Chapitre 12 Allers et Retours

Le lendemain de ce repas mémorable, Chichi était repartie avec son fils. Bulma avait eu le cœur lourd de les voir quitter la maison sous la pluie battante. Sa discussion avec son amie avait un peu apaisé sa fureur mais Bulma n'avait pas eu le courage de lui livrer le fond de son cœur.

Elle avait fait profil bas, s'était excusée mille fois de sa légèreté avec Gohan, en période d'examen, circonstance ô combien aggravante. Bulma avait essayé aussi de faire prendre conscience à Chichi que son fils n'était plus tout à fait un enfant, mais elle avait battu en retraite devant l'ampleur de la tâche.

La véritable cause de toute cette affaire, Bulma le savait, était sa solitude et sa tourmente de n'être justement pas tout à fait seule pour se morfondre. Gohan était le seul ami dans le paysage, la seule valeur sûre qui gravitait dans son univers ambigu. De son côté, Gohan ne pouvait pas non plus parler librement avec sa mère, ni des examens qu'il pensait avoir ratés, ni de ses rapports troubles avec Gogeta. Et voilà.

Mais bien sûr, Bulma n'avait rien confié de tout cela à Chichi elle s'était contentée d'accepter le rôle de délurée qui avait oublié que Gohan était un petit poussin promis à un grand avenir. Ses excuses avaient été acceptées, mais elle n'était pas dupe des traces que l'aventure avait laissées dans l'esprit de Chichi. Elle redoutait de ne pas revoir la famille Son avant un bon moment. Et encore, Chichi n'avait pas vraiment tout compris.

Quand ils furent hors de vue, Bulma laissa retomber ses rideaux avec tristesse.

- Moi aussi, je m'en vais, annonça une voix derrière elle.

Bulma se retourna pour faire face à Gogeta.

- Maintenant que t'as mis ton bordel, tu t'en vas. On peut pas attendre mieux de toi, grinça t-elle.

Il pencha la tête en signe d'incompréhension.

- Fais pas semblant de pas comprendre. T'es vraiment un enfoiré d'avoir vendu la mèche ! Je peux te dire que Chichi va avoir besoin de temps pour la digérer, celle-là ! ajouta Bulma.

- Bulma, arrête de t'énerver comme ça.

- Que j'arrête de m'énerver ? Mais arrête de me donner des raisons de m'énerver ! Pourquoi ? Pourquoi t'as tout balancé à Chichi ? Tu peux me le dire ? C'était une espèce de vengeance ? Ou de la pure malveillance ?

Il posa une main sur son épaule et la regarda comme un enfant, à qui on voudrait expliquer quelque chose de délicat.

- Tu vois bien que ce môme filait un mauvais coton. Pourquoi le cacher à sa mère ?

- Un mauvais coton ? Mais enfin ! Il a 18 ans, il s'est pris une cuite ! Vous avez tous été élevés chez les moines ou quoi ?

A la réflexion, il y a un peu de ça peut-être.

- Bulma, Gohan a besoin de poigne en ce moment. C'est un peu difficile.

La main de Bulma partit toute seule et elle le gifla. Elle fut elle-même surprise par son geste qu'elle n'avait pas eu le temps de préméditer.

- Celle-là… C'était pour Gokû, bredouilla t-elle, en guise d'excuse.

Elle le pointa du doigt.

- Gohan est presqu'un homme, il est temps de se poser la question de la poigne, c'est sûr. Mais t'es en train de me dire que tu pars t'installer chez Chichi, ou quoi ?

- J'ai promis de surveiller Gohan, c'est bien là qu'il vit, non ?

Bulma eut un mouvement de recul. Elle le regarda avec effarement.

-Si, je fais le compte, dit-elle d'une voix lasse, tu m'as fâchée avec Chichi, tu as tabassé Gohan, et il n'a plus le droit de venir me voir, tu m'as mise dans une situation merdique, de sorte que je me demande tous les jours ce qui se passera le jour où mon mec reviendra... Je ne sais pas ce que tu cherches exactement mais je crois qu'on a effectivement fait le tour ici.

Il parut attristé par son discours. Il la prit dans ses bras et l'étreignit brièvement.

- Bulma, je suis toujours là si tu as besoin…

- Non, j'ai plus besoin de rien, merci, coupa t-elle en se dégageant avec froideur.

Elle alluma une cigarette et le regarda avec amertume.

- Va t-en, je pense que c'est mieux. Mais ne t'avise pas de dévaster Gohan et Chichi, comme tu as dévasté cette maison.

- Je ne veux de mal à personne, tu le sais.

- Je ne suis pas sure, répliqua Bulma avec humeur.

Il soupira. Il lui fit un signe d'adieu et se télétransporta.

Mauvais plan, pensa Bulma.

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Gohan réussit ses examens. Bulma le sut en se rendant elle-même à l'affichage des résultats. De loin, elle aperçut le jeune homme dans la foule des étudiants anxieux qui se pressaient devant les listes. Elle put lire avec amusement le verdict directement sur son visage, avant même de s'approcher du panneau.

Elle se tenait à l'écart et il ne l'avait pas remarquée. Elle n'avait pas vraiment l'intention de lui parler. Elle avait juste besoin de savoir.

Il s'empressa de s'éloigner de la cohue pour téléphoner. A Videl, ou à sa mère certainement. Il avait l'air en forme.

Bulma se fraya alors un chemin au milieu de la bousculade générale pour voir ses notes et sa mention. Elle resta un instant à déchiffrer et à enregistrer les détails de l'affichage, indifférente aux mouvements de la masse qui la ballotaient.

- Bulma ? appela une voix derrière elle.

Gohan était revenu vers le panneau et avait reconnu ses cheveux si caractéristiques. Elle lui sourit.

- Félicitations, chef ! cria t-elle pour couvrir la clameur ambiante.

Elle se dégagea péniblement de la foule oppressante pour le rejoindre sur les marches du bâtiment de la fac.

- Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda t-il avec étonnement en lui souriant.

- Disons que je me sentais un peu responsable de la suite des évènements, expliqua t-elle, comment ça va ?

- Comme tu vois, on ne peut mieux, j'ai décroché la mention que je visais.

Cette annonce rassura Bulma. Une neige timide s'était mise à tomber doucement. C'était la première neige de l'année et ils ne purent s'empêcher d'observer le phénomène une minute. Le froid les saisit bientôt.

- Tu as le temps pour un café ? demanda Gohan en frissonnant.

Bulma consulta sa montre et hocha la tête. Ils s'installèrent dans un troquet crasseux en face de la fac. De nombreux étudiants allaient et venaient et ils furent bousculés plusieurs fois avant de trouver une table minuscule susceptible de les accueillir près de la vitre.

Bulma se sentait un peu mal à l'aise.

- Tu sais Gohan… je suis vraiment désolée pour l'autre nuit… Je ne sais pas, j'ai pas assuré. Je dois bien le reconnaître.

- Oh, ça ! C'est bon, tu vas pas t'y mettre. Moi j'ai trouvé ça plutôt marrant jusqu'à ce que ma mère débarque. Je savais pas qu'on pouvait s'amuser comme ça avec toi.

Bulma marqua un temps d'arrêt. Elle n'était pas sûre de la façon dont elle devait prendre ces paroles. Elle en retint en tout cas qu'il n'avait pas besoin d'elle pour s'écarter du droit chemin, ce qui la soulagea un peu.

- Vous en êtes où des boules de cristal ? demanda t-elle pour changer de sujet.

- Bientôt cinq, annonça t-il. On va rentrer d'ici une semaine ou deux pour les fêtes de fin d'année.

Bulma hocha la tête. Il était temps qu'elle récupère son fils.

- Tu veux venir chez nous pour les fêtes ? Ma mère va faire un super repas pour mes examens.

- Je ne crois pas que ta mère m'inviterait, répondit simplement Bulma, en sirotant son café.

- T'inquiète pas pour ça, je la convaincrai. Ca fait plus d'un mois maintenant, et puis, je les ai eus ces examens, non ?

- C'est gentil Gohan, je ne crois vraiment pas que ce soit une bonne idée.

- C'est dommage, il y aura du monde. Il y aura même Gogeta.

Excellente raison pour ne pas venir. Bulma ferma les yeux.

- Il est toujours chez vous ? questionna t-elle sans même s'en rendre compte.

- En quelque sorte. En fait, je dois dire qu'il m'a vraiment fliqué pendant tout le temps des examens. Après ça, il est devenu nettement plus cool, et plus absent aussi. Videl et les garçons sont venus me récupérer et on est reparti chercher les boules. Gogeta n'a pas voulu venir mais je crois qu'il n'est pas resté très longtemps chez moi.

Bulma écoutait en observant les flocons danser lentement dans l'air glacé, de l'autre côté de la vitre. Elle ne put s'empêcher de se demander ce qui s'était passé quand il avait été seul avec Chichi.

- De toute façon, avec ma mère, c'était impossible, ajouta Gohan, comme pour faire écho à ses pensées.

- Ah oui ? demanda Bulma.

- C'est pas vraiment étonnant, tu vois Végéta habiter sous le même toit qu'elle ?

Non. L'idée était même plutôt irrationnelle Bulma ne put s'empêcher de sourire. Gohan lui-même avait pris un air amusé à cette évocation.

- Je crois qu'il est parti s'entraîner avec Piccolo ou un truc du genre, conclut-il. Allons, Bulma, viens fêter avec nous ! Trunks sera ravi.

- Ton invitation me touche Gohan, mais non. J'aimerais bien passé aussi un peu de temps avec mon fils avant que vous ne repartiez chercher les deux dernières boules.

Disant cela, Bulma saisit son sac, sortit son portefeuille et posa un billet sur la table.

- Ca m'a fait plaisir de discuter mais je dois y aller. Fais-moi une faveur, ne dis pas à ta mère que tu m'as rencontrée.

Elle déposa un baiser sur son front. « Félicitations encore, Monsieur biologie moléculaire » ajouta-elle avant de sortir du café. Elle traversa la rue sans sembler se soucier du vent d'hiver qui charriait des tourbillons de flocons autour d'elle.

Gohan l'observa un moment, ses mains croisées derrière la tête. Il l'avait trouvée très triste et plus tendue que d'habitude. Il était contrarié qu'elle refuse de venir à la fête. Il était contrarié de voir aussi que cette stupide histoire de beuverie lui tienne encore tant à cœur. La seule solution était de convaincre Chichi d'appeler elle-même Bulma. Il se fit la réflexion que le monde des adultes n'était pas toujours simple.

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Videl ramena Trunks chez sa mère une dizaine de jours plus tard. Ils arrivèrent de chez la famille Son assez tard le soir. Bulma fut ravie de retrouver son garçon. Evidemment, elle le trouva changé. Toujours plus beau. Comment ai-je pu oublier ce détail ? Elle mourrait d'envie de l'enlacer et de l'embrasser à tout instant mais l'enfant la repousserait à coup sûr. Pas de ça en public. Elle réussit à se contenir.

Elle avait préparé un repas pour lui et avait invité Videl, sachant que personne n'attendait la jeune fille dont le père était en voyage.

Trunks piquait du nez dans son assiette et Bulma le força à se coucher dès son dessert englouti.

Elle se sentait légère, comme elle ne l'avait pas été depuis plusieurs mois.

- Vous ne venez pas à la fête des Son ? lui demanda Videl en sucrant son café quand elle eût fini de border son fils.

Bulma jeta un coup d'œil imperceptible à la jeune fille. Elle sentait Videl venir sur un terrain où elle ne voulait pas aller mais elle était décidée à ne pas laisser son humeur s'assombrir.

- Je veux rester un peu tranquille avec Trunks. Il a passé trois mois avec ses amis, il peut passer deux semaines avec sa mère.

- Ce n'est qu'une fête, ça ne vous prendra que deux jours de temps si on compte l'aller-retour, objecta Videl.

- C'est Gohan qui t'a chargée de me convaincre ? demanda Bulma.

- Pas vraiment. Je trouve juste ça bizarre. C'est toujours des grandes fêtes de rassembler vos deux familles d'après ce que j'en sais.

Bulma posa la cafetière un peu trop brusquement.

- Mais là, c'est pas une grande fête. C'est juste les fêtes de fin d'année et Gohan réussira d'autres examens dans sa vie. Et puis la famille n'est pas tout à fait au complet.

Videl sentit qu'elle avait touché un point sensible. Elle avait conscience qu'elle discutait de choses qui ne la concernaient pas mais il y avait une chose qu'elle voulait savoir.

Elle avait assez vite deviné qu'il s'était passé quelque chose pendant les examens de Gohan mais elle n'avait pas réussi à savoir ce dont il s'agissait exactement. Même en questionnant Gohan (pourtant, Dieu sait qu'elle savait lui retourner le crâne), elle n'avait rien appris de précis. Videl avait besoin de savoir, même si c'était une chose anodine. Elle avait viscéralement envie de connaître tout ce qui concernait Gohan et elle était allergique aux secrets.

- Mais la famille pourrait être réunie très bientôt, répondit Videl prudemment. Et puis..

La jeune fille hésita.

- …Il y a Gogeta, c'est mieux que rien, termina t-elle finalement.

Bulma haussa un sourcil.

- Ecoute ma petite Videl, tu es mignonne de vouloir réunir tout le monde dans la joie et la bonne humeur, mais tu ne connais ni Gokû, ni Végéta tu n'es donc pas trop bien placée pour jauger ce que Gogeta peut représenter pour nous, répliqua Bulma en essayant de contenir son agacement.

Videl but une gorgée de café sans s'émouvoir de se voir remise en place. Elle semblait réfléchir.

- C'est vrai, je ne les connais pas, reprit la jeune fille, mais je connais Gohan et Goten je les ai vus avec lui. C'était… comme un père avec ses fils, j'imagine. Pour moi, qui n'ai quasiment pas de famille, la perspective de cette fête tous ensemble me paraissait une bonne idée. Mais il y a peut-être des raisons que je ne connais pas pour que ça ne se fasse pas.

Bulma eut un moment d'arrêt en comprenant que Gohan et Chichi ne lui avaient rien raconté sur les raisons de la brouille. Et cette fille était une sacrée fouineuse. Bulma réalisa alors que l'unique objet de la conversation pour Videl était d'apprendre ce qu'elle savait ignorer.

- Je ne suis pas d'humeur à aller à cette fête. C'est tout, répéta Bulma.

Videl qui jouait avec un morceau de sucre qu'elle tapotait sur la table, le broya soudainement entre ses doigts. Elle soupira et planta ses yeux dans ceux de Bulma.

- De toute façon, on ne peut pas vous forcer à voir des gens que vous ne voulez pas voir. Gohan sera déçu, c'est dommage, conclut la jeune fille en se levant.

- Ce n'est pas ça… protesta Bulma, que ces paroles dérangeaient.

- Bien sûr. Mais tout ça ne me regarde pas vraiment. Je dois y aller maintenant.

Bulma se sentit triste de ce que venait de dire la jeune fille et elle se demandait comment elle en était effectivement arrivée à considérer ses amis comme « des gens qu'elle ne voulait pas voir ». Elle laissa Videl repartir sur un faible au revoir.

Quand elle fut seule, elle enfila un T-shirt de Végéta et se glissa dans le lit de Trunks où elle s'endormit imprégnée de la chaleur de son fils.

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