Chapitre 16: Résolutions

- Dans le désert ? s'écriat-il avec une voix incrédule.

Bulma, encore assise sur le sol dans sa combinaison poussiéreuse, le T-shirt détrempé par la chaleur du désert qu'elle venait de quitter, le dévisageait sans écouter ses paroles. Elle cherchait quelque chose.

- Qu'est-ce que t'avais à faire dans le désert ? Si tu m'avais demandé, je t'aurais emmenée. Bulma ? Tu m'écoute ? Je te trouve…

Elle se leva d'un bond et il s'interrompit. Elle s'approcha de lui d'un pas décidé et prit sa tête entre ses mains, le forçant à garder son regard en contact avec le sien.

- Où est-il ? Où est Végéta, là-dedans ? demanda t-elle abruptement.

Il se tut et saisit doucement ses poignets pour la faire lâcher prise.

- Je te l'ai dit, grogna t-il. Il est là, tu le sais déjà. Tu sais tout ça. Qu'est-ce que tu cherches ?

- Je veux des preuves.

- Tu es compliquée. Femme compliquée.

- J'ai couché avec toi. Presque deux fois. Et j'ai presque envie de le refaire. Et en même temps, son absence me tue. Et peut-être qu'il ne reviendra pas. C'est pas compliqué pour moi, ça ? Je veux être sûre, je veux des preuves.

Il fit un pas en arrière, un peu déstabilisé par sa franchise et sa détermination vindicative.

- Comment ? Tu me reprochais de faire tout ce qu'il faisait et de savoir tout ce qu'il savait. Qu'est-ce que je peux faire de plus ? Tu me tapes sur le système Bulma.

Elle poussa un soupir bruyant de frustration et fit un geste d'abandon, avant de quitter la pièce avec humeur.

Après un bain très long, qui lui permit de remettre son corps et son esprit à température normale, elle décida de faire la seule chose qui lui vidait totalement la tête, s'enfermer dans son laboratoire pour travailler.

Ses circuits électroniques, ses boulons, ses calculs, l'ordre scientifique des choses étaient tellement plus reconnaissants de ses efforts que le monde des humains. Les questions étaient tellement plus binaires et plus claires. Elle y passa tout l'après-midi et toute la soirée sans même une pause pour manger, oubliant Chichi, Piccolo et même Végéta.

Quand elle en sortit, la lassitude s'empara de son corps. La Capsule était plongée dans la pénombre. Elle en conclut qu'elle était seule. Elle s'aperçut qu'elle avait faim et se dirigea vers la cuisine.

Elle n'avait même pas l'énergie d'allumer la lumière dont elle savait qu'elle la ramènerait à la brutale réalité. Elle se servit dans le frigo ce qu'elle put trouver sans vraiment opérer de sélection et posa la nourriture à même le bar.

Alors qu'elle avait commencé à engloutir une tranche de jambon, elle sursauta. Un homme était adossé au mur dans l'ombre, les bras croisés, et semblait la regarder. Elle n'eut pas peur, mais eut tout de suite l'impression que ce n'était pas Gogeta. Elle allongea le cou pour mieux voir et sa gorge se serra, compliquant la déglutition de son bout de jambon. Elle toussota et s'approcha de lui avec appréhension.

- Végéta ? articula t-elle avec hésitation.

Il se redressa et la lueur qui filtrait par les grandes baies vitrées tomba sur son visage. Bulma plaqua ses mains sur sa bouche. Elle se précipita sur lui et le serra dans ses bras. Il se contenta de décroiser ses bras pour qu'elle puisse mieux l'étreindre.

- C'est… C'est toi ? balbutia t-elle.

- Comme tu vois, répondit-il en lui caressant les cheveux.

Elle plaqua sa tête sur son torse, comme pour en vérifier la matérialité. Elle tremblait de tout son être et les larmes s'étaient mises à couler de ses yeux, sans aucun préavis. Elle releva la tête pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.

Il était bien là. Il lui caressait toujours la tête avec bienveillance, comme s'il attendait patiemment qu'elle se remette de sa surprise affichant une mine presque amusée de son émotion.

Elle l'embrassa avec passion, comme si il devait repartir dans l'instant et il lui rendit enfin son étreinte. Il la souleva et elle se lova contre lui. Il l'emporta jusqu'à leur chambre tandis qu'elle restait agrippée à lui avec fureur, comme si son contact était la seule chose qui le maintenait dans la réalité.

Elle profita de chaque seconde de cette nuit, comme le condamné de son dernier repas. Dans la confusion de son esprit, elle n'oublia à aucun instant la possibilité qu'il reparte. Dieu, combien de fois l'ai-je retrouvé pour le perdre à nouveau, ces derniers temps. Elle s'extasiait à chaque fois que ce soit bien lui. Elle ne pouvait s'empêcher de vérifier ses cicatrices, chaque trait de son visage, chaque partie de son corps qu'elle connaissait sur le bout des doigts.

Il la laissa l'étreindre jusqu'au bout quoiqu'il aimât avoir plus d'air pour dormir. Elle ne pouvait se résoudre à se décoller de lui. Elle ne le quittait pas des yeux et refusait de laisser la fatigue l'emporter. Elle glissa pourtant dans le sommeil sans même s'en rendre compte. Avant que son esprit ne rompe totalement avec le monde réel, elle l'entendit chuchoter « Femme compliquée ». Le cerveau de Bulma enregistra sans réagir.

Elle se réveilla d'un coup. Ses yeux s'ouvrirent et elle s'assit dans le lit. Il était vide. Un regard circulaire dans la pièce lui confirma qu'elle était seule. Elle frissonna. Elle sauta sur ses pieds, saisit un pull qui traînait sur une des chaises et se rua hors de sa chambre. Elle vola quasiment au bas des escaliers avant de sprinter vers la salle de gravité. Vide.

Sans réfléchir, elle remonta à l'étage et, comme une démente obsédée, se mit à ouvrir une par une toutes les portes pour vérifier chaque pièce. Vide. Vide. Elle courut encore au salon, à la cuisine. Vides. Elle tenta encore le laboratoire. Des fois qu'il aurait eu envie de bosser tes plans. Vide.

Elle revint à la cuisine, essoufflée et désorientée. Elle y trouva Gogeta attablé devant une tasse de café.

- Tu cherches quelque chose, Bulma ?

Elle fronça les sourcils, comme si, en le voyant, elle avait oublié la réponse à cette question. Elle reprit son souffle un instant.

- Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit ? demanda t-elle simplement

Il lui lança un regard oblique absorbé par l'examen du contenu de sa tasse.

- Tu voulais voir Végéta, non ?

Elle plaqua une main sur sa bouche avec un mouvement de recul.

- Tu veux dire que ce n'était pas lui ?

- Je ne sais pas. Tu es peut-être la mieux placée pour le savoir.

D'un mouvement, elle se jeta sur lui et le cogna de ses poings serrés.

- JE TE HAIS ! hurla t-elle.

Il saisit ses poignets calmement. Et elle cessa rapidement de lutter.

- Je croyais qu'il était revenu. Comment as-tu pu me faire ça ? gémit-elle

- Bulma, tu ne comprends pas ? C'est lui qui l'a fait. Mais il ne reviendra peut-être jamais vraiment. Il faut que tu t'y fasses maintenant.

Elle se raidit et le regarda droit dans les yeux.

- On arrête de jouer, décréta t-elle subitement. Tu ne t'approches plus de moi ! Je ne te mettrai pas dehors mais à partir de maintenant, le moins on se croise, le mieux ça se passera.

- J'imagine, admit-il avec une pointe de déception.

- C'est Chichi qui avait raison, conclut Bulma. Je n'aurai jamais du te donner accès à ma vie comme je l'ai fait.

Elle tourna les talons et remonta dans sa chambre en claquant la porte.

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Cette fois-ci avait été la fois de trop. Son espoir irraisonné, le soir où elle avait cru le retrouver, et l'amertume de découvrir qu'elle avait été flouée avait définitivement arrêté la résolution de Bulma. Gogeta était toxique pour elle, pour ses nerfs et pour son équilibre mental. Peu importe qu'en le rejetant, elle rejette en même temps et Végéta et Gokû, elle ne pouvait le recevoir comme elle les aurait reçus, eux.

Sa rage froide ne retombait pas quoique son esprit devait bien admettre qu'elle avait un peu provoqué les évènements en exigeant des preuves. (Tu voulais voir Végéta, non ?).

Elle s'efforça dès lors de créer le plus de distance possible entre eux. Elle quittait la pièce où il arrivait, évitait celle où il se trouvait et n'échangeait pas plus que des mots de pure forme comme « Bonjour » ou « Bonne nuit » les quelques fois où elle n'avait pas le choix.

En dehors de la colère qu'elle nourrissait encore à son encontre, ce qui l'aidait à tenir cette attitude, était le fait que les six mois fatidiques touchaient à leurs fins.

Il ne restait plus que trois semaines, quand les enfants annoncèrent qu'ils avaient toutes les boules. Gogeta venait de quitter la Capsule pour partir Dieu sait où. L'Hiver s'apaisait un peu et autorisait la sortie du soleil de temps à autre. Bulma était d'excellente humeur avec la perspective de voir sa vie prendre prochainement une direction un peu plus claire.

C'était en tout cas son état d'esprit lorsqu'elle verrouilla sa ceinture ce matin-là pour récupérer son fils chez Videl. Evidemment, tous les problèmes n'étaient pas réglés et c'était chez Videl qu'elle devait aller attendre le retour des enfants. En temps normal elle aurait été conviée chez Chichi. Elle soupçonnait par ailleurs, qu'elle n'aurait l'occasion de voir ni Gohan, ni Goten. Ca lui serrait un peu le cœur mais elle avait l'espoir que, ça aussi, finisse par s'arranger.

Elle démarra sa voiture et fit rugir un peu le moteur. Elle avait sorti sa décapotable en l'honneur de son fils, une voiture très puissante, que Bulma détestait conduire et qu'on ne sortait, en principe, pas l'Hiver. C'était, à proprement parler, la voiture de Trunks. Elle ne l'avait achetée que parce qu'il l'aimait tant et il était probable qu'il s'en servirait quand il aurait l'âge, si ses goûts n'avaient pas changé d'ici-là. Bulma savait qu'elle avait satisfait un caprice démesuré mais elle savait aussi qu'elle n'était pas toujours la mère idéale.

Pour l'instant, elle se battait avec l'embrayage et l'accélération ultra-sensible du bolide, en route pour la résidence du grand Satan. Elle avait décapoté en prenant soin de se couvrir et roulait, cheveux au vent, le cœur léger.

Malgré le soleil qui brillait timidement, la route était encore mouillée de la pluie nocturne. Le volant était chatouilleux et l'accélérateur réactif. Trop réactif pour Bulma, peu habituée à cette puissance.

Elle ne sentit pas tout de suite qu'elle avait perdu le contrôle, alors que la voiture empruntait déjà une trajectoire anormale. Elle cogna d'abord du côté passager dans un fracas effroyable et Bulma poussa un cri de panique. Elle sentit alors le véhicule glisser encore, interminablement. Le crissement des freins vibrait dans son crâne et sur chacun des nerfs de son corps.

Le second choc fut plus proche, mais elle n'aurait su dire exactement où la voiture avait tapé. Il fut presqu'immédiatement suivi d'un troisième. La tête de Bulma rebondit contre la vitre conducteur et le noir se fit.

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