Chapitre 11: Surprise !

Pour mieux échapper à son invitée surprise, Bulma prétexta un projet urgent au laboratoire. Elle l'abandonna à ses fourneaux, avec l'impression qu'elle ne se tairait jamais.

En fait de projet urgent, Bulma sortit un coussin de son tiroir et finit sa nuit du mieux qu'elle put sur son bureau. Elle sentait bien qu'elle n'était plus en état de contrôler la situation. Son corps jetait l'éponge.

Quand elle rouvrit les yeux, ils tombèrent immédiatement sur son portable qui clignotait désespérément. Elle le consulta. Elle avait trois appels de Gohan. Il était presque 21 heures.

Elle le rappela aussitôt.

- Bulma, qu'est-ce que tu fous ? Je peux rentrer là ? râla t-il, aussitôt décroché.

- Certainement, vue l'heure. Je…hem, je me suis endormie dans le labo, mais je pense que c'est bon, chuchota t-elle.

- Bulma, t'es chiante… J'arrive, grogna Gohan avec mauvaise humeur.

Bulma raccrocha. Elle se frotta les yeux, s'étira et remit ses cheveux en place. Espérant donner l'impression de quelqu'un qui avait ardemment planché pendant des heures, elle sortit du labo. Elle avait un mauvais pressentiment. Pourquoi Chichi n'était-elle pas venue la chercher plus tôt ? Peut-être était-elle venue et s'était-elle rendue compte que Bulma s'était endormie, ou plutôt que Bulma avait sorti son oreiller de son tiroir pour dormir sur son bureau.

Si c'est que ça, ce n'est pas si grave. Si c'est que ça.

Mais déjà, depuis le couloir, elle entendait des voix, leurs voix. Elle eut tout simplement envie de faire demi-tour et de s'enfuir. Elle tendit l'oreille. Pas de cris, pas d'éclats. Et même subitement, un rire de Chichi. Le sang de Bulma se glaça. Elle inspira profondément et poussa la porte pour les rejoindre.

Elle les trouva attablés, Gogeta trônant devant une série de plats alléchants. Elle écarquilla les yeux.

- Euh… Chichi ? Gohan ?

Chichi la regarda avec bienveillance.

- Tu es réveillée ? Tu as faim ?

Bulma ne sut quoi répondre. Elle avait donc été prise en flagrant délit de mauvaise excuse. Elle oublia vite ce détail. Gogeta la regardait avec un air angélique. Cet air-là, le pire qu'il puisse prendre en cet instant.

- Chichi a préparé un repas de roi. Un repas qui réconcilierait n'importe qui, annonça t-il.

- C'est vrai, dit Chichi, Gogeta et moi avons discuté un peu. Je crois que j'ai été un peu excessive lors de notre première rencontre, ajouta Chichi sans saisir le double sens de la phrase.

Si tu savais à quel point tu as été parfaite, pensa Bulma. Elle s'assit timidement avec eux et observa la scène avec réserve.

- Et Gohan ? interrogea t-elle avec innocence.

- Il n'est pas rentré encore. Tu sais il travaille si dur, répondit Chichi avec émotion.

- Mais où est-il ? demanda Gogeta provoquant un moment de stupeur.

- Mais enfin! Il est à la bibliothèque! Tu sais bien qu'il a des examens dans deux jours ! s'écria Chichi.

- A la bibliothèque ? répéta Gogeta avec surprise.

Bulma retenait son souffle. Elle le fixa avec angoisse. Mais il ne commenta pas plus les présumées révisions de Gohan à la bibliothèque. Chichi était repartie dans un monologue, détaillant ses projets d'avenir pour son fils qui était si brillant et qui ferait, à n'en pas douter une carrière extraordinaire.

L'arrivée de Gohan la coupa net au moment où elle s'apprêtait à expliquer qu'il avait de bonnes chances de découvrir un vaccin contre le cancer.

- Maman ? s'exclama t-il avec un étonnement mal joué.

- Surprise ! cria Chichi avec excitation.

Chichi se jeta au cou du jeune homme avec une joie que Bulma lui envia.

- Il y a quelque chose que je ne comprends pas… marmonna Gogeta.

Bulma saisit son poignet et le serra le plus fort qu'elle put.

- Ferme-la, chuchota t-elle. Je t'en supplie, ferme-la !

Il lui lança un regard incrédule et se débarrassa vivement de sa poigne. Bulma sentit un nœud se serrer dans son estomac. Elle se leva et se mit nerveusement en quête de son paquet de cigarettes. Son pressentiment sur la suite des évènements empirait.

Inconscients de son agitation, Chichi et son fils se rapprochèrent de la table avec bonne humeur. Gohan s'attabla et salua Gogeta le plus naturellement possible. Il parut remarquer, comme Bulma, l'air inquiétant du Saïyen qui paraissait observer et réfléchir à la situation.

Chichi finit de s'affairer sur ses casseroles et déposa un dernier plat sur la table. Bulma, qui avait retrouvé son paquet de cigarette reprit place autour de la table. La cuisinière s'installa à son tour.

- Je crois qu'on peut commencer, annonça gaiement Chichi.

Gohan entreprit de se servir sans hésitation.

- Tu as l'air vraiment fatigué Gohan, souligna subitement sa mère, tu devrais te ménager. Et puis… tu es blessé ?

Chichi se releva d'un coup pour mieux scruter le visage de son fils qu'elle voyait maintenant à la lumière. Bulma ferma les yeux; elle attendait de voir comment Gohan gèrerait cette question.

- Ca c'est rien, M'man, un petit accident de vol, tu sais, quand on est pas trop bien réveillé… héhé, bredouilla t-il sur un ton embarrassé, en lançant un œil à Gogeta.

Chichi se rassit un peu rassurée de la légèreté des blessures. Elle fixa encore un instant son fils avec inquiétude, avant d'entamer son bol de riz.

- Gohan, comment peux-tu mentir à ta mère avec autant d'aplomb ? lâcha Gogeta tout d'un coup, sur un ton moralisateur.

Tous les convives suspendirent leurs gestes. Bulma sentit tout son sang quitter son visage. Gogeta se pencha vers Chichi.

- La tête qu'il a, c'est juste la conséquence d'une nuit de beuverie qu'il a finie dans le lit d'une femme mariée.

Chichi recracha son riz d'un trait et se tourna, livide, vers son fils. Gohan ne savait plus quoi dire, il osait à peine regarder sa mère.

Pourtant, par réflexe, et bien que son expression l'ait déjà largement trahi, il essaya de protester.

- Qu'est… Qu'est ce que tu racontes… bredouilla t-il minablement.

- Quand je pense que tu as des examens à passer dans deux jours. Et je te retrouve au petit matin, bourré dans les bras de Bulma… poursuivit Gogeta sur son ton professoral.

Bulma bondit sur ses pieds.

- Ca!... Ca, c'est faux! cria t-elle. C'est FAUX! Chichi, je sais que tu me crois, c'est juste n'importe quoi ! Tu me connais, tu sais que c'est IM-POS-SIBLE.

- TAISEZ-VOUS ! hurla Chichi.

Le silence s'imposa à l'assemblée. Bulma perçut la colère qui tombait sur le visage de son amie. Elle s'empara de ses traits un par un. Chichi ferma les yeux et quand elle les ouvrit, elle se jeta littéralement sur Bulma. Elle la saisit au col et leva la main pour la frapper. Bulma tenta de se protéger avec ses avant-bras. Heureusement pour elle, Gogeta et Gohan, qui avaient anticipé cette réaction, ceinturèrent son assaillante presqu'aussitôt et réussirent à la faire lâcher.

- Vipère ! Je te confie mon fils ! La prunelle de mes yeux ! Quelle genre de femme es-tu ? Tu abuses de son innocence ! rugissait-elle en essayant de se dégager de l'emprise des deux hommes qui la tenaient à distance.

Adossée au mur de la cuisine, Bulma tentait de reprendre ses esprits.

- Il ne s'est rien passé Chichi ! Je te l'ai dit ! Comment peux-tu penser une chose pareille ! répéta Bulma, Y a qu'un sale psychopathe pour tirer des conclusions de ce genre ! ajouta t-elle lançant un œil assassin à Gogeta.

- C'est vrai Maman, insista Gohan. Comment j'aurais fait ça à Videl ?

Chichi cessa de gesticuler et se tut un instant, passant son regard flambant de rage de Bulma à son fils.

- Et l'alcool alors ? grogna t-elle. En période d'examen en plus ?

Bulma se mordit les lèvres. Gohan ouvrit la bouche et la referma, à court d'inspiration. Soudainement, Chichi fondit en larmes.

- Dix-huit ans, un avenir brillant et il commence à boire ! Gohan, comment peux-tu me faire ça ? hoquetait-elle.

Elle s'assit et sanglota bruyamment la tête dans les bras. Bulma leva les yeux au ciel et s'alluma une cigarette qui la tentait depuis un moment déjà.

Gogeta posa sa main sur son épaule.

- Chichi, ne t'inquiète pas. En attendant que son père revienne, je me charge de le surveiller, si tu veux bien. Je crois qu'il a besoin d'être repris en main, assura t-il

« Enfoiré » soufflèrent simultanément Bulma et Gohan.

Chichi se redressa. Elle paraissait soudainement réconfortée.

- Tu ferais ça ? murmura t-elle. Je suis si fatiguée.

Il hocha la tête et lui sourit. Il ressemblait presque à Gokû en cet instant. Gohan et Bulma échangèrent un regard entendu.

- Je ne veux plus qu'il s'approche d'elle, annonça Chichi d'un ton dure en désignant Bulma.

- Je ne crois pas que Bulma pensait à mal, mais tu peux compter sur moi, répondit Gogeta.

Bulma et Gohan enregistrait son beau discours avec incrédulité.

Chichi hocha la tête, en fusillant Bulma des yeux. Elle se leva d'un coup.

- En tout cas, Gohan, tu rentres avec moi dès ce soir, décréta t-elle.

- Ce soir ? se récria Gohan. Mais on va voyager toute la nuit !

- Ecoute Chichi, c'est ridicule. Dormez ici au moins, reprit Bulma

- C'est ridicule ? rugit Chichi, sur un ton d'indignation qui rappelait sa position d'offensée.

- Je veux bien admettre que j'ai déconné et je te demande pardon mais, tu l'as dit toi-même, Gohan a un examen après-demain je ne suis pas sûre qu'un voyage de nuit lui soit profitable.

Bulma n'osa pas rajouter qu'il avait aussi une mémorable gueule de bois à digérer mais ça faisait partie du tableau.

Chichi se massa les paupières.

- Bien j'accepte ton hospitalité. Pour les excuses, on verra plus tard, asséna t-elle finalement. On part à l'aube demain, Gohan, je te préviens. Moi, je vais me coucher et toi, tu ranges tout ce bazar.

Elle passa devant Bulma en lui lançant à nouveau un regard dur. Cette dernière lui emboita le pas pour l'accompagner à sa meilleure chambre d'ami, le moins qu'elle semblait pouvoir faire dans l'immédiat. Elle était aussi décidée à avoir une petite discussion en tête à tête avec elle.

Gohan, qui devait encore satisfaire son estomac malmené, se rassit à table pour finir son repas. En face de lui Gogeta fit de même.

- T'es vraiment un enfoiré, lâcha Gohan.

Gogeta planta ses yeux dans les siens.

- C'est vrai que c'était plus intéressant que la petite leçon de ce matin. Quoiqu'il en soit, j'estime que ta mère ne maîtrise pas tout et elle a le droit de savoir ce qu'il en est.

- Me chante pas cette chanson-là, t'es pas mon père, répliqua Gohan.

- Ah, non ? Maintenant, ça ne t'intéresse plus que je fasse office de père, n'est-ce pas ?

Gohan se rembrunit à cette réflexion.

- Là tout de suite, c'est pas vraiment mon père que j'ai l'impression d'avoir en face de moi c'est ce vicelard de Végéta, marmonna t-il.

- C'est un lot. conclut Gogeta en souriant. Mais pour tes examens, je te garantis que si tu les foires, je te réserve un sort qui te laissera un souvenir bien pire que la sale journée que tu viens de passer.

Gohan fronça les sourcils et serra les dents. Il se prit subitement à le détester.

- J'en ai autant pour toi si t'essaye de jouer les maris parfaits avec ma mère, grogna t-il.

Gogeta haussa les sourcils avec surprise. Gohan ne sut dire si il était étonné de l'audace de sa menace ou de l'évocation de sa mère.

- N'essaye pas me menacer, gamin et détends-toi un peu, personne n'a parlé de mari parfait ici, répliqua Gogeta en reprenant son repas.

Gohan soupira. Il lui restait en tout une semaine d'examen. Il sentait qu'elle allait être la plus longue de sa vie.

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