Bonsoir à tous mes aimables lecteurs, anciens et nouveaux.
Nous allons ce soir parler de futurs métiers et de... désordre dans une école.
Bonne lecture à tous, et n'oubliez pas le petit bouton en bas de la page... :)
Chapitre 29 : Conseils d'Orientation
Par bonheur, les complices d'Harry ne mirent pas trop de temps à revenir de leur voyage à la bibliothèque, où ils avaient dû subir la surveillance aggravée de la Brigade Inquisitoriale, Drago Malefoy en tête. Harry leur fit immédiatement signe de le rejoindre, et le petit groupe s'assit en demi-cercle autour de la cheminée, faisant mine de prendre des notes sur les nombreux livres étalés devant eux.
- Alors ? Quoi d'intéressant ? demanda avidement Sarah.
Harry leur relata aussi discrètement que possible ce qu'il avait découvert dans la pensine de Rogue. Si Théodore parut impressionné, Sarah et Blaise semblèrent assez sceptiques.
- Pas très précise, sa prédiction, remarqua ainsi la jeune fille. Elle dit la fin du septième mois, mais de quelle année ? Et quel septième mois ? Dans l'ancien calendrier, c'était septembre, pas juillet. D'où le nom, d'ailleurs. Si ça se trouve, Jedusor et le vieux se sont trompés tous les deux, et notre « sauveur » n'est pas encore de ce monde. Oh, et autre chose qu'il serait bon de savoir, c'est qui de Tommy ou du dirlo s'est planté le premier. Est-ce monsieur l'innommable qui a interprété ce délire de travers, ou est-ce la réaction de Dumbledore qui l'a mis sur la voie ?
Harry resta perplexe. Les questions de Sarah étaient sensées, les réponses indispensables mais obtenir ces informations se révélerait sans douter autrement plus difficile que d'aller "juste" fouiller dans la pensine de Rogue. Qui le transformerait en une collection d'ingrédients pour potions dès qu'il apprendrait cette indélicatesse. Harry ne pouvait retourner au cours d'occlumencie sans avoir une pensine à disposition pour dissimuler ce souvenir encombrant. Il allait devoir inventer des excuses pour éviter Rogue jusqu'à la fin de l'année. Il avait fait des progrès en occlumencie, mais pas au point de cacher quelque chose d'aussi obsédant à un maître qualifié.
- On lève la session, dit Blaise. Le petit mouchard platine vient par ici.
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Harry eut l'occasion de tester son aptitude au mensonge dès le lendemain. Rogue le retint quelques minutes après un déjeuner, pour planifier une nouvelle leçon d'occlumencie.
- Euh... je ne sais pas quand ce sera possible, professeur, dit Harry, feignant l'embarras. Vu que les examens approchent, nous sommes un peu... surchargés. Entre les révisions et le tutorat, je n'ai plus vraiment le temps.
Rogue inclina légèrement la tête.
- J'imagine... Bien, dans ce cas, je vous encourage à travailler de votre mieux. Si jamais je vous prends le nez en l'air pendant vos... "révisions"...
- Non, non, pas du tout, assura le garçon avant de détaler.
- Il a marché ? demanda Sarah quand il rejoignit ses complices habituels.
- J'espère.
La jeune fille haussa un sourcil, mais ne fit aucun commentaire. Elle tira Harry derrière un pilier et baissa encore plus la voix, si c'était possible.
- J'ai récupéré la baguette que j'avais laissée chez Dumbledore. Maintenant que le vieux est parti, espionner son bureau n'a plus beaucoup d'intérêt. Comme nous ne pouvons pas poser de matériel d'écoute à Grimmauld Place pour le moment, je nous ai trouvé une nouvelle cible. J'ai besoin d'aide pour planquer notre micro chez Ombrage. Tu peux m'aider ?
- Je dois pouvoir faire ça. J'ai tout le matériel nécessaire : la cape, la carte et le couteau que Sirius m'a offert l'année dernière. Manque plus que la main de la gloire, et j'aurai la panoplie complète du parfait cambrioleur.
- Très bien, très bien. Bon, je dois te laisser pour le moment, les jumeaux ont besoin d'aide. Il semblerait qu'ils aient commencé à distribuer des Boîtes à Flemme aux première année, et Hermione veut leur tête, maintenant. J'ai accepté de cacher une partie de leur production. Il y a un magnifique espace inoccupé dans les combles autour du réfectoire, je ne te dis que ça... On pourrait y planquer tout un régiment.
Harry émit un sifflement admiratif, puis se dit qu'il valait mieux tenir Hermione en dehors de tout cela. Elle était déjà d'une humeur massacrante après avoir confondu son devoir de runes avec le dernier essai donné par Rogue, lesquelles runes étaient revenues couvertes de commentaires à l'encre rouge, et assorties d'une remarque grinçante du professeur de potions.
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Les vacances de Pâques passaient à une vitesse folle, et Harry se dépêcha de planifier une visite au bureau d'Ombrage. Grâce à sa carte, il saurait quand la vilaine bonne femme serait absente de son bureau. Hors de question de s'y rendre de nuit : Malefoy veillait, et Harry était certain qu'Ombrage plaçait des sécurités supplémentaires contre les visiteurs nocturnes. Il devait opérer pendant la journée. Plus facile à dire qu'à faire. Les cours n'ayant pas encore repris, le crapaud passait le plus clair de son temps dans cette pièce. Il fallait trouver un moyen de l'en éloigner. Il s'ouvrit de ce problème à Blaise, qui suggéra aussitôt de faire appel à l'inépuisable inventivité des frères Weasley.
- Mais pas tout de suite, précisa Blaise. D'abord, nous devons préparer ces fichus conseils d'orientation.
- Les quoi ?
- Tu n'as pas vu l'affiche ? C'est vrai qu'elle est un peu noyée dans la propagande ministérielle. Viens par ici.
Zabini l'entraîna devant le panneau d'affichage. Un carton, effectivement perdu au milieu des décrets d'Ombrage, stipulait que :
Tous les élèves de cinquième année sont convoqués pour un bref entretien avec le directeur ou la directrice de leur maison, au cours de la première semaine du troisième trimestre, afin d'examiner leurs perspectives de carrière. L'horaire de ces rendez-vous individuels est indiqué ci-dessous.
Harry rajusta ses lunettes et lut qu'il était bon pour une discussion avec Rogue le mardi matin, ce qui le dispensait de se prendre la tête sur les runes anciennes.
- Ils ont été gentils, ils nous ont même fourni des brochures pour nous aider à choisir. Tu viens lire ça, j'ai des œufs de Pâques à partager.
- Ta famille célèbre Pâques ?
- La preuve qu'on peut être catho ET sorcier en même temps. En plus, les leurs sont toujours délicieux. Allez, au boulot ! Soit dit en passant, le crapaud a fait ouvrir le colis et l'a inspecté. Coup de chance, c'est notre gentille Tracey qui s'est chargée du travail, et j'ai pu récupérer mon bien sans que Crabbe ou Goyle aient pu en prélever une part.
Les deux garçons s'affalèrent dans un coin avec une pile de prospectus et une bonne réserve de chocolat. Harry jugea très vite que les dépliants n'étaient guère instructifs. Il secoua la tête en découvrant qu'un simple BUSE et « le sens de la fête » suffisaient – d'après le ministère – pour travailler au contact des Moldus. Un guide de la mode aurait été nécessaire, ainsi que des stages pratiques dans le métro et une maison moldue typique...
- Gringotts propose des options intéressantes, commenta Blaise. Je me verrai bien chez eux. Les farces et attrapes, c'est gentil, mais les revenus doivent être très fluctuants, tu ne crois pas ?
- Tout dépend de l'humeur du client, c'est certain, approuva Harry. Ceci dit, si les rumeurs sur la présence d'un dragon dans les caves de la banque sont exactes, ce ne sera sûrement pas de tout repos.
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Le lendemain, Harry fit passer un mot à Fred et George par l'intermédiaire de Ginny, et leur donna rendez-vous au bas d'un minuscule escalier en colimaçon qui montait près de l'un des angles du réfectoire. Les jumeaux ne connaissaient pas l'endroit et furent assez surpris quand Harry, entre deux paliers, posa sa baguette contre un panneau de bois qui glissa pour révéler une ouverture et un nouvel escalier. Quelques marches plus haut, les trois garçons émergèrent dans le grenier « secret » de Poudlard. Bien sûr, il figurait sur la carte du Maraudeur, mais les jumeaux l'avaient toujours cru occupé et gardé par les elfes de la cuisine. Sarah n'avait pas menti, l'endroit était plus que spacieux. En face de l'entrée, une série de petites ouvertures grillagées donnait sur le réfectoire et permettait de surveiller ce qui s'y passait. Un coin avait été aménagé avec des coussins, une table basse et des étagères sur lesquelles étaient entreposés les articles farceurs des jumeaux.
- Coquet, commenta Fred en s'asseyant sur un coussin.
- Alors, que pouvons-nous faire pour toi, cher partenaire silencieux ? s'enquit George.
- Je dois visiter le bureau d'Ombrage, expliqua Harry, de préférence pendant la journée. Nous allons la mettre sur écoute, précisa-t-il devant l'expression surprise des jumeaux, qui s'illumina d'un coup.
- Brillant, approuva Fred.
- Totalement, confirma George. Je vois déjà comment procéder, mais il faudra t'armer d'un peu de patience. Nous opérerons sans doute après la reprise des cours, histoire qu'un maximum d'élèves profitent de notre performance. Les gens sont en vacances, en ce moment, il faut respecter ce temps de repos.
Harry se retint de rire. C'était bien eux... Sarah ne lui avait imposé aucun délai, aussi leur solution lui paraissait tout à fait acceptable. Ils connaissaient à présent l'emplacement de leur réserve secrète, et pourraient donc y entreposer d'autres objets potentiellement illicites sans recourir aux Serpentard. Harry se demanda si Dumbledore avait déjà mis les pieds dans ce grenier géant. Si oui, il n'avait laissé aucune trace de son passage.
- Bien, dit-il finalement. Je vous laisse faire comme vous voulez. Faites juste en sorte de nous prévenir avant de lancer la grande opération.
- Compte sur nous, proclama solennellement George en lui serrant la main.
Harry aurait pu se méfier, mais il avait rapidement compris que les jumeaux réservaient ce genre de blagues à leurs ennemis : il n'y eut pas de mauvaise surprise.
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Sarah fut très satisfaite d'apprendre leur combine, remarquant au passage qu'en planifiant leur opération lors de la reprise des cours, les deux petits malins s'assuraient un magnifique coup de pub. Théodore se demandait ce qu'ils pourraient faire de mieux que leurs feux d'artifices. Quant à Blaise, il disparaissait fréquemment dans sa bat-cave personnelle pour mettre au point ses propres gadgets.
- Au fait, Sarah, je ne t'avais pas demandé, mais... tu sais quoi raconter à Rogue pour ton entretien d'orientation ?
- A ton avis ? répondit la jeune fille avec un sourire en coin.
- Banque et finance ?
- Eh bien, tu vois que tu le savais.
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Les vacances prirent fin au milieu des grincements de dents. De ce côté-ci du mois d'avril, les examens paraissaient tellement plus proches...
Le lundi matin, alors qu'il quittait le réfectoire pour se rendre en cours, Harry reçut un petit message, glissé dans sa poche, lui annonçant que la grande opération aurait lieu deux jours plus tard en fin d'après-midi, et lui souhaitant de bien profiter du spectacle. Harry se débarrassa du papier dans les toilettes les plus proches avant de courir pour rejoindre ses condisciples.
Les premières réunions d'orientation débutèrent le lundi après-midi, pour les Gryffondor. Neville et Ron revinrent de leur entretien avec une tête d'enterrement. Il semblait qu'Ombrage avait décidé de s'inviter à certains horaires pour étudier les choix et les ambitions des élèves. Harry retint un gémissement quand il comprit que le crapaud assisterait sans doute à sa discussion avec Rogue. Se retrouver coincé entre son directeur et son ennemie jurée, c'était tout ce qui lui manquait ! Il allait devoir calibrer son discours au millimètre ; à la longue, cette auto-surveillance constante commençait à devenir un peu... fatigante.
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Mardi matin, Harry se rendit dans le bureau de son directeur, se sentant parfaitement misérable. Il aurait aussi bien pu y aller à reculons, s'il n'y avait eu personne dans les couloirs pour le remarquer. Une fois arrivé, il frappa deux coups secs à la porte.
- Entrez, Potter !
Harry avala sa salive, et rassembla le peu de courage qui lui restait. Il ouvrit la porte et entra dans le bureau. Il avait fait un effort particulier pour soigner sa tenue. Ombrage n'aurait au moins rien à redire au pli de son pantalon ni à l'état de son pull, si elle s'était donné la peine de venir.
Bien entendu, elle était venue. Elle aussi avait sorti le fond de ses valises. Harry ne lui avait encore jamais vu cette veste à col de dentelle. Il salua les deux professeurs et s'assit lorsque Rogue lui désigna un siège. D'un air indifférent, l'enseignant reclassa quelques papiers, mais au regard froid et dépourvu de la moindre sympathie qu'il posa sur le garçon, celui-ci comprit que Rogue avait deviné son intrusion dans la pensine et les véritables raisons pour lesquelles il évitait les cours d'occlumencie.
- Potter, dit Rogue d'un ton neutre, cet entretien a pour but de déterminer vos objectifs de carrière afin de vous aider à choisir les matières que vous conserverez durant vos deux dernières années à Poudlard. Avez-vous déjà une idée de ce que vous souhaiteriez faire lorsque vous aurez quitté l'école ?
Harry réfléchit rapidement.
- J'ai envisagé plusieurs possibilités, dit-il en s'efforçant de garder son calme. Le quidditch à un niveau professionnel ne durera pas éternellement, et si travailler aux départements spéciaux du ministère présente un certain intérêt... cela ne va pas sans risques non plus. Je pense plutôt à l'enseignement.
Enfin, il obtint une réaction de Rogue, qui haussa les sourcils, clairement surpris.
- Pourquoi cela ?
- Depuis que Sarah Cobbyte a ouvert ses cours de soutien, j'y participe régulièrement et j'assure une partie des séances d'étude, et... ça se passe très bien. J'aime expliquer des leçons ou des exercices, aider d'autres élèves à progresser... (Et je tiens des cours de Défense clandestins qui donnent des résultats encore plus excitants).
Rogue se contenta de hocher la tête. Ombrage toussota et se redressa sur son siège. Harry se retint de lever les yeux au ciel.
- Monsieur Potter, commença-t-elle de sa plus atroce voix de fausset, voilà un but certainement très noble, mais néanmoins, quelques petits problèmes risquent d'entraver sa réalisation.
Harry haussa poliment les sourcils.
- Je reconnais, madame, ne pas comprendre de quoi il pourrait s'agir.
- Tout d'abord, pointa Rogue, vous devrez obtenir les meilleures notes dans les matières que vous souhaiterez enseigner. Des idées ?
- Eh bien... Les enchantements, les runes, la métamorphose...
Harry se garda bien de mentionner "Défense contre les Forces du Mal" en présence du... hem... de l'actuelle professeur titulaire.
- Vous avez pour le moment de très bonnes notes dans ces trois matières, je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher de les enseigner dans l'avenir, si vous poursuivez vos efforts dans ce domaine, concéda Rogue, toujours d'une voix neutre.
A nouveau, Ombrage toussota, visiblement mécontente d'avoir été ignorée pendant ce bref échange, et redressa sa petite taille comme une souris qui voudrait mordre.
- Mais il faut l'approbation du ministère pour obtenir un poste d'enseignant en Grande-Bretagne, précisa-t-elle avec un sourire mauvais. Et... étant donné les antécédents de Mr Potter... Je doute que le ministère donne jamais son accord pour lui confier la responsabilité d'une classe.
Bon Dieu c'est pas possible d'être aussi puérile...
- Oh ? fit Harry d'un ton dégagé. Ce n'est pas trop grave. Poudlard n'est pas la seule école de sorcellerie du monde, après tout. Enseigner à l'étranger serait une expérience intéressante, niveau culture. Et le ministère a le temps de changer trois fois au moins avant que je ne commence à travailler.
Ombrage vira au cramoisi. Elle allait encore faire un numéro d'indignation quand Rogue la coupa.
- En effet, Potter. Intéressant choix de carrière. Vous pouvez disposer.
Harry salua les deux enseignants et sortit rapidement du bureau. Il n'avait aucune envie de rester en compagnie de Rogue plus longtemps que nécessaire. Il lui restait encore une vingtaine de minutes avant le début du cours suivant, aussi décida-t-il d'attendre le passage de ses camarades.
Blaise ne resta pas bien longtemps, et ressortit en se retenant de justesse de claquer la porte.
- Si elle ne crève pas à la fin de l'année parce que le poste est maudit, lança-t-il à Harry, c'est parce que je m'en serait chargé moi-même !
Sarah revint avec une allure plus calme, mais rien que le ton de sa voix était un véritable appel au meurtre lorsqu'elle déclara :
- D'après Miss Ombrage, un Né-Moldu qui ambitionne de devenir, à long terme, directeur d'agence à Gringotts, cela ne s'est jamais vu, et c'est contraire à la tradition. Ce n'est pas une ambition envisageable pour un individu de mon espèce, il faut croire. Je me suis juste permis de lui rappeler que je n'étais pas "Née-Moldue", mais née DE Moldus, ce qui est très différent. Et heureusement, Gringotts n'est pas le seul établissement bancaire du monde sorcier.
- Je lui ai dit la même chose pour l'enseignement et Poudlard, fit remarquer Harry. Elle croit que toute la planète va se plier aux décisions du ministère britannique, ou quoi ? C'est fini, l'Empire, il faudrait le lui rappeler.
- Sans importance, tout ça, sans importance, grommela Sarah en prenant la direction du cours d'enchantements.
Si Harry était à la place d'Ombrage, il surveillerait son thé, ses gâteaux secs et tout le reste...
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Le jour suivant, la fin des cours ne pouvait pas arriver trop vite. La plupart des étudiants, Malefoy et sa clique (déjà une trentaine de "purs" et durs) exceptés, avaient reçu de la part d'Ombrage des avis très négatifs sur leurs choix de carrière, trop ou pas assez ambitieux suivant les cas, assortis de commentaires malveillants sur leurs aptitudes physiques et mentales au métier choisi. Chourave avait passé de longs moments à consoler certains de ses élèves, la veille, et McGonagall ne décolérait pas. Ceux qui n'avaient pas encore subi les entretiens se faisaient tout petits. Dans ces conditions, Harry priait pour que le plan des jumeaux fût à la hauteur, et permît de relâcher la tension en plus de faire un casse dans le bureau du crapaud. Sans cela, l'explosion type soixante-huit se produirait beaucoup plus tôt que prévu. Et Ombrage trouverait sans doute le moyen de la lui mettre sur le dos.
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En fin d'après-midi, alors que les étudiants quittaient leur dernier cours pour regagner leurs salles communes, Harry fila dans les toilettes de Mimi, heureusement absente, dissimula son sac dans l'une des cabines et enfila la cape d'invisibilité qu'il avait gardé entre deux livres. Il mit le couteau offert par Sirius dans sa poche et prit sa carte de l'école, avant d'attendre le signal des jumeaux.
Il arriva sous la forme d'un fracas monumental, suivi de cris effrayés. Harry déplia la carte. Bien, Ombrage venait de quitter son bureau, il n'y avait plus personne dans le secteur. Il partit au trot dans les couloirs, prenant un virage ici ou un raccourci là pour éviter de croiser qui que ce fût. Bientôt il arriva devant la porte de la « directrice ». Il sortit son couteau et le fit glisser entre la porte et le mur. Il entendit un déclic. Priant pour qu'aucun maléfice n'eût été posé sur la porte, Harry mit la main sur la poignée et tourna.
Le battant s'ouvrit sans effort, et il entra rapidement à l'intérieur, refermant la porte derrière lui.
Le bureau était toujours identique à ses souvenirs. Les chatons peints sur la porcelaine des assiettes sautaient de l'une à l'autre, et une petite pendule dorée faisait tic-tac sur le manteau de la cheminée. Les balais confisqués par Ombrage étaient rangés dans un coin, enserrés dans des chaînes fermées d'un cadenas. Harry songea à se précipiter dessus, puis son sens des priorités l'emporta. La baguette espionne d'abord, décida-t-il. Il chercha du regard un endroit où la ranger. Derrière une assiette ? Non, pas assez stable. Directement sur le bureau, partant du principe qu'une chose est d'autant mieux cachée qu'elle se trouve en pleine vue ? Non, tout de même pas. Il se baissa au ras du plancher et déposa le morceau de baguette contre le pied d'une armoire vitrée qui ne devait pas être déplacée souvent. Mission accomplie. Les balais, à présent ? Attention à ne pas vouloir en faire trop. Il s'approcha et inspecta le cadenas. Il devait pouvoir utiliser le couteau pour l'ouvrir, mais quand le crapaud découvrirait l'effraction, elle chercherait sûrement les traces de magie. Harry n'avait ni son épingle-fétiche ni le moindre trombone pour tenter le crochetage, aussi remit-il cette tâche à une autre fois. Il connaissait la procédure pour s'introduire dans la place, à présent. Et un « vol » mettrait la puce à l'oreille de l'horrible bonne femme. Elle fouinerait partout en quête d'autres « incivilités ».
Harry ressortit du bureau sur la pointe des pieds, juste à temps pour voir arriver un Rusard essoufflé mais absolument ravi, qui fila droit sur le bureau et ouvrit les tiroirs l'un après l'autre.
- Autorisation de donner des coups de fouet... Enfin, j'ai le droit de le faire... depuis tant d'années qu'ils le méritent...
Ombrage n'avait quand même pas autorisé ce vieux sadique à exaucer ses fantasmes, non ? Tout sorcier disposait d'une magie défensive réflexe, alors les dieux seuls savaient comment celle des futures victimes de Rusard allait réagir. Avec un peu de chance, il ne resterait de l'odieux concierge qu'une paire de chaussures fumantes. Ou un hamster géant. Le bonhomme repartit, un papier à la main, et Harry le suivit. Il ne se débarrassa de sa cape qu'arrivé en vue de l'escalier principal, là où toute l'école semblait une fois de plus avoir convergé.
Ombrage se tenait au bas des marches, faisant face à deux personnes dont Harry n'aperçut que le sommet du crâne, coiffé d'une épaisse tignasse rousse. Les deux rouquins étant à la même hauteur, il en déduisit que les jumeaux Weasley s'étaient faits pincer (ou laissés pincer) dans l'accomplissement de leurs hauts faits. En tout cas, il put constater en s'approchant qu'ils n'avaient pas l'air de se faire plus de soucis que ça.
- Alors vous trouvez amusant de transformer une section entière du quatrième étage de l'école en marécage ? demanda le crapaud d'une voix qu'elle voulait menaçante.
- Un batracien comme elle, ça ne devrait pas lui poser de problème, les marais, remarqua Parvati Patil, non loin d'Harry, s'attirant quelques rires de ses voisins, toutes couleurs confondues.
- Oui, très amusant, répondit l'un des jumeaux avec un large sourire. Splendide invention, pas vrai ?
Ils avaient forcément un autre tour dans leur sac, se dit Harry. Personne ne prenait les menaces d'Ombrage avec un tel sourire sans avoir un plan B.
- Je ne pense pas que vous trouverez cela aussi amusant quand Mr Rusard en aura fini avec votre punition, déclara le crapaud.
- Oh, mais nous n'avons absolument pas l'intention de nous laisser punir, répliqua celui qui devait être George.
- Ni de vous donner le plaisir de nous virer, enchaîna son frère.
- Nous vous remercions pour l'excellente publicité que vous nous faites...
- ... et nous prenons congé de cet endroit qui n'a plus d'école que le nom.
Ils sortirent tous deux leur baguette, et le reste des étudiants recula prudemment, des fois qu'un nouveau feu d'artifices serait au programme des adieux.
- Accio balais ! rugit Fred.
Un bruit de bois brisé résonna dans les couloirs, puis les balais enchaînés dans le bureau d'Ombrage apparurent au détour d'un corridor. Il y en avait très certainement trois lorsqu'ils passèrent au milieu des élèves, mais plus que deux quand ils s'arrêtèrent impeccablement devant les jumeaux, leurs chaînes cliquetant par terre.
Ombrage était bouche bée. Était-ce devant l'insolence des deux Weasley, ou pensait-elle à la porte de son bureau, sans doute fracassée par les deux engins ? Au moins, voilà qui règle quelques problèmes pour moi, se dit Harry en souriant.
Les jumeaux enfourchèrent leurs balais et s'élevèrent de quelques mètres, hors de portée des mains du concierge ou du professeur.
- Chers amis, nous avons perdu assez de temps dans cette vénérable institution et avons décidé de voler sur notre propre balai à partir d'aujourd'hui. C'est donc avec regret que nous prenons congé de votre estimable assemblée. Ceux d'entre vous qui souhaitent prendre notre succession dans ce château sont les bienvenus, et trouveront sans mal à qui s'adresser. Quant à ceux qui se trouveront à court de stock, ils peuvent nous contacter chez Weasley et Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux, au 93, Chemin de Traverse. Salut à tous !
Avant de s'élever dans les airs, les chaînes se balançant toujours sous leurs balais, les deux terreurs adressèrent un geste amical à Peeves, qui bien sûr n'avait pas manqué une miette de la scène.
- Rends-lui la vie impossible, mon vieux Peeves, conseilla George.
Et l'esprit frappeur se mit au garde-à-vous, impeccable, le chapeau à la main, tandis que les jumeaux prenaient le large sous les vivats de leurs ex-camarades.
- Je suis bien tenté d'initier Peeves au paint-ball, susurra Colin Crivey non loin de Harry.
- Socialement irresponsable, mais le potentiel comique est illimité. Fais-toi plaisir, lui répondit le Serpentard.
