Bonjour chers lecteurs.

Pour répondre à une question posée au chapitre précédent, l'identité de l'élève qui a fait parler Ombrage comme une grenouille restera inconnue, mais vous pouvez vous amuser à inventer une petite histoire derrière ce sort si vous voulez.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 27 : Remise à Plat

L'arrivée d'un centaure parmi le corps enseignant causa bien des remous à Poudlard, et ils ne s'atténuèrent pas avec les premiers cours dispensés par Firenze. Ceux qui en avaient fait l'expérience trouvaient sa façon de faire encore plus étrange que celle de Trelawney, mais au moins, la nouvelle salle de classe était bien plus confortable et facile d'accès. D'aucuns prétendaient même qu'on pouvait même faire la sieste pendant les leçons sans risquer d'être vu. Certaines filles semblaient déjà emballées par les beaux yeux bleus du professeur, et il fallait leur rappeler combien de jambes il avait pour qu'elles revinssent un peu sur terre. Trelawney, cependant, disposait toujours d'un bon petit fan-club qui lui apportait des fleurs (Et des champignons pas nets, ajoutait Blaise) tous les jours.

En tout cas, trois jours après l'arrivée de Firenze, Ombrage n'avait toujours pas digéré l'affront, et Harry se demandait nerveusement ce qu'elle allait bien pouvoir inventer pour se venger. Sans compte les multiples blagues dont elle faisait l'objet en classe. Quelqu'un avait tripatouillé les livres qu'elle conservait dans la salle de cours pour les remplacer par des exemplaires de Frankenstein et Dracula, chacun des deux ouvrages portant en préface la mention « Utile pour l'examen ». La réaction d'Ombrage en mettant la main sur ces livres moldus dans son domaine n'eut tout simplement pas de prix.

Harry s'était, comme les autres, beaucoup amusé de cette dernière trouvaille. A présent, il se préparait à découvrir la divination façon Firenze.

# #

Le nouveau professeur s'était vu attribuer une salle au rez-de-chaussée, conformément à ce que réclamait sa morphologie. Harry avait entendu des rumeurs assez étranges sur l'aspect de la classe, mais rien n'aurait su décrire la métamorphose des lieux.

Où se trouvaient à présent les murs de pierre et le dallage du sol ? Le tableau noir ? Les tables, les chaises ? Une mousse épaisse, d'un vert tendre, étouffait désormais le bruit des pas, et de petits arbres avaient été plantés tout autour de la pièce, rendant ses dimensions impossibles à évaluer. Ils poussaient gaillardement, et leurs branches touchaient déjà le plafond, voilant les fenêtres de feuilles toute neuves. Quelques fleurs pointaient ici et là, ainsi que des champignons sur une souche. Le centaure, débarrassé de sa veste multipoches, se tenait au centre d'une « clairière » ; enfin, d'un espace sans arbres au milieu de la classe. Il attendait tranquillement que ses élèves cessassent de s'extasier sur le décor pour prendre place sur une pierre ou contre un tronc, afin de commencer la leçon. Il salua aimablement Harry avant de se tourner vers le reste de la classe. Tous purent alors voir une marque violacée en forme de fer à cheval qui s'étalait juste sous son épaule, et un frémissement de sympathie parcourut le groupe.

- Bonjour à tous. Comme vous le voyez, cette salle a été aménagée pour reconstituer mon habitat naturel. Il aurait été préférable pour la qualité de ce cours que nous le suivions dans la forêt interdite, mais ce n'est hélas plus possible. J'ai été banni par ma horde et suis donc contraint de travailler en intérieur.

- Pourquoi vous ont-ils chassé ? s'offusqua Millicent.

N'ayant jamais croisé de centaures, elle devait avoir du mal à imaginer comment ils pouvaient en vouloir à quelqu'un d'aussi courtois et cultivé que Firenze.

- J'ai accepté l'offre du professeur Dumbledore, et mes congénères estiment que j'ai trahi notre espèce et son savoir en le proposant à des humains.

Harry hocha lentement la tête. Il savait que certains centaures se mettaient dans une rage noire si l'un des leurs s'avisait de permettre à un humain, fut-il blessé, de monter sur son dos. Rien à envier aux sorciers sang-pur, quand on y réfléchissait.

- Nous pouvons commencer.

Un petit coup de baguette, et la luminosité ambiante diminua lentement. Les branches des arbres s'écartèrent et le plafond apparut, bleu sombre et piqueté d'étoiles. Le spectacle était littéralement magique, et des exclamations ravies montèrent des élèves – les garçons comme les filles – qui s'étendaient sur la mousse pour admirer la vue sans se déboîter les vertèbres.

- Observez les cieux, dit la voix douce de Firenze. C'est là que se trouve écrite la destinée de nos espèces.

Harry ne croyait absolument pas au destin, soit dit en passant, qu'il tenait pour « un truc inventé par les instances supérieures pour nous obliger à faire ce qu'elles veulent », Salazar dixit, mais il se sentait si bien, allongé là, qu'il se jura de ne manquer aucun cours de divination jusqu'à la fin de l'année. S'il survivait jusque-là...

Pendant que Harry tenait ces réflexions peu optimistes, Firenze décrivait les recherches des centaures sur les astres et rectifiait quelques idées préconçues, telles que l'influence de telle ou telle planète sur les menus accidents de la vie quotidienne. L'univers était grand. Les petits évènements humains ne l'affectaient pas et n'étaient pas affectés par lui. Ce cours était décidément un exemple parfait de relativisme. Firenze ne cessa de leur rappeler que la divination manquait de précision, que même les centaures les plus savants commettaient des erreurs et qu'il fallait se garder des conclusions trop hâtives. Enfin un véritable esprit « scientifique » chez les sorciers. Quel choc !

Les élèves sortirent du cours à reculons, pour une fois. Cette escapade en forêt artificielle représentait de telles vacances en comparaison du reste de leurs leçons...

Le centaure arrêta Harry sur le seuil de la porte.

- J'aimerais te dire un mot. Tu es un ami de Hagrid, n'est-ce pas ?

- C'est un peu exagéré, dit Harry, aussitôt sur la défensive. Depuis qu'Ombrage s'est lancée dans sa croisade, je ne le vois plus beaucoup.

- Néanmoins, si tu pouvais lui transmettre mon message... Sa tentative est vouée à l'échec. Il devrait abandonner.

- Quelle tentative ? Que veut-il donc faire ?

- Il m'a rendu service, et je le respecte profondément. Mais il ne doit pas s'obstiner. Ce serait mauvais pour lui. Bonne journée.

# #

Peu soucieux d'aggraver encore sa propre réputation ou celle du garde-chasse en étant vu en sa compagnie, Harry avait fait passer le mot à Ginny afin qu'elle transmît elle-même l'avertissement de Firenze, qui l'avait laissée tout aussi surprise que son Serpentard.

Quand elle revint de sa visite, Harry comprit que cela avait été en pure perte. Hagrid avait refusé de préciser la nature de son expérience, mentionnant juste des choses plus importantes que de garder son travail. Harry ne voyait pas trop quoi. La paye de garde-chasse n'était pas mirobolante, si l'on devait en juger par l'équipement de la chaumière d'Hagrid, et connaissant ce Gryffondor bon teint, il devait donner ses cours bénévolement, « pour le bien de la science ». Un souci de plus ? Hors de question ! Harry avait bien trop de choses à faire pour s'occuper en plus de la dernière invention du garde-chasse. Après les chiens à trois têtes et les dragons, il en avait assez vu. Oh, pardon ! Et les araignées géantes ! Si on oubliait les araignées géantes, ça n'était plus drôle.

Heureusement, pour le distraire des BUSE dont la date se rapprochait, il restait les cours clandestins. Il remerciait le ciel que Granger fût désormais trop prise par ses incessantes révisions (et les couches de devoirs qu'elle se rajoutait pour faire toujours mieux que les autres) pour continuer à donner des leçons de défense. Elle était devenu si acariâtre, ces derniers temps, que lui et Sarah redoutaient un esclandre. Toujours à reprocher quelque chose aux plus jeunes, toujours à houspiller ceux qui voulaient rendre leur patronus un tant soit peu décoratif. Quand Sarah lui avait fait remarquer qu'un patronus, au même titre qu'une forme d'animagus, reflétait la personnalité de son lanceur et qu'on ne pouvait donc influer sur son apparence, tout juste si la Granger ne lui avait pas sauté à la gorge pour avoir osé remettre son autorité en cause. Enfin, elle était ensevelie sous ses livres et ses parchemins, et l'atmosphère des cours n'en était que plus légère.

Ce soir-là, les étudiants de la classe supérieure s'entraînaient de nouveau sur leurs protecteurs, les uns produisant de jolies créatures argentées, les autres peinant et suant pour ne faire sortir de leurs baguettes qu'un peu de fumée grise.

- C'est désespérant ! protesta Parvati Patil. Je n'arrive à rien.

- Ce serait mieux si nous avions un épouvantard pour travailler, admit Harry. Mais je ne sais pas où en trouver dans le château, ni comment l'amener ici. Il faudra trouver une autre astuce, dit-il en songeant à la performance théâtrale d'Urquhart déguisé en détraqueur deux ans plus tôt.

Il allait reprendre les essais quand quelqu'un frappa à la porte. Les étudiants échangèrent des regards interloqués. Qui pouvait bien venir en plein milieu du cours ? Il ne leur manquait personne. Harry se dirigea vers la porte tandis que les autres préparaient leurs baguettes au cas où l'intrus voudrait rentrer en force.

Par bonheur, il ne s'agissait que de Beline Urquhart, qui se faufila dans la salle sur demande, l'air surexcité.

- Allons bon, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Fudge est arrivé au château ! lança la seconde année. Il y a deux autres types avec lui, et Ombrage leur a dit qu'ils allaient monter chez Dumbledore !

Harry se frotta le menton.

- Bon, tout le monde dehors ! ordonna-t-il. Rentrez dans vos quartiers en faisant quelques détours. Ce n'est pas la journée pour se faire prendre ici.

En grommelant, ses élèves plièrent bagage et sortirent par petits groupes, surveillant les alentours avant de se lancer dans les couloirs. De son côté, Harry redescendit au trot vers les quartiers de Serpentard, Beline sur les talons.

Ses comparses avaient eu la même idée que lui. Alors qu'il entrait dans la salle commune, encore guère occupée à cette heure - les élèves profitant jusqu'à la dernière seconde de leurs heures libres avant le couvre-feu - Sarah le tira par la manche jusque dans le repaire de Salazar.

- On va nous voir sortir de là tout à l'heure, objecta Beline.

- Des nèfles, coupa Cobbyte. Il y a d'autres portes qui donnent sur les douches et les toilettes, on passera par là.

- J'en apprends tous les jours, marmonna Harry.

- BON ! Vous voulez écouter ce qui se passe là-haut, ou quoi ? brailla la statuette.

Ce rappel à l'ordre ramena immédiatement le silence, et l'équipe se pressa autour du petit bonhomme de bois pour mieux entendre. Sarah agita le reste de la baguette pour monter un peu le son. Les voix leur parvinrent aussitôt avec une excellente qualité. Joli gadget, décidément, cette baguette espionne.

- Que puis-je faire pour vous ? dit la voix de Dumbledore. Je reconnais être assez surpris par un tel déploiement, monsieur le Ministre. En temps normal, j'imagine que Ms Ombrage serait à même de me transmettre vos instructions, ou d'éditer un nouveau décret.

- En effet, répondit Fudge d'un ton compassé, mais il ne s'agit pas tout à fait d'une occasion normale. Voyez-vous, Dumbledore, je crains que cette fois vous n'ayez définitivement dépassé les bornes.

- A quel sujet ?

- Eh bien, en ce qui concerne le recrutement...

- Dites-moi, coupa le directeur d'une voix plus mordante, est-ce le fait que j'ai trouvé un professeur plus vite que Ms Ombrage qui vous froisse, ou le fait que Firenze soit un centaure ?

- Je dirai que les deux points sont sujets à caution, déclara le ministre. Vous êtes - une fois de plus - passé par-dessus l'autorité de la Grande Inquisitrice, et vous mettez en jeu la sécurité de vos élèves.

Sarah plaqua sa main sur la bouche de Blaise pour l'empêcher de hurler une insanité. Les sons voyageaient des DEUX côtés de ce micro macgyvé par magie.

- Je mets en jeu la sécurité de mes élèves ?

- Vous abusez de votre autorité dans cette école, et elle est à présent en contravention avec la loi, poursuivit Fudge. J'ai la preuve que vous avez admis un Moldu dans l'école.

- Maximilian Expea est certes né Moldu, mais si vous vous donnez la peine de le rencontrer, vous vous rendrez compte qu'il manie les sortilèges aussi bien que n'importe quel élève de troisième année, ce qui correspond à sa promotion. Je me permets de vous rappeler que lors de son admission, ni vous ni le collège de gouverneurs n'avez soulevé de protestation.

- Parce que nous étions convaincus qu'il s'agissait d'un sorcier dont les pouvoirs s'étaient manifestés de façon extrêmement tardive ! glapit Ombrage. Mais il n'en est rien ! Il n'est enregistré nulle part. C'est un Moldu qui a volé ses pouvoirs à...

- Auriez-vous l'amabilité de nous expliquer comment ? coupa sèchement McGonagall.

Un silence que l'on devinait embarrassé s'ensuivit.

- Par ailleurs, il a été relevé un manque total de coopération de la part de vos subordonnés envers la Grande Inquisitrice, poursuivit Fudge comme si l'interruption n'avait pas eu lieu. Ce comportement est d'autant moins acceptable qu'il est encouragé par le directeur, c'est-à-dire vous. Sans compter les exactions commises par vos élèves.

- Et celles commises par Ms Ombrage ? contra McGonagall, qui refusait toujours de donner son titre à l'adversaire. Je suis très étonnée qu'aucune suite n'ait été donnée à la plainte déposée pour l'usage d'une plume ensorcelée comme outil de punition, alors que les châtiments corporels sont interdits dans l'école.

Nouveau silence et raclement de chaise.

- L'instruction suit son cours, déclara une voix que Harry ne connaissait pas.

- Ben voyons, marmonna Blaise, avant d'être de nouveau bâillonné par ses comparses.

- Enfin, pour résumer, vous vous montrez une fois de plus totalement incapable d'assumer votre charge, poursuivit Fudge, et vous faites barrage à toute tentative de réforme.

- Non, intervint McGonagall. Nous nous opposons à la façon dont elles sont menées. La méthode "On casse tout et on menace" ne donne jamais de bons résultats. Si vous aviez un tant soit peu étudié l'Histoire moldue, vous le sauriez. La dernière fois qu'un ministre a voulu réformer grand et vite, il s'est retrouvé avec une révolte sur les bras, qui à long terme a fini par lui coûter sa place.

- Minerva...

- Oh, et sa tête, aussi.

Harry imaginait sans peine celle de Fudge à l'énoncé de ce petit rappel historique, ainsi que celle de Dumbledore, incapable de placer son baratin fumeux parce que son adjointe se révélait plus prompte à la réplique, et dotée de meilleurs arguments. Sarah pouffa derrière sa main.

- Enfin bref, trancha Fudge, vous vous êtes rendu coupable de tant d'obstructions aux directives du ministère que vous allez devoir en répondre devant vos pairs.

Ce sera bien la première fois qu'il aura à répondre de quoi que ce soit. Ça va lui faire bizarre, songea Harry.

- Oh... vous comptez m'arrêter ?

- C'est à peu près ça, dit une nouvelle voix, que Harry reconnut comme celle de Kingsley Shacklebolt. Nous sommes chargés de vous accompagner au magenmagot.

- De m'accompagner, tiens donc... Et si, par le plus grand des hasards, je ne souhaitais pas vous suivre ?

- L'art d'aggraver son cas, murmura Théodore.

- Allons Dumbledore, il y a deux aurors qualifiés dans cette pièce et je ne vois pas pourquoi vous feriez des histoires. Admettez, pour une fois, que vous avez des comptes à rendre. Ça arrive à tout le monde. Même à vous.

- Je regrette, mais je ne vais vraiment pas pouvoir vous accompagner...

La suite fut des plus confuses. Il y eut un bruit comme un coup de tonnerre, des chutes, des objets brisés... Un instant de silence. Les Serpentard échangèrent des regards interloqués. Puis la voix de Fudge leur parvint de nouveau.

- OÙ EST-IL PASSÉ ? RETROUVEZ-LE !

- C'est bon, coupez la communication, indiqua Théodore. Nous en savons assez pour aujourd'hui.

- Merci pour cet excellent moment, Salazar.

- Y'a pas d'quoi. Revenez quand vous voulez. C'est pas que je m'ennuie dans ce trou, mais ça m'ferait bien plaisir d'savoir encore parler anglais d'ici l'année prochaine.

Ils se dirigèrent vers les autres portes cachées, situées plus loin dans le couloir. Sarah les avait manifestement entretenues, et elles s'ouvrirent sans grincer. Un coup d'œil à gauche, un autre à droite. Personne en vue dans les toilettes. Harry sortit en arborant l'air le plus naturel possible et se dirigea vers le dortoir. Tandis qu'il enfilait son pyjama, il sentit une vague d'euphorie le traverser. Plus de Dumbledore dans l'école ! C'était presque trop beau pour être vrai ! Finie, la crainte que le vieux ne vînt visiter son esprit ! Finis, au moins provisoirement, les discours lénifiants sur le bien commun et "Fais ce que je te dis, c'est bon pour toi" ! C'était bien la première fois de sa vie, mais Harry se sentait prêt à remercier Fudge. Si ce n'était pas le meilleur scénario possible (celui-ci incluant en plus le départ d'Ombrage), c'était bien le second : McGonagall restait là pour maintenir l'école, mais sans la présence du directeur pour "canaliser" un tant soit peu les étudiants, les jours d'Ombrage dans le collège étaient comptés...

Ah oui, vraiment, merci Mr Fudge !