Chapitre 4: Jeu de dupes
Quand elle finit par éteindre son ordinateur, Bulma s'aperçut que la nuit était totalement tombée. Elle retira les écouteurs de ses oreilles et éteignit la musique. Elle constata que quelqu'un avait déposé une part de pizza sur la console de travail. Gohan était toujours si poli et attentionné. Chichi l'avait bien élevé. Elle prit l'assiette pour la ramener à la cuisine en croquant dans la pâte froide et ramollie.
A la cuisine, elle trouva Gohan prêt à se coucher.
- Les garçons dorment déjà lui dit-il
- Ah ? Il est vraiment tard. J'ai oublié le temps je crois, dit Bulma, la bouche pleine, en avisant sa montre qui indiquait minuit.
- Oui j'ai vu ça, quand j'ai apporté la pizza. Je n'ai pas voulu te déranger.
Elle lui fit un clin d'œil en guise de remerciement.
- Ma mère n'était pas vraiment contente qu'on reste ce soir, reprit Gohan, Surtout…
- Surtout avec lui ? finit Bulma d'un ton morose.
Il hocha la tête.
- Vous ne devriez pas la laisser seule comme ça, releva Bulma.
- Je sais… Mais être avec lui… Mon père est parti depuis si longtemps. Par moment j'ai l'impression de le retrouver.
- Ce n'est qu'une impression, coupa froidement Bulma. Il n'est PAS ton père.
- Quel mal ça peut faire de passer du temps avec lui ?dit Gohan en haussant les épaules, ce n'est pas comme si je trompais mon père.
Bulma déglutit. Gohan se mordit la langue.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire murmura t-il.
- Bien sûr que non, soupira t-elle en posant sa main sur l'épaule du garçon.
Elle ouvrit le frigo et prit une bière. Elle en offrit une à Gohan qui s'en saisit.
Elle ouvrit la bouteille avec un briquet qui traînait et but une gorgée.
- Quelle situation de merde, conclut-elle. Je ne vais pas le foutre dehors non plus.
Gohan sursauta à l'idée que Bulma puisse chasser Gogeta de sa maison.
- Tu ne vas quand même pas faire comme ma mère ? s'inquiéta-t-il. Tu sais... Je crois qu'il a un peu de peine de sa réaction.
Bulma leva les yeux au ciel devant l'innocence du jeune homme.
- Ce n'est pas comme si c'était un grand garçon, super-puissant-super-guerrier-super-tout, qui peut se débrouiller tout seul, hein ? répliqua t-elle avec sarcasme.
Gohan baissa la tête, un peu penaud.
Elle le saisit par le cou et, attirant sa tête vers elle, déposa un baiser sur son front.
- Allez, on en a vu d'autres mon grand, pas vrai ? conclut-elle avec douceur.
Il passa son bras sur les épaules de Bulma et lui rendit brièvement son étreinte. Un toussotement interrompit leur conversation.
Bulma se retourna pour trouver Gogeta debout sur le seuil de la pièce.
- D'où tu sors, à cette heure ? lui demanda t-elle avec surprise en libérant Gohan.
Le jeune garçon fixa l'arrivant en prenant une gorgée de bière, attendant sa réponse.
Gogeta passa devant eux froidement, sans répondre, pour se diriger vers le frigo. Bulma échangea un regard interrogateur avec Gohan qui haussa les épaules. Il posa sa bouteille.
- Je suis crevé, je vais me coucher. On se voit sûrement demain, Gogeta ? interrogea le jeune homme.
Gogeta lui tournait le dos et farfouillait dans le frigo. Bulma posa doucement sa main sur le bras de Gohan.
- Bonne nuit, Gohan. Si tu as besoin de quoique ce soit, tu sais où me trouver.
- T'inquiète, bonne nuit Bulma.
Gohan monta lentement les escaliers sous le regard de son hôtesse qui sirotait sa bière. Quand il eut disparu, elle réalisa qu'elle avait, elle aussi, encore faim. Elle se servit quelques denrées à son tour, et s'installa à côté de Gogeta, qui avait attaqué des sandwichs assemblés à la hâte.
Ils mangèrent en silence une minute. Bulma se rendit compte qu'il la fixait durement. Elle suspendit sa mastication.
- Quoi ? demanda t-elle, sur la défensive.
- C'était quoi ça ?
Bulma regarda son assiette comme pour comprendre le sens de la question.
- Quoi, ça ?
- Ca, là ! ces embrassades avec le gamin. « Si tu as besoin de quoique ce soit, tu sais où me trouver »
Bulma écarquilla les yeux, s'étranglant à moitié avec sa bouchée; en un instant, la colère flamba dans ses yeux.
- « Ces embrassades avec le gamin » ? Mais tu débloques, mon vieux ! C'est Gohan ! GOHAN ! Ton presque-demi-fils-pas-vraiment-ton-fils ! Oh ! Y a quelqu'un là-dedans ? cria t-elle en essayant de lui mettre une claque derrière la tête.
Il esquiva son geste, sans même y penser.
Elle l'aurait giflé pour ses sous-entendus sordides. Lui, qui lui avait lâché, sans ciller, qu'il se souvenait de plein d'autres choses. Il osait porter sur elle un soupçon intolérable.
- Je sais qui c'est, reprit-il sur le même ton de reproche, ce n'est pas ma question.
Bulma soutint son regard avec un air de défi. Elle baissa le ton, consciente subitement que Gohan pourrait les entendre.
- Tu n'es pas en train de me faire une crise de jalousie, n'est-ce pas ? Tu sais ce qu'on a dit ? Tu n'es PAS mon mari. Soit dit en passant, je n'ai pas de mari à proprement parler, d'ailleurs. Tu n'es pas Végéta. Et tes idées dégoutantes, je t'ai déjà demandé de te les garder !
Elle s'interrompit lorsqu'il lui saisit brusquement le poignet avec une rapidité extraordinaire. Sa poigne était ferme mais il ne lui faisait pas mal. Il voulait la faire taire et avoir toute son attention. Son geste la figea, le souffle court, attendant la suite, raidie sur sa chaise.
- Je ne suis pas Végéta, mais il fait partie de moi et tant qu'il n'est pas là, il n'y a pas de frotti-frotta, ni avec Gohan, ni avec personne, grinça t-il entre ses dents.
Elle resta sans voix, attendant qu'il desserre son étreinte, immobile, comme on attend d'un lion agacé qu'il se calme. Il resta à la regarder, ce qui lui parut une éternité. Elle voulut finalement retirer son poignet et aperçut alors du sang qui coulait sur la table.
Elle eut un petit cri et se leva brusquement. Le sang venait du bras de Gogeta.
- Tu es blessé ?
- C'est rien. De l'entraînement.
Oubliant tout, elle entreprit de localiser la blessure en soulevant sa manche.
- Laisse-moi, grogna t-il, en essayant de dégager par un mouvement d'épaule.
- Oh ! C'est moche ! Il faut panser, annonça t-elle, sans se démonter.
- Non, c'est bon, ça ira mieux demain.
- Non ! Tu vas en mettre partout. Je ne veux pas que tu ruines ma moquette.
Bulma avait déjà du sang plein les doigts. Tandis qu'elle allait chercher la trousse de premiers soins, elle se demanda ce que donnerait l'analyse de ce sang. Elle écarta cette pensée pour se concentrer sur son œuvre d'infirmière.
- Enlève ton T shirt, il est mort, ordonna t-elle.
Il cessa un instant de manger pour obéir. Elle prit le vêtement imbibé de sang et le balança dans la poubelle. La plaie était profonde mais elle estima qu'il s'en tirerait sans points de suture. Elle essuya précautionneusement le sang pour mieux cerner les contours de l'entaille, puis, sans hésitation, arrosa abondamment le tout de désinfectant. Il eut à peine une grimace. Elle lui banda le haut du bras. « J'espère que ça va arrêter de saigner » maugréa t-elle.
Concentrée sur son bandage approximatif, elle le manipulait sans ménagement, rompue à l'exercice. Il la laissait faire sans broncher mais la fixait encore avec dureté.
Quand elle eut fini, elle contempla le résultat avec scepticisme, attendant de voir si le sang perlait au travers des couches de pansement. Elle sentit alors son regard sur elle.
Comme elle détournait son attention de la blessure, elle réalisa qu'il avait suspendu son repas. Il était torse nu devant elle et ne la quittait pas des yeux. L'œil de Bulma dérapa un peu sur le spectacle, ce qui déclencha aussitôt une alarme dans sa tête.
- Bien…bredouilla t-elle. Il te faut d'autres vêtements de toute façon. C'est un problème auquel je n'avais pas pensé. Finis de manger on verra ça après.
Elle débarrassa ses plats et debout contre l'évier, s'alluma une cigarette, tandis que, assis à table, lui tournant le dos, il recommençait à manger.
Elle était subitement très nerveuse. Ce bandage lui rappelait un souvenir avec Végéta. Une chose torride et très intime. Un autre bandage, qui avait fini d'une certaine façon. « Ce n'est pas Végéta »,martelait-elle intérieurement.
Non, ce n'est pas Végéta mais il a ses souvenirs. Elle se demanda si Gogeta, qui ce soir, au demeurant tenait plus de Végéta que de Gokû, savait ça aussi. Est-ce qu'il se souvenait de cette fois-là, où un foutu bandage n'avait pas tenu 5 minutes, où ils avaient mis du sang plein l'infirmerie, après s'être engueulés comme jamais. Bulma s'en souvenait assez précisément. Trop précisément en cet instant.
- T'es toute rouge, remarqua Gogeta en balançant sans ménagement son plat dans l'évier.
Elle sursauta. Perdue dans ses pensées, elle ne l'avait pas vu se lever et s'approcher.
- Fais attention, grogna t-elle en se reculant. Elle avait failli être éclaboussée par un plat graisseux qu'il venait de rapporter.
Elle écrasa grossièrement sa cigarette dans un cendrier pour se donner bonne composition et, sans relever sa réflexion, lui dit.
- Viens, on va te chercher des fringues.
Il la suivit en se léchant les lèvres, comme fait un animal avant ou après un bon repas.
Elle n'osait pas se retourner pour le regarder. En femme avisée, elle se mit à calculer. Le dressing de Végéta, bien sûr, se trouvait dans leur chambre. Elle sentait très clairement qu'en cet instant, ce n'était pas un endroit sûr pour s'aventurer avec lui.
- Tu sais où c'est, n'est-ce pas ? demanda t-elle sans se retourner
Il émit un grognement affirmatif. Bulma montait le plus lentement possible. Elle sentait des picotements à fleur de peau, cette alarme dans son crâne. Son regard tomba alors sur la porte de Trunks.
- Va chercher ce qu'il te faut. Je vais vérifier les petits, annonça t-elle soudainement.
Elle s'engouffra précipitamment dans la chambre d'enfants et referma la porte derrière elle aussi doucement que possible. Elle resta debout un instant pour reprendre ses esprits.
« Mauvais plan. Mauvais plan » martelait son esprit. Elle posa son regard sur les garçons endormis, ce qui l'apaisa progressivement. Elle les borda l'un après l'autre, tentant tant bien que mal de les repositionner dans leur lit. Elle vérifia la température de la pièce, sans réelle nécessité.
« Il doit avoir trouvé maintenant » se dit-elle. Elle ressortit, s'arrêta encore à la porte de Gohan pour écouter son souffle régulier, comme si il avait encore besoin qu'on veille son sommeil, et finit par se diriger, d'un pas un peu figé, vers sa propre chambre.
Le dressing de Végéta était ouvert et allumé. Elle s'avança précautionneusement. Il était debout, dos à l'entrée de la minuscule pièce, toute son attention concentrée sur l'intérieur d'une boîte qui contenait divers objets appartenant à Végéta. Il prenait les objets les uns après les autres pour les observer. Elle s'appuya au cadre de la porte.
- Ne fouille pas, s'il te plaît, dit-elle sur un ton las.
Le contenu du dressing, son odeur lui rappelaient celui qui n'était pas là et avaient atténué sa nervosité, sa colère et son stress.
Elle laissa divaguer son regard sur les étagères encombrées. La nostalgie l'envahit et la question qu'elle voulait éviter surgit dans son esprit. « S'il ne revenait jamais ? »
- Il te manque ? demanda subitement Gogeta qui lui tournait toujours le dos.
- Un peu. Répondit-elle en regardant le sol.
Il cessa de fouiller la boite et s'approcha d'elle. Il la prit dans ses bras et la serra doucement. Elle se laissa faire, le visage enfoui au creux de son cou. Il avait remis un T-shirt de Végéta. Elle ferma les yeux en s'imprégnant de son odeur. Un instant, elle s'autorisa à croire que c'était lui. Des larmes, qui menaçaient depuis plusieurs minutes, roulèrent sur ses joues, aussitôt absorbées par le tissu du T-shirt.
Il lui caressa les cheveux gentiment. Gokû aurait pu la consoler comme ça. Confortée par cette idée, elle finit par lui rendre son étreinte, savourant la sérénité de ce moment qui contrastait tellement avec les évènements de ces derniers jours.
Après un instant de silence, il chuchota
- Ici et maintenant, je suis presque « lui »
Bulma leva ses yeux humides et le dévisagea en s'écartant un peu de lui. La faible lumière du dressing créait un clair-obscur qui se contentait de glisser sur les contours de son visage. Elle fut effectivement frappée, à cet instant, de la ressemblance physique avec Végéta, ressemblance qu'elle ne retrouvait pas en pleine lumière.
Il approcha ses lèvres des siennes et l'embrassa. Sa langue s'introduisit doucement dans la bouche de Bulma qui se laissa faire, troublée et indécise sur l'attitude à avoir. Il la serrait avec une tendresse dont elle avait alors réellement besoin. L'odeur familière de Végéta qui flottait dans l'air renforçait l'illusion qu'il était un peu revenu.
Il la bloqua dos au mur du dressing, sans qu'elle se décide à réagir tandis qu'il mangeait ses lèvres avec un appétit grandissant. Il laissa ses mains descendre le long de son dos jusqu'à ses fesses.
Alors seulement, elle sursauta, comme si elle émergeait d'un rêve. Elle le repoussa un peu et détacha ses lèvres.
- Il ne faut pas. Je ne peux pas. Tu n'es pas lui, souffla t-elle. Je ne veux pas le tromper.
Pour autant, il ne lui libérait pas le passage et la gardait très proche de lui, acculée au mur.
- Tu ne le tromperas pas, chuchota t-il avec autorité.
Elle essuya ses joues d'un revers de la main et baissa les yeux.
- Comment peux-tu dire ça ? C'est pas toi que tu m'as dit que tant qu'il n'était pas là il n'y avait pas de « frotti-frotta » avec personne ? demanda t-elle avec défi.
- Justement, il est là maintenant, répondit-il simplement en tapotant l'emplacement de son cœur.
- Non, répondit implacablement Bulma
Il lui prit les poignets essayant de la rapprocher de lui à nouveau, en murmurant son nom. Elle résista.
- Ce qu'il y a là, c'est Végéta et Gokû, pour ce que j'en sais. Je ne veux pas, protesta t-elle encore.
Elle se dégagea et quitta le dressing précipitamment pour se réfugier dans la salle de bains, claquant la porte derrière elle.
Elle se laissa glisser au sol et s'assit dos à la porte, comme pour éviter qu'il ne la force. Elle savait qu'il n'allait pas faire ça.
- Bulma ! appelait-il à mi-voix.
Elle l'entendait clairement. Il était juste de l'autre côté. Il soupira.
- Bulma, il faut … C'est à lui aussi que tu dis non ! C'est comme si il rentrait chez lui et que tu le mettais dehors !
Bulma n'en croyait pas ses oreilles. Est-ce qu'elle devait supposer que ça pouvait, par moment, ne faire aucune différence que ce soit l'un ou l'autre ?
- Je t'interdis de dire ça ! Je ne te crois pas ! Tu es un menteur !
- Bulma, qu'est-ce que tu sais de la fusion ?
Elle sentait une pointe d'irritation dans sa voix, comme une impatience. Elle reconnut instantanément le ton de son compagnon et cela la troubla un peu plus.
- Va t-en ! Va t-en maintenant ! Je ne veux pas réveiller les enfants mais je te jure que si tu ne quittes pas ma chambre, je hurle !
Elle entendit ses pas s'éloigner et la porte de sa chambre claquer avec violence. Elle sentait son cœur battre à tout rompre. Elle serra ses genoux contre sa poitrine. Tremblante, elle porta sa main à ses lèvres comme pour vérifier que son baiser n'y avait pas laissé une trace.
Elle resta un bon moment à écouter le silence de la maison, attendant que son cœur reprenne une cadence normale. Puis, elle se leva doucement et se dirigea vers l'évier. Elle se passa de l'eau fraîche sur le visage et se contempla un moment dans le miroir. Les idées se bousculaient dans sa tête.
Végéta se souviendrait-il de ce baiser si il revenait? (Et Gokû ?) osait à peine demander son esprit. Surtout Bulma se sentait un peu fautive de la façon dont la situation avait dégénéré. Elle n'était plus une gamine. Elle avait clairement perçu le danger de se retrouver seule avec lui dans le dressing. Elle aurait pu, elle aurait dû, éviter tout ça. Elle savait ce qu'était un homme, même plutôt un Saïyen, qui se sent seul et de plus, lui avait toutes les raisons de la vouloir elle en particulier. C'était agiter un os sous le nez d'un chien en attendant qu'il reste assis sans broncher.
Elle devait se rendre à l'évidence : la présence de Gogeta la rendait folle à mesure que le manque de Végéta se faisait plus aigüe. Elle ne lui résisterait pas six mois. Et il le savait parce qu'il était pour partie son vicelard de mec. Et ça, c'était un très mauvais plan.
ooooo0ooooo0ooooo
