Bonjour les lecteurs ! Je vous souhaite un Joyeux Noël un peu en retard, et de très bonnes fêtes de fin d'année. Amusez-vous bien, et un excellent 2013 à tous !
Chapitre 25 : la Grande Évasion
Harry sut très vite ce qui avait mis Voldemort dans une joie aussi démente. La nouvelle tomba dès le lendemain matin.
A la table du petit déjeuner, Sarah était – comme toujours – environnée d'une nuée de journaux, de papiers et d'enveloppes, et lorsqu'il arriva, elle lui mit la Gazette sous le nez sans commentaire. Le visage qu'elle arborait l'en dispensait, de toute façon.
La première page était remplie par dix photos, neuf hommes et une femme. Les personnages s'agitaient ; certains semblaient trouver le temps long, d'autres toisaient les lecteurs avec une infinie arrogance. Chacun de ces portraits était accompagné d'une légende décrivant les crimes commis par les sorciers représentés.
Le premier de la série était Antonin Dolohov, un type au visage chevalin, condamné à perpétuité pour le meurtre des frères Prewett. Ainsi, c'était cet homme qui avait abattu les oncles de Ron et Ginny...
A côté, la photo suivante montrait Augustus Rookwood, un sorcier à la figure dévorée de variole, qui regardait d'un air barbé le cadre de son image, bouclé à vie pour avoir transmis des informations secrètes à l'ennemi.
Ensuite, un visage que Harry connaissait bien pour l'avoir vu et revu à Grimmauld Place : les cheveux épais, les paupières lourdes et la moue dédaigneuse de Bellatrix Lestrange. Après elle venaient son mari et son beau-frère, tous deux condamnés pour les mêmes crimes qu'elle. Rodolphus avait une mine de rat, songea Harry. Il était plutôt petit, très mince et le regard fuyant. Rabastan, par contraste, faisait figure d'ours.
Au-dessus de ce trombinoscope du crime s'étalait un titre en gros caractères :
ÉVASION MASSIVE D'AZKABAN
LE MINISTÈRE CRAINT QUE BLACK NE SOIT LE "POINT DE RALLIEMENT" D'ANCIENS MANGEMORTS
- Qu'est-ce que ça veut dire ? grogna Théodore. Ils ressortent leur vieille lubie de Sirius Black pour expliquer ce m... bourbier ?
- Tschh... C'est pas demain la veille qu'ils abandonneront la fatwa qu'ils ont mis sur lui. Continuons à lire, ça risque d'être instructif, le coupa Sarah.
Le ministère de la Magie a annoncé tard dans la nuit qu'une évasion massive avait eu lieu à Azkaban.
Recevant les reporters dans son bureau personnel, Cornélius Fudge, ministre de la magie, a confirmé que dix prisonniers sous haute surveillance (Apparemment pas assez) s'étaient évadés hier en début de soirée et qu'il avait déjà informé le Premier Ministre moldu du caractère dangereux de ces individus (J'ose pas imaginer sa réaction).
"Nous nous trouvons malheureusement dans la même situation qu'il y a deux ans et demi, au moment de l'évasion de Sirius Black, l'assassin bien connu (Non, en fait vous êtes dans la situation inverse), nous a déclaré le ministre Fudge. Nous pensons d'ailleurs que les deux affaires ne sont pas sans rapport (Qu'est-ce qu'il faut pas lire...) Une évasion de cette ampleur laisse supposer l'existence d'un concours extérieur (Voldemort et Lucius Malefoy) et il faut savoir que Black, qui est la première personne à s'être jamais échappée d'Azkaban, serait idéalement placé pour aider d'autres détenus à suivre ses traces (En étant supposément en cavale ? Très crédible...). Il nous semble très probable que ces individus, parmi lesquels figure Bellatrix Lestrange, cousine de Black, se sont rassemblés autour de Black, qu'ils considèrent comme leur chef (Si c'était pas si désolant, j'en rirais). Nous faisons cependant tout ce qui est en notre pouvoir (A savoir pas grand-chose) pour retrouver les criminels et nous demandons instamment à l'ensemble de la communauté sorcière de rester prudente et de manifester la plus grand vigilance. En aucun cas ces individus ne doivent être approchés (Enfin une mesure de bon sens...).
- Et tant qu'on y est, grogna Sarah, pourquoi ne pas leur envoyer une copie du Top 100 des Trucs à Faire quand on est Seigneur du Mal ? Ils ont déjà quartier libre pour faire ce qu'ils veulent, on ne les cherche pas au bon endroit, c'est vrai, il ne reste plus qu'à leur filer un mode d'emploi pour leur éviter de faire des erreurs comme la première fois, et ce sera parfait.
- Et pour couvrir leur incompétence, ils inventent encore des salades, soupira Blaise. C'est pas comme si Fudge allait reconnaître d'un seul coup qu'il avait tort et que pour une fois, le vieux schnock avait raison, et que les détraqueurs ont retourné ce qui leur tient lieu de veste.
- Grmbl... fit Sarah. Continuons à lire... Alors, actualités économiques, que dalle. International, bla bla bla... Mais y'a rien là-dedans ! Ils savent qu'il y a une planète en dehors de la Grande-Bretagne, à la Gazette ?
- Ne te fatigue pas, souffla Blaise. Par expérience, je sais que les sorciers de l'île font partie des plus arriérés qui soient. Le continent est beaucoup plus moderne. Chez eux, c'est Ombrage qui serait saquée à la première occasion.
- Quand est-ce qu'on émigre ?
Harry songea que cette option revêtait de plus en plus de charme à ses yeux. Peu d'élèves lisaient le journal, à l'exception de Luna et Padma chez les Serdaigle, et de Granger et du clan Weasley chez les Gryffondor. Par contre, tous les professeurs semblaient avoir déjà étudié l'article et en discutaient à leur tablée. Chourave avait appuyé le quotidien contre une bouteille de ketchup pour lire plus à son aise, et Sinistra sur son pichet de jus de citrouille. Sans surprise, Rogue avait déjà transformé son exemplaire en une série d'allume-feu pour son prochain cours, l'air profondément blasé.
- Et qu'en dit le crapaud ? susurra Lucy Zabini entre deux bouchées d'œuf sur le plat.
- Elle massacre son porridge tout en regardant le vieux et McGonagall comme si c'était eux qui avaient donné les clefs d'Azkaban aux types en cavale... ou qu'ils avaient trafiqué la Gazette d'aujourd'hui pour répandre de fausses rumeurs, répondit Théodore. En tout cas, ce qui se passe ce matin ne lui plaît pas du tout. Rien d'étonnant à ça, ceci dit. Le monde n'est pas aussi rose qu'elle le voudrait.
- Faits divers... marmonna Sarah. Tiens ? Un macchabée qui sort de l'ordinaire. Quelqu'un connaît Broderick Moroz ?
- Ouais, approuva Harry. Il était dans le mour... la section des cas désespérés de Sainte-Mangouste. Incapable de parler ni rien. Il est mort ?
- Yep, et assez bizarrement... Quelqu'un lui aurait offert une plante en pot qui s'est avérée être un Filet du Diable...
- On s'en souvient, de celui-là, commenta Harry.
- Semblerait que même petit, ce soit déjà dangereux. Il a étranglé Moroz.
- Une plante agressive qui tente de tuer tous ceux qui la touchent, ça passe difficilement inaperçu, n'est-ce pas ? dit Sarah d'un ton sinistre. C'est le cadeau idéal pour les gens qui ont été témoins de choses pas nettes et qui commencent à recouvrer la santé. Don Corleone aurait fait des bassesses pour en avoir une bouture.
Les membres de l'équipe s'entre-regardèrent.
- Voldemort : un, phénix : zéro, commenta platement Zabini. Qu'est-ce qu'il avait de si important, ce type ?
- Attends, je demande à l'encyclopédie sur pattes, intervint Sarah.
Elle produisit de nouveau son petit miroir de poche et envoya une série de signaux lumineux en direction de la table des Gryffondor. Bientôt, de brefs éclats lui répondirent.
- Langue de plomb, traduisit-elle au bout de quelques minutes. Ce sont des gars qui travaillent au département des mystères. Décidément, il insiste... Bon, faut que je vous laisse, on a des choses à régler.
Les garçons la regardèrent partir d'un air perplexe. Daphné Greengrass leur fit signe de laisser tomber, avec un petit sourire indulgent. Puis Hagrid arriva sur ces entrefaites, le visage encore violacé, la mine guère réjouie. Il leur fit un grand signe de la main, mais pas longtemps car son épaule semblait elle aussi le faire souffrir. Il alla ensuite parler à Ron et Ginny, et Harry remarqua leurs visages indignés. Ombrage avait encore dû mettre son vilain nez plat dans les affaires du garde-chasse.
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Les jours suivants furent à la limite du supportable. Sarah complotait sans rien dire, et tous les autres n'avaient que l'évasion à la bouche. La mort affreuse du malheureux Moroz ne troublait personne, en admettant que quelqu'un d'autre que Dumbledore s'en fût aperçu. Des histoires fabuleuses commencèrent à circuler : la cabane hurlante servait de cachette aux évadés, ils allaient attaquer Poudlard avec Black... Harry finit par se décider à en parler à Sirius, surtout pour le dissuader de venir au château, et déballa l'objet que lui avait confié son parrain. Il s'agissait d'un petit miroir à main, accompagné d'une notice indiquant son mode de fonctionnement. Harry l'essaya à plusieurs reprises, mais n'obtint aucune réponse. Dépité, il enfouit le miroir au fond de sa valise, sous la garde du livre des monstres. Seul Salazar parvint à lui apporter un peu de nouveau.
- Dumbledore pense que Moroz a été victime de Lucius Malefoy et d'un sortilège de confusion puissant. Normal, c'est le seul mangemort qui peut fréquenter régulièrement le département des mystères. Il a dû vouloir obliger le bonhomme à lui rapporter la prophétie, mais il y est allé un peu fort. De ton côté, ça va comment ?
- Moi, c'est correct. Mais depuis que le club des dix s'est fait la malle, ceux qui ont eu des proches tués ou blessés par ces malades sont littéralement harcelés par les autres élèves. Bones est au bord de la dépression, Ginny et ses frères vont exploser d'ici peu, et ainsi de suite... Oh, et Neville a déjà envoyé un livre à la tête d'un idiot qui lui posait des questions sur ses parents.
- Londubat a fait ça ? s'étouffa Salazar. Eh ben...
- Mais tout de même... Ça commence à réfléchir. Pas mal d'étudiants ne croient pas vraiment à ce que raconte la Gazette.
- Et ils se disent que finalement, p'têt' bien que le jeune Tom est de retour parmi nous, c'est ça ? Mais c'est parfait, ricana Salazar. Bientôt, le crapaud va avoir du mal à gérer ses relations publiques.
- Elle flique tout le monde, répliqua Harry. Ça va pas être simple d'aborder le sujet sans l'avoir sur le dos. Quelqu'un t'a parlé de son nouveau décret ?
- Oui, le jeune Zabini. C'est pas triste, grogna le petit homme de bois.
En effet, le crapaud (pardon à tous les batraciens) avait tout récemment fait très fort avec un énième décret d'éducation, qui figurait désormais en bonne place sur tous les tableaux d'affichage.
PAR ORDRE DE LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD
Il est à présent interdit aux professeurs de communiquer aux élèves
toute information qui ne serait pas en rapport direct avec la matière qu'ils sont payés pour enseigner.
Conformément au décret d'éducation numéro 26.
Traduction en langage non-administratif : si vous tenez à votre paye, bouclez-la.
Nombre d'apprentis sorciers de toutes maisons s'étaient emparés de cet oukase pour en faire un vaste sujet de blagues. Lee Jordan avait démarré les hostilités en signalant à Ombrage qu'en vertu de cette nouvelle règle, elle ne pouvait en aucun cas mettre une colle aux jumeaux Weasley qui jouaient à la Bataille Explosive pendant son cours, puisque ce jeu n'avait rien à voir avec la défense. Le pauvre Lee fit rapidement connaissance avec la plume d'Ombrage, en dépit des menaces de Dumbledore et de McGonagall. La vieille Écossaise vit rouge après cela, récupéra l'objet du délit avec un accio bien placé, et le mit sous les verrous... quelque part où l'on n'en entendrait plus parler. Le gag suivant fut offert par un Serdaigle pendant un cours d'astronomie. Le garçon, d'origine moldue, était arrivé avec un élastique à boucles qu'il avait fixé sur un créneau de la tour, et s'apprêtait à sauter quand ses camarades l'arrêtèrent. Il répondit paisiblement que le saut à l'élastique n'avait aucun rapport avec l'astronomie et qu'en conséquence le professeur Sinistra ne pouvait pas lui interdire de le pratiquer ou l'avertir que c'était dangereux. Une fois que Rogue lui eut expliqué le principe de ce sport étrange, Sinistra parut décidée à tenter elle-même l'expérience.
Les victimes suivantes de la politique soviét... de rigueur du ministère furent Hagrid et Trelawney.
Ombrage semblait déterminée à faire passer sa frustration sur ceux qu'elle jugeait être les maillons faibles du corps enseignant. Leurs cours voyaient désormais quotidiennement la présence de l'insupportable fonctionnaire qui prenait des notes, interrompait, posait des questions pointues. A la surprise générale, Trelawney encaissait le choc mieux qu'Hagrid, bien que Harry l'eût déjà croisée dans les couloirs, la démarche peu assurée et sentant l'alcool presque autant que Sirius. Beaucoup de gens paraissaient croire que le courage pouvait se trouver au fond d'une bouteille... Mais l'astrologue se cramponnait fermement à son poste. En fait, ses cours n'avaient jamais été aussi intéressants. De son côté, Hagrid avait bien retenu les leçons d'Hermione et Sarah, et n'amenait plus que des créatures relativement inoffensives, à l'exception d'un Croup, animal ressemblant fortement à un fox-terrier, et souvent employé à la chasse aux Moldus. Un élève suggéra par voie d'affichage d'en offrir un à Ombrage, sans prendre la peine de vérifier l'arbre généalogique de la dame. Par bonheur pour celui ou celle qui avait commis cette proposition, il ou elle demeura anonyme.
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Si Ombrage mettait les bouchées doubles pour parvenir à ses fins, elle n'était pas la seule. Les étudiants de l'A.P. travaillaient eux aussi d'arrache-pied pour améliorer leurs résultats en défense. Même les Poufsouffle les plus indécis faisaient des progrès appréciables. Il semblait que l'annonce de l'évasion avait mis de la dynamite dans leur moteur personnel. Quant à Londubat... Harry se disait que dans très peu de temps, Rogue allait se douter de quelque chose. Neville n'avait plus rien cassé ni fondu en potions depuis des jours. Il ne bégayait presque plus et se défendait avec énergie à chaque nouvelle session de l'A.P. Certains avaient carrément demandé à Harry de ne plus l'avoir comme partenaire, pour éviter de valser à l'autre bout de la salle sur demande.
Sur le front de l'occlumencie, Harry commençait à être satisfait de ses leçons. Il rêvait un peu moins souvent du fameux couloir, et Voldemort ne s'était plus manifesté. Pour le moment. Sarah insista à plusieurs reprises pour avoir des détails sur ces cours, mais après que Rogue eût assuré que son art n'était malheureusement pas une protection suffisante contre les dragons, elle oublia l'idée. Elle avait par ailleurs beaucoup trop de devoirs pour consacrer ne fût-ce qu'une heure à maîtriser la fermeture de son esprit. En dépit d'un faible nombre d'options, Sarah croulait sous les parchemins à rendre, et il en allait de même pour tous ses condisciples. Harry se demandait comment les enseignants pouvaient s'imaginer qu'un niveau de stress record et des nuits sans sommeil constituaient une saine préparation à une semaine d'examens...
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Le mois de février arriva sans crier gare, et le 14 se rapprochait à une vitesse inquiétante. Harry avait beau se dire que Ginny n'était pas du genre à se prendre la tête pour les petits riens qui formaient la plus grande part de la vie sociale des autres filles, il préféra ne rien laisser au hasard, et s'habilla très soigneusement lorsque la Saint-Valentin pointa le bout de son nez par les fenêtres. Par chance, Ombrage ne partageait pas les idées de Lockhart sur cette journée, et la décoration du réfectoire avait conservé sa sobriété habituelle. Juste avant d'entrer, il repéra Hermione et Sarah qui épluchaient un courrier, l'air très satisfaites.
- Tiens, Harry, tu tombes à pic, lança gaiement Cobbyte. Nous allons avoir besoin de toi.
- Je suis déjà pris, prévint-il en riant.
- Avec Ginny, je sais, coupa Sarah. C'est pas grave, elle pourra participer aussi. Tu peux venir aux Trois Balais vers midi ? Discrètement ?
- Pas de problème. Mais pourq...
- Pas ici. Les murs ont de TRÈS grandes oreilles.
Harry renonça à poser des questions. Il avait pris l'habitude, à présent, de faire ce que Sarah disait sans demander de détails, puisqu'elle ne les donnerait pas avant d'avoir mis son plan à exécution.
Le petit déjeuner se passa sans encombres et Harry fila hors du réfectoire pour attendre Ginny hors de la cohue.
Elle arriva avec un grand sourire, chaudement enveloppée d'une longue écharpe, d'un manteau de laine et de gants, mais elle avait pensé à mettre dans ses cheveux flamboyants la barrette ornée de pierres vertes qu'il lui avait achetée pour le bal de Noël l'année précédente.
- Salut, lança-t-elle joyeusement. On descend ?
- A vos ordres, miss, répondit Harry en s'inclinant devant elle.
Rusard visa leurs autorisations de sortie et ils furent enfin libres. Tandis qu'ils avançaient sur l'allée menant au portail, Ginny jeta un regard navré vers le terrain de quidditch.
- Quand je pense que Ron et les nouveaux batteurs doivent s'entraîner aujourd'hui...
- Non, sérieux ? Angelina exagère un peu, je trouve, compatit Harry.
- Oui... En plus, je crois que Ron s'était trouvé quelqu'un pour sortir à Pré-au-Lard. S'il a de la veine, il aura encore cette après-midi pour se rattraper.
- Qui est-ce ?
- Pas dit. Je finirai bien par le découvrir.
Les grilles franchies, ils descendirent la route de terre vers le village. D'autres couples prenaient le même chemin en bavardant, et Harry s'amusa à les détailler. Sans surprise, Blaise emmenait Padma Patil avec lui d'un air conquérant. Théodore n'était nulle part en vue, ce qui chagrina son camarade. Ceci dit, peut-être s'était-il trouvé un rendez-vous dans un endroit plus discret. Ginny ricana quand ils furent dépassés par Malefoy et Parkinson, puis par Cho Chang et Michael Corner.
- Elle n'a pas perdu de temps pour se consoler, remarqua aigrement la Gryffondor.
- Eh, oublie-la un peu, coupa Harry. Où veux-tu aller ?
Ginny réfléchit un instant.
- Commençons par faire les magasins. Ensuite, nous pourrons toujours aller aux Trois Balais.
Harry soupira intérieurement de soulagement.
- J'ai cru comprendre que Granger et Sarah nous y mijotaient quelque chose, ajouta-t-elle d'un air innocent.
Harry déchanta.
Ils parcoururent le village en tous sens, explorant les nouvelles inventions de Zonko et de Honeydukes. Des affiches avaient été collées sur les vitrines, comme du temps où Sirius était l'ennemi public numéro un. La différence majeure était que les détraqueurs brillaient par leur absence. Comment avouer qu'ils avaient échappé au contrôle du ministère ?
La pluie commença à tomber alors que le tandem sortait de chez Derviche et Bang.
- Café, décréta Ginny.
Harry ne se fit pas prier pour la suivre en direction des Trois Balais.
Le décor avait été changé pour l'occasion, mais sans fanfreluches ou renfort de peinture rose. C'était tant mieux, car le Serpentard n'aurait pas toléré de déjeuner dans une réplique du bureau d'Ombrage. Quelques semis de confetti assez discrets ornaient les tables et le comptoir où Rosmerta s'activait, vêtue d'une robe fuchsia qui se repérait de loin. Point de Sarah en vue, mais Théodore, en pleine discussion dans un coin avec une fille blonde dont on ne voyait que la longue crinière pâle. Puis Harry entraperçut une boucle d'oreille en forme de bolet...
Les deux apprentis sorciers s'installèrent à une table éloignée de la porte et commandèrent deux bièraubeurres en attendant l'heure de déjeuner. Puis ils commencèrent à parler. Quidditch, A.P., Ombrage, les sujets ne manquaient pas, et c'était parfait pour Harry, qui se sentait aussi adroit que Londubat lorsqu'il s'agissait d'aborder les sentiments qu'il vouait à l'orageuse rouquine assise en face de lui. Il ne voyait pas comment traduire en mots l'impression de libération qu'il éprouvait chaque fois qu'il se trouvait avec elle, comme si tous les soucis, cette histoire de prophétie et Voldemort avaient cessé d'exister.
Malheureusement, sa petite bulle éclata brusquement quand Hagrid entra dans le pub pour prendre un verre. Le garde-chasse vint directement à leur table et Ginny se retint tout juste de lever les yeux au ciel. La figure tuméfiée d'Hagrid était parfaite, il est vrai, pour vous enlever toute idée de rendez-vous galant pendant un moment. Par chance, il ne resta que le temps de leur souhaiter une aussi bonne journée que possible, avant de marmonner quelque chose à propos d'un énorme travail qui l'attendait, et des histoires de famille à régler. Les deux ados le regardèrent partir avec ahurissement.
- Je ne sais pas ce qu'il mijote encore, mais j'espère bien qu'il ne va pas nous l'amener en cours. Ou alors j'abandonne son option l'année prochaine, prévint Ginny.
- C'est ce que j'ai prévu de toute façon, décréta Harry. Si j'ai vraiment envie d'apprendre des choses sur les créatures magiques, ce sera à la bibliothèque, et sans attraper la mort sous la pluie.
Ginny approuva gravement.
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Ils causaient encore de petits riens, des dernières trouvailles de Fred et George et des écoutes de Salazar, quand Hermione et Sarah les rejoignirent, traînant avec elles la dernière personne qu'Harry avait envie de voir, ce jour-là comme les autres : Rita Skeeter.
Voyant cet étrange équipage, Théodore et Luna quittèrent leur table et se rapprochèrent.
- Vous êtes en avance, remarqua le jeune homme.
- Quelqu'un pensait avoir flairé un bon scoop, ricana Sarah.
- Si j'avais su que vous rencontriez cette bonne femme, grommela Harry, j'aurais pensé à ramener une bouteille d'insecticide...
Rita lui jeta un œil passablement inquiet, avant de prendre place à la table la plus éloignée de la porte, toujours encadrée par les deux filles. Harry s'assit à son tour, ainsi que ses trois autres comparses. Rita semblait dévorée de curiosité à l'égard de Ginny et sa main se dirigea vers l'ouverture de son sac, mais le regard noir de Granger lui ôta toute envie d'écrire pour le moment.
- Qu'est-ce que vous avez encore inventé ? demanda Harry, en regardant plus spécifiquement Sarah.
Celle-ci se fendit d'un sourire... diabolique.
- Il se trouve que nous avons eu une idée, Granger et moi, pour assurer un minimum de couverture médiatique à ton histoire. Enfin... Granger m'a donné les moyens d'assurer une couverture médiatique à cette affaire, pour être plus exacte.
Elle coula un regard narquois en direction de Rita Skeeter, laquelle semblait avoir bien du mal à contenir ses envies meurtrières vis-à-vis de la jeune fille.
- Et comment comptez-vous vous y prendre ?
- Simple, décréta Sarah. Si Miss Rita ici présente ne t'écoute pas et ne prend pas la peine de réaliser une entrevue dans les règles de l'art pour la faire publier, nous envoyons sur-le-champ un courrier au ministère pour leur signaler qu'il y a un animagus de scarabée non déclaré qui se balade dans la nature. Et nous leur disons aussi où la trouver.
Rita parut sur le point d'étouffer. Le cramoisi de son visage allait très mal avec les restes de son ancienne gloire, songea Harry. Ses lunettes rose vif avaient perdu quelques-unes de leurs fausses pierres, ses ongles n'étaient plus si soignés, pas plus que sa coiffure, que la laque avait désertée. Sa robe n'avait pas dû voir un fer à repasser depuis un moment. Il ignorait combien Sarah comptait payer l'affreuse bonne femme, mais n'importe quelle somme serait sans doute la bienvenue.
- Que voulez-vous que j'écrive ? grogna-t-elle en montrant presque les dents.
- Quelque chose de plus réaliste que les salades du ministère à propos de Voldemort, répondit Hermione.
- Passez-lui une serviette, demanda Sarah, alors que Skeeter tentait d'éponger le whisky qu'elle avait répandu sur sa robe à la mention du nom de l'ennemi public numéro un.
- Vous voulez dire... un récit exclusif de ce qui s'est passé pendant le tournoi des Trois Sorciers ?
Théodore dissimula son sourire dans le contenu de son verre. La vieille Skeeter avait avalé l'hameçon avec la ligne et le flotteur en prime. C'était si simple de savoir par quel biais la prendre.
- Oui, c'est ce que nous avons en tête, confirma Hermione.
- Oh, j'imagine le titre : « Potter accuse », avec en sous-titre : « Harry Potter révèle les noms des Mangemorts qui se cachent parmi nous »... Voilà qui ferait vendre, c'est certain.
Son expression ravie mourut peu à peu tandis que les six apprentis sorciers la fixaient avec une intensité que d'aucuns auraient jugée prédatrice. Oui, même Luna Lovegood avait l'œil dur et brillant de l'emblème de sa maison en observant la journaliste.
- Mais personne ne publiera jamais une telle histoire, reprit Skeeter avec une pointe de déception.
- Rapport à la ligne officielle du parti... euh, de la Gazette, veux-je dire ? interrogea rudement Sarah. Monsieur le Ministre n'accepterait pas de voir paraître ce type d'article ?
- Évidemment, répondit Rita d'un ton hautain. Fudge contrôle ce qui passe dans le journal, et je puis vous garantir que CA ne verra jamais le jour. Et de toute façon, personne n'a envie de lire quelque chose qui présenterait Harry et Dumbledore sous un jour positif. Personne ne veut croire que Vous-savez-qui est revenu. Cette évasion a déjà suffisamment inquiété les gens. Non, si la Gazette veut vendre, elle ne fera rien de tout cela.
- A moins, bien sûr, que nous ne le fassions paraître dans un autre périodique, pointa Hermione.
Tout d'un coup, Harry comprit pourquoi Luna, que Granger ne tenait pourtant pas en grande estime, se trouvait à leur table.
- Et que suggère Miss Parfaite Je Sais Tout ? ironisa la gratte-papiers.
- Le directeur du Chicaneur a accepté de publier l'entrevue, énonça Hermione.
Skeeter faillit s'étrangler avec son whisky, toussa, émit un grognement avant de se perdre dans un éclat de rire franchement méprisant. Plusieurs clients se retournèrent vers leur petit groupe avec curiosité, voire un peu d'inquiétude.
- Le Chicaneur ! ricana-t-elle. Cette feuille de chou est tout juste bonne à servir de papier-toilette !
- C'est mon père qui dirige le journal, dit Luna d'un ton paisible, comme si la reine du scandale ne venait pas d'insulter le journal en question.
A voix basse, Théodore apprit à Harry que Mr Lovegood était aussi l'imprimeur, le rédacteur, le service d'abonnements et le publicitaire de son papier. En somme, une petite industrie à lui tout seul, à qui on ne pouvait reprocher, justement, que d'être si petite, et de générer aucun emploi autour d'elle, bien que le besoin s'en fît ressentir. Mais les sorciers avaient du mal à intégrer la notion de processus industriel et de production de masse.
- Enfin, puisque vous trouvez le niveau du Chicaneur si bas, vous devriez apprécier une occasion de le relever, rétorqua Granger. Voilà une première page qui risque de faire date, ne croyez-vous pas ?
- Mais qui va prendre au sérieux un article publié dans ce torchon ? s'indigna Skeeter.
- Sans doute pas tout le monde, intervint Théodore, mais des gens trouveront les explications de Harry à propos du tournoi et du reste sans doute plus cohérentes que les propos lénifiants tenus par Fudge. Peu importe qu'elles soient publiés dans un... dans un journal un peu à part. Ça va leur plaire.
Rita finit son verre et réfléchit un bon moment. Puis elle ouvrit son sac et déballa son matériel.
- Et je serai payée combien pour ça ?
- Ça dépendra de la qualité de votre travail, dit sèchement Sarah. Si c'est bien fait, vous nous trouverez généreux.
Hermione parut sur le point de dire quelque chose, mais la Serpentard lui jeta un regard plein d'un amusement froid.
- Il ne faut jamais décourager les bonnes volontés. Prêt, Harry ?
- Autant qu'on peut l'être.
- Alors allons-y, lança Skeeter en affûtant sa plume.
