Bonsoir à tous mes lecteurs ! Bienvenue pour ce nouveau chapitre, et bonne année à tous !
Je vous souhaite comme toujours un agréable moment en compagnie de Harry et ses comparses. Amusez-vous bien. :)
Chapitre 26 : Vu et Imprévu
Le Chicaneur ne publierait sans doute pas l'entrevue dans sa toute prochaine édition, avait prévenu Luna. Son père travaillait pour l'heure sur un important article concernant les créatures fantastiques, et le reste passait au second plan. Blaise, volontiers paranoïaque par moments (sans atteindre les sommets de Maugrey, cependant), se demandait si papa Lovegood n'était pas à la solde du ministère, pour retarder ainsi la parution de l'entretien. Théodore opinait plutôt qu'un journaliste qui s'autofinançait, et ne dépendait donc pas dudit ministère, avait plus de latitude pour écrire ce qu'il voulait, et si ses lecteurs avaient envie de lire des histoires de bestioles bizarres et de sorciers qui montaient dans la lune, c'était leur droit.
Depuis la rencontre avec Skeeter, le garçon semblait être sorti de sa coquille. Alors que Harry était prêt à passer sous silence la présence du vieux Mr Nott parmi les partisans de Voldemort, son camarade avait au contraire lourdement insisté sur ce point. Dans l'attente des résultats de leur démarche, ils se rongeaient tous les deux les ongles.
Peu de gens étaient au courant de leur démarche, mais de ceux-là ils reçurent néanmoins un soutien sans faille. La seule qui regrettait un (tout petit) peu cette escapade journalistique était Ginny. L'entrevue avait duré si longtemps que lorsque Skeeter avait pris congé, il avait fallu rentrer au château. Pour une Saint-Valentin, c'était un peu léger, Harry devait bien en convenir, et il dut promettre de se rattraper à la prochaine occasion. Du moins, si Dean Thomas lui en laissait l'occasion. Le Gryffondor lui avait jeté des regards assassins pendant tout le dîner du 14 février, et les deux jours suivants, il ne l'avait pas mieux considéré. Harry en avait mentalement levé les yeux au plafond. Il ne lui manquait plus qu'un jaloux pour compléter sa galerie des calamités... Mr Thomas ne rêvait déjà que bagarre avec les serpents depuis que, selon ses dires, Blaise Zabini avait corrompu les jumeaux Weasley. Certes, le trio infernal passait beaucoup de temps à concocter potions et sortilèges dans des recoins discrets de l'école, mais Harry, ou même Sarah, aurait été bien en peine de dire qui avait contaminé l'autre...
Et ce n'était pas le Quidditch qui allait détendre l'atmosphère chez les rouge et or. Ils s'étaient fait piler par les Poufsouffle lors de leur dernier match. Le gardien et l'attrapeuse n'avaient pas démérité, mais que faire quand ni les batteurs ni les poursuiveurs ne sont à la hauteur ? Les deux autres maisons jugèrent plus prudent de ne pas manifester leur avis sur le résultat et d'attendre que la vapeur retombât un peu. Même si Serpentard était fichtrement bien parti pour remporter la coupe cette année...
La coupe, cependant, était bien le dernier des soucis de Harry. Depuis qu'il avait été viré de l'équipe, il avait nettement plus de temps libre pour s'atteler aux montagnes de devoirs qui l'attendaient, et surtout, pour s'attaquer à l'occlumencie de Rogue. Il ne savait pas s'il était vraiment bon ou pas, mais pendant les huit semaines qui suivirent la rentrée, il ne fit pas le moindre cauchemar. Aussi, lorsqu'une nuit l'image obsédante du couloir fermé par une porte noire, revint, il fit un gros effort le lendemain matin pour en noter tous les détails. Cette fois, elle était entrouverte et laissait filtrer une lueur bleue. Le sentiment d'impatience grandissait. Il le rapporta aussi fidèlement que possible à Rogue.
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Harry ne savait pas encore que son directeur avait pu tirer de ce qu'il avait vu quand sa petite campagne de presse commença à porter ses fruits.
Comme toujours au petit déjeuner, la table devant Sarah était encombrée d'une pile de papiers. Elle avait la Gazette, un journal moldu, des lettres. Elle paraissait follement s'amuser. Pour une fois, elle n'était pas la seule de la tablée à lire les nouvelles avec attention. Beaucoup d'élèves souhaitaient, pour diverses raisons, en savoir plus sur les mangemorts évadés.
- Tu es dans le journal, dit Sarah sans lever le nez de son courrier, alors que Harry prenait place.
- Comment savais-tu que c'était moi ?
- Ta façon de marcher. Tiens, ajouta-t-elle en lui tendant un exemplaire du Chicaneur.
Il le déplia discrètement sous la table. La une était assez alléchante pour faire venir des lecteurs supplémentaires. Papa Lovegood s'y connaissait en publicité.
HARRY POTTER PARLE ENFIN :
LA VÉRITÉ SUR VOUS-SAVEZ-QUI ET LE RÉCIT DE SON RETOUR
L'article s'étalait sur plusieurs pages, encadré d'histoires de l'acabit habituel sur les colonnes extérieures. Le compte-rendu de la séance occulte du cimetière, assez fidèle pour une fois, résidait entre un texte sur les tortues et une histoire d'aiguilles à tricoter légendaires.
- Attends-toi à recevoir pas mal de courrier aujourd'hui, mon vieux, murmura Théodore après avoir jeté un œil sur le périodique.
De fait, un hibou vint se poser devant Harry dans les dix minutes qui suivirent. Puis un autre. Puis encore trois, puis toute une tribu de rapaces qui se bousculaient pour distribuer leurs missives. Ses voisins triaient les lettres et chassaient les oiseaux, tandis que les plus jeunes se rapprochaient vivement pour voir de quoi il retournait. Sous le regard étonné du reste de l'école, une dizaine de Serpentard commença à éplucher le courrier tout en éjectant plumes et enveloppes déchirées qui allaient s'entasser par terre en un amas de plus en plus volumineux. Des exclamations ravies ou dépitées saluaient chaque lecture.
- Celui-là dit que tu devrais te faire soigner, dit Rena Fallstar, grognon.
- Et celle-ci est vraiment convaincue, dit Beline Urquhart en agitant une feuille.
- Le mien est plutôt partagé, grogna son frère Philip.
- Hé, celui-là est bon. « Après avoir lu votre version de l'histoire, je suis bien obligé d'admettre que la Gazette vous a traité très injustement, pour ne pas dire qu'elle a menti. Bien que je ne veuille vraiment pas croire que Vous-savez-qui soit de retour, je suis forcé de reconnaître que vous avez dit la vérité », plastronna Robert FitzRoy. Excellent ! Millie, elle dit quoi, la tienne ?
- C'est un type un peu sceptique, mais qui pense quand même que la version de la Gazette présente trop d'incohérences pour être crédible.
- Cool ! approuva Sarah. Ah, pas de chance, le mien n'est pas d'accord du tout.
Harry aperçut Malefoy qui les regardait avec beaucoup d'intérêt. Incapable de résister à la tentation, il finit par se lever pour inspecter cet amas de missives.
- C'est du courrier de fans, Potter ? demanda-t-il d'une voix traînante.
- C'est une façon de voir les choses, répondit Harry avec bonne humeur. Ça te tente ? dit-il ensuite en lui tendant le Chicaneur.
Malefoy fut dispensé de répondre par l'arrivée d'Ombrage, que l'attroupement et les hiboux avaient fini par attirer.
- Que signifie tout ceci, Mr Potter ?
Harry garda pour lui tout commentaire visant à comparer la professeur de défense avec la méchante sorcière de l'Ouest et répondit avec le sourire.
- Des gens m'ont écrit pour réagir à un article. A propos du mois de juin dernier.
- Un article ? Quel genre d'article ?
La voix d'Ombrage se voulait menaçante, mais son timbre haut perché ne parvenait qu'à vriller les oreilles de ceux qui pouvaient l'entendre.
- Un journaliste m'a posé des questions, expliqua Harry avec un sourire angélique. La moindre des politesses était d'y répondre.
Zabini renifla bruyamment pour déguiser un début d'éclat de rire, puis plongea derrière les pages de sa Gazette. Ombrage repéra le Chicaneur sur la table, s'en empara et commença à lire la couverture. Ses gros yeux parurent prêts à sortir de leurs orbites.
- Vous avez osé... glapit l'enseignante. Quand avez-vous participé à cette entrevue ?
- Pendant la dernière journée à Pré-au-Lard.
- Alors il est hors de question que vous y retourniez jamais, décréta Ombrage.
Harry ne releva même pas. Les capes d'invisibilité étaient faites pour ça.
- Et votre mensonge éhonté vous vaudra une semaine de retenue.
Quelle importance, elle n'avait plus sa plume chérie...
- Et... disons cinquante points de moins pour Serpentard.
Là, c'était nettement moins drôle, même avec l'avance confortable dont disposait la maison. Un début de grognement s'éleva de la table en vert, mais dans le dos d'Ombrage, Rogue fit « non » de la tête, et les murmures de protestation s'éteignirent aussitôt.
Quelques heures plus tard, un nouveau décret fit son apparition, déclenchant une crise de joie quasi démente de la part de Sarah.
PAR ORDRE DE LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD
TOUT ÉLÈVE SURPRIS EN POSSESSION DU MAGAZINE LE CHICANEUR
SERA RENVOYÉ SUR-LE-CHAMP, CONFORMÉMENT AU DÉCRET D'ÉDUCATION
NUMÉRO VINGT-SEPT.
- Yeepee ! claironna Cobbyte en lisant l'affiche. Ça n'aurait pas été mieux si j'avais tenté de la manipuler pour obtenir ce type de réaction ! Interdire à un être humain de faire quelque chose sans lui expliquer pourquoi, c'est le meilleur moyen pour qu'il le fasse. Tu vas voir que les ventes du Chicaneur vont exploser en un rien de temps !
On pouvait faire confiance à Sarah pour ce genre de prévisions. Avant la fin de la journée, l'entrevue était devenue le sujet de conversation le plus fréquent dans les couloirs. Luna fit savoir à ses comparses Serpentard qu'elle croulait sous les demandes pour des abonnements ou des bons de commande. Tout le monde lui posait des questions. Elle leur dit aussi que Théodore, en vrai gentleman qu'il était, se chargeait de lui faire des copies des pages interdites pour faire face aux exigences des étudiants, à charge pour eux de les enchanter ensuite pour ne pas se faire prendre par Ombrage.
Celle-ci passa les deux jours suivants à fouiller les affaires des élèves, mais elle ne trouva jamais que des feuilles blanches, des rouleaux de parchemin inoffensifs et de toute façon, ne pensait pas à fouiller les élèves eux-mêmes. Un journal se glissait facilement dans la ceinture, sous un pull ou une robe, sans que le damné crapaud eût jamais l'idée d'aller chercher là. Des petits malins tournèrent son manque d'imagination à leur avantage en dissimulant des exemplaires du Chicaneur dans les toilettes ou sous les coussins des fauteuils dans les salles communes.
Tout naturellement, les professeurs mirent eux aussi la main à la pâte. Le précédent décret d'éducation les réduisait au silence sur cette affaire, mais ils disposaient de bien d'autres moyens pour manifester leur désapprobation vis-à-vis d'Ombrage. Si quelqu'un soupçonna McGonagall ou Flitwick d'avoir trafiqué certains livres de défense contre les forces du mal pour en faire des comics de chez Marvel étiquetés « Entraînement pour Aurors débutants », personne ne se permit d'en faire la remarque. Serpentard regagna ses cinquante points perdus à une vitesse record pour cette maison, sans même que Rogue eût besoin de faire du zèle. Dire que les vert et argent étaient devenus populaires relevait tout de même de l'angélisme aggravé, mais au moins, ils pouvaient circuler dans les couloirs sans risquer l'embuscade à chaque tournant. En interne, certains devaient bouillir, cependant. Harry imaginait très bien ce que Malefoy, Crabbe et Goyle devaient penser, ainsi que leurs supporters. Leurs pères étaient nommés dans l'article, mais attaquer Harry sur ce point revenant à admettre qu'ils l'avaient lu, ils étaient contraints au mutisme, ce qui amusait beaucoup le reste de leurs condisciples. Il y avait alors moins d'une centaine d'élèves par maison, avait calculé Harry, et à Serpentard, environ un cinquième des effectifs était complètement acquis à Malefoy. A peu près autant pour lui. Le reste naviguait entre deux eaux, comme d'habitude, et attendait de voir quelle direction le vent prendrait. Mais l'article de Skeeter semblait donner de bons résultats sur ces indécis.
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Pour fêter en beauté ce nouveau grand succès de leur mouvement de désobéissance civile, Blaise organisa une petite fête dans la salle sur demande. Merlin seul savait comment il avait fait entrer une telle quantité de bièraubeurre dans le château sans se faire pincer. Les représentants des quatre maisons burent donc à la santé du père Lovegood (Puisse-t-il trouver des centaines de Ronflacs cornus !), à la défaite d'Ombrage et à celle du ministre aux prochaines élections.
Harry ressortit de là en ayant le tournis. Il souffrait aussi d'une migraine lancinante. Peut-être fut-ce pour cela qu'il parvînt à voir des choses qui ne lui étaient pas destinées, ce soir-là.
Il émergea de sa torpeur assis contre le mur de pierre froide et de petits points rouges dansaient dans son champ de vision. Voldemort était en train d'exprimer son mécontentement à l'un de ses serviteurs pour avoir manqué une information essentielle. Harry se massa le front avant de se remettre debout. Il était plus que temps de regagner les quartiers de Serpentard, avant que Rusard ne le trouvât pour lui mettre une colle. Néanmoins, Harry avait appris quelque chose d'essentiel, lui aussi. Moroz devait aller chercher quelque chose, sans doute la fameuse prophétie que l'autre malade voulait s'approprier, mais pour une raison ou une autre, s'était trouvé dans l'incapacité de le faire. Il faudrait creuser sur les conditions d'accès à ces soi-disant prédictions.
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Et sans que Rogue en entendît parler, ce qui n'était pas chose facile. Le maître des potions se montrait globalement satisfait des progrès de son élève en occlumencie, ce qui voulait dire qu'il rendait les exercices encore plus difficiles, et Harry, en se rendant à son cours particulier, avait bien du mal à ne pas penser aux recherches qu'il avait demandées à Sarah le matin même au sujet des devins, diseurs de bonne aventure et autres dans le monde sorcier, pour peu qu'il fût prouvé qu'ils ne carburaient pas aux champignons bizarres.
Rogue le fit entrer, l'air un peu agacé. Harry se permit de hausser les sourcils.
- Savez-vous, demanda Rogue en refermant la porte, que pour la première fois depuis des lustres, le professeur Binns a demandé des sanctions à l'encontre d'un de ses élèves ?
- Blaise, je suppose, avança Harry.
- Vous supposez bien. Sa petite performance comique concernant la crémation des sorcières n'a pas eu l'heur de plaire à notre professeur fantôme.
- N'empêche, il a eu raison de secouer un peu le cocotier, objecta Harry. Le cours pouvait se résumer à : "les Moldus étaient d'affreux idiots intolérants qui cramaient tout ce qui bouge." Pourquoi en est-on venu là ? Je veux dire, à considérer les sorciers comme les amis du diable ? Il y a des saints et des personnages de la Bible qui ont des pouvoirs semblables aux nôtres, non ?
- C'est tout à fait exact, répondit Rogue. Mais il en était des sorciers avec les Moldus comme des Serpentard avec le reste de l'école : ceux qu'on voit le plus sont les plus malfaisants. De tous temps, de nombreux sorciers se sont crus meilleurs que les Moldus et ont décidé que leurs voisins n'étaient bons qu'à leur servir de cobayes ou de divertissement. La fameuse Gwendolyne la Fantasque dont il est fait mention dans un de vos livres d'histoire a dû ses quarante-huit arrestations à des actes criminels contre des Moldus. Vider le cellier d'une famille en plein hiver, à l'époque, suffisait à condamner ces pauvres gens à mort. Transformer une femme en chèvre et doter une autre d'un bec de canard n'était pas très bien vu non plus. Au total, elle a dû causer, directement ou non, la mort d'une quinzaine de personnes, et l'exil ou le déshonneur pour une trentaine d'autres.
- Dans le livre, on disait qu'elle n'avait été arrêtée que quarante-sept fois, pointa Harry.
- Oui, les auteurs préfèrent oublier la dernière. Une de ses précédentes victimes l'a reconnue dans la rue, elle a été de nouveau capturée, et cette fois, les juges et le bourreau ont pris quelques précautions. Baguette et mains brisées, la langue coupée et les yeux crevés. Inutile de dire que le feu a fait son office... Et si ça n'avait pas été le cas, la volée de flèches et le découpage qui ont suivi l'auraient achevée de toute façon.
Harry hocha la tête, impressionné. Si jamais il accédait à de hautes fonctions dans le monde sorcier, il commencerait par faire quelque peu réviser les programmes scolaires.
- Bien, reprit Rogue. Si nous nous mettions au travail ?
Harry hocha lentement la tête. Il s'installa à bonne distance du bureau, peu soucieux de retomber dessus comme cela lui était arrivé lors d'une de leurs premières séances. Rogue leva sa baguette et son élève songea à un mur de briques...
Malheureusement, le professeur avait eu le temps de s'habituer à cette défense, et Harry vit des fissures apparaître dans sa protection. Et tandis que Rogue tentait de forcer le mur, il lui sembla que les images qu'il invoquait s'effaçaient, que la pièce où ils se tenaient devenait plus réelle. Puis elle fut de nouveau floue, et Harry se trouva au milieu d'une marée de souvenirs qui n'étaient pas à lui, mais ceux d'un garçon au nez tordu qui se cachait dans un coin pendant que deux adultes se disputaient violemment, ceux d'un très jeune homme qui paraissait attendre quelque chose, enfermé dans une cellule minuscule et froide...
- ASSEZ !
Harry recula sous la puissance du mot comme si on l'avait frappé. Il se cogna dans une étagère et sentit un flacon vaciller dans son dos. Il tendit la main pour le retenir, mais le verre lui échappa et s'écrasa par terre en projetant son contenu sur les dalles.
- Je suis désolé, bégaya Harry en essayant de réparer la fiole d'un geste tremblant. Je suis vraiment désolé.
Il éprouvait une peur panique à l'idée que Rogue fût mécontent de lui, ou qu'il eût été trop indiscret en se propulsant dans ses souvenirs.
- Eh bien... Voilà qui constitue un net progrès, commenta Rogue d'un ton neutre. C'était... innovant, pour le moins.
Harry n'osait toujours pas le regarder. Il entendit le verre se reformer avant de retourner à sa place, et le contenu être dissipé d'un evanesco plein de ressentiment. La suite du cours, si suite il y avait, allait être des plus déplaisantes, il le savait.
- Vous avez peur ? demanda Rogue, d'une voix beaucoup plus calme.
Le garçon haussa les épaules.
- Je ne vais pas mordre, poursuivit l'enseignant. Sûrement pas pour ce que vous venez de faire. Mais il serait bon, si cela devait se reproduire, que vous appreniez à vous modérer un peu. Vous n'avez pas envie de voyager dans l'esprit du seigneur des ténèbres. N'est-ce pas ?
- Non monsieur, croassa Harry.
- Alors nous nous sommes bien compris, assura Rogue d'un ton presque conciliant. Je pense que nous ferions mieux d'en rester là pour ce soir.
Harry hocha la tête et se dirigea vers la porte. Il avait la main sur la poignée quand un grand cri le fit violemment sursauter.
- Quelqu'un a piégé la porte ? hoqueta-t-il, son cœur battant la chamade sous l'effet de la surprise brutale qu'il venait d'éprouver.
Rogue saisit à son tour la poignée et tira un coup sec. La porte s'ouvrit sans effet. Les deux Serpentard échangèrent un regard interloqué, puis un second cri perçant leur parvint. Rogue marmonna une malédiction et prit la direction des escaliers, Harry sur les talons. A mesure qu'ils montaient, les cris devenaient plus puissants et plus nets, et le garçon entendit clairement la voix, qu'il identifia comme celle d'une femme, répéter « Non, non, non ! » sur un ton pitoyable.
En débouchant dans le grand hall, il faillit percuter Rogue qui était resté planté sur le seuil, apparemment ahuri par ce qu'il voyait. Harry se faufila à côté de son directeur, et de fait, le spectacle avait de quoi laisser pantois.
Trelawney se tenait au milieu du hall, baguette en main, les yeux furieux derrière ses lunettes épaisses, ses bracelets cliquetant bruyamment tandis qu'elle agitait les bras en direction de quelqu'un qui restait dissimulé par la foule des élèves qui s'étaient précipités hors de la grande salle. Deux grosses malles se trouvaient non loin, lancées sans ménagement sur le dallage. Jamais Harry n'avait vu l'astrologue dans un tel état de rage. Et une fois lancée, il paraissait impossible de l'arrêter.
- C'est HORS DE QUESTION ! clama Trelawney. C'est parfaitement contraire aux statuts de l'établissement ! Vous pouvez me virer, encore que j'aimerais bien savoir pourquoi, mais vous ne pouvez pas me jeter dehors ! Votre papier ne vous donne pas ce droit !
- Oh, vous voulez savoir pourquoi ? s'enquit mielleusement une voix aiguë. Vous ne voyez pas pourquoi le ministère de la Magie a signé votre ordre de révocation ? Vous ne croyez pas que vos pitoyables performances en tant qu'enseignante y sont pour quelque chose ?
- PITOYABLES ? s'exclama Trelawney, ses talismans cliquetant plus furieusement que jamais. De la part de quelqu'un dont les cours ne sont pas autre chose qu'un entraînement à la lecture premier âge, je trouve ça COMIQUE !
Rogue émit un petit sifflement admiratif. Harry approuva. On aurait dit McGonagall dans ses plus beaux jours, et c'était peu de le dire. Ladite McGonagall observait la scène avec un sourire de mauvais augure vissé au coin des lèvres. Quand elle se mettait ainsi à sourire comme le chat de Lewis Caroll, il valait mieux se trouver ailleurs que sur son chemin. Quant aux étudiants, ils semblaient partagés entre l'ahurissement le plus total et des ricanements de connaisseurs. Certains allaient sûrement prendre des notes.
- Vos piaillements ne changeront rien au fait que vous devez vider les lieux, dit Ombrage avec agacement. Et si vous pouviez le faire tout de suite, ce serait parfait.
- Je ne crois pas que ce soit possible, dit la voix familière du directeur.
Comment Dumbledore avait ouvert les portes de chêne du hall sans faire de bruit, mystère. Ce qu'il était allé mijoter dehors, bonne question. Il avança dans un battement de robes bleu foncé jusqu'à Trelawney, toujours tremblante d'indignation.
- Pas possible, répéta Ombrage, narquoise. J'ai peur, professeur Dumbledore, que vous ne saisissiez pas très bien la situation. J'ai sur moi un ordre de révocation signé par moi-même et le ministre de la Magie. En application du décret d'éducation numéro vingt-trois (à ce stade, un Serdaigle de septième année bâilla ostensiblement), j'ai le pouvoir d'inspecter les professeurs...
- Ce dont vous ne vous êtes pas privée, aux dépens du bon déroulement des cours, pointa aigrement McGonagall.
- … de les mettre à l'épreuve, poursuivit Ombrage d'une voix grêle et de les renvoyer s'ils ne répondent pas aux critères établis par le ministère. J'ai estimé que le professeur Trelawney se trouvait dans ce cas et c'est pourquoi j'ai mis un terme à son contrat.
- Oh, vous estimez... reprit Dumbledore sans plus sourire. Et quelle commission valide votre estimation ? Enfin, si vous avez certainement raison concernant la mise à pied de mes employés, je suis au regret de vous rappeler que vous n'avez aucune autorité pour les chasser du château et des appartements qu'ils y occupent. Ce pouvoir-là est encore de ma responsabilité, j'en suis navré pour vous. Le professeur Trelawney pourra donc continuer à habiter ici.
La devineresse redressa sa petite taille et rajusta ses châles.
- Si ce n'est pas trop vous déranger, dit-elle d'une voix faussement gênée.
- Absolument pas, Sibylle. Je souhaite que vous restiez. Professeur McGonagall, auriez-vous l'amabilité de raccompagner Sibylle dans ses quartiers ?
- Naturellement, s'empressa McGonagall, saisissant l'astrologue par le coude.
Un petit coup de baguette, et les valises jetées par terre sans ménagement s'élevèrent au-dessus du sol pour suivre les deux femmes dans l'escalier.
Ombrage les regarda gravir les marches en grinçant des dents. Puis elle retourna sa fureur contre Dumbledore.
- Que ferez-vous de cette bonne à rien quand je lui aurai trouvé un remplaçant qui devra loger dans ses appartements ?
Le directeur se contenta de sourire benoîtement.
- Aucun problème, dit-il avec bonne humeur. J'ai déjà trouvé un remplaçant à Sibylle, et sa conformation particulière l'oblige à vivre au rez-de-chaussée.
Harry échangea un regard interloqué avec Rogue. Le nouvel enseignant était-il handicapé au point de ne pouvoir monter les escaliers ?
- Vous avez trouvé ? glapit Ombrage, coupant leurs réflexions. Dois-je vous rappeler que suivant le décret d'éducation numéro vingt-deux (nouveau bâillement du Serdaigle)...
- Je sais, je sais, le ministère dans sa grande bonté se chargera de nommer un remplaçant au cas où le directeur de Poudlard ne pourrait en présenter un. Or, il se trouve que j'ai rencontré une personne tout à fait qualifiée. Si vous voulez bien, cher ami, ajouta-t-il en se tournant vers la porte.
Un claquement de sabots résonna sur les dalles tandis que le nouveau professeur de divination faisait son entrée dans l'école. Quelqu'un déguisa hâtivement son rire en reniflement bruyant. Harry se pinça pour ne pas pouffer. Il avait déjà vu le personnage, ses cheveux platine, ses yeux bleu saphir et surtout... son corps de cheval alezan.
- Voici le centaure Firenze, qui a bien voulu reprendre les cours. Je pense qu'il est tout à fait au point.
Au moins, le centaure avait évité de se présenter à l'école avec un carquois pour tout vêtement il portait une espèce de gilet de cuir qui rappela à Harry le blouson sans manches d'un pêcheur, et de part et d'autre de son dos un ensemble de poches contenant des parchemins. Toutefois, en y regardant de plus près, il y avait fort à soupçonner que ces poches avaient contenu des flèches.
Ombrage parut un instant comme pétrifiée, puis elle parvint à se ressaisir et ouvrit la bouche.
- Ribit !
Tout le monde resta figé. On avait bien entendu un coassement de grenouille quand l'inquisitrice avait voulu parler, n'est-ce pas ?
- Ribit !
Ombrage vira au cramoisi, ce qui jurait affreusement avec sa veste rose. Quelques ricanements montèrent de la foule des étudiants.
Rogue se mordit la joue, mais cela ne suffit pas, et Harry le vit tourner les talons pour filer dans le couloir vers le donjon. Il retrouva l'enseignant quelques minutes plus tard, plié en deux contre la porte de son bureau par une crise de fou rire irrépressible.
- Je ne sais pas qui c'est, parvint-il à hoqueter entre deux éclats, mais dès que je le découvrirai, je vous promets qu'il aura droit à un joli paquet de points, peu importe la maison !
