Chapitre VIII
« Je... je ne peux pas voir où elle est... »
La voix de Shizuru était à peine perceptible, et Natsuki cru n'avoir pas bien entendu mais les pleurs de la jeune femme qui lui faisait face lui firent bien comprendre les mots qui étaient sortis difficilement.
* Elle... elle ne voit pas la chaise... *
En quelques secondes, quelques passages de sa rencontre avec la jeune femme lui revinrent en mémoire, cet étrange lueur dans ses yeux, une absence de regard...
* Elle est... *
« Tu... tu es... »
« Aveugle... oui. »
Shizuru avait parlé très durement.
« Gomen... c'était stupide comme question... »
« Ne vous inquiétez pas... ça ne fait rien... mais si tu n'y vois pas d'inconvénient... je crois que je vais aller me recoucher... »
Le vouvoiement fit l'effet d'un coup de point de la poitrine de Natsuki, bien qu'elle se sentit un peu mieux en entendant le tutoiement revenir dans la fin de la phrase. Mais cette appellation montra à la jeune femme aux cheveux bleus au combien son invité était touchée par le fait qu'elle ne voit pas. Elle ne sut quoi dire pour retenir la jeune femme, alors elle la laissa rejoindre sa chambre. Elle resta seule dans son bureau... La chaise qui avait été amenée pour Shizuru fut poussée un peu plus loin et la jeune femme retourna s'asseoir à son clavier, se disant que peut-être l'aiderait-il a se changer les idées... Mais rien n'y fit. La jeune femme aux yeux émeraude se leva et, n'y tenant plus, partie pour sa chambre. De toute manière il était tard et il fallait qu'elle dorme.
Elle entra dans une pièce sombre et silencieuse. Elle s'approcha doucement, faisant le moins de bruit possible. Elle n'osa pas s'approcher du lit et passa devant ce dernier en jetant son regard vers le lit. Natsuki se dirigea vers le divan où elle allait reprendre sa place.
« Kanina... »
La jeune femme stoppa et se retourna vers le lit. Elle regarda dans la direction de la jeune femme qui avait fermé les yeux. Elle fit baisser les siens.
« C'est à moi de m'excuser... j'aurais dû remarquer que tu ne vois pas... ça aurait évité que je fasse une gaffe... Kanina, Shizuru... »
Shizuru ne dit rien, mais fut touchée par ces paroles. Ses joues rosirent.
« Hum... ben bonne nuit... repose toi bien... »
« Où est-ce que tu dors ? » demanda la jeune femme aux rubis, se redressant sur le lit.
« Ben sur le canapé juste là... »
Elle désigna du doigt le divan avant de se raviser, sachant son geste inutile et baissa la main.
« ...à côté du lit... »
« Kanina Natsuki... non seulement je t'impose ma présence, mais en plus j'accapare ton lit... »
La tristesse que vit alors la jeune femme sur le visage de Shizuru lui fit perdre ses moyens.
« Mais... mais non ne t'inquiète pas... C'est moi qui ait pris la décision de te ramener ici et de te garder chez moi... et puis le canapé est très confortable... j'aurais pu très bien t'amener à l'hôpital... c'est ce que j'aurais dû faire d'ailleurs... »
La jeune femme aux yeux émeraudes rougit, s'entendant bafouiller et se perdre dans ses idées.
« C'est encore à moi de m'excuser... je t'ai gardé ici sans te demander ton avis... »
Contre toute attente, Shizuru sourit en sentant la gène dans la voix de son hôte.
« C'est vrai, je vais devoir te demander réparation pour ça ! »
Natsuki déglutit. Paniquée par ce revirement elle ne savait pas quoi faire.
« Mais... heu... je ne te retiens pas ici ! Tu peux partir si tu veux ! »
La jeune femme aux cheveux châtains sourit de plus belle.
« Je plaisantais... Ton lit est vraiment trop confortable pour que je parte. »
La jeune femme aux cheveux de nuit rougit de s'être faite avoir et tenta de se rattraper.
« Qu'est-ce qui te dit que je vais te laisser rester ici ! »
Sizuru ferma les yeux et inclina sa tête sur le côté un petit sourire aux lèvres.
« C'est toi même qui me l'a dit : j'aurais pu très bien t'amener à l'hôpital, je t'ai gardé ici sans te demander ton avis... Si tu avais voulu que je parte tu ne m'aurais pas gardé ici, ne, Na-tsu-ki ?. »
Ne sachant quoi répartir à ces paroles, elle détourna la tête, rageant de s'être à nouveau faite avoir par son invité, qui s'en amusait beaucoup apparemment et qui avait l'air d'aller beaucoup mieux. Elle devint cramoisie en entendant la façon dont Shizuru prononça son nom.
* Heureusement qu'elle ne me voit pas... *
Mais elle n'entendit pas que la jeune femme c'était agenouillée sur le lit et s'avançait vers elle. Au moment ou elle tourna la tête, elle fut surprise de sentir une main fraîche se coller maladroitement à son visage.
« Hé qu'est-ce que tu fais ! Tu as la main gelée ! »
« Iie, ma main est à température normale, ceux sont tes joues qui sont en feu. »
N'en pouvant plus et en étant réduit à espérer que ses oreilles lui permettent de relâcher la chaleur qui lui était montée à la tête, Natsuki se détourna complètement de la jeune femme et s'éloigna en pestant vers le divan sur lequel elle se coucha sans un mot de plus.
Shizuru sourit et regagna le dessous des draps.
« Oyasumi nasai Natsuki. »
Pour toute réponse elle entendit un grognement venir du canapé.
Remontant le drap sur son visage, Shizuru repensa à ce qu'il venait de se passer et rougie à son tour.
* Mais qu'est-ce qu'il m'a prit de faire ça... je ne la connais même pas... *
Elle se tourna dans la direction du canapé.
* C'est sorti sans réfléchir... *
Finalement elle pivota de nouveau et tourna le dos à son hôte et essaya de penser à autre chose. De son côté, Natsuki n'en menait pas large et essayait tant bien que mal de penser à autre chose qu'au sourire de Shizuru...
Finalement c'est vers 2h du matin environ, que chacune finit par s'endormir épuisée.
