilèges de bourrasque et génération de trous. Elle expliquait avec force détails ce dernier point, qui semblait directement inspiré d'un cartoon classique, puisqu'il s'agissait tout bonnement de faire apparaître un mini-précipice sous les pas d'une personne, dans un mur, un escalier... la victime finissant simplement à l'étage en dessous.

- Et quand il n'y en a pas ? s'inquiéta Ron.

Harry n'était pas sûr que Sarah se fût souciée de ce genre de détail. En revanche, elle avait fait de sérieux efforts pour amuser la galerie à Poudlard, et avait ajouté aux cadeaux de Pansy Parkinson un joli petit oreiller brodé qui ferait sans doute très plaisir à la demoiselle, mais qui lui attirerait sans doute nombre d'ennuis car l'article en question était mentionné dans le catalogue où Sarah l'avait découvert comme « cursed pillow of slumber ». Parkinson aurait bien du mal à se tirer du lit le matin...

Quelqu'un d'autre, la fine équipe l'apprit quelques minutes plus tard, avait décidé de rajouter quelques options à la liste des cadeaux piégés. McGonagall n'avait rien contre les boîtes de nourriture pour chat, ni contre les souris couineuses en caoutchouc, mais n'appréciait pas, néanmoins, de les retrouver enrubannées dans ses pantoufles en tartan.

- Ça sent Fred et George.

- Ou un prof.

- A TAABLE ! interrompit la voix de Molly Weasley.

# #

Après un déjeuner à base de dinde rôtie et de pommes sautées, tous les résidents de la maison partirent à Sainte-Mangouste, en compagnie de Maugrey, Lupin et Fletcher, lequel avait pour l'occasion « réquisitionné » une voiture moldue. A la surprise générale, il la conduisait fort bien, sans même l'assistance de sa baguette. Ginny parut impressionnée.

- Ben ouais, expliqua Fletcher. J'ai le permis de conduire, moi.

Les jumeaux et Maugrey le considérèrent soudain avec plus de respect.

Les Moldus de la capitale étant pour la plupart occupés à tester leurs cadeaux et passer une bonne journée en famille, le trajet prit peu de temps, et le groupe entra rapidement dans le grand hall de l'hôpital.

Les employés chargés de la décoration avaient vu les choses en grand, colorant les lustre en rouge et or, semant du houx et des étoiles scintillantes partout où c'était possible, sans compter les trois immenses sapins chargés de guirlandes qui ornaient les coins de la vaste salle. Peu de sorciers se trouvaient là, et seuls quelques malchanceux victimes de disputes autour du repas familial se présentaient pour recevoir des soins. Une querelle entre beaux-parents et enfants devait prendre une tournure assez intéressante avec l'emploi de la magie, jugea Harry.

Ils trouvèrent Arthur Weasley bien calé dans ses oreillers, ayant tout juste terminé ce qui paraissait un solide repas. En dépit de sa bonne mine, il semblait un peu inquiet.

- Comment vas-tu, Arthur ?

- Oh, très bien, très bien, assura-t-il d'un ton trop empressé. Quoique... Ça me chatouille assez désagréablement depuis ce matin. Tu n'aurais pas vu le guérisseur Smethwyck dans le secteur, à tout hasard ?

- Non... commença Molly, qui fut aussitôt coupée.

- Alors, dites-moi tous, qu'avez-vous reçu pour Noël ? Oh, merci Harry ! Un tournevis et des fusibles, c'est vraiment gentil de ta part.

Il déposa la boîte sur sa table de chevet, à côté de ce qui ressemblait beaucoup à un ensemble de livres moldus. Molly ne se satisfaisait pas du tout de ce qu'avait dit son époux, et elle se pencha pour examiner ses bandages.

- Ces pansements sont tout neufs, remarqua-t-elle d'un ton sec. Pourquoi les a-t-on changés aujourd'hui alors que ça devait être fait demain ?

- Eh bien... balbutia son mari. En fait... le guérisseur Pye a eu une idée. Comme aucun remède magique ne marche sur cette blessure, il a décidé d'utiliser des... méthodes alternatives...

Le pauvre homme n'eut pas le temps de finir, sa femme l'interrompit d'un grognement menaçant. Lupin et Maugrey se hâtèrent d'aller voir les autres malades, dont le loup-garou, et Ron tira ses frères, sœur et ami par la manche pour les entraîner hors de la chambre, peu désireux d'assister à une scène de ménage.

- Tu ne sais pas ce que sont des points de suture...

- Ça signifie, on dirait, que tu as essayé de te recoudre la peau, coupa sa femme sans lui laisser le temps d'en placer une.

Le groupe d'adolescents sortit à ce moment-là, et referma la porte, mais pas assez vite.

- COMMENT CA, C'EST L'IDÉE GÉNÉRALE ? hurla Molly.

Ils virent alors passer un guérisseur, qui entra dans la chambre en toute hâte.

- Madame, dit celui-ci, puis-je vous rappeler que vous vous trouvez dans un hôpital et qu'il s'y trouve des patients qui ont besoin de calme ? Merci de respecter leur tranquillité.

- Mais enfin, vous vous rendez compte qu'il a essayé de se recoudre la peau ? Il pousse l'amour des Moldus un peu loin, vous ne croyez pas ? C'est parfaitement stupide !

- Je ne crois pas, répondit sèchement le jeune homme. C'est moi qui ai suggéré d'utiliser cette technique.

Ron soupira.

- Paix à tes cendres, mon vieux.

Harry imaginait parfaitement Molly enfler comme un poisson-ballon et virer au rouge tomate.

- QU'EST-CE QUI VOUS EST PASSÉ PAR LA T...

- SI-LENCE ! Aucune méthode sorcière n'a donné de résultat sur cette blessure. Le venin du serpent dissout les fils, mais ce n'est pas grave, j'ai encore autre chose en réserve. Quelque chose me dit que ce poison ne viendra pas à bout des agrafes.

- C'est quoi, ça ? demanda Ginny.

- Même principe que la ficelle, sauf que ce sont des liens métalliques, expliqua Harry. Il a raison, ce Mr Pye. Il n'y a pas grand-chose qui puisse ronger de l'acier inoxydable.

- Eh bien voilà une nouvelle rassurante, commenta Fred. Dans ce cas, papa devrait bientôt être sur pied. Bon... je suggère que nous allions engloutir quelques litres de thé avec beaucoup de petits gâteaux pour fêter ça. En route !

La petite troupe chercha un moment l'escalier, puis commença son ascension vers le salon de thé de l'hôpital. Toutes les six marches environ, le portrait d'un guérisseur était accroché, et ne ménageait pas ses réflexion aux ados qui montaient. Chacun y allait de son diagnostic ou de son remède et Harry se crut transporté dans une pièce de théâtre moldue se déroulant pendant la Renaissance. Plus grave, certains partisans de la saignée à la mode sorcière avaient vécu au début du 19ème siècle, moment auquel leurs homologues non magiciens renonçaient à cette pratique dangereuse. Un de ces charlatans s'en prit à Ron en le déclarant atteint d'éclabouille.

- Et c'est quoi ? demanda Ron d'un ton hargneux, pourchassé d'un cadre à l'autre par le sorcier soucieux de confirmer son hypothèse.

- Il s'agit, cher monsieur, d'une très grave affection de la peau qui vous laissera le teint grêlé et un visage plus abominable encore qu'aujourd'hui !

- Oui, ça s'appelle la variole, et ça n'existe plus, se moqua Harry.

- Abominable ? s'étrangla Ron.

- Là, il exagère, tout de même, pointa George. Notre Ronnykins n'est pas un canon de la beauté moderne, mais que je sache, il n'a encore donné de cauchemars à personne.

- Le seul remède, poursuivait le sorcier imperturbable, est de vous attacher un foie de crapaud autour de la gorge et de vous plonger nu dans un tonneau d'yeux d'anguille à la pleine lune.

- Beerk ! laissa échapper Ginny. C'est répugnant.

Ils se débarrassèrent de l'importun en franchissant la porte d'un palier, mais se rendirent vite compte qu'ils s'étaient trompés d'étage en se retrouvant face à un patient.

L'homme avait des cheveux blonds soigneusement ondulés, des yeux bleus brillants et un sourire étincelant sans amitié. Il portait une robe de chambre lilas ornée de pompons, qui rappela aussitôt de mauvais souvenirs à tous les apprentis sorciers.

- Oh non, c'est pas vrai... souffla Ginny.

- J'y crois pas... Gilderoy Lockhart... renchérit Fred.

- Bonjour, leur lança gaiement Lockhart. Vous voulez mon autographe ?

- On dirait que la mémoire est entrain de lui revenir, grommela Ron. Comment allez-vous ? reprit-il d'une voix plus normale et un sourire contraint.

- Très bien, merci, répondit Lockhart avec un bonheur évident, tout en brandissant une vieille plume de paon. Combien d'autographes voulez-vous ? Un chacun ? Je peux attacher mes lettres entre elles, maintenant, vous savez ?

- Finalement, ce coup sur la tête était assez réussi, approuva George dans un ricanement.

- Nous n'avons pas besoin d'autographes, dit Ron avec un rien de sécheresse.

Lockhart les observa un moment, et son sourire vacilla comme la flamme d'une bougie.

- Je vous ai déjà vus, non ?

- En effet, répondit Harry avec un air carnassier. Nous vous avons rencontré à un spectacle, vous vous souvenez ? Vous interprétiez le rôle principal dans le Lac des Cygnes.

- Oh, c'est vrai ? Ce devait être quelque chose de magnifique ! Je vais vraiment vous signer ces autographes ; si je suis un artiste, c'est obligé.

Par chance, une guérisseuse fit alors son apparition et leur évita l'infamie. Elle réprimanda Lockhart comme si c'était un petit garçon, puis le ramena vers sa chambre. Curieux de voir à quel point leur ancien professeur en était vraiment, ils la suivirent. Tout en marchant, elle parlait à son patient en utilisant le vocabulaire ordinairement employé face à un bébé et déplorait son manque de coordination et la destruction de ses souvenirs. Cependant, quand elle les remercia d'être venus lui rendre visite, ils se récrièrent avec un bel ensemble et garantirent s'être trompés de service, laissant la brave dame un peu interloquée.

Elle les mena dans une salle à l'écart, dont l'aménagement différait de celle où Mr Weasley avait pour l'instant ses quartiers.

- C'est ici que nous installons nos résidents permanents, expliqua la soigneuse. Maladies incurables, dégâts irréversibles causés par des sortilèges... Bien sûr, nous avons parfois de bonne surprises. Gilderoy se porte bien mieux depuis qu'il est arrivé chez nous, et Mr Moroz, là-bas, dit-elle en pointant un homme au teint maladif qui regardait le plafond, retrouve peu à peu l'usage de la parole, malheureusement dans une langue inconnue. Bon, je vais finir de distribuer les cadeaux, restez bien sages.

Autour des lits, nota Harry, se trouvaient des fauteuils et de petites armoires semblables à celles placées dans les dortoirs de Poudlard. Les murs étaient tapissés, côté Lockhart, d'innombrables photos dédicacées de lui-même... à lui-même. Comme s'il craignait d'avoir oublié son nom le lendemain matin. Au fond de la pièce, un paravent dissimulait les derniers lits de la rangée, sans doute pour que le va-et-vient des soigneurs ne dérangeât pas les visiteurs. Plus près, une femme au visage couvert de fourrure et agrémenté d'oreilles pointues aboya de satisfaction en recevant plusieurs paquets. En écoutant le flot de paroles déversé par l'infirmière, Harry apprit que cette étrange patiente se nommait Agnès et avait un fils qui lui rendait encore visite. Puis la guérisseuse passa à Mr Moroz, à qui elle remit un calendrier et une plante en pot vraiment très laide, grisâtre, dont les branches pendouillaient mollement.

- Oh, Mrs Londubat, vous partez déjà ?

Le nom causa comme un électrochoc dans la mémoire de Harry. Il se rappela d'un coup ce que Dumbledore lui avait raconté à propos des parents de Neville. Comme pour confirmer ses appréhensions, la sorcière qui émergea de derrière le paravent portait bel et bien le fameux chapeau à vautour qui avait été la risée de toute l'école deux ans auparavant. Ron retint un petit rire en apercevant le couvre-chef familier, puis...

- Mince, c'est Neville et sa grand-mère, dit Fred.

- Salut Neville ! lança George.

- Qu'est-ce qu'il fait ici ? chuchota Ginny à l'oreille de Harry.

- Je crois que ce sont ses parents, je vous expliquerai plus tard...

Mais c'était trop tard. La douairière les avait repérés et s'avançait vers eux, un Neville désespéré sur les talons.

- Salut, fit Ron en lui tendant la main, que son camarade serra en jetant un regard en coin vers les jumeaux.

- Ce sont des amis à toi, mon chéri ? demanda Mrs Londubat.

Neville hocha la tête tout en regardant ses chaussures, le visage cramoisi. Il croassa les présentations sans regarder personne en face.

- Oh, mais bien sûr, où ai-je la tête ? Neville me parle souvent de vous et des petits coups de main que vous échangez. Je vous en remercie, d'ailleurs. C'est un gentil garçon... mais il faut bien reconnaître qu'il n'a pas le talent de son père, lâcha-t-elle d'un ton sévère.

- Eh bien, marmonna Ginny de façon tout à fait audible, voilà qui va lui redonner confiance en lui... Tu crois qu'il entend ça tout le temps, chez lui ? demanda-t-elle à Ron.

Un peu embarrassé par la manœuvre de sa sœur, celui-ci se contenta de hausser les épaules et d'afficher un air de profonde compassion.

- C'est ton père que tu viens voir ? s'étonna George.

Harry lui aurait volontiers cassé les tibias à coups de pied pour le faire taire.

- Qu'est-ce que cela signifie ? s'emporta soudain Mrs Londubat ? Tu n'as donc pas parlé de tes parents à tes amis ?

- Non, répondit nettement Neville.

Il paraissait au bord des larmes et ses camarades se sentaient affreusement gênés. Ron avait pris la couleur du lait caillé.

- Il n'y a pas de quoi avoir honte ! poursuivit l'insupportable grand-mère. Tu devrais au contraire être fier d'eux, Neville, fier ! Ils n'ont pas sacrifié leur santé mentale pour que leur fils unique ait honte d'eux !

- Je n'ai pas honte, protesta faiblement Neville.

- Eh bien tu as une drôle de façon de le montrer, dit sèchement l'aïeule.

Était-ce le fait d'être injustement rabroué, ou de l'être devant des amis, ces derniers mots furent la goutte de trop. Et chose à laquelle aucun des spectateurs n'était préparé, Neville finit par exploser.

- Je n'ai PAS HONTE ! Je n'ai PAS ENVIE d'en parler, c'est tout ! Tu crois qu'il y a de quoi se vanter ! Tu crois que j'ai envie de clamer partout que des supporteurs de Tu-sais-qui ont rendu mes parents complètement fous et qu'ils ne se souviennent même plus de moi ? Je ne veux pas qu'on ait pitié de moi ! Tout le monde se moque déjà de ce pauvre Neville, pas fichu de faire trois pas sans se prendre les pieds dans ses propres lacets, qui n'est bon qu'à faire de la botanique ! Et tu penses vraiment que ça me fait plaisir de revenir ici chaque année pour voir que ces idiots de guérisseurs n'ont pas fait le moindre progrès ? Tu ne t'es jamais dit que ça me faisait de la peine ? Non, c'est toujours la fierté Londubat d'abord. Mais de quoi tu es fière, à la fin ? D'un désastre ? Au moins, maintenant, c'est vrai que les gens ont enfin une bonne raison de te plaindre de quelque chose. Sans eux, acheva-t-il en pointant les deux lits, je ne sais pas comment on pourrait te supporter !

La tirade prit fin quand une main osseuse se tendit devant Neville pour lui donner quelque chose. Il se tourna vers sa mère en se forçant à sourire, tandis que la douairière quittait la salle.

Alice Londubat ressemblait à présent plus à un spectre qu'à la joviale et replète petite sorcière de la photo de Maugrey. Elle avait terriblement maigri, ses yeux semblaient éteints et ses cheveux avaient entièrement blanchi. Elle ne tenait entre ses doigts qu'un papier vide de ballongomme, mais son fils le prit et le mit soigneusement dans sa poche.

- Merci maman.

Alice inclina légèrement la tête, comme si ce mot éveillait chez elle un lointain souvenir. Puis elle tapota le papier et retourna à sa place en chantonnant.

- Et le pire, c'est qu'elle va mieux que papa, soupira Neville. J'ai l'air de lui rappeler quelque chose, elle chante de temps en temps. Papa ne bouge pas du tout, ne dit rien, il ne remarque même pas quand on lui parle.

En résumé, songea tristement Harry, le cas de Frank Londubat était complètement désespéré. Même les meilleurs médecins moldus ne pouvaient rien faire pour un coma végétatif.

- Vous n'étiez pas au courant ?

Quatre têtes sur cinq firent « non ».

- Dumbledore m'en avait parlé, dit Harry, l'année dernière. Mais il m'avait fait promettre de ne pas le répéter.

- C'est déjà assez dur d'être obligé de revenir ici à toutes les vacances, dit Neville. A chaque fois on nous sort le couplet « Vous verrez, ils ont fait des progrès », mais je ne vois aucun changement. Et elle... elle exhibe ça chaque fois qu'elle peut. Elle a une drôle de façon de cacher sa peine, vous ne trouvez pas ? Mais... pourquoi êtes-vous ici ?

- Papa est au premier, il a eu un accident, expliqua Ginny. Nous voulions aller prendre du thé, mais nous nous sommes trompés d'étage et nous avons rencontré Lockhart. Tu sais à quel point nous l'aimons... Au fait Harry, c'est quoi, ce Lac des Cygnes dans lequel il aurait joué ?

Harry se fit un plaisir de leur expliquer le concept de danse classique et à la fin, même Neville avait retrouvé un vrai sourire.

- C'est rosse, fit-il observer.

- Écoute, sans ce coup et cette chute de pierres, c'est Théodore et moi qui habiterions ici. J'ai assez peu de remords concernant Gilderoy Lockhart. C'était un menteur, un escroc, un incapable et compte peut-être comme un meurtrier. Petite perte pour la société, moi je dirais.

Ils en convinrent. Toute idée de thé oubliée, ils regagnèrent le hall pour raccompagner Neville, qui allait sans doute recevoir, une fois rentré chez lui, un savon dont il se souviendrait longtemps. Harry prit la résolution de détruire la photo dans la "chambre" de Kreattur en rentrant.