Chapitre 15 Seeking the way.

Bulma restait surprise d'avoir failli replonger si facilement. Ce qu'il s'était passé l'avant-veille aurait à coup sûr fini autrement si Trunks ne s'était pas réveillé.

Et maintenant qu'il était parti, Bulma avait pleinement conscience que la situation devenait des plus périlleuses. Elle connaissait un peu les hommes, elle connaissait beaucoup Végéta. Elle avait remarqué ses regards, (Putain, tu m'as manqué). Elle savait qu'elle avait à peu près la position de la proie dans la cage du lion.

Le plus surprenant était qu'elle s'était vraiment sentie mal par rapport à Chichi. Et elle angoissait réellement de savoir ce qui se passerait quand et si Végéta revenait. Malgré tout…

Elle devait bien admettre que parfois, Végéta ou Gogeta, ça ne faisait aucune différence dans son esprit. Et à y bien réfléchir, elle n'était pas la seule à réagir comme ça. Gohan, Goten, Trunks, ne le regardaient-ils pas instinctivement comme leur père de temps à autre? Et Chichi n'avait-elle pas admis qu'il s'immisce dans l'éducation de son garçon ?

Mais dans le cas de Bulma, ce n'était pas moral. C'était inapproprié.

Je dois bien admettre que je me fous de la morale.

Celui dont Bulma se préoccupait au plus haut point en revanche, c'était Végéta. Elle savait qu'elle ne supporterait pas de le perdre encore s'il devait revenir un jour. Est-ce qu'il saurait ? Est-ce qu'il lui en voudrait d'avoir cédé ? Il fallait qu'elle sache, faute de se consumer de culpabilité pour le mois et demi qui restait à tenir.

Elle fourra quelques affaires dans un sac et quitta la Capsule.

Lorsqu'elle décolla, elle pensa qu'elle n'avait même pas prévenu Gogeta de son voyage. Est-ce qu'il prévient, lui ? répliqua son esprit tandis qu'elle mettait les gaz.

Le vol jusqu'à l'île de la Tortue dura toute la journée. Elle fut soulagée de se poser enfin sur la plage en début de soirée. Lorsqu'elle sortit de son appareil, la chaleur l'accabla immédiatement. Elle n'y prit pas vraiment garde, toute à sa joie de retrouver ses amis de longue date.

Krilin et Kamé Sennin lui firent un accueil chaleureux et enthousiaste. Même C-18 semblait se réjouir, à sa manière, de sa visite. Ils mangèrent dans la bonne humeur en évoquant des souvenirs parfois peu glorieux mais immanquablement drôles. Bulma se fit la réflexion qu'elle était passée du froid hivernal à la chaleur estivale dans tous les sens du terme.

Surtout, il n'y eut pas de questions. Donc pas de mensonges. Elle apprécia chaque minute de cette soirée.

Avant de se coucher, elle décida d'aller se promener le long de la plage pour s'aérer et surtout pour réunir ses idées.

Alors qu'elle laissait les vagues lui caresser les chevilles en admirant le ciel dégagé, elle fut à peine étonnée de remarquer Krilin qui venait à sa rencontre.

- Tu prends l'air ? demanda t-il, un peu gêné.

Bulma hocha la tête. La discussion sérieuse va commencer.

- Je peux t'accompagner ? ajouta t-il, un peu hésitant.

- Bien sûr.

- Tu as des nouvelles des autres ?

- Tout le monde va bien à ma connaissance. Tu sais que les enfants sont partis chercher les boules de cristal ?

- Gogeta m'a dit ça.

L'expression de Bulma s'assombrit un peu. Elle avait oublié qu'il était passé les voir.

- Dis-moi, Bulma, reprit Krilin, je trouve que tu as mauvaise mine. Vous avez des problèmes avec lui ?

Des problèmes ? Quelle blague ! De vraies emmerdes…

- Non, pourquoi tu dis ça ? Tu l'as vu, il est très… bienveillant, répondit Bulma avec prudence.

- Oui, oui, bien sûr, reconnut Krilin, maintenant embarrassé de la question qu'il venait de poser, c'est juste… Comment dire…

- Bizarre ? tenta Bulma.

- Exactement ! Tu sais Son Gokû est mon meilleur ami et, on est vraiment lié, alors qu'avec Végéta, je ne te cache pas… Enfin…

- Je sais, coupa Bulma.

Elle ne pouvait pas ignorer que Végéta maîtrisait l'art de se faire détester en toutes circonstances et que sa personnalité, égocentrique à l'extrême, avait mis Krilin en difficulté plus d'une fois.

Elle savait aussi parfaitement que Krilin n'avait jamais vraiment compris l'intérêt et l'amitié que Gokû lui portait.

Elle réalisa alors qu'elle était une des seules, peut-être même la seule, à apprécier les deux aspects de la personnalité de Gogeta.

- Enfin, bref, reprit Krilin, Gogeta n'est pas resté longtemps sur l'Ile de la Tortue mais c'était très « bizarre » comme tu dis. Je me demandais comment tu t'en sortais…

Très mal.

- Ca va, répondit évasivement Bulma. Il n'est pas toujours à la Capsule, des fois il disparaît. Et puis j'ai eu pas mal de boulot ces derniers temps donc je ne le croise pas tout le temps.

Krilin hocha la tête, comme si il comprenait ce dont Bulma lui parlait. La présence de Gogeta n'était pas tenable sur la durée.

Bulma alluma une cigarette parce qu'elle devait maintenant mettre les pieds dans le plat.

- Krilin, j'ai un service à te demander, attaqua t-elle.

Il la regarda sans surprise. Il savait que ce moment arriverait.

- Je dois trouver Piccolo, poursuivit-elle.

Les yeux de Krilin s'arrondirent.

- Piccolo ? Mais pourquoi ?

- Krilin, tu es mon ami ? S'il te plaît, ne me pose pas de questions. Je dois parler à Piccolo. Aide-moi à le trouver.

Krilin plissa les yeux avec méfiance.

- Quand même, tu ne veux rien me dire ? insista t-il.

Bulma réfléchit un instant. Elle s'était douté que Krilin voudrait quand même savoir. Il était hors de question qu'elle lui explique les raisons pour lesquelles elle voulait voir le Namek.

- Disons que j'ai un problème et qu'il sait peut-être des choses qui me permettront de trouver une solution, lâcha t-elle prudemment.

- Un problème à quel sujet ? demanda encore Krilin. A cause de Gogeta ?

- Non !

Bulma avait protesté trop vite, avec trop d'empressement. Elle se reprit.

- Un problème… scientifique.

Elle fut ravie de sa formulation. Après tout, elle pouvait dire qu'elle avait un problème « scientifique »

Krilin ne la croyait pas vraiment mais il décida de cesser de la tourmenter.

- Bon, je vais voir ce que je peux faire, concéda t-il. Mais si il est trop loin, je ne pourrai pas te donner sa position avec précision.

- Ca ira.

Comme ils se dirigeaient lentement vers la maison, Bulma bénit son amitié avec Krilin. Il était toujours tellement de bonne volonté.

La chance n'était cependant pas vraiment de son côté. Piccolo se trouvait dans un désert très éloigné de l'Ile de la Tortue, et surtout très vaste.

Krilin tenta de la dissuader de s'y rendre. Il lui proposa d'attendre que le Namek se rapproche ou se rende dans un endroit plus accessible. Mais Bulma était pressée. Ces foutus Nameks bougeaient à peu près aussi vite qu'une tortue en pierre et il pouvait aussi bien méditer là-bas pour les dix prochaines années.

Elle mit deux jours à rejoindre l'entrée du désert en question. C'était une sorte de steppe rocheuse Il y faisait chaud le jour, froid la nuit, et un vent perfide le balayait en permanence. Un endroit rêvé pour les vacances. Un endroit pour Piccolo.

Bulma savait qu'elle devait rester vigilante. Elle révisa son avion, s'assura d'avoir de l'eau, du carburant, des vivres et un kit de premiers secours consistant, avant de s'aventurer plus avant.

Néanmoins, les premiers jours de recherche furent totalement infructueux. Les paysages défilaient et se ressemblaient. Les vivres et le carburant diminuaient en même temps que son moral. Elle commença à penser que Krilin s'était peut être trompé. Ou peut-être que son GPS était détraqué et qu'elle tournait en rond.

Elle était déprimée et presque désespérée mais elle restait déterminée. Elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle lui parle. Elle sentait que si elle retournait maintenant à la Capsule en tête-à-tête avec Gogeta, elle le paierait de sa santé mentale ou pire.

Elle se ravitailla une fois. Deux fois.

Au bout du dixième jour, alors qu'elle redémarrait le moteur de son engin après sa nuit de sommeil, le silence se fit.

Elle était mal réveillée. Elle se secoua et examina attentivement les commandes, tout était en place, l'expédition pouvait repartir. Elle mit les gaz. Mais rien ne se produit.

Elle se prit la tête dans les mains un instant pour clarifier son esprit puis entreprit de localiser la panne.

Elle dut sortir de l'appareil pour en faire le tour. La chaleur était infernale. Elle déboutonna le haut de sa combinaison de mécanicien pour respirer et l'enroula sur sa taille. En deux minutes, son T-shirt était imprégné de transpiration. Elle s'appliqua néanmoins à vérifier chaque parcelle de l'avion.

Au bout d'une demi-heure, elle découvrit avec horreur qu'un carter s'était dévissé et que le vent de la nuit s'était engouffré dans le moteur qui était maintenant paralysé par des millions de grains de sables éparpillés à l'intérieur de la carlingue.

Elle se laissa tomber sur les genoux puis sur le dos. Je ne vais JAMAIS y arriver.

Au-dessus d'elle le ciel limpide semblait totalement indifférent à son désespoir. Quelques oiseaux de proie passaient de temps à autres en croissant.

Elle resta allongée quelques instants, calculant ses chances de pouvoir réparer. Nulle.

Elle réfléchit alors à la meilleure solution. Il y avait la transmission. Mais Bulma savait que là où elle était, elle avait peu de chance de mobiliser des secours. Les pays limitrophes de ce stupide désert étaient en guerre les uns avec les autres; de fait, la préoccupation principale de leurs habitants n'était pas de récupérer une écervelée perdue au milieu de nulle part, dont il n'avait par ailleurs, aucun moyen de savoir si elle était leur alliée ou leur ennemie.

Il fallait marcher. Cette conclusion lui fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Elle se releva d'un coup et s'engouffra dans le cockpit. Elle pensa aussitôt qu'elle devait avoir quelque part la capsule d'un engin de secours. Elle retourna vainement tout l'habitacle et se maudit pour sa légèreté. Comment n'avait-elle pas pensé à un véhicule de secours ?

En dernier recours, elle tenta vaguement de joindre un être humain par radio mais le seul qu'elle parvint à contacter parlait une langue étrangère sur un ton militaire et hostile. Aucun espoir de ce côté-là.

Cette tentative la poussa à se mettre en route, quand elle réalisa qu'un de ces crétins à la radio pouvait aussi bien la prendre pour une espionne à éliminer.

Elle ne marcha pas très loin. Dieu, quand est-ce que j'ai marché aussi longtemps la dernière fois ? Jamais. Après trois heures sous le soleil impitoyable, qui avait eu la mauvaise idée de se placer au zénith, comme tous les jours, elle se laissa choir sur le sol poussiéreux et décida que, cette fois, elle jetait l'éponge.

Finalement c'était une bonne idée de venir chercher Piccolo. Ca règle tous mes problèmes, pensa t-elle en fermant les yeux. Pourvu que ça ne dure pas trop longtemps.

Au moment même où elle formulait cette pensée, une main la saisit au col et la releva.

- C'est pas vrai, une emmerdeuse pareille ! grogna une voix familière.

Elle ouvrit immédiatement les yeux.

- Piccolo ! s'exclama t-elle avec enthousiasme.

Il la remit sur pied.

- Ca fait des jours que je te cherche ! reprit Bulma qui aurait presque pu l'embrasser.

- Je sais, marmonna t-il, ça fait des jours que je t'évite.

Bulma ouvrit la bouche pour répliquer mais elle se tut. Ce n'était pas le moment de prendre le Namek à rebrousse-poil. Elle serra les poings et prit le partie de s'épousseter furieusement pour passer ses nerfs.

- J'ai besoin de te parler, reprit-elle du ton le plus agréable qu'elle put.

- Je l'aurai parié, c'est ton fort de parler. T'imagine bien que, si j'ai décidé de m'installer ici, c'est précisément pour ne pas être dérangé.

Bulma sortit une bouteille d'eau et s'en aspergea. Cela rafraîchit tout à la fois son corps en fusion, et sa fureur contenue devant la désinvolture de Piccolo.

- J'en ai pas pour longtemps. J'ai bien compris qu'on allait pas prendre le thé. Mais je n'aurais pas fait tout ce chemin si j'avais eu le choix, insista t-elle.

Piccolo s'assit en tailleur avec une mine contrariée. Rien que l'entrée en matière lui donnait envie de s'enfuir. Bulma s'assit en face de lui.

Elle se sentait maintenant un peu impressionnée. Elle ne savait comment poser ses questions. Elle connaissait assez peu Piccolo et ne voulait pas que la discussion devienne trop personnelle. Malgré tout, elle avait conscience qu'il était très perspicace et même, la plupart du temps, il savait les choses avant les premiers concernés.

- Je voudrais… J'ai besoin de comprendre la fusion.

Il ne cilla pas, attendant des précisions. La façon qu'il avait de fixer froidement Bulma la mettait réellement mal à l'aise.

- Je veux dire…qu'arrive t-il aux personnalités de ceux qui fusionnent le temps qu'elle dure ? reformula t-elle.

- Rien de spécial, elles cohabitent dans un même corps, repondit-il laconiquement

- Comme un dingue à personnalités multiples, tu veux dire ?

- Je sais pas trop. Je dirai que les deux personnalités se superposent plutôt. Enfin, c'est ce que j'ai pu voir avec Gotrenk.

Bulma se concentra pour emboiter ses idées et poursuivre ses questions.

- Que se serait-il passé si, dans une situation donnée, Trunks et Goten n'avaient pas été d'accord sur les choix à faire. L'un des deux aurait pu l'emporter et faire ce que l'autre ne voulait pas ? demanda t-elle.

Piccolo réfléchit un instant.

- Je ne crois pas. Je pense que la fusion est comme une double-commande, chacune des deux personnalités peut poser son véto à tout moment. C'est pour ça qu'elle n'est possible qu'entre deux êtres qui ne sont pas trop différents et qu'elle demande beaucoup d'entraînement.

- Il n'est pas possible que l'une des personnes prenne le pas sur l'autre ? Par intermittence ? insista Bulma.

- Je ne l'ai jamais constaté avec les enfants mais sur la durée peut-être… Dis-moi, Bulma, c'est pas chez toi que vit Gogeta ? T'es surement plus calée que moi sur le sujet ?

Elle soupira.

- Je pensais que tu savais exactement comment ça marchait. C'est toi qui a appris la technique aux enfants.

- Je ne connais pas les détails. Tu as fait le voyage pour rien.

Bulma baissa les yeux avec lassitude. Le Namek ne savait pas grand-chose mais, au moins, il ne posait pas de questions et il ne risquait pas de la juger. Ils restèrent sans parler un moment. Piccolo avait fermé les yeux et paraissait méditer. Ou dormir, après tout, qui sait?

- Et…après la fusion, reprit Bulma à mi-voix en continuant à fixer le sol. Après la fusion, les deux personnalités se souviennent de ce qui a été dit et accompli, du temps où elles occupaient un seul corps ?

- En principe.

Elle releva la tête et il vit le désarroi dans son regard. Il avait parfaitement saisi le problème de Bulma, qui lui paraissait évident, et ça ne l'intéressait pas. Les humains étaient futiles et compliqués, et ce genre de problèmes était pour lui aussi dérisoire que le battement d'aile d'un papillon. Cependant, comme le battement d'aile d'un papillon, il avait bien compris qu'ils pouvaient avoir des conséquences inattendues.

- Après la fusion, chaque personnalité réintègre son corps. Pour chacune d'elle, ce qui s'est passé pendant la fusion devient une tranche de sa vie à l'identique de ce qui a été vécu dans son propre corps, rajouta t-il.

Cette réponse ne paraissait pas dissiper la perplexité de Bulma. Elle restait là, les yeux à nouveau rivés sur le sol et immobile, apparemment indifférente à la chaleur, étouffante maintenant. Piccolo sentait l'ennui le gagner et voulait clore leur entrevue. Il avait plus parler sur les dix dernières minutes que sur les quatre derniers mois.

Il posa la main sur son épaule.

- Tout cela a-t-il vraiment de l'importance ? conclut-il, je te ramène maintenant.

Il les télétransporta sans lui laisser le temps de répondre. Ils se retrouvèrent en une fraction de seconde dans la salle de gravité qui était heureusement désactivée. Gogeta eut un mouvement de recul. Il écarquilla les yeux avec surprise.

- Je l'ai trouvée dans le désert, grogna Piccolo, je te la rends.

Gogeta n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche. Le Namek était déjà reparti.

oooo0oooooo0ooooo

En relisant, je m'aperçois que Piccolo n'est pas censé maîtriser la téléportation, enfin, je crois. Passons là-dessus, tant pis. Merci.