Chapitre 33 : le Casse

Une fois ressortis sur la place, les trois apprentis sorciers firent une pause pour réfléchir à la suite des opérations.

- Je suppose que Sarah et les autres doivent être arrivés au ministère, remarqua Ron. Il serait temps qu'on les rejoigne.

- Comment allons-nous là-bas ? Un deuxième portoloin n'est sûrement pas une bonne idée, pointa Ginny.

- Voyons, quelle heure est-il ? marmonna Harry. Dix heures du soir seulement... Le métro est encore en service, on va passer par là.

- Je n'ai pas d'argent moldu pour les billets, dit tristement Ron.

- Oublie les billets ! Y'a jamais de contrôleur, à cette heure-là !

Le trio traversa la rue au pas de course et retrouva rapidement la station mal entretenue où Harry avait emprunté le réseau souterrain en compagnie d'Arthur Weasley. Ils auraient, s'ils avaient de la chance, une rame toutes les dix ou quinze minutes.

Finalement, ils attendirent huit minutes avant de voir une rame bringuebalante arriver à leur niveau. Elle était pratiquement vide à l'exception d'un vieux bonhomme affalé sur son siège. Ils s'assirent aussi loin de lui qu'il était possible. Le métro devait être l'unique domicile connu du bonhomme, et Ron regardait avec méfiance les trois ou quatre bouteilles qui lui tenaient compagnie sur le siège qu'il occupait.

Il ne se réveilla pas, ceci dit, et le trajet s'effectua uniquement au son des grincements et des couinements du train.

Ils ne traînèrent pas pour descendre de la rame et remonter à la surface, non loin de la cabine de téléphone qui dissimulait l'accès visiteurs. Une ombre se détacha du mur, et devint Sarah à la lueur d'un lampadaire fatigué.

- Salut. Ils ont chopé le Tardis, ou c'est le QG du CONTROL, ici ?

Harry se demanda si elle lisait dans les pensées. Il avait songé exactement la même chose lors de sa première visite.

- J'ai ramené un peu de matériel, poursuivit Sarah en brandissant une paire de sacs. Nous sommes passés chez moi avant de venir, expliqua-t-elle alors que Luna, Neville et Blaise se révélaient.

Ouvrant le premier sac, elle commença la distribution.

- Alors pour commencer, quelques armes blanches pour tout le monde. J'ai aussi des lampes de poches, et trois paires de lunettes nocturnes, parmi les plus compactes du marché.

Harry, Luna et Neville reçurent chacun une paire de lunettes ressemblant à un masque de plongée.

- J'aurai peut-être besoin d'une paire, reprit-elle, mais entre les fenêtres magiques et les veilleuses, il y a des chances pour que j'aie assez de lumière. Il ne m'en faut pas beaucoup. Dans tous les cas, chacun prend une lampe, au cas où.

Sarah saisit l'autre sac alors qu'Harry montrait aux autres comment mettre les lunettes en marche.

- L'autre sac est celui de l'armement lou… ah merde.

- Un problème ? s'enquit Ron.

- Je crois que j'ai embarqué un sac de courses, répondit Sarah en montrant tristement un paquet de raviolis frais.

- Donc, pas d'armes moldues ? soupira Blaise.

- Ben non, sauf si quelqu'un ici sait transformer un trousseau de clés en mitraillette ou un rouge à lèvres en tronçonneuse.

Quelques regards se tournèrent vers Harry, qui secoua la tête.

- J'ai bien peur que ce soit au-dessus de mes forces.

- Il ne reste plus qu'à entrer, alors.

# #

Harry ouvrit la porte de la cabine téléphonique et s'y glissa, accompagné de Ginny et Blaise.

- Mieux vaut descendre en deux groupes, on sera moins serrés. Ron, tu connais le numéro ?

- T'inquiète. Arrêt au cinquième niveau. J'ai le plan, ajouta-t-il en tendant le papier à Ginny. Je guiderai les autres.

- Alors en route.

Une fois dans la cabine, Harry composa le six, deux, quatre, quatre, deux sur le cadran du téléphone et la voix mécanique du message d'accueil résonna.

- Bienvenue au ministère de la Magie. Veuillez indiquer votre nom et l'objet de votre visite.

- Harry Potter, Ginny Weasley, Blaise Zabini. Service de nettoyage.

- Merci. Les visiteurs sont priés de prendre les badges et de les attacher bien en vue sur leurs robes.

Les trois badges glissèrent dans le bac à pièces et ils les ramassèrent en pouffant de rire.

- C'est vrai qu'on vient nettoyer, remarqua Blaise.

- Comme ça personne ne pourra dire que nous avons menti, s'amusa Ginny.

La cabine trembla quand les câbles commencèrent à s'enrouler, puis la rue disparut au-dessus de leurs têtes tandis qu'ils descendaient vers le ministère.

# #

Pendant ce temps-là du côté de Poudlard...

Trois sorciers se matérialisèrent dans la rue principale du village de Pré-au-Lard. L'un d'eux tenait sa baguette penchée vers le sol, telle le museau d'un chien flairant une piste. Au bout de quelques minutes, l'homme fit un signe à ses deux collègues.

- Voilà, c'est ici que le portoloin a été créé. Inspectons le reste du village, nous trouverons peut-être d'autres informations.

Ils remontèrent lentement la rue principale en direction des grilles du château, sans remarquer la présence d'un étrange paquet rose qui dépassait légèrement de sous un escalier.

En dépit de tous ses efforts, la grande inquisitrice allait certainement passer la nuit dehors.

# #

Le hall d'accueil du ministère était désert et à peine éclairé. Seule la fontaine de la propagande présentait encore de l'activité. Harry fut surpris de ne voir aucun gardien dans l'immense espace. Peut-être des vigiles étaient-ils stationnés à des points plus sensibles du bâtiment ? Lui et ses deux complices rasèrent les murs en direction des grilles dorées des ascenseurs, leurs robes sombres se fondant dans le marbre noir qui couvrait le bas des parois. Toujours personne en vue.

Ginny appuya sur le bouton d'appel et une cabine se présenta à leur niveau. Les engrenages et les poulies du système couinaient affreusement. Si quelqu'un rôdait comme eux dans les couloirs, il serait vite prévenu de leur visite. Une fois la montée entamée, le bruit fut pire encore et dans la faible lueur émise par la baguette de Ginny, Harry vit Blaise sursauter à chaque grincement. Enfin, ils arrivèrent à l'étage souhaité.

- Département des lois magiques, niveau cinq, annonça la voix de synthèse.

Ginny éteint sa baguette et l'ascenseur s'arrêta dans un claquement métallique qui dut s'entendre à travers tout l'étage. Levant les yeux au ciel, Harry ouvrit la grille et s'aventura dans le couloir. La seule source de lumière était un petit panneau lumineux au-dessus de la porte de l'ascenseur. À-travers les lunettes, il distingua un parquet de bois arrangé en carreaux et des moulures au plafond. Un endroit plutôt cossu, nettement mieux tenu que le placard à balais d'Arthur Weasley. Avant de se lancer dans l'inconnu, le trio préféra attendre l'arrivée des renforts. Quelques minutes plus tard, Ron, Sarah, Luna et Neville parvinrent à leur tour jusqu'à leur niveau.

- Bien, allons-y, maintenant.

- D'après le plan, marmonna Blaise, il faut aller jusqu'au premier croisement de couloirs et tourner à gauche. Le bureau du crapaud se trouve à quelques mètres sur la droite.

- En route, dit fermement Ron. Plus vite on aura fini, mieux on se portera.

Ils avancèrent prudemment, prêts à lancer un maléfice au premier qui croiserait leur route. Mais personne ne se manifestait. Très bizarre...

# #

- Aahh... nous y voilà.

La porte d'Ombrage était chargée d'une lourde plaque dorée portant le nom de la dame et son titre. Harry déplia le couteau de Sirius, qui ne quittait jamais ses poches, et enfonça la lame dans la serrure, puis manœuvra jusqu'à entendre un "clic" de bon augure.

- Hé, hé, voilà le travail, plastronna-t-il.

- Dépêche-toi, souffla Ginny, j'entends du bruit en bas...

Harry hocha la tête et poussa prudemment la porte, qui s'ouvrit dans un parfait silence témoignant de son entretien soigneux. Jugeant le bureau sûr, Harry releva les lunettes et alluma sa baguette à la place. Il le regretta aussitôt.

Le bureau d'Ombrage au Ministère, au point de vue des couleurs, ne valait pas mieux que celui de Poudlard. Il était même pire, si cela était possible. Dans la pâle lumière blanche émise par leurs baguettes, les sept apprentis cambrioleurs distinguèrent de la moquette rose et pelucheuse au sol, de la peinture rose à motifs marbrés aux murs, le reste de la collection d'assiettes à chatons, ainsi qu'un service à thé orné de roses (les pauvres fleurs ne méritaient pas qu'on en dégoûtât les gens de la sorte...). Le fauteuil de la sous-secrétaire était, au hasard, capitonné en rose, et sa boiserie, peinte en blanc avec de minces filets roses.

- On commence par quelle armoire ? demanda Ron en observant les lieux.

- Démolissez tout, conseilla Harry, et prenez tous les dossiers que vous pourrez. Ensuite, on file.

- On ne les brûle pas ici ? s'étonna Ginny. Ça nous éviterait de faire chauffer les cheminées à Poudlard. En plein été, ça risque d'attirer l'attention. Je ne sais pas combien de temps l'affreuse va rester paralysée et ficelée.

- S'il reste des cendres dans ce bureau, quelqu'un serait bien capable de trouver un sortilège pour les reconstituer, objecta Blaise, qui avait soigneusement étudié la question sous toutes les coutures. Et pas besoin d'aller au château pour les détruire. Il y a plein d'immeubles avec une chaudière au sous-sol, dans ce quartier. Une habitation moldue est bien le dernier endroit où elle ira chercher ses papelards.

Sur les instructions de Sarah, ils n'utilisèrent pas de magie pour chercher les dossiers, et coupèrent la lumière générée par les baguettes pour travailler avec les lampes de poche moldues que Miss Cobbyte avait rapportées de chez elle. Apparemment, les responsables de la sécurité ministérielle étaient si certains qu'aucun objet technologique ne serait introduit dans l'édifice qu'ils n'avaient jamais pensé à le garnir de sortilèges de désactivation. Très, très imprudent. Si un jour quelqu'un venait avec un pistolet, l'homme qui avait pris cette décision aurait gagné son Darwin Award. Après quelques minutes de fouille fort peu délicate, Ron mit la main sur l'objet de leur quête.

- 'a y est, je les ai. Punaise ! Il y en a un paquet ! Alors, Expea, Granger, Crivey, Cobbyte...

- Donne-moi ça, je VEUX lire ce qu'elle a écrit, décréta Sarah en arrachant le dossier des mains de Ron. Ça va entrer dans les archives familiales.

- Fais-toi plaisir.

- Chut ! intima Harry. Il y a du boucan en bas, et ça se rapproche.

Les bras chargés de dossiers, ils tendirent l'oreille. En effet, on entendait à présent distinctement des cris et le bruit d'objets brisés en provenance des étages inférieurs.

- Oh là là, mais ils cassent tout !

- C'est l'heure de préparer un piège pour ces vaillants combattants, quels qu'ils soient, décréta Sarah en saisissant son sac de commissions, et ensuite, de filer très vite et très loin d'ici.

Ses comparses la regardèrent avec perplexité sortit du sac une bouteille d'huile, une éponge et un rouleau de papier toilette épaisseur triple.

- Allons-y.

Les sept cambrioleurs quittèrent le bureau, tous feux éteints, les bras chargés de dossiers. Ils repartirent sur la pointe des pieds en direction de l'ascenseur, en espérant que personne ne remarquerait leur présence. Sarah resta un moment en arrière, s'activant avec l'éponge, la bouteille d'huile et le rouleau de papier.

- Sarah, bon sang, grouille-toi un peu ! C'est pas l'Club Méd, ici !

- Voilà, voilà, j'arrive !

Il était plus que temps. Ils s'étaient à peine remis en marche qu'un sorcier déboula dans le couloir.

- Hé, vous, là-bas !

Ce n'était pas une voix connue, aussi Harry se mit à courir, aussitôt suivi par les autres.

- Arrêtez ! Eh ! Ils sont là, ils sont là !

L'homme accéléra pour les rattraper...

swiiish

- OUAH !

Le bruit d'une chute résonna derrière eux.

- Hi, hi, hi, fit Sarah. Une flaque d'huile sur un sol en bois poli, une éponge sur l'huile, et le papier en travers du chemin. J'adore les pubs moldues.

Au tournant suivant, le petit groupe perdit toute envie de rire.