Salut les lecteurs ! Voilà un autre assez long chapitre, où l'on aborde les choses de l'esprit. Passez un bon moment, et n'oubliez pas le petit bouton en bas de la page... :)
Chapitre 24 : Occlumencie
Harry put procéder à la mise en pièces de la fameuse photo en toute quiétude, car Kreattur ne réapparut pas avant le lendemain. D'après Sirius, il s'était caché dans le grenier pour y rechercher d'autres souvenirs. Peut-être l'elfe avait-il fait bonne pioche, car il paraissait de bien meilleure humeur, et obéissait même à son maître sans rechigner. Il semblait aussi avoir regagné en vigueur, et ne traînait plus aussi désespérément les pieds sur les tapis.
Ce changement surprit beaucoup les résidents de Grimmauld Place, mais comme Kreattur se faisait étonnamment discret dès que Sirius venait de son côté, ce dernier ne s'en rendit pas vraiment compte.
De toute façon, Black ne semblait guère capable de se rendre compte de grand-chose. La fin des vacances approchant, il avait de nouveau sombré dans la dépression, et le whisky Pur Feu redevint l'un de ses compagnons les plus proches. Les apprentis sorciers l'évitaient autant que possible et ne montaient pas au deuxième étage lorsqu'il s'enfermait dans l'ancienne chambre de sa mère pour y remâcher ses pensées.
Dans ces conditions, Harry ne savait vraiment pas ce qui était le pire : faire le mur pour rester à Grimmauld Place, ou rentrer à Poudlard et retrouver l'odieuse inquisitrice, qui aurait sûrement mis les vacances à profit pour inventer quelques décrets bien tordus à l'encontre des étudiants et des professeurs. Mais le dernier jour des vacances allait tout de même lui remonter un peu le moral.
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Harry était en pleine partie d'échecs face à Ginny, sous le regard attentif de Ron qui jouait les instructeurs, quand Molly s'invita dans la chambre.
- Harry, mon grand, le professeur Rogue est en bas, il veut te parler.
Voilà qui changeait ! Le garçon dissimula soigneusement sa réaction intéressée.
- De quoi s'agit-il ? demanda-t-il donc d'un ton neutre.
- Je n'en ai aucune idée, mais il a dit que c'était pressé. Il est dans la bibliothèque.
Il échangea un clin d'œil avec Ginny avant de descendre l'escalier, se retenant de le dévaler quatre à quatre.
Il trouva son directeur assis dans l'un des fauteuils près de la cheminée, tandis que Sirius s'était installé sur une chaise non loin. Rogue affectait de ne pas voir les regards meurtriers que lui lançait son ex-condisciple, et se concentrait sur les flammes qui dansaient dans l'âtre. Il releva néanmoins la tête dès que Harry se présenta.
- Bonjour, Potter. Asseyez-vous, dit-il en indiquant le second fauteuil.
- Tu sais, intervint aussitôt Sirius en haussant le ton, j'apprécierais que tu ne donnes pas d'ordres dans ma maison.
- Je ne lui ai pas donné d'ordre, répondit sèchement Rogue. Inviter quelqu'un à s'asseoir pour une conversation, c'est de la politesse élémentaire. Écouter les leçons de ta mère aurait pu s'avérer utile, de temps en temps. Potter ?
Harry s'assit rapidement, sans regarder son parrain. Rogue adopta la même attitude et fit comme s'ils étaient seuls.
- Bien... Avez-vous une idée de ce qui vous attend et de la raison qui vous amène ici ?
- Euh... non, monsieur. Mais vous allez sûrement me l'expliquer.
Le professeur se permit un sourire.
- Je ferai court. Étant donné que Vous-savez-qui peut accéder à votre esprit, qu'il le sache déjà ou non, il est nécessaire que vous appreniez à l'en empêcher. Il existe différentes techniques pour cela, mais la plus efficace reste une discipline assez peu usitée qu'on appelle l'occlumencie.
- Et ça consiste en quoi ?
- Basiquement, à fermer son esprit contre toute intrusion extérieure. Naturellement, ce n'est pas aussi simple que ça. Cela demande un apprentissage assez intensif que le professeur Dumbledore a jugé bon de me déléguer.
- Pourquoi cela ? s'étonna Harry. Vous avez un retourneur de temps à disposition ?
Son directeur laissa échapper un ricanement.
- Ou est-ce qu'il craint que je n'apprenne ses petits secrets ? Ça me paraît assez improbable, vu nos niveaux respectifs...
- Je ne sais pas, coupa Rogue. Mais le fait est que vous viendrez prendre des leçons avec moi tous les lundis soirs à partir de six heures. Je compte donc sur votre ponctualité.
- J'y serai, promit Harry, s'attirant un sourire presque bienveillant de la part de son directeur.
- Eh bien c'est parfait. Je vous reverrai donc lundi.
Celui-ci se leva, et s'apprêtait à partir quand Sirius l'arrêta. Rogue soupira peu discrètement.
- Quoi encore ?
- Je te préviens, gronda Sirius, si jamais tu en profites pour...
- Pour quoi ? Tu crois encore que je confonds ce gosse avec ton grand copain ? Non, contrairement à toi, je n'ai plus ce genre d'illusion. Alors lâche-moi avec cette histoire, d'accord ? Même Lupin a compris que ce n'était plus d'actualité. Et lâche un peu le garçon aussi, tu ne l'aideras pas en lui fourrant tes âneries de parfait chevalier dans le crâne.
- Ça vaut mieux que de l'endoctriner pour ton m...
CLAC !
Harry sursauta violemment quand Rogue gifla son parrain. Il n'avait pas frappé fort, juste une claque d'avertissement, pour surprendre, non pour faire mal.
Sirius recula de deux pas, les yeux ronds. Son visage s'empourpra rapidement et il mit la main dans sa poche pour chercher sa baguette.
- Ne m'insulte plus JAMAIS de cette façon, siffla Rogue. Je passe mon temps à EMPÊCHER mes élèves de mettre les pieds du mauvais côté de la ligne, Black. Par bonheur, la majorité se montre très réceptive. Mais ne me dis plus jamais que je les entraîne à devenir mangemorts. Ou je t'offrirai quelque chose de bien pire qu'une vie de chien.
Il repoussa Sirius du plat de la main et se dirigea vers le hall. Il fut de nouveau interrompu par l'arrivée pleine de bonne humeur de la famille Weasley et Remus Lupin, qui escortaient un Arthur en pleine forme.
- Ils vous ont enfin relâché ? lança Harry.
- Eh oui. Finalement, ces agrafes ont fait des merveilles. Elles ont très bien tenu le coup. Alors il va falloir que j'évite les grands gestes pendant un moment, mais je suis effectivement guéri.
- Voilà une excellent nouvelle, Arthur, dit Rogue sans, apparemment, avoir à se forcer. Peut-être Molly va-t-elle réviser son opinion sur les techniques moldues, à présent ?
- Oh ça, Severus, à votre place je n'y compterais pas trop. Mais dites-moi, quel bon vent vous amène ici ?
- Dumbledore lui a demandé de donner des leçons d'occlumencie à Potter, figure-toi, ricana Sirius.
La réaction d'Arthur ne fut pas du tout celle qu'il espérait.
- Oh, mais c'est excellent ! s'enthousiasma Arthur Weasley en apprenant la nouvelle. C'est une très bonne chose de travailler dans ce domaine avec quelqu'un en qui on a entièrement confiance !
Sirius le regarda fixement. Harry et Rogue échangèrent un coup d'œil.
- Heureux les simples d'esprit...
- ... le Royaume des Cieux est à eux.
Lupin les considéra avec amusement avant d'aider Arthur à s'asseoir. Puis :
- Au fait, Severus, tu n'as pas idée de la personne qui aurait pu m'envoyer un collier anti-puces à Noël ?
- Non, répondit le maître des potions. J'ai pour habitude de faire des plaisanteries de meilleur goût que ça. En revanche, je plaide coupable pour l'herbe à chats de McGonagall.
Lupin éclata de rire, suivi de Harry, Arthur et les jumeaux.
- Bien vu, bien vu. Ça me rappelle les bêtises que nous avions inventées pour l'anniversaire de Flitwick...
- Oui, oui, fit Rogue d'un ton rêveur. Les coussins piégés, ce n'était pas très fin, mais ça a mis de l'ambiance en classe.
- Vous ne restez pas avec nous pour le dîner ? s'enquit Lupin en voyant Rogue se diriger vers la sortie.
- Non. Il se trouve que Pomfresh a encore fait appel à ma générosité et ma réserve de temps inépuisable pour lui concocter des potions contre les engelures.
Il salua à la ronde avant de quitter la maison.
Suite à l'algarade qui l'avait opposé à Sirius, l'ambiance du dîner ne fut pas aussi chaleureuse qu'elle aurait dû. Le maître de maison faisait la tête à tout le monde, et Harry se rabattit vite sur Ron et Ginny pour discuter de l'occlumencie. Aucun d'entre eux n'avait de connaissance dans ce domaine, mais ils furent très impressionnés.
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Toute la petite équipe repartait le lendemain matin via le Magicobus, sous la surveillance de Tonks et Lupin. Harry prétexta la nécessité d'un verre d'eau en pleine nuit pour récupérer Salazar et le rangea de nouveau dans sa valise. Le petit homme était assez déçu de ne pas avoir appris grand-chose pendant son séjour. Mais, disait-il, c'était surtout dû au fait que les réunions ne servaient qu'à ressasser les mêmes faits et à réarranger les tours de garde au ministère.
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Il faisait humide et froid quand ils sortirent sur le perron de Grimmauld Place. Harry se sentait malgré tout rassuré à l'idée de rentrer à Poudlard. La tension qui régnait dans cette maison était épouvantable. Le moment où il devrait choisir entre son Gryffondor de parrain et ses loyautés Serpentard se rapprochait à grands pas. Pour l'heure, il n'osait même plus adresser la parole à Sirius, de peur de déclencher un nouvel accès de rage.
Aussi resta-t-il sur ses gardes quand, juste avant le départ, Sirius se dirigea vers lui, un paquet emballé de travers à la main.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un moyen de me tenir au courant de ce qui se passe à Poudlard. Attends d'être là-bas pour l'ouvrir. Les autres n'apprécieraient sûrement pas, mais tu t'en sers si jamais tu as des ennuis, d'accord ?
- D'accord, mentit Harry en rangeant l'objet dans une poche de son blouson.
Jamais il ne contacterait Sirius pour le faire venir à Poudlard. Il serait facilement reconnu, à présent que son déguisement d'animagus avait été identifié, et quand il se mettait dans le pétrin, c'était Harry et ses amis qui devaient rectifier la situation. Merci bien ! Il conclut leur conversation d'un dernier "Au revoir" et ne parvint pas à échapper à l'embrassade un peu trop étroite de Molly Weasley. Il en eut le souffle coupé.
Dehors, Tonks, âgée de soixante ans et vêtue de tweed, faisait le pied de grue, et parut fort heureuse de voir arriver la petite troupe. Sous la direction de Lupin, leurs valises à la main, les cinq ados descendirent sur le trottoir. Derrière eux, Grimmauld Place sembla rétrécir comme une peau de chagrin avant de disparaître totalement derrière ses deux voisines. Tonks agita sa baguette, et le trop fameux autobus violet à double impériale se matérialisa devant eux.
Le contrôleur n'avait toujours pas guéri son acné, et ses oreilles étaient toujours aussi désespérément décollées. Les adultes ne lui laissèrent pas le temps de débiter son discours de bienvenue et poussèrent les apprentis sorciers à l'intérieur avant de régler le prix du voyage.
- J'ai toujours eu envie d'essayer ce truc-là, commenta Ron avec enthousiasme.
- Té, un nouveau ! lança une des têtes empaillées accrochées au rétroviseur, qui elles non plus n'avaient pas encore quitté le service.
L'agencement avait changé, en revanche, et se trouvait à présent en mode "jour". Finis les lits à boules de cuivre, des groupes de sièges fatigués, de modèles anciens et très variés avaient été disposés autour de petites tables près des fenêtres. L'arrêt brutal avait projeté quelques passagers par terre, ainsi que certaines de leurs commissions, qui s'étaient écrasées contre les parois ou sur le plancher en une mixture nauséabonde.
Lupin emmena les jumeaux au fond du premier niveau pour trouver des places libres. Ginny, Ron et Harry durent monter encore deux volées de marches avant de dénicher des fauteuils vides. Quelques passagers tournèrent la tête en les voyant, mais ils revinrent très vite à leurs occupations.
Le bus repartit en évitant, ou plutôt en étant évité, par deux réverbères et trois poubelles, puis emprunta sa trajectoire de corde personnelle dans un BANG sonore. Ron se retrouva par terre à cause du contre-coup, et Harry entendit monter de sa valise une quantité impressionnante de jurons bien salés, heureusement assourdis par les épaisseurs de vêtements. Salazar n'était pas au bout de ses peines...
Les sursauts, cahots, fracas et chutes se succédèrent pendant deux heures environ, éparpillant les bagages, libérant les animaux de compagnie qu'il fallut ensuite récupérer à travers tout le véhicule, et rendant tous les passagers plus ou moins verdâtres. La nommée Dumarais, pourtant déjà victime de la conduite très particulière de Mr Danlmur deux ans auparavant, si Harry se souvenait bien, rééditait la session nauséeuse, et finit par descendre dans une suite de gargouillis et de hoquets fort peu ragoûtants. Ron n'était pas loin de l'imiter.
- Finalement, j'ai changé d'avis. Ce sera balai ou transplanage. Ça coûte moins cher. Et ça rend moins malade.
Son calvaire prit fin rapidement après cela, car le bus magique atterrit enfin dans la rue principale de Pré-au-Lard, envoyant contre les murs des gerbes de neige boueuse. Le véhicule remonta péniblement la route jusqu'au grand portail de Poudlard et s'arrêta dans un désagréable couinement de freins usagés.
Ron soupira de soulagement en descendant du bus, tandis que Tonks et Lupin déchargeaient les bagages.
- Bon trimestre à tous, et bossez bien ! leur lança gaiement la jeune auror avant de remonter à bord de la machine infernale.
Lupin leur serra gravement la main et finit par Harry.
- Il faut impérativement que tu apprennes à protéger ton esprit, d'accord ? Ne prends pas ces leçons à la légère. Tout le monde y tient.
- Ouais, répondit Harry. Surtout me mettez pas la pression...
Lupin sourit et lui mit une petite tape sur la joue. Puis il lança un dernier salut et se dirigea vers le bus. Harry regarda le véhicule faire un demi-tour maladroit devant les grilles avant de reprendre la route et de disparaître dans un jaillissement d'étincelles violettes.
Il saisit la poignée de sa valise et entama la remontée vers le château. La route était couverte de verglas et les apprentis sorciers peinèrent un long moment avant de pouvoir gagner la chaleur du château. Harry prenait le chemin des sous-sols quand Ginny l'arrêta.
- Hmm ?
- Je te rappelle, à tout hasard, que nous aurons bientôt une sortie à Pré-au-Lard.
- Et tu veux que j'y aille avec toi ? Pas de problème, assura Harry.
Ginny ouvrit de grands yeux, puis sourit largement, et partit en chantonnant en direction de son dortoir.
Ce ne fut qu'une fois arrivé devant la porte qu'il se rappela que ladite prochaine sortie tombait le 14 février...
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La salle commune des vert et argent était bondée, remplie d'élèves qui échangeaient des souvenirs de vacances. Harry repéra très rapidement ses comparses, qui avaient tous passé les congés hors d'Angleterre, sous des cieux plus cléments à en juger par leur mine éclatante. Ils furent naturellement très intéressés par toute l'affaire Weasley. Quant aux leçons d'occlumencie, ils les jugèrent tous de la plus haute importance.
En fin de soirée, alors que le reste de la maison allait se coucher pour affronter les cours du lendemain, Harry replaça la statuette de Salazar dans sa cachette du souterrain, près de la fraction de baguette que Sarah y avait laissée.
- Bonnes écoutes.
- Merci. Gniah ! J'adore ce travail...
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Le lendemain matin vit la routine reprendre, en apparence. Durant le cours de potions, Rogue s'arrangea, Merlin seul savait comment, à faire passer un mot à Harry lui enjoignant de venir à sa première leçon d'occlumencie avec sa cape d'invisibilité sur le dos. Le garçon trouva la demande surprenante, mais le soir venu, il enfila le vêtement enchanté pour filer vers le bureau de son directeur dans le donjon.
La porte était légèrement entrouverte, et Harry se faufila à l'intérieur, puis referma le battant. Il n'y avait apparemment personne dans le bureau, aussi se débarrassa-t-il de la cape, aux aguets.
Rogue émergea de la pièce d'à côté, une petite bassine de pierre entre les mains. Harry reconnut la pensine qu'il avait découverte quelques mois auparavant dans le bureau de Dumbledore.
- Bonsoir, Potter. Asseyez-vous, dit le maître des potions en désignant une chaise.
Harry prit place tandis que Rogue déposait la pensine sur son bureau, puis prenait place sur son siège habituel.
- Bien. Vous savez pourquoi vous êtes ici. Je vais tâcher de vous apprendre à fermer votre esprit à tout visiteur indésirable. Que ce soit le seigneur des ténèbres ou quelqu'un d'autre.
Harry décida de jouer la carte de la détente et leva la main.
- Oui ?
- Est-ce que le professeur Dumbledore est un adepte de la lecture de pensées, monsieur ?
- Oui, grinça Rogue. Permettez-moi de rectifier une petite incorrection, ceci dit. Le terme de "lecture des pensées" est une simplification utilisée par les Moldus pour décrire le processus, qui s'apparenterait plutôt à des fouilles archéologiques. Un esprit est constitué de plusieurs couches : les souvenirs immédiats, une case pour les tâches répétitives, les idées superficielles, les souvenirs plus anciens... Les sorciers versés dans l'art de la legilimencie explorent ces couches les unes après les autres pour y trouver ce qu'ils recherchent. La discipline complémentaire, l'occlumencie, consiste à barrer l'accès au contenu de l'esprit, à dissocier – temporairement – les émotions des souvenirs. Des émotions fortes attirent un legilimens aussi puissamment qu'une carcasse fait venir les charognards.
- Est-ce que V... Jedusor aurait moyen de savoir ce que je fais en ce moment ? demanda Harry.
- Très peu probable, assura Rogue. Poudlard est entouré de nombreuses défenses magiques et vous êtes loin de lui. Bien que votre lien facilite les choses, le contact visuel est quasi essentiel dans cet exercice. Et de surcroît, vous êtes éveillé.
- Ah ? Qu'est-ce que ça change ?
- Pendant le sommeil, l'esprit ne fait plus vraiment la différence entre le réel et l'imaginaire. Il pourrait mettre une intrusion sur le compte d'un rêve. Une personne bien réveillée peut sentir l'attaque. Surtout, il faut bien le dire, que Jedusor ne brille pas par sa subtilité dans ce domaine. Vous avez un peu l'impression de vous faire piétiner par un troupeau de buffles.
- D'accord. Mais... Ce que j'ai ressenti cette nuit-là n'y ressemblait pas. Pourquoi vouloir mettre fin à cela ? Je ne dis pas ce ça me plaît beaucoup, mais c'est utile, non ? Si je n'avais pas vu Mr Weasley se faire mordre, il serait sûrement mort dans ce couloir...
- Sans doute, admit Rogue. Mais c'est beaucoup trop dangereux. Jusqu'ici, le Seigneur des Ténèbres ignorait l'existence de ce lien, et j'ose espérer que vous avez reçu ses pensées sans aller les chercher. Mais la situation a changé. Il s'est rendu compte de votre lien à Noël, quand vous avez eu cette vision. Maintenant, votre esprit est un nouveau front qu'il peut tenter d'attaquer. Il pourrait profiter d'un état de faiblesse momentanée, ou de votre sommeil, pour aller à la pêche aux informations, ou diriger votre corps et vous posséder pour de bon, comme il l'a fait il y a trois ans avec Miss Weasley. S'il s'était douté plus tôt que vous partageriez ses pensées, il aurait trouvé un autre rituel pour revenir dans notre monde.
Harry frémit à cette nouvelle et hocha lentement la tête.
- Il fait déjà agir Nagini comme il le souhaite.
- Ça, pointa Rogue, c'est un peu différent. S'agissant d'un animal, c'est un emprunt. Mais vous avez raison, le principe est le même. Vous avez vu par les yeux du serpent parce le seigneur des ténèbres le guidait à ce moment-là. Bon, assez parlé, nous allons procéder à un petit essai. Sortez votre baguette, vous pourrez l'utiliser au début pour me repousser. Après, si tout se passe bien, vous n'en aurez plus besoin. D'abord, une petite formalité...
Rogue posa sa propre baguette sur sa tempe et la retira lentement, des filaments argentés de pensées accrochés au bout. Il les déposa délicatement dans la pensine, puis renouvela l'opération.
- Eh ! protesta Harry. C'est de la triche ! Et si moi, j'ai des trucs que je n'ai pas envie de montrer ?
- Oui, en effet, je triche, répondit Rogue avec un sourire en coin. Si vous tenez absolument à protéger votre mémoire, il va falloir bûcher, Potter. Cela devrait vous faire une bonne motivation, hmm ?
- Ouais, ouais... grommela Harry en prenant sa baguette. Et maintenant ?
- Je vais essayer d'entrer de force dans votre esprit. Ne vous inquiétez pas, je ne ferai pas de casse. Je sais que vous pouvez résister au moins partiellement à l'imperium, alors faites la même chose pour commencer.
- D'a... d'accord, marmonna Harry, pas plus rassuré que ça.
- Bien ; alors à trois. Un, deux, trois. Legilimens.
L'impression déjà familière de soudaine légèreté l'envahit. Des images commencèrent à défiler. Il avait cinq ans et il regardait son cousin pédaler sur un beau vélo tout neuf offert par Pétunia. Il avait neuf ans et cette saleté de Molaire le poursuivait dans le jardin. Il avait onze ans, et le choixpeau lui expliquait la petite blague qu'il s'apprêtait à faire. Il avait treize ans, et Sarah lui montrait une poupée de chiffon ornée d'une mèche blond pâle... Oh là ! Ça, il valait mieux que Rogue ne le voit pas. Danger !
Il revint dans le monde réel assis par terre, sans même avoir le début de la plus petite idée de la façon dont il était arrivé là. Il se redressa lentement. Quand ses yeux parvinrent au bord du bureau, il vit Rogue entrain d'ôter quelques traces de cendre sur le mur derrière lui.
- Des cubes de feu, hein ?
- Oups... J'ai pensé à Sarah, et comme c'est elle qui nous les a appris...
- Intéressante association. En tout cas, ce n'était pas trop mal pour un début, dit Rogue en regardant la pierre partiellement fondue. J'ai vu quelques images par intermittence, mais vous avez réussi à me déconcentrer. Ce n'est pas mal du tout. Prenez quelques minutes pour relâcher votre esprit et remettre vos idées en place, puis nous recommencerons.
Harry se rassit pour respirer calmement. Se dire qu'il n'avait pas été trop ridicule pour sa première tentative le mettait de bonne humeur. Comment empêcher un curieux d'aller visiter sa mémoire ? En attirant son attention sur autre chose ?
Rogue reprit sa baguette.
- Je compte jusqu'à trois. Un, deux trois. Legilimens.
Harry regardait un vif d'or faire des zigzags. Il ne pensait qu'à la course chaotique de la petite balle dorée. Il la faisait aller à gauche, à droite... Puis soudain la bille de métal se figea en l'air et il vit Quirrell debout au milieu des tribunes, qui marmonnait des incantations. Le même Quirrell regardait le miroir du Rised. Le miroir devenait une porte. Une porte noire au fond d'un couloir...
- Ouaps !
Harry venait de perdre l'équilibre. Et se retrouva de nouveau par terre. Mais la douleur qu'il ressentait dans les genoux n'avait aucune importance. Il avait enfin compris quelque chose.
- Pas mal, cette idée de vif, commentait Rogue. Mais le quidditch semble mener à des souvenirs désagréables. Je vous conseille de trouver une autre diversion. Ce sera... votre devoir à rendre la semaine prochaine. Nous en avons fini pour aujourd'hui. Il est inutile de vous fatiguer plus, ce serait contre-productif. Et de toute façon...
- Vous aussi, vous avez besoin de dormir, quoi que puissent raconter les rumeurs, compléta Harry.
- Quoi, celle du vampire est toujours en circulation ?
Harry regarda ailleurs, embarrassé.
- Faut croire...
Rogue haussa les épaule.
- Après tout, si ça peut leur faire plaisir... Entraînez-vous pendant les jours qui viennent. Je saurai si vous vous êtes exercé.
- Compris, promit Harry. Je vais travailler.
Il partit vers les quartiers de Serpentard, peu pressé d'y retrouver Malefoy et ses guignols. Par chance, la clique (hélas plus nombreuse qu'avant les vacances) qui l'entourait n'était nulle part en vue. Il n'y avait dans la salle commune que des têtes amies, ou du moins neutres. Théodore, Blaise et Sarah le pressèrent de questions dès qu'il fut à portée.
- C'était comment ?
- Étrange, dit Harry après un instant de réflexion. Il a dit que ça ressemblait à l'imperium, et c'est assez vrai. Il m'a dit de travailler à une tactique de diversion pour le prochain cours. En tout cas, je sais enfin d'où viennent ces rêves de porte au fond d'un couloir sans fenêtre que j'ai depuis des mois. C'est bel et bien au département des mystères, juste à côté des anciennes salles d'audience, au dernier niveau du ministère. Si Voldemort veut une prophétie, elle est enregistrée et gardée quelque part dans cette zone. Maintenant, ce serait chouette de savoir comment l'endroit est gardé. Il ne doit pas y avoir que des sorciers pour le surveiller, mais aussi un paquet de maléfices franchement vicieux.
- On peut toujours essayer, dit Sarah d'un ton profondément sceptique. Salazar nous a appris des choses, lui aussi. Il a écouté une conversation entre Dumbledore et notre vieil ami le choixpeau. Outre le fait que Dumbledore n'est soudain plus très sûr que les cours d'occlumencie avec Rogue soient une bonne idée – ce qui amuse beaucoup le choixpeau – nous savons désormais pourquoi l'ami Sturgis Podmore a été envoyé à Azakaban. Il a été pincé alors qu'il tentait de s'introduire dans notre fameux département. Il a purgé un peu plus de la moitié de sa peine, et d'après ce que le vieux a raconté, il n'a pas la moindre idée de ce qui a pu le pousser à jouer les cambrioleurs.
- Imperium, dirent Théodore et Blaise en même temps.
- Sans aucun doute, approuva Sarah. Bon, je vous laisse. J'ai des plans de cours à préparer.
- Et moi, dit Blaise, je vais donner un coup de main aux jumeaux. Ils ont sortis une nouvelle invention, un genre de chapeau qui te rend invisible, ou un truc comme ça. Faut que je voie comment on peut améliorer le sortilège. A demain.
- Attendez, dit Harry. J'ai encore une dernière chose.
Sarah et Blaise s'interrompirent.
- C'est la raison pour laquelle Dumbledore a demandé ces cours : Voldemort a compris pour le coup des rêves. Il risque de m'attaquer de l'intérieur.
Il y eu un inconfortable silence.
Ce fut Sarah qui le rompit enfin.
- Euh, dans ce cas, il vaut peut-être mieux que tu ne saches pas ce qu'il veut savoir, après tout. Ce serait comme récupérer un trésor dans un donj' et se le faire arracher des mains à la sortie. On a presque évité cette erreur pour la pierre philosophale, autant ne pas la commettre pour cette prophétie.
- Presque ? demanda Blaise
- On a poursuivi Quirrell jusqu'au miroir, mais c'est Harry qui a obtenu la pierre et s'est fait attaquer, rappela Théo.
- Je vois.
La discussion tourna court et Blaise s'éloigna en même temps que Sarah, car Malefoy et une demi-douzaine de ses suivants venaient de revenir dans la salle commune. Le groupe bruyant s'installa près d'une des cheminées jumelles en détaillant les magnifiques vacances qu'ils avaient passées dans des endroits forcément luxueux. Les autres étudiants qui traînaient encore dans la salle quittèrent leurs sièges et gagnèrent leurs dortoirs sans faire de commentaires. Tant qu'on peut éviter le conflit...
Harry alla rapidement se coucher. Sa première incursion dans le domaine de l'esprit l'avait laissé très fatigué. Avant d'éteindre sa lampe, et malgré les interdictions répétées d'utiliser des sortilèges en dehors des salles de classe, il entoura son lit d'une bulle de silence. La première fois qu'il avait eu une vision, par chance, Malefoy était absent, mais à présent que le nobliau était revenu, mieux valait ne pas prendre de risques. Harry souffrait d'une migraine épouvantable, comme si on lui fendait la tête en deux.
Et pourtant, il était très heureux. Il ressentait une joie immense. Quelque chose de grand venait de se produire, quelque chose qui le mettait d'une humeur radieuse...
Non, tout cela ne lui appartenait pas. Il tenta de se dégager, mais c'était comme de vouloir s'extraire d'un marécage. Il se débattit un long moment, tentant de se concentrer sur un souvenir fort comme le lui avait appris Rogue, avant d'émerger enfin, le souffle court, la tête comme chauffée à blanc.
Sa bulle de silence avait tenu. Goyle était entrain de ronfler à quelques mètres et ne s'était aperçu de rien.
Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour mettre Voldemort d'aussi bonne humeur ?
