Salut les lecteurs ! Nous approchons de la fin du tome 5, alors avant que vous partiez (je vous le souhaite) en vacances, voilà un peu de lecture pour la soirée.
Dépressifs s'abstenir, ce n'est pas un chapitre très drôle...
Chapitre 38 : Mise en Terre
Après avoir tant bien que mal récupéré de la formidable gueule de bois qu'ils avaient subie, Harry et son directeur regagnèrent Poudlard dans les premières heures de l'après-midi. Chacun retrouva ses pénates de son côté, et personne ne posa de question. Harry se borna à transmettre à ses amis que les funérailles de Lupin auraient lieu deux jours plus tard, et que les professeurs emmèneraient sur place ceux qui désiraient s'y rendre. Il y eut beaucoup plus de volontaires qu'il ne s'y était attendu.
Au matin de la cérémonie, près d'une cinquantaine d'étudiants, toutes maisons confondues, attendait aux grilles de Poudlard que leurs enseignants voulussent bien les faire transplaner jusqu'au cimetière où se déroulait l'inhumation. Rogue n'était pas avec eux, et Harry se demanda où il avait bien pu passer.
Les uns après les autres, les élèves eurent droit à un transplanage d'escorte vers leur destination. Il fallut en tout une bonne demi-heure pour emmener tout le monde.
# #
L'endroit n'était pas trop sinistre. Les allées étaient bordées d'arbres, le gazon poussait dru (pas vraiment une surprise) et les fleurs s'étalaient sur les tombes en larges touches multicolores en compagnie de photos sur céramique et de plaques commémoratives plus ou moins farfelues. Harry fit quelques pas prudents pour retrouver son équilibre après l'atterrissage. Un coup d'œil sur l'assistance lui apprit la présence de Sirius à quelques mètres de là. McGonagall avait averti Harry la veille que Sirius viendrait à la cérémonie sous un déguisement. Il se présentait sous l'apparence d'un homme entre deux âges, de taille moyenne, en un mot parfaitement passe-partout. Non loin de lui, Tracy Davis tentait de blaguer pour réconforter une Millicent en larmes. Toute l'école savait qu'elle avait eu le béguin pour le professeur de défense durant sa troisième année, mais personne n'aurait cru que son faible durait encore.
Apparemment, exception faite d'une sobre plaque de marbre gris pour laquelle tout l'Ordre s'était cotisé, ainsi que certains des "enfants", la tombe de Lupin se ferait discrète. Rien d'extravagant comme les angelots dodus et les frises en stuc qui ornaient le caveau d'une riche famille un peu plus loin. Un nom, deux dates et une très courte épitaphe. Pas de fanfreluches pour un simple outil, songea Harry, en se demandant quelle allure aurait sa propre tombe. Une chose était certaine, si Dumbledore lui survivait, il exigerait expressément que le vieux bonhomme ne rédigeât ni le discours funéraire ni la moindre inscription.
- Grise, marmonna Sirius en regardant la plaque qui attendait d'être mise en place. Pourquoi elle n'est pas blanche ?
- Parce que le monde est gris, dit Luna Lovegood d'une voix rêveuse. Gris est la couleur de la vérité. Il n'y pas de noir et blanc, juste des nuances de gris.
La jeune fille venait d'apparaître à leurs côtés avec un « pop » à peine audible, vêtue d'un gris terne de la tête aux pieds. Elle avait raison le noir lui aurait fait une mine affreuse.
Sirius haussa les épaules et s'éloigna tandis que Ginny levait le pouce à l'attention de la Serdaigle.
Alors que Dumbledore se préparait pour son éloge funèbre, d'autres sorciers se faufilèrent dans l'allée sur la pointe des pieds. Harry leur jeta un œil et reconnut Rufus Scrimgeour et Rogue (voir les deux arriver ensemble était assez... étrange, d'ailleurs), ainsi qu'un petit homme à cheveux blancs qui ressemblait à un pissenlit un jour de grand vent.
- C'est Papa, indiqua Luna à voix basse.
Effectivement, remarqua Harry quand l'étrange personnage se fut rapproché, il avait transmis ses yeux d'un gris transparent à sa fille. Pour le reste, heureusement, Luna devait tout avoir hérité de sa mère.
Dumbledore replia son papier et se redressa. Harry se mit aussitôt en pilotage automatique pour échapper aux traditionnelles âneries dégoulinantes de bons sentiments que l'on servait en ces occasions. Il reporta plutôt son attention sur l'assistance.
Pour la première fois, Harry vit Tonks sous sa véritable apparence : des cheveux brun sombre, un visage en forme de cœur, des yeux marron, et une bouche mince serrée en une expression furieuse, qui s'additionnait d'une nette envie meurtrière chaque fois que l'auror tournait les yeux vers Sirius Black.
D'après ce qu'il avait compris du discours passablement confus des trois autres sorciers la veille, la jeune femme avait eu le béguin pour Lupin. C'était peut-être même plus sérieux que cela.
Quand Harry revint au discours de Dumbledore, celui-ci décrivait avec un chevrotement dans la voix les premières années de Lupin à Poudlard, le garçon brillant mais si timide... S'il s'était écouté, le jeune homme aurait pris ses jambes à son cou. Et retrouvé une bouteille de Whisky Pur-Feu.
Lupin était un type intelligent et doué, mais même avec votre soi-disant pouvoir, vous n'avez jamais réussi à l'aider à trouver une vie décente. Vous l'avez utilisé, comme vous utilisez Rogue et les autres. Je pense que ça ne vous coûte pas grand-chose de passer une couche de sucre sur toute l'affaire. Ou une couche de vernis brillant sur son cercueil. Le jour où ce sera possible, j'irai cracher sur le vôtre.
De nouveau, Harry se mit en pilotage automatique pour couper l'audition du discours. Personne ne penserait jamais à taper sur les doigts du vieil homme pour avoir introduit un élève loup-garou dans l'école sans autre sécurité qu'une cabane branlante et un arbre agressif. Sauf Rogue, peut-être, mais il semblait que la mort de Lupin l'avait plus affecté qu'il ne voulait l'admettre, et en tout cas suffisamment pour lui ôter - temporairement – ses répliques acerbes.
Une fois que le directeur eût terminé, le cercueil fut descendu dans la fosse avec précaution, et les assistants se mirent en file pour déposer, l'un après l'autre, une poignée de terre ou une fleur sur le couvercle. Des roses, des marguerites, des fleurs des champs... Un gros tournesol de la part de Luna... La fosse ressemblait à un tapis multicolore quand ils eurent fini. Les fossoyeurs qui attendaient à l'écart s'avancèrent alors pour terminer l'ensevelissement, tandis que Millicent éclatait en sanglots bruyants. Tracy et Daphné la tirèrent à l'écart pour lui permettre de reprendre un peu ses esprits.
Harry se sentait quant à lui totalement déconnecté de ce qui se passait autour de lui.
# #
Il sortit de son inattention pour regarder les étudiants qui repartaient vers le collège sous la conduite de leurs professeurs. Certains avaient l'air complètement ailleurs (au moins sur Mars, en ce qui concernait Ron Weasley, et pour Luna, sur le satellite du même nom).
Il ne restait plus que les enseignants membres de l'Ordre quand Sirius finit par mettre les pieds dans le plat. Il se dirigea droit sur Rogue, qui laissa échapper un soupir exaspéré. Il ne fut pas le seul. McGonagall et Tonks avaient déjà la main sur leur baguette.
- Alors, content ? T'es venu vérifier qu'il ne sortait pas de son cercueil ?
- Je pourrais te poser la même question, Black, répondit calmement Rogue. Après tout, vu que c'est ta bêtise qui l'a envoyé six pieds sous terre, tu as toutes les raisons du monde de te sentir coupable et de venir prier pour que la mort de Lupin ne soit qu'une vaste blague.
- Ça, beugla Sirius en désignant la tombe, c'est MA faute ?!
- Mais naturellement. Tu as passé toute cette année à bouder dans ton coin pendant que ta chère cousine, à peine sortie d'Azkaban, reprenait l'entraînement au combat, et qu'est-ce que tu fais, aussi mal préparé que tu l'étais ? Tu files te battre contre elle ! En bon ami qu'il est, Lupin a voulu t'aider, et comme le monde est injuste, c'est lui qui a été tué.
Il fallut toute la force de Shacklebolt pour empêcher Sirius de sauter à la gorge de Rogue.
- Tss, tss... Attends au moins d'avoir été innocenté avant de refaire l'imbécile, siffla le maître des potions. Tu es si pressé de retourner à Azkaban, ou tu es toujours incapable de penser aux conséquences de tes actes ? Je plains ton filleul si tu t'occupes si mal de ses intérêts...
- Arrête ton numéro, cracha Sirius. Harry n'est pas ton fils !
- Et crois bien que je le regrette, répliqua sèchement Rogue avant d'empoigner Harry par l'épaule et de l'entraîner vers le point de transplanage à quelques mètres de là, laissant les autres figés sur place comme des statues de sel.
Harry ne protesta pas, préférant ne pas agraver l'humeur de son directeur.
- Alors là, bravo, lança au loin la voix de Tonks. Tout ce que t'as réussi, c'est lui faire dire à quel point il aime ce gosse. Bien joué, crétin !
La réponse de Sirius, s'il y en eut, fut perdue dans le bruit du départ vers les limites de Poudlard.
# #
Une fois rentré au château, Harry se dirigea tout droit vers les quartiers des Serpentard, peu désireux de discuter des derniers évènements. Il avait sa malle à remplir avant le départ pour les vacances d'été. Ce serait parfait ; une très bonne occupation qui ne lui laisserait pas trop le loisir de réfléchir à autre chose.
Malefoy avait déserté les lieux. Sans doute était-il parti comploter dans un coin avec son fan-club, faisant confiance à un elfe de maison pour tout ranger à sa place. Harry commença à entasser des chemises et des pulls dans sa valise, se concentrant uniquement sur la meilleure façon de plier les vêtements.
Harry avait fini de ranger ses affaires dans sa malle et s'assit sur le bord de son lit. Il se sentait dans un état second. La violente sortie de Sirius à l'enterrement lui faisait amèrement regretter que sa garde lui eût été confiée. Connaissant son parrain, il allait tout faire pour "dé-serpentardiser" Harry pendant l'été. Si seulement il avait pu rester aussi tolérant que lors de leur première rencontre. Seulement à cette époque Sirius nageait dans une certaine euphorie : il était libre, son filleul savait la vérité à son sujet, il était persuadé d'être bientôt innocenté... Les choses, bien sûr, avaient changé (même si Black serait sans doute bientôt blanchi par le ministère, maintenant qu'il serait possible de l'interroger dans les règles), et la proximité, voire l'attachement, qui régnaient entre Harry et son chef de maison devaient être parfaitement insupportables à Sirius. Dans l'esprit de Black, Rogue resterait toujours le gamin malingre qu'il se plaisait à ridiculiser – ou pire – parce qu'il avait été envoyé à Serpentard et qu'il était plus pauvre que le fortuné fils de Sang-Pur. On était en droit de se demander dans quelle proportion ce comportement imbécile avait conduit Rogue à prendre la marque.
# #
- BANDE DE SALAUDS !
Le rugissement fit sursauter Harry.
- Bon sang, Théo, tu veux me retrouver accrocher au lustre ?
- Y'a pas de lustre ici, grogna Théodore en désignant le plafond.
- Mais dans la grande salle, si. D'habitude, c'est Blaise qui arrive à ce niveau dans les décibels.
- Les quoi ? Oh, laisse tomber.
- Allez, raconte. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Théodore s'aplatit de tout son long sur le tapis du dortoir.
- J'ai rencontré Luna dans le couloir. Elle est sympa, cette fille. Je me sens bien quand elle me raconte ses délires.
Et c'est certainement la raison pour laquelle elle te les raconte.
- Elle était en train de coller des affichettes pour qu'on veuille bien lui rapporter ses affaires. Apparemment, c'est la grande blague de fin d'année, dans sa promotion, de faire disparaître ses vêtements et ses livres la veille du départ.
- Charmant, pesta Harry. Tu lui as donné un coup de main ?
- J'ai voulu, expliqua Théodore, mais elle prétend que ses affaires reviennent d'elles-mêmes dans son dortoir en temps et en heure. Peut-être que d'une façon ou d'une autre elles sont enchantées pour toujours retrouver leur propriétaire. Ou peut-être que les elfes de maison lui rendent se service, vu qu'elle est sympa avec tout le monde elle doit sans doute bien s'entendre avec eux.
- Et dire que les Serdaigle sont considérés comme de sages érudits au-dessus de tout soupçon. Quelle belle bande de bâtards, grogna Harry.
Les deux garçons restèrent assis sur leurs lits pendant un moment à méditer ce dernier point, avant de reprendre la conversation.
- Tu repars en Nouvelle-Zélande ?
- Pas cette fois, nous allons visiter la Nouvelle-Calédonie avec toute la petite famille, répondit Théodore.
- C'est français, ça, non ?
- Ouais. Ça va me permettre de rafraîchir ma grammaire. Et toi ? Où iras-tu ?
- Chez Sirius, je suppose, grommela Harry. Au moins pour une partie de l'été, puisque je dois toujours revenir chez les Dursley pendant au moins trois semaines. Je paierais cher pour me perdre en cours de route. Et dire qu'il y a deux ans je me serais mis à genoux pour aller vivre chez lui...
Théodore émit un grognement désolé avant de s'activer sur ses propres habits, qui attendaient encore d'être pliés et casés dans sa valise.
