Chapitre 8 : Nœud coulissant
La sonnette de l'entrée la réveilla en sursaut et elle tomba du lit, empêtrée dans les couvertures. Il faisait aussi jour que le gris du ciel le permettait. Elle avisa son réveil. Il était déjà presque neuf heures. Elle se releva et s'enroula dans les draps.
La chambre était vide. Elle courut à l'interphone de l'étage pour voir qui lui rendait visite. Elle fut stupéfaite de visualiser l'image de Gohan sur la vidéosurveillance. Elle décrocha.
- Gohan ?
- Salut Bulma ! C'est fermé à clé. Tu peux m'ouvrir ?
- Euh… Bien sûr, attends-moi une minute dans l'entrée. J'arrive.
Qu'est-ce qu'il fait là ? hurla son crâne. Où est Gogeta ?
De toute façon, il n'était pas dans sa chambre. La situation était à peu près présentable au premier abord. Bulma sauta dans un jogging de la veille, passa la main dans ses cheveux pour les remettre à peu près en place et descendit rejoindre le nouvel arrivant au salon. Elle était un peu nerveuse parce qu'elle n'avait pas vu Gogeta. Ce n'était pas le moment qu'il se pointe à moitié nu au salon.
- Alors ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas à la chasse au dragon ? demanda t-elle du ton le plus détaché qu'elle put.
- J'ai des examens à repasser. J'ai dû rentrer temporairement mais Videl est restée avec les garçons, ne t'inquiète pas, expliqua le jeune homme.
Tout d'un coup, Bulma repéra le mégot de la cigarette de la veille. Celle qui avait été balancée avec classe, mais qui dans la lumière du jour apparaissait totalement suspecte sur le sol immaculée de son entrée. Elle posa habilement le pied dessus et son cerveau se mit à calculer toutes les traces des incidents du soir précédent.
- Je ne t'ai pas réveillée au moins ? reprit subitement Gohan.
- A cette heure ? Penses-tu ! Je reviens d'un petit jogging, tu vois.
Gohan haussa un sourcil étonné et Bulma mit du temps à noter que, de son côté, il avait les cheveux détrempé par la pluie, tandis que les siens étaient totalement secs. Mauvais plan.
- Je me suis acheté un tapis de course, complèta t-elle avec un large sourire après un temps de réflexion. Tu veux un thé ?
- Volontiers.
Il se dirigea instinctivement vers la cuisine mais elle eut un sursaut. Le verre de vin renversé, la bouteille d'eau… Elle le retint par le bras.
- Dis-moi, il fait frais aujourd'hui, tu n'allumerais pas la cheminée pendant que je prépare le thé ? Tu sais que j'ai horreur de ces trucs.
Il la regarda avec une lueur de surprise.
- Pas de problème…
Tandis qu'il s'affairait dans le salon, elle remit la cuisine en état et fit chauffer l'eau. Elle était trop nerveuse, elle s'en rendait compte. Elle ne savait même pas ce qu'elle devait penser de ce qu'il s'était passé la veille. Elle avait été faible, elle se détestait pour ça. Maintenant que c'était fait… Où est Gogeta, mon Dieu ? Peut-être déjà dans la salle de gravité ? Végéta était tellement monomaniaque avec son entraînement, il devait l'être aussi, même blessé.
Elle sursauta en entendant sa voix et celle de Gohan dans le salon. Qu'est-ce qu'ils se racontent ?
Elle se dépêcha de finir le thé pour les rejoindre. Elle fut soulagée de constater que Gogeta portait une tenue correcte.
- Tu ne m'as pas dit que Gogeta était revenu, Bulma ? demanda aussitôt Gohan.
Exactement la question qu'elle redoutait.
- Il était blessé, il est revenu hier pour se faire soigner, répondit Bulma, Comment te sens-tu ce matin ? demanda t-elle au Saïyen.
- Nettement mieux. Ton remède a fait des miracles, lui répondit-il en lui adressant un coup d'œil.
Au secours ! Ferma-la, bourrin ! Bulma sentit encore ses nerfs se tendre. Elle posa le plateau, feignant de ne pas remarquer les yeux de Gohan qui allaient de l'un à l'autre. Finalement le jeune homme reprit son récit de la quête en cours qu'il avait commencé à exposer à Gogeta, assis, encore une fois, à la place de Végéta.
Bulma n'entendait rien, ne pouvait rien écouter. Elle bouillait intérieurement tandis que Gogeta était parfaitement à l'aise, comme un père qui écoute son fils avec intérêt. Les deux hommes paraissaient avoir oublié son existence. Elle quitta la pièce pour aller se doucher, sans même qu'ils le remarquent.
Quand elle reparut, ils étaient encore en pleine discussion Bulma les observa un instant, avec une once de contrariété. Elle avait l'impression d'avoir la famille Son qui campait dans son salon.
Elle alla s'enfermer dans son bureau, le seul endroit de la maison où on n'osait pas vraiment la déranger. Cependant, les documents qui s'empilaient devant elle ne parvinrent pas à retenir son attention. En réalité, une question hantait son esprit. Devait-elle considérer qu'elle avait été infidèle ?
Gogeta lui avait assuré que non mais elle savait que, dans certaines circonstances, un homme pouvait être capable de dire absolument n'importe quoi pour convaincre. Quand elle l'avait vu dans le salon avec Gohan, elle avait l'impression que c'était Gokû à nouveau. C'est sûr, Végéta n'aurait pas écouté sa discussion plus de trente secondes, il aurait encore moins posé des questions comme Gogeta l'avait fait. Il aurait ENCORE MOINS ri avec Gohan.
Mais hier soir, il tenait entièrement de Végéta. Elle était bien placée pour le savoir et elle en avait été viscéralement convaincue. Les paroles de Trunks et Goten lui revinrent en mémoire « quand Goten et moi, on a fusionné, on a pas vraiment vu la différence quand on a repris nos corps … c'est comme si on avait vécu la même chose mais dans un seul corps ».
Bulma se massa les tempes. Le processus de fusion des garçons n'avaient pas été exactement le même que celui de Gokû et Végéta, et puis il n'avait duré qu'une demi-heure.
Obsédée par la crainte de trahir Végéta, il y avait cependant une chose à laquelle Bulma n'avait pas vraiment réfléchi. Si la fusion cessait, Gokû se souviendrait-il ? Avant même de connaître la réponse, elle aurait voulu disparaître dans un trou.
Des coups frappés à sa porte la firent émerger de ses réflexions.
- Bulma ? Je peux entrer ? demanda Gohan.
- Bien sûr répondit-elle spontanément.
- Je voulais juste te dire au revoir, je m'en vais. Je reviendrai sûrement vous voir demain.
- Laisse-moi te raccompagner, proposa aussitôt Bulma.
Elle emboita le pas du jeune homme vers l'entrée. Elle voulait en fait jauger l'état d'esprit du garçon pour se faire une idée de ce qu'il avait pu deviner ou conclure de sa visite. Mais il semblait seulement tout à son excitation de retrouver un Gogeta-Gokû qui lui rappelait tellement son père.
Lorsqu'il fut sur le pas de la porte, il se tourna vers elle.
- Tu sais, je vais discuter avec ma mère. Il faut au moins qu'elle accepte de lui parler. Il n'a pas mérité ça.
Le regard de Bulma se rembrunit aussitôt. C'est la semaine des bonnes idées, commenta t-elle intérieurement. Elle le fixa avec solennité.
- J'ai vu ta mère hier. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de remettre ça sur le tapis, Gohan, répondit-elle
Il soutint son regard avec une pointe de défi.
- Ah non ? Bah… je prends le risque. A demain Bulma.
Sur ces paroles, il s'envola. Elle le suivit des yeux avec tristesse, le sang glacé. Il ne comprenait pas la tourmente que ça pouvait représenter de côtoyer Gogeta. Elle ne souhaitait pas à Chichi ce qu'elle était en train de vivre et elle enviait le veuvage strict et sobre que la femme de Gokû s'imposait.
Lorsqu'elle retourna à la cuisine, Gogeta était en train de fouiller le frigo.
- Tu n'as pas déjà petit-déjeuné ? demanda t-elle, avec une pointe d'irritation.
Il se tourna vers elle avec un sourire.
- C'était il y a au moins trois heures. Tu manges avec moi ?
- S'il reste de la bouffe, j'aimerais bien, grogna t-elle avec sarcasme.
Sa conversation avec Gohan l'avait définitivement contrariée.
- Regarde, dit-il, sans relever sa mauvaise humeur, en pointant la table qui croulait sous, ce qui paraissait être des vivres pour une semaine.
Elle soupira et s'attabla. Ils commencèrent à manger.
- Ca m'a fait plaisir de voir Gohan, déclara t-il entre deux bouchées.
- J'ai vu. Il t'a parlé de Chichi ?
- Il m'a dit qu'elle allait bien. Chichi va toujours bien.
Il ne cessait de bâfrer sou l'œil mauvais de Bulma. Elle posa sa main sur son bras pour qu'il arrête une minute et lui prête attention.
- Dis-moi, chacun de tes « doubles » se souvient-il de ce que l'autre a fait ? demanda t-elle prudemment.
- Bien sûr, je ne suis pas schizophrène, répondit-il, tu veux parler d'hier soir ?
Bulma rougit un peu et détourna son regard. Elle avait tellement l'impression de parler à Gokû que la simple mention de leurs ébats la mit dans un état de confusion hors du commun.
- Je te l'ai dit, Bulma, ne t'inquiète pas de ça. Si l'une de mes personnalités avaient dû y trouver à redire, je le saurai.
Bulma explosa à cette phrase.
- C'est censé me rassurer, ce que tu me racontes? cria t-elle. Tu sais ce qui se passe maintenant ? Tu le sais ? Mais non, parce que tu captes rien quand tu es en état « Gokû » !
Elle fulminait.
- Ce qui se passe, reprit-elle, c'est que Gohan, c'est pas la moitié d'un crétin et il se doute au minimum de quelque chose si il n'a pas tout compris ! Et tu sais ce qu'il a en tête ? Tu le sais ?
Gogeta la regarda d'un air interrogateur, attendant la suite comme un élève attentif. Cette attitude enragea Bulma d'autant plus.
- Il veut te réconcilier avec Chichi ! Voilà ce qu'il a en tête ! hurla t-elle.
- C'est pas une bonne idée ? demanda t-il innocemment après un temps de réflexion.
Bulma soupira et se prit la tête dans les mains pour se calmer mais son exaspération ne parvenait pas à s'apaiser.
- Non, c'est pas une bonne idée. Parce que Chichi connaît Gokû, comme moi je connais Végéta. Et je SAIS qu'elle va tout deviner, je veux dire, pour nous deux. Et puis quoi ? Tu veux te taper Chichi aussi ?
- Bulma ! s'écria t-il, visiblement choqué par son discours.
Elle releva la tête et le regarda intensément.
- Gogeta, tu sais, il y a un trait de caractère commun entre Gokû et Végéta et je crois que tu l'as bien intégré : ils sont nuls en relations humaines et en délicatesse. Moi, à la limite, tu sais, j'ai pas des principes très arrêtés, mais Chichi, mon Dieu, elle me tuera si elle l'apprend !
Il eut soudain l'air de réfléchir à ce qu'elle disait. Elle n'y tint plus s'empara d'une boulette de pain et lui lança à la tête.
- Mais enfin, c'est ta femme ! tu devrais comprendre ce que je te dis !
Bulma avait l'impression d'être dans un bus qui fonçait vers droit vers un ravin; tout le monde accélérait quand elle était la seule à chercher le frein. Des larmes de frustration et d'énervement lui montaient aux yeux.
- Tu comprends pas que c'est toute l'amitié de nos deux familles qui peut exploser littéralement ? ajouta t-elle dans un sanglot.
Il passa son bras sur ses épaules et l'attira à lui pour la consoler.
-Tu t'inquiètes pour rien, Bulma. De toute façon, je sais que Chichi ne voudra jamais me voir.
Sur ce point, effectivement, il y avait encore un espoir. Il était peu probable que Chichi change d'avis.
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