Salut à tous les lecteurs, et bienvenue à Mrs Murray parmi les suiveurs d'Hypothèses !


Chapitre 31 : (Triple) BUSE

Les Serpentard et leurs associés réfléchissaient souvent aux conséquences de la présence de Graup à proximité de l'école. En toute logique, l'inspecteur Rochford n'aurait pas la nécessité de visiter la forêt interdite, et ne risquerait donc pas de croiser le géant, mais rien dans l'année écoulée n'avait suivi les règles de la logique, et avec la malchance que tout Poudlard semblait traîner comme un boulet depuis l'arrivée de Dolorès Ombrage, Rochford ferait connaissance avec le demi-frère de Hagrid plus rapidement qu'on ne le souhaitait.

Une telle éventualité serait bien triste, car l'inspecteur faisait fort bien son travail de contrôle au sein du collège magique. Ombrage n'avait pas pu donner plus que quelques heures de colle passées à nettoyer la salle des trophées du collège, et plus aucun élève n'avait fait connaissance avec la maudite plume maléfique. L'inquisitrice devait méchamment ronger son frein, surtout lorsqu'elle constatait que depuis l'arrivée de Rochford, le nombre d'infractions au règlement avait dégringolé en flèche, et aucun artefact étrange n'apparaissait plus au beau milieu des cours. Une véritable insulte aux yeux du crapaud...

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Cette atmosphère plus détendue, à défaut d'être parfaitement souriante, favorisait heureusement les révisions.

L'accumulation monstrueuse des devoirs avait enfin cessé, et les cours ne servaient plus qu'à réviser les points les plus sensibles, entraînement intensif rendu de plus en plus difficile par l'attirance croissante qu'exerçaient le soleil et les températures élevées sur les étudiants. Le seul à profiter de cette embellie climatique était Octavius le kraken, qui se réchauffait juste sous la surface du lac, guettant les bonnes choses que les enfants pourraient lui lancer depuis la berge.

Même dans la situation bancale où il se trouvait, Harry ne pouvait plus penser à autre chose qu'à ses examens. Sirius, Voldemort, les prophéties... tout cela passait au second plan tandis qu'il s'acharnait à s'enfoncer dans le crâne les dates des grands événements du monde magique et les ingrédients des potions les plus demandées aux épreuves.

Autour de lui, ses condisciples commençaient à manifester des signes de stress peu encourageants.

Par Ron et Ginny, les Serpentard avaient appris qu'Hermione dormait au maximum quatre heures par nuit et passait un temps incroyable à compiler des livres qui n'étaient même pas au programme. Par bonheur, le reste de la cinquième année de Gryffondor ne poussait pas les excès aussi loin, mais même Seamus Finnigan avait été vu entouré de grimoires, ce qui lui avait valu d'être pris en photo sous toutes les coutures par un Colin Crivey désireux d'immortaliser l'occasion.

Les autres maisons n'allaient guère mieux en termes de révisions. Les Serdaigle étaient sans doute les plus tranquilles. Les bleu et bronze passant déjà leur vie dans les livres, un peu plus ou un peu moins ne changeaient pas grand-chose. Les Poufsouffle, en revanche, semblaient souffrir d'une véritable épidémie de bachotage aggravé. Il se disait par exemple que MacMillan passait près de huit heures par jour à réviser, voire neuf dans le pire des cas. Il en faisait le décompte à ses camarades, répandant ainsi une certaine angoisse parmi tous ceux qui travaillaient moins que lui.

Harry avait remarqué que Drago ne se donnait pas tant de mal. Il comptait plus sur les relations de son père avec le Département de l'Éducation Magique pour obtenir de bons résultats, et assurait connaître comme sa poche tous les examinateurs extérieurs qui arriveraient bientôt à l'école. Salazar s'amusait beaucoup à balayer ces affirmations d'un revers de sa main de bois chaque fois qu'elles lui parvenaient aux oreilles.

De la même façon, il balayait avec plus de mépris encore tous les gadgets et grigris fabriqués par les élèves qui circulaient à présent dans l'établissement. Potions, poudres, pilules, rubans brodés de formules soi-disant ésotériques... il y en avait pour tous les goûts. Rogue et Rusard coincèrent une équipe de sixièmes années soucieux de se faire de l'argent facile, entrain de préparer une mixture prétendument efficace pour les trous de mémoire, et deux autres malfaisants qui tentaient de vendre un stimulant cérébral qui s'avéra être un genre de décapant à boyaux des plus redoutables. Tout ce petit monde écopa de punitions records. Rogue ne plaisantait pas avec la sécurité, comme d'habitude. Salazar pimenta ces révélations en apprenant aux étudiants les inventions de son époque, et aussi celles mises au point par des générations d'apprentis sorciers pour augmenter leurs capacités. Dans le meilleur des cas, c'était de l'eau colorée, dans le pire, des déjections de diverses créatures magiques.

- Charmant, remarqua juste Sarah.

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La question des produits dopants fut vite oubliée quand les horaires des examens furent affichés. Théorie le matin, pratique l'après-midi, et peu de temps pour souffler. Une notice particulière prévenait que toutes les salles de concours seraient enchantées pour détecter certains petits objets délictueux, type plumes à réponses intégrées ou encre autocorrectrice, et les signaler aux surveillants. Gare à celui qui se ferait pincer en possession d'un de ces artefacts. Il serait aussitôt expulsé de la session, et interdit de repasser ses examens pendant toute une année. Ce qui, de fait, l'obligerait à redoubler. Quant aux bonne vieilles antisèches moldues, peut-être passeraient-elles inaperçues, mais c'était un risque un peu grand comparé au gain attendu.

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Le dernier dimanche avant l'ouverture des hostilités, Harry choisit de ne rien faire et de se détendre l'esprit autant que possible. Nerveux, Théodore prit l'option boules Quiès et révisions de dernière minute. Blaise et Sarah décidèrent eux aussi de rester zen, et passèrent la journée dehors à mijoter le diable savait quoi.

L'atmosphère du château perdit plusieurs degrés lors du dîner, quand les examinateurs arrivèrent dans l'école. Ombrage les accueillit avec un certain malaise, tandis que Rochford les recevait avec nettement plus de bonne humeur. Nombre d'étudiants terminèrent leur repas en accéléré pour aller jeter un œil aux nouveaux venus.

La plus âgée du groupe, sans doute la fameuse Griselda Marchebank, était une minuscule femme très âgée, si ridée que ses traits originaux en devenaient pratiquement indiscernables. Ombrage ne cessait de faire des courbettes devant elle, et devait lui parler aussi fort que lorsqu'elle avait noté Hagrid, quoique pas pour les mêmes raisons.

- Oh, le voyage s'est très bien passé, nous l'avons déjà fait souvent, piaillait la vieille dame avec un rien d'agacement. Je n'ai pas eu de nouvelles de Dumbledore, récemment. Vous n'avez pas la moindre idée de l'endroit où il se trouve ?

Un autre examinateur ricana sans retenue, et Harry reconnut la silhouette noueuse de l'inspecteur Howard. Il allait y avoir de l'ambiance au château s'il restait toute la semaine.

- Pas la moindre, non, grommela Ombrage, tout en lançant un regard malveillant à toute la troupe d'élèves qui l'observait d'un air goguenard. Mais le ministère retrouvera bientôt sa trace, j'en suis convaincue.

- Pas si Dumbledore veut rester caché, affirma Marchebank. Je suis bien placée pour le savoir. Je lui ai fait passer ses ASPICs de métamorphose et sortilèges. Il peut faire des choses parfaitement incroyables avec sa baguette, ce garçon.

Ombrage se dépêcha de l'entraîner vers ses quartiers, suivie des autres fonctionnaires de l'Éducation. En passant, Howard fit un clin d'œil à Harry et ses camarades.

Même si cela n'influencerait en rien le résultat de ses examens, Harry se sentit rassuré et descendit dans les dortoirs l'estomac un peu moins noué. Il y avait au moins un type intelligent au ministère qui occupait un poste d'autorité. Deux, en comptant le chef des Aurors. Cela le réconforta assez pour oblitérer totalement les bavardages de Malefoy sur ses relations avec tel ou tel autre.

Tout se passerait bien.

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Le lendemain matin, cependant, cette attitude apaisée avait brutalement disparu pour faire place à la nervosité la plus noire. Certains élèves n'arrivaient même pas à manger leur petit déjeuner, d'autres se faisaient violence pour avaler un pauvre toast et un verre de lait. Quelques-uns plus angoissés encore que les autres révisaient frénétiquement en agitant leur baguette ou le nez dans un livre. Harry s'efforçait de ne pas les regarder et de se concentrer sur le contenu de son assiette.

Une fois le déjeuner fini, les cinquième et septième années furent rassemblés dans le hall tandis que le réfectoire était réorganisé en salle d'examen. Sous la conduite de Flitwick, les septième année montèrent dans la salle réservée aux ASPIC, tandis que McGonagall faisait entrer Harry et ses condisciples dans la grande salle. Chacun gagna une place, jetant un œil nerveux à l'énorme sablier qui trônait à côté du bureau de l'enseignante. Quand tout le monde fut installé, et le silence revenu, McGonagall leva sa baguette et les questionnaires d'enchantements se retournèrent avec un bel ensemble.

La première question portait sur le sortilège de lévitation, ce bon vieux Wingardium Leviosa, et Harry ne put s'empêcher de sourire. Devant lui sur sa gauche, Sarah écrivait avec précaution, tandis que Granger faisait courir la plume à toute vitesse, comme si elle craignait que le temps imparti ne lui permît pas d'étaler toute sa science.

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Deux heures plus tard, l'examen théorique d'enchantements était enfin fini, et les étudiants sortirent de la salle en toute hâte pour se rafraîchir et se changer les idées avant les épreuves pratiques. Le déjeuner passa difficilement pour certains, encore mal remis de leurs émotions. Heureusement, pour une fois la cuisine n'avait pas prévu de plats trop riches, et personne ne tomba malade.

Le déjeuner fini, les tables à tréteaux disparurent de nouveau et les élèves furent priés d'attendre dans la petite salle attenante au réfectoire – où Harry avait eu droit à une discussion sous veritaserum – qu'on les appelât pour passer la seconde partie du test.

Lentement, l'alphabet s'égrena. Le tour des P arriva enfin, et Harry résista à l'envie de pianoter sur le mur avant que son nom ne fût enfin appelé. Ceux qui restaient encore dans la salle d'attente lui souhaitèrent bonne chance.

Il avait à la fois très chaud et très froid, il se sentait la tête légère, mais l'estomac d'une lourdeur de plomb.

- Le professeur Tofty est libre, indiqua Flitwick, qui se chargeait de l'appel. Vous passez votre examen avec lui.

Harry avala sa salive et se dirigea vers un petit homme chauve, très âgée, qui se tenait à une table près de la grande verrière du fond du réfectoire. Malefoy agitait sa baguette non loin de là, sous le regard du professeur Marchebank. Harry se demanda si les dîners que la dame aurait soi-disant consommés au manoir allaient servir à grand-chose.

- Potter, c'est bien cela ? s'enquit aimablement Tofty en relisant sa liste.

- Oui, monsieur.

- Le célèbre Harry Potter ?

Le bruit d'un verre brisé amena la naissance d'un sourire que le jeune homme réprima en toute hâte.

- Fort bien, fort bien. Aucune raison d'avoir le trac, mon garçon, je suis sûr que tout se passera bien. Maintenant, veuillez prendre ce coquetier et lui faire faire la roue plusieurs fois de suite.

Ce premier exercice de mise en jambes se déroula sans accroc. La suite fut plus ardue. Harry dut lancer un sort de changement de couleur sur un rat, et se retint juste à temps d'entonner la formule en vers que Ron avait essayée lors de leur premier voyage à bord du Poudlard Express. Il se rattrapa in extremis sous le regard interloqué de Mr Tofty. Néanmoins, son rongeur ne prit pas la teinte souhaitée, et conserva de larges traînées grises dans son pelage.

L'un dans l'autre, Harry estima en sortant qu'il ne s'en était pas trop mal tiré. Les enchantements n'étaient pas sa meilleure matière.

Ron sortit avec un sourire, annonçant qu'il avait changé une assiette en champignon géant.

- Je refais ça en métamorphose, j'ai la note maximale, s'amusa-t-il.

L'examen en question aurait justement lieu le lendemain, aussi tous les malheureux bachoteurs se replongèrent-ils dans les révisions. Harry se faisait moins de soucis pour les transformations. La classe de McGonagall était l'une de celles qu'il réussissait le mieux.

La suite lui prouva qu'il avait eu raison. L'épreuve écrite n'était pas si terrible que ça, et la pratique fut une vraie promenade pour lui. Néanmoins, l'examen prit un peu de retard, les examinateurs ayant été obligés de courser les flamants roses qu'Hannah Abbot avait fait apparaître. Les oiseaux une fois attrapés et parqués dans l'attente du règlement de leur sort, on put reprendre en essayant de ne pas avaler de plumes. Harry s'amusa beaucoup pendant cette épreuve, changeant un verre en souris, à laquelle il transféra ensuite les quelques plumes qui traînaient sur sa table pour lui faire une queue en éventail, au grand ravissement du fonctionnaire qui surveillait son travail.

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La botanique du lendemain se déroula sans histoire. Personne n'avait été assez sadique pour amener des mandragores dans la serre, et le plus dangereux que vit Harry au cours de cette session fut un géranium dentu (qui était le malade qui avait le premier pensé à greffer un dentier à un géranium, je vous demande un peu...). Pas même l'ombre d'une radicelle de lierre mobile ou – ne parlons pas de malheur – d'orchidée de feu.

Harry attendait le jeudi et les épreuves de défense contre les force du mal avec impatience. Après avoir passé plus de la moitié de l'année à donner des cours sur le sujet, il était certain d'obtenir de bons résultats. Il fut encore plus satisfait quand il découvrit que l'examinateur pour cette partie serait l'inspecteur Howard. Sa bonne humeur fut douchée par la présence, dans un coin de la salle, d'une certaine inquisitrice, mais Howard faisait mine de ne pas la voir, et Harry décida d'adopter la même conduite. Il réalisa sans se démonter les contre-sorts du maléfice d'entrave et du jambencoton, utilisa le sortilège du bouclier, le désarmement, et « ridiculisa » un épouvantard avec classe. La créature passa du statut de pseudo-détraqueur à celui de pseudo-fantôme de comédie, avec vieux drap et boulet compris, deux grosses taches de maquillage s'étalant sur ses « joues ». Howard s'autorisa à sourire, avant de se tourner vers Harry avec une expression presque carnassière sur son visage osseux.

- Potter, la rumeur veut que vous soyez capable de produire un patronus corporel. Je serais désireux d'en voir une démonstration.

Harry hocha la tête, reprit sa baguette et s'imagina récolter toute une volée de « O », Ombrage à la porte et Malefoy recalé par-dessus le marché.

- Spero patronum !

Le cerf d'argent bondit à travers la salle et en fit le tour au galop avant de s'évaporer. Howard siffla.

- Joli, approuva-t-il. Je crois que vous venez de prendre quelques points supplémentaires.

Harry sortit de là avec un sourire jusqu'aux oreilles, en dépit de l'expression guère rassurante arborée par Ombrage. Elle ne ferait jamais changer Howard d'avis sur son travail.

A sa grande satisfaction, aucun des élèves qu'il avait entraînés n'échoua en défense.

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Le vendredi matin le vit s'escrimer sur les runes anciennes en compagnie de Sarah. Le texte ne recelait pour une fois aucun piège facétieux, mais le niveau de difficulté lui sembla bien supérieur aux travaux qu'il effectuait d'ordinaire. Il n'était pas le seul de cet avis, à en juger par les piles de brouillons froissés qui s'étalaient au pied des chaises et sous les tables. Les pauvres bachoteurs furent plus que soulagés de quitter leurs parchemins quand la clochette de l'examinateur tinta sur son bureau. Sarah était globalement satisfaite de sa performance, mais Granger leur passa sous le nez en trombe, furieuse, marmonnant des choses que seule l'ouïe affûtée de Sarah parvint à capter.

- UNE rune ? Elle s'est trompée sur une SEULE rune et elle nous fait tout ce cirque ? s'étouffa Anthony Goldstein quand la jeune fille lui eût répété ce qu'elle avait entendu.

- C'est un bel exemple de perfectionnisme. Je pourrais dire que je donnerais pas mal pour avoir une note comme la sienne, mais en fait je m'en moque un peu. J'ai largement assez pour continuer l'année prochaine.

- Je crois que la vie de ses administrés de la tour de Gryffondor va devenir très désagréable, soupira Lisa Turpin. Bon, je remonte réviser un peu, j'ai arithmancie cette après-midi.

- Bonne chance, lui souhaita Sarah, et surtout, ne demande plus au professeur Vector quelle est la racine carrée de -1, si jamais tu réussis l'exam'.

- I, répondit Lisa.

- Comment ça ? I est la bonne réponse, ou I, j'y vais ?

- Oh pitié les filles, arrêtez votre numéro, gémit Goldstein.

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Harry profita de son samedi pour repasser les potions dans le moindre détail, puis décida de s'accorder un dimanche de tranquillité. Les autres matières prévues la semaine suivante : soins aux créatures magiques, histoire, astronomie et divination, ne réclamaient pas autant de préparation, d'après lui. Concernant la divination, s'il avait pu faire des anti-révisions pour être sûr de rater son coup… Il se demandait encore quel moment d'égarement l'avait conduit à choisir cette option. Au moins il avait pu en profiter pour rester à jour de ses devoirs.

Le lundi matin arriva beaucoup trop vite au gré des étudiants. Quand Harry parcourut le questionnaire, il remercia silencieusement Rogue de leur avoir mené la vie dure (enfin, plus que d'habitude) pendant toute l'année cela avait eu le mérite de les préparer à la difficulté de l'épreuve écrite. Les questions étaient extrêmement ardues, et le jeune homme se donna beaucoup de mal pour en venir à bout. Au moins, la section sur le polynectar ne lui posa pas trop de problèmes étant donné la longue expérience qu'il avait de cette potion, et il avait tellement pris de pimentine et de poussos depuis son arrivée dans l'école que la description de leurs effets secondaires fut traitée pratiquement en un clin d'œil. Durant l'après-midi, chaque élève se vit gratifié d'une potion à préparer différente de celle de son voisin pour éviter toute tricherie, et Harry fut bien content de retrouver la solution de force croisée quelques mois plus tôt. Blaise quitta lui aussi son chaudron avec le sourire. Son philtre de clairvoyance lui vaudrait sans doute de nombreux points.

Le mardi vit arriver l'épreuve de soins aux créatures magiques, et celle-ci se déroula dans une certaine bonne humeur. Les tâches proposées aux étudiants n'étaient pas bien difficiles. Il fallait en tout premier lieu retrouver un noueux caché parmi des hérissons. La créature ayant un caractère exécrable et aussi paranoïaque que Maugrey, elle réagissait très mal lorsqu'on lui proposait de la nourriture ou du lait, que les authentiques hérissons acceptaient sans faire d'histoires. Le plus dur était ensuite de calmer l'animal pour le remettre dans sa boîte... Puis les apprentis sorciers devaient manipuler des botrucs. Harry réédita l'astuce de Sarah en payant largement son botruc en cloportes. La brindille sur pattes fut trop occupée à grignoter son dessert pour penser à lui donner des coups d'ongle. Le crabe de feu que les élèves durent nettoyer reçut le même traitement : Harry piocha de la nourriture dans la caisse attribuée à ces étranges bestioles plus proches de la tortue que du crabe, et put travailler en toute quiétude. Enfin, choisir les meilleurs aliments pour une licorne malade ne présentait pas beaucoup d'intérêt, mais permettait d'empocher des points.

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Le mercredi fut la journée des étoiles, partagé entre l'astronomie et la divination. Comme prévu, l'examen de cette dernière matière se déroula de façon plutôt calamiteuse. Harry inventa tout ce qu'il devait voir dans la boule de cristal, bâcla les feuilles de thé en prenant un air très concentré, et se mélangea les pinceaux dans les lignes de la main. Ses camarades ne firent pas beaucoup mieux, pour la plupart, et ils passèrent le dîner à échanger les âneries qu'ils avaient créées pour tenter d'abuser les examinateurs. Sans grand succès, sans aucun doute. L'un d'eux avait même annoncé la fin du monde dans une pluie de feu pour la mi-avril… six ans plus tôt. L'examinateur fut peu impressionné d'apprendre qu'un météorite avait rasé sa maison un vendredi 13. Si la divination était véritablement un don, les cours étaient parfaitement inutiles et grevaient pour rien le budget de l'école. Il valait mieux se concentrer sur la partie pratique de l'astronomie, qui les attendait de pied ferme.

Harry monta au sommet de la tour en compagnie de Blaise et Sarah, Théodore suivant non loin derrière avec Terry Boot et Millicent.

Une série de télescopes avait été alignée en plusieurs rangées sur la terrasse de la tour, un siège bas à côté de chaque instrument. Les questionnaires avaient été épinglés au support des lunettes astronomiques, et Harry remarqua qu'on les avait écrits à l'encre phosphorescente pour faciliter la lecture, bien qu'on fût une nuit de pleine lune.

Il s'assit du côté qui lui parut le mieux exposé. Pendant quelques minutes on n'entendit que des raclements de chaises et des grognements quand quelqu'un ne s'asseyait pas du premier coup. Puis l'inévitable professeur Tofty toussota pour rappeler son petit monde à l'ordre.

- Un peu de calme, jeunes gens. Vous avez deux heures pour répondre aux questions inscrites sur les parchemins qui vous ont été distribués. Le plus grand silence est recommandé. Vous pouvez commencer.

Harry régla les molettes de son télescope et se mit à la recherche de la constellation d'Orion, heureusement facile à trouver à cette époque de l'année. Peut-être avait-on semé quelques pièges parmi les interrogations, toutes les étoiles n'étant pas visibles au même endroit toute l'année. Une fois Orion déniché, et ses principales étoiles, Rigel et Bellatrix, notées, il entama les relevés sur la position de Vénus. Ce fut alors que l'examen prit un tour totalement imprévu.

Il prenait les coordonnées astrales de la planète quand il entendit ses voisins chuchoter nerveusement. Risquant un œil hors de ses mesures, Harry regarda dans la direction qu'ils pointaient. Un groupe d'une demi-douzaine de personnes avançait dans le parc en direction de la cabane d'Hagrid. L'une de ces silhouettes était nettement plus petite que les autres et sa démarche permettait de l'identifier sans souci. Qu'est-ce qu'Ombrage faisait dehors à cette heure, et surtout, avec toute une escouade de sorciers derrière elle ?

D'autres élèves avaient remarqué le manège et oubliaient momentanément leurs astres pour regarder ce qui se passait. Tofty remarqua leur distraction et les rappela à l'ordre.

- Allons allons, jeunes gens, vous avez mieux à faire.

Mais imperceptiblement, les télescopes se tournaient de plus en plus fréquemment vers l'orée de la Forêt Interdite. Bientôt, les aboiements de Crockdur, réveillé par les coups frappés à la porte, se firent entendre. Un regard par-dessus le parapet de la terrasse lui montra le groupe d'Ombrage qui entrait dans la cabane. Rien ne se produisant, il revint à sa planète et en termina la description avant de s'attaquer à la Lune. Il était dit, cependant, que cet examen ne serait jamais terminé, car un rugissement furieux s'éleva de la cabane, faisant violemment sursauter plusieurs étudiants. Cette fois, même les surveillants oublièrent leurs consignes pour se pencher par-dessus les créneaux.

Dans un fracas de tonnerre, la porte de la cabane s'ouvrit et s'écrasa contre le mur avant de rebondir, occasionnant de nouveaux sursauts chez les élèves, et quelques cas de viseur dans l'œil. Hagrid sortit de sa maison en agitant les poings, face à la demi-douzaine de sorciers qui tentaient de le neutraliser. Les éclairs rouges de leurs stupéfix, ceci dit, n'avaient pas l'air de lui faire grand-chose, et il se démenait de plus belle pour écarter les intrus.

A ce stade, tout le monde avait oublié ses relevés. Les étudiants se pressaient aux créneaux pour tenter de voir ce qui se passait. Quelqu'un lança un nouveau maléfice, mais au lieu de frapper Hagrid, il abattit le pauvre molosse du garde-chasse, qui essayait bravement de défendre son maître. Celui-ci, véritablement enragé à présent, saisit le responsable par le col et l'envoya voler à plusieurs mètres. Au mieux, l'homme avait été assommé par la chute.

Le vacarme finit par attirer l'attention des autres résidents du château. Trois silhouettes quittèrent le bâtiment pour filer vers le parc. Harry reconnut le chapeau pointu de McGonagall et la démarche particulière de l'inspecteur Howard.

- QU'EST-CE QUE ÇA SIGNIFIE ? hurla Howard avec une puissance inattendue. SOUS QUEL MANDAT ÊTES-VOUS POUR PROCÉDER À UNE ARRESTATION ? DAWLISH, ESPÈCE DE BON À RIEN, DE QUOI L'ACCUSEZ-V...

Un cri horrifié échappa simultanément aux étudiants. Au moins trois maléfices avaient frappé l'inspecteur, qui vacilla avant de tomber à la renverse sur la pelouse. La troisième personne se pencha sur lui, et McGonagall semblait avoir disparu. Quelques instants plus tard, ceci dit, Ombrage prenait ses jambes à son cou, quelque chose qui ressemblait assez à un chat furibond accroché à ses jupes.

- ORDURES ! PRENEZ ÇA !

Momentanément distraits par la fuite de leur patronne, les sorciers ne purent éviter les énormes poings du garde-chasse, qui les envoya au tapis avant qu'ils aient eu le temps de dire « quidditch ». Puis Hagrid ramassa son molosse, et prit au pas de course le chemin du portail principal de Poudlard, et disparut.

Quelqu'un sur la terrasse émit un sifflement. Mandy Brocklehurst demanda, ahurie :

- C'est McGonagall qui se faisait les griffes sur Ombrage ?

- Ça y ressemblait, en tout cas, commenta Millicent, tout aussi suffoquée par la tournure qu'avaient pris les événements.

Tofty renonça à leur faire terminer l'examen et les libéra en avance, lui-même plutôt secoué. La petite troupe rangea les télescopes dans leurs étuis et redescendit les marches. Malefoy et ses comparses filèrent droit vers les sous-sols. Harry traîna en arrière, curieux de connaître les réactions des autres. Scandalisés, dans la plupart des cas.

Il n'y avait personne dans le grand hall quand il le traversa à son tour. McGonagall avait déjà dû ramener Howard aux bons soins de Pomfresh.

La salle commune de Serpentard était noire de monde quand il y parvint, Blaise et Sarah sur les talons. Théodore et Millicent racontaient les derniers développements à leurs camarades qui, toutes couleurs politiques confondues, les écoutaient avec effarement.

- C'est complètement débile, remarqua Robert FitzRoy, toujours flanqué de son inséparable Urquhart. Les agents du ministère se canardent entre eux, maintenant ? C'est extrêmement grave, de cibler un inspecteur, pire encore, l'inspecteur en chef ! C'était comme si Rochford ou Bullen avaient tenté de descendre Scrimgeour.

- Ouais, approuva Tracey Davis. Sauf qu'ils n'y seraient sûrement pas arrivés... En attendant, ça veut dire nouvelle enquête. Il y a eu un peu trop de témoins pour étouffer l'affaire. Et connaissant McGonagall comme on la connaît...

- Certainement, renchérit Daphné Greengrass. Elle ne va pas laisser moisir une affaire pareille. Elle s'est vraiment changée en chat pour... ?

- On dirait bien, confirma Théodore.

- Gloire à elle, dit Philip Urquhart. Je jure solennellement de ne pas commettre la moindre ânerie pendant son cours l'année prochaine.

Vu les tendances de Philip pour la rêvasserie et l'inattention, c'était une promesse plus que conséquente.

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Il était très tard – ou très tôt – quand tout ce petit monde alla se coucher. Le dernier examen approchait. S'agissant de l'histoire de la magie, personne ne le prenait très au sérieux. Pour être plus exact, personne ne prenait au sérieux la façon dont Binns l'enseignait. De surcroît, la version sorcière de l'histoire du monde présentait un peu trop de lacunes. Harry ne fit pas exception à la règle, et ne se réveilla que très tard le lendemain matin. Il ne restait même pas une miette du petit déjeuner dans le réfectoire à une heure pareille, aussi jugea-t-il plus sûr de descendre directement aux cuisines pour s'approvisionner, ainsi qu'assurer le ravitaillement de ses camarades.

Les elfes de maison se trouvaient précisément entrain de faire disparaître les plats non consommés dans la salle haute, et furent très heureux d'en resservir une partie à Harry, qui remplit tant qu'il put la grande serviette qu'il avait emmenée pour faire ses courses. Quelques petits potins circulaient. Un elfe cuisinier avait appris d'un autre qui faisait le ménage au dispensaire que l'inspecteur Howard avait été transporté à l'infirmerie, et demeurait sous la bonne garde de Pomfresh, qui ne savait pas encore quand son patient se réveillerait. Au mot « réveiller », Harry se sentit soudain une nouvelle envie de dormir.

Elle le poursuivit pendant les deux heures qui le séparaient encore du déjeuner.

Et elle ne le lâchait toujours pas quand il revint dans la grande salle pour la dernière ligne droite. Comme à l'accoutumée, les questionnaires étaient posés à l'envers sur les tables. Harry gagna sa place et attendit que le surveillant retournât le sablier pour en faire autant avec son sujet. Il survola rapidement les questions et retint un grognement. Législation sur les baguettes, violations du code du secret, fondation de la Confédération internationale des sorciers, acte des droits des créatures... Mais quand avait-on parlé de tout cela en cours ? Binns avait souvent traité des gobelins, ces satanés petits bonshommes ayant généré plus que leur comptant de problèmes dans le monde sorcier, en particulier à cause de leur conception très spéciale de la propriété. Sentant ses paupières s'alourdir, Harry se dépêcha de traiter une question ayant trait à un affrontement entre lesdits gobelins et des sorciers allemands au sujet des banques. Il avait été décidé après des jours de palabres que chaque communauté s'occuperait de ses propres sous. Excellente idée, songea Harry pour lui-même, il valait mieux ne pas confier sa fortune à des gens qui ne pouvaient pas vous sentir. La violation du code du secret en 1749 avait été occasionnée par une bande de vampires en mal de sang frais qui, heureusement, avaient été vus, rendant l'intervention du ministère de la magie hongrois indispensable. Les rares vampires ayant survécu à la purge avaient fui dans les Carpates. Oh misère, que tout cela était ennuyeux... Il se força à écrire sur la Confédération, ses doigts se crispant sur la plume pour ne pas la laisser échapper. Il devait finir d'écrire avant de dormir un peu, mais c'était comme si quelqu'un lui versait le fameux sable magique du marchand dans les yeux. Il vacilla sur son siège. Il ressentait une impression étrange : de l'impatience, de l'excitation... Il marchait le long d'un couloir, franchissait la porte noire et arrivait dans la salle circulaire. Une autre porte franchie... la salle aux globes de verre lumineux... Qu'était donc cette main pâle, si pâle, au bout de son bras ? C'était à lui, ça ?

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Les sœurs Patil remarquèrent que quelque chose clochait quand leur voisin de droite commença à glisser de sa chaise. Parvati le rattrapa de justesse avant qu'il ne tombât sur le sol.