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Chapitre 2 : Résignation

Déclarant que les événements de la matinée lui avaient causés une migraine, Elizabeth se retira rapidement dans sa chambre où, à sa grande surprise, au lieu de s'écrouler sur le lit et de pleurer sur son triste sort, elle s'installa à la coiffeuse réfléchissant aux possibles conséquences que cette journée engendrerait. Elle savait parfaitement que sa vie serait au mieux ennuyeuse et au pire totalement dénuée de sens. Et cela ne paraissait, après-tout, pas si horrible. Non, le pire était qu'elle allait devoir se donner à cet homme. Cet homme, qui, lorsqu'il n'était rien d'autre que son cousin la faisait rire par ses bêtises mais qui, maintenant qu'il lui était promis, lui procurait des haut-le-cœur. Le souvenir vivace du baiser qu'il avait déposé sur sa main lorsqu'elle l'avait accepté provoqua une larme qui coula lentement sur sa joue. Toute sa vie, elle avait toujours rêvé de tomber amoureuse. Elle savait que ce n'était désormais plus possible et que, si elle voulait tenter de rester saine d'esprit aux côtés d'un tel homme, et devrait simplement accepter son sort et essayer de s'en contenter, bien qu'elle ignore encore comment y parvenir.

Elle n'était pas assise depuis longtemps quand un léger coup à la porte interrompit sa rêverie. Elle savait par la légèreté du coup que c'était Jane. Que lui dirait-elle ? Elle connaissait assez la sensibilité de sa sœur pour savoir que peut importe la déception ou la tristesse qu'elle pouvait ressentir, sa sœur la ressentirait cent fois plus, et le but même d'épouser Mr Collins était de protéger sa famille (et plus particulièrement Jane). Gardant cela à l'esprit, elle essuya les larmes sur ses joues et dit à sa sœur d'entrer d'un ton qui se voulait joyeux.

Jane ouvrit timidement la porte et passa la tête par l'encadrement.

-Lizzie, est ce que tu vas bien ? demanda-t-elle gentiment.

-Bien sur Jane, mentit Elizabeth.

Elle n'avait jamais menti à sa sœur auparavant et elle ignorait si cette dernière la croirait mais décida de ne pas laisser à sa sœur le temps de réfléchir à sa réponse de peur qu'elle ne devine la vérité. Elle se leva immédiatement de sa chaise et se dirigea vers sa sœur ainée en poursuivant.

-Ma chère Jane, vous devez me féliciter ! Je suis engagée.

Mais sa voix était froide et elle doutait que sa sœur la plus chère la croit.

-Lizzie, c'est impossible. Je sais combien tu le détestes ! s'écria Jane.

Elizabeth prit doucement les mains de sa sœur dans les siennes et l'attira vers le lit.

-Calmez-vous Jane. Tout est oublié, ou doit l'être rapidement. Nous sommes fiancés et il n'y à rien à ajouter.

Jane ne répondit pas, mais fixa sa sœur, ayant l'impression de rêver.

-Dites quelque chose Jane ! Ne désirez-vous pas me féliciter ? Je vous assure que je suis décidée et je ne veux pas que vous soyez désolée pour moi.

-Mais Lizzie, pourquoi ? Je sais que vous ne l'aimez pas et vous avez toujours déclaré que rien hormis un amour profond ne vous déciderait à vous marier !

-Et c'est le cas ! répondit calmement Elizabeth.

Sa sœur la regarda avec une incrédulité qui la poussa à poursuivre.

-Ma chère Jane, il n'y a rien au monde que j'aime plus que vous et le reste de ma famille. En épousant Mr Collins je vous assure à tous la sécurité à la mort de notre père. Et je ne peux penser à une meilleure raison qui me pousserait à me marier.

Elizabeth caressa doucement les cheveux de sa sœur, tentant vainement de la calmer.

-C'est fait Jane, fut tout ce qu'elle put dire avant de fondre, elle aussi en larme.