Chapitre 5: Tequila Sunrise

Les deux jours suivants, Bulma travailla sans compter à la Capsule. Elle partait tôt le matin et rentrait tard le soir. Sa mère s'occupait de Trunks, l'emmenait à l'école et le faisait dormir chez elle.

Bulma savait que ce n'était qu'une solution provisoire et d'ailleurs, dès le troisième jour, sa mère l'appela pour lui faire remarquer que son fils se plaignait de son absence et demandait à rentrer chez lui « où, de toute façon, il y a Gogeta, non ? » ajouta Bunny, avec trivialité.

Bulma soupira. Elle avait littéralement réussi à esquiver son invité pendant 48 heures. Mais, il fallait trouver autre chose maintenant car elle savait qu'elle ne pouvait pas tenir son fils à l'écart comme elle le faisait. Pourtant, elle n'avait pas d'idée dans l'immédiat. Elle était incapable de réfléchir à la situation plus de cinq minutes sans que son esprit se trouble totalement.

- Demain, maman, promis, finit-elle par répondre au téléphone. Dis-lui que demain, c'est moi qui le récupère à l'école et que je le ramène à la maison.

- D'accord, répondit sa mère sur un ton neutre, mais que Bulma savait être une forme de désapprobation.

- Et Maman…Embrasse-le bien fort de ma part. Il peut m'appeler si ça va pas, ajouta Bulma après une pause.

- Dis-moi, ma chérie, il y a un problème à la maison ?

- Non, non, s'empressa Bulma. C'est au boulot qu'il y a des problèmes. Mais ne t'inquiète pas, je m'en sors.

- Si tu le dis. A demain, alors.

Bulma raccrocha le téléphone avec un soupir. « Si tu le dis » était la formule consacrée de sa mère lorsqu'elle ne croyait pas un mot de ce qu'elle entendait.

La secrétaire interrompit sa réflexion en passant sa tête dans l'entrebâillement de la porte.

- Madame, si vous n'avez besoin de rien, je pars.

Bulma la regarda avec étonnement. Il était sept heures du soir déjà. Elle lui fit signe qu'elle pouvait y aller.

- A demain, Madame.

- A demain, marmonna Bulma en se massant les tempes.

Quand la secrétaire fut partie, Bulma s'imprégna du silence qui régnait dans les bureaux. Quelques employés allaient et venaient encore mais la ruche de la capsule corp s'était vidée en grande partie.

Elle regarda le ciel lumineux qui s'offrait à elle par la baie vitrée et décida d'aller manger en ville. C'était toujours mieux que les sandwichs en catimini qu'elle grignotait dans sa chambre, à l'affût du moindre bruit annonçant la présence de Gogeta. Elle avait de toute façon remarqué qu'il s'était enfermé dans la salle d'entraînement dont il semblait ne jamais devoir sortir. Comme elle n'avait pas envie de manger seule, elle eut l'idée d'appeler Gohan. Elle y renonça cependant en pensant qu'il devait sortir avec Videl, si il ne croulait pas sous les devoirs.

Elle saisit son sac subitement et se mit en route sans trop d'idée sur la suite des évènements.

Elle se mit au volant de sa voiture et s'éloigna des quartiers qu'elle fréquentait habituellement. Au début, ce n'était pas calculé, elle avait roulé en retournant son problème dans sa tête. Puis elle s'était rendue compte qu'elle se trouvait dans un quartier populaire assez animé qu'elle connaissait peu mais qui ne lui déplaisait pas.

Elle gara sa voiture qui détonnait un peu par son gabarit luxueux. Continuant à pied au hasard des rues, elle s'arrêta dans un magasin de vêtements où elle s'acheta une tenue plus confortable et plus passe-partout que son tailleur. La boutique la changeait des commerces de luxe dont elle était coutumière et elle fut enchantée de ses trouvailles.

Finalement, elle s'arrêta dans un bar hispanique où on pouvait manger en musique. Elle pensa que c'était exactement ce qu'il lui fallait pour se changer les idées, oubliant qu'elle devait surtout réfléchir à une solution pour sortir de l'impasse.

La nourriture était grasse et épicée mais bonne. A mesure que la lumière du jour baissait, le son dans le bar montait et bientôt une foule plus ou moins éméchée avait envahi l'endroit. Bulma, qui avait arrosé son repas de ce qui ressemblait le plus à son chardonnay habituel, monta d'un cran. Elle attaqua un duel de tequila avec un moustachu à la dentition douteuse, qui parlait très fort dans une langue dont elle ne comprenait pas le moindre mot. La musique et la fête ambiante l'avait mise d'humeur à ne pas reculer devant le défi.

Ceci étant, au bout du deuxième verre, elle commençait à sentir le mauvais plan. Mais à cette heure, sa réflexion n'avait que peu d'emprise sur ses actes et elle poursuivit.

Elle avait cessé de compter les verres quand elle demanda grâce sous le rire exubérant du moustachu qui fit un discours éraillé et tonitruant au public hilare qui suivait le match. Elle ne comprit bien évidemment pas un mot, mais ça ne lui paraissait plus très important, toute préoccupée qu'elle était à croire sa dernière heure venue. Elle tomba presque raide, la tête dans les bras sur la table, incapable de se lever. Elle sentait que, quel que soit le mouvement qu'elle tenterait de faire, il la perdrait d'une façon ou d'une autre. Elle respira lentement et décida d'attendre que ça passe.

Finalement, quelqu'un la secoua avec rudesse. Elle rouvrit les yeux et réalisa qu'elle avait du s'endormir. La musique avait cessé et les voix des fêtards semblaient plus lointaines. Elle se redressa très précautionneusement en clignant des yeux pour s'habituer à la lumière du bar qui, même tamisée, heurtait sa rétine avec violence.

- Bulma ! appela une voix rude.

Elle mit un temps assez long avant d'identifier Gogeta. Elle voulut parler mais sa bouche pâteuse refusait tout effort. Seul un bredouillement incompréhensible sortit de ses lèvres. Elle observa le bar sans vraiment comprendre d'abord où elle se trouvait. Elle repéra la serveuse de téquila qui lui adressa un petit sourire amusé en lui montrant sa montre.

- On ferme, senora, dit-elle simplement

Bulma voulut se lever mais se rassit aussitôt.

- Va pas… grogna t-elle

Gogeta soupira, excédé. Il la souleva et la chargea comme un sac sur son épaule. Au moment où il voulut se diriger vers la porte, la serveuse fit un geste pour l'arrêter et lui tendit la note et le sac de Bulma.

- Payez-vous, lâcha t-il

La serveuse hésita, puis sortit du portefeuille une liasse de billets qui la laissèrent un instant surprise. Elle compta minutieusement la somme mais Gogeta l'interrompit en reprenant le sac avec impatience.

- Gardez tout.

Il quitta le bar sous les au-revoir chaleureux de la serveuse. Il y avait encore pas mal de promeneurs imbibés dans la rue qui comptait un alignement impressionnant de bars dont certains étaient encore ouverts. Il détestait cette faune et il détestait ce genre d'endroit, emblématique des faiblesses humaines en tout genre. Il ne comprenait pas comment Bulma avait pu atterrir ici. Le bar avait appelé la maison depuis son portable quand il avait fallu renoncer à la réveiller pour fermer. Il avait répondu parce que le numéro de Bulma s'affichait et il était venu.

Il s'éloigna des rues fréquentées avec hâte, bousculant sans ménagement les fêtards qui restaient sur son chemin. Un ou deux lui proposèrent d'en découdre à l'ancienne mais il ne ralentit pas un instant, pressé de fuir ces gens.

- Pose moi ! finit par marmonner Bulma dont il avait cru qu'elle s'était rendormie.

Il ne releva pas.

- Pose-moi ! Ou je te jure, je te vomis dessus !

Elle savait toujours trouver les mots; il la remit debout. Elle vacillait un peu et il la tint par l'épaule pour éviter qu'elle ne perde l'équilibre.

Elle essayait de reprendre ses esprits. Elle le regarda avec un air sérieux.

- JAMAIS ! hurla t-elle

- Quoi ? répondit-il en écarquillant les yeux.

- JAMAIS ! Ne te laisse JAMAIS défier à la tequila par un moustachu qui parle une langue que tu ne comprends pas ! répliqua t-elle avant de partir dans un fou rire interminable.

Il comprit qu'elle était réellement totalement ivre et cela le mit en colère. Jusqu'ici, il avait été inquiet d'abord, après l'appel du bar, puis contrarié, quand il l'avait trouvée, puis irrité, au milieu de la foule des buveurs. Maintenant il sentait la colère monter parce qu'il détestait la voir comme ça. Dans cet état-là, son jeu favori était toujours de le chercher jusqu'à ce qu'il perde son calme alors que de son côté, elle n'était plus en état de se fâcher. C'était vraiment un jeu qu'il détestait.

Il la souleva comme une jeune mariée et s'envola à toute allure pour ne pas lui laisser le loisir de se moquer plus de lui. Elle fut obligée de s'accrocher vigoureusement à lui sous l'effet de la surprise et de la vitesse. Elle ne pouvait plus parler non plus, ou du moins, il n'entendait plus ce qu'elle disait à cause du vent.

Lorsqu'ils arrivèrent à la capsule, la fraicheur de la nuit l'avait calmée. Il la posa dans le salon. Elle réussissait à tenir debout.

- Je déteste quand tu fais ça, dit-il rudement.

Elle était en face de lui, regardant ses chaussures comme une lycéenne prise en faute.

- C'est parce que je suis malheureuse marmonna t-elle, comme pour se justifier.

Elle releva la tête subitement et le regarda en face.

- Je suis malheureuse ! Quand je me réveille, je suis malheureuse, quand je me couche, quand je travaille, quand je ne travaille pas, quand je mange. Je suis malheureuse tu comprends ?

Elle criait presque, tandis qu'il la fixait avec effarement. Après une pause, il la saisit par le cou et l'entraîna vers l'étage. Elle poussa un cri de protestation

- Laisse moi ! Tu es fou ! Tu vas me faire mal ! cria t-elle

- Tu es saoule ! rugit-il. Comment peux-tu te mettre dans des états pareils ! Jamais, je ne t'ai vue comme ça ! Jamais !

Elle se débattait mais ne parvenait pas à se libérer. Ses pieds ne touchaient presque plus le sol. Il l'entraîna dans sa chambre et se dirigea vers la salle de bain. Il la maintint sans ménagement sous le pommeau de la douche et actionna le robinet aussitôt. Elle hurla de surprise et de colère.

Il la tenait fermement sous le jet d'eau sans se préoccuper des éclaboussures qui l'atteignaient lui même. Peu à peu, elle cessa de protester. Elle se plaqua contre le mur de la douche laissant l'eau froide infiltrer ses vêtements, plaquer ses cheveux sur son front et ses pommettes.

Debout en face d'elle, il l'observait se calmer. Elle ouvrit les yeux et le dévisagea en retour. Il n'arrivait pas à décrypter son expression mais il était méfiant. Il savait qu'elle détestait quand il agissait comme ça.

Subitement, elle se rua sur lui et l'embrassa passionnément. Il perdit presque l'équilibre sous l'effet de la surprise.

Elle rompit son baiser et planta ses yeux dans les siens.

- Tu ne m'as jamais vue comme ça parce que je ne t'ai jamais perdu, souffla t-elle.

Elle se remit à l'embrasser en enroulant ses bras autour de son cou et ses jambes autour de sa taille. Il recula encore sous cet assaut imprévu et se retrouva dos au mur. Il la serra contre lui et lui rendit son baiser un instant, puis il prit sa tête entre ses mains et la força à s'interrompre pour le regarder.

- Qu'est-ce que tu fais, Bulma ?

Elle le dévisagea avec surprise. Des coulées d'eau froide dégoulinaient encore de ces mèches de cheveux et dévalaient les saillies de son visage.

- Ce n'est pas ce que tu voulais l'autre jour ? demanda t-elle

- Exactement. Ce que toi, tu ne voulais pas.

- J'ai changé d'avis, susurra t-elle en rapprochant à nouveau ses lèvres.

Il tourna la tête et enfouit celle de Bulma dans son cou. Elle se laissa aller sur son épaule tandis qu'il la portait dans la chambre où il la déposa sur le lit.

Il la contempla un instant, trempée, couchée sur le dos dans la pénombre. Elle observait ses moindres faits et gestes, attendant la suite. Il entreprit de lui enlever sa veste en jean. Elle le laissa faire tandis qu'il la déchaussait et retirait un par un ses vêtements mouillés.

Quand il ne resta plus que ses sous-vêtements, il eut un instant d'hésitation. Elle lui lança un coup d'œil engageant. Pourtant, il restait debout au-dessus d'elle sans bouger. Comme il ne se décidait pas, elle se cambra pour défaire elle-même son soutien-gorge. Avant qu'elle ait pu l'enlever complètement, il saisit la couverture avec vivacité et l'en recouvrit complètement. Elle se débattit pour en faire émerger sa tête. Il s'était agenouillé à côté du lit et elle se trouva face à lui.

- Tu vas prendre froid, dit-il

- Justement… il faut que je me réchauffe, répliqua t-elle sur un ton provocant.

Elle enroula à nouveau ses bras autour de sa tête et l'embrassa. Il se dégagea après un instant.

- Bulma, tu es ivre. Je ne veux pas que tu te réveilles demain en me détestant et en te maudissant.

Elle cilla à ses paroles mais ne répondit pas. Elle relâcha son étreinte et ses bras frigorifiés reprirent leur place sous les couvertures tandis qu'elle reposait doucement sa tête sur l'oreiller. Elle avait les yeux d'une enfant raisonnable à qui on venait de refuser une friandise.

- Alors, dors avec moi au moins, implora t-elle.

Il soupira, puis réajusta la couverture. Il caressa doucement ses cheveux encore imbibés d'eau et déposa un baiser sur son front.

- Je ne peux pas. Tu sais pourquoi. Je ne serai pas loin si tu as besoin.

Il se leva et quitta la pièce, la laissant subitement très fatiguée. Elle recroquevilla dans la couette et s'endormit presque instantanément.

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