Riza.

Je voyais que le soleil recommençait à éclairer. Marchant dans les décombres de la chambre de la défunte, je n'avais qu'une envie : celle de m'enfuir à toutes jambes. Même si l'on avait déjà dégagé le cadavre je me sentais drôle… Pour tout dire, c'était sinistre. Le lieu m'épouvantait. Je me remémorais les semaines entières au cours desquelles notre mère restait enfermée là dedans. Et dire que c'était moi qui devais vérifier s'il restait encore des bijoux dans les ruines… car c'était évidemment de bijoux que mon père voulait parler. Un espoir sûrement vain. Comment voulait-il que des métaux précieux aient subsisté après un tel incendie ? Il était pourtant alchimiste que je sache, un scientifique, qui devait savoir que tout était perdu…

J'exécutai cependant ma tâche et examinai le sol à la recherche d'objets de valeur. Je ne voyais rien, que des flaques, des débris et de la boue. Je trébuchai et perdis l'équilibre, encore une robe de perdue. En me relevant, un objet scintillant m'éblouit un instant. Je clignai des yeux et me retournai en poursuivant mon travail. Je réalisais enfin la nature de l'objet et revins sur mes pas. Mon premier réflexe fut de penser qu'Elena avait de la chance, tout de même, elle serait enterrée avec l'or ayant miraculeusement survécu à ce drame et que je devais chercher tandis que nous n'avions même pas d'endroit décent où vivre…

C'en était trop, pourquoi est-ce que nous n'avions pas une vie normale ? Pourquoi n'étions nous pas une famille normale ? Pourquoi notre mère était schizophrène ? Pourquoi Dieu avait-il laissé cette catastrophe se produire ? Je lui en voulais pour beaucoup de choses décidément… En avançant avec difficulté entre les débris, je finis par trouver l'objet convoité. Je me penchai pour le ramasser et l'essuyai sur ma robe, c'était une bague en or, ornementée de petites roses finement gravées dans le métal. Elle était superbe, simple et à la fois belle, j'étais ébahie. Je la fis doucement pivoter et j'aperçus une gravure à l'intérieur de l'anneau : « tu m'appartiendras ».

Le bijou m'intriguait, plus que ça, je mourrais de curiosité, et oubliant mon angoisse j'allai demander à mon père la provenance de la bague. Elle devait sûrement avoir appartenu à ma mère, cependant il me dit ne l'avoir jamais vue auparavant. Je n'osais pas lui demander si je pouvais la garder... Je la passai tout de même à mon annuaire et souris, on aurait cru qu'elle était faite pour moi.


Berthold Hawkeye.

Riza avait trouvé la bague dans les ruines de la chambre de ma chère Elena, je lui avais fait croire que je ne l'avais jamais vue, c'était le seul bijou épargné par les flammes. Comme de par hasard… Elle voulait la garder. Enfin, je l'avais vu dans ses yeux. Je ne savais pas si c'était une bonne chose… J'essayais de me convaincre qu'il n'y avait pas de raison pour que les choses se passent mal pour elle, bien d'années s'étaient écoulées depuis…

Et puis nous avions d'autres chats à fouetter, comme on dit, donc je laissai cette affaire de côté dans mon esprit, car je devais tout d'abord nous agencer une habitation. J'avais réussi à transmuter les composants qui étaient en état passable afin de nous construire une modeste maison, malheureusement elle ne tiendrait pas très longtemps. Nous devions nous contenter de ça car je n'avais pas les moyens d'en acheter une, ou d'en louer, celle-là ayant été héritée de mes parents. J'espérais recevoir de nos bons voisins de la vaisselle, des draps, et aussi quelques meubles… Nous allions vivre de manière encore plus différente à celle que nous avions vécue jusqu'à présent et je n'étais pas certain de pouvoir nous en sortir un jour… Devions-nous quitter déménager à East City ? J'avais du mal à m'imaginer ailleurs que dans le village où je naquis mais la situation s'améliorerait peut-être en ville.

Il fallait que je trouve une solution, car je ressentais qu'Elena et moi devions encore nous voir. Avant sa maladie, c'était une jeune femme pleine de vie, tendre, sensée, intelligente, c'est pour cela que j'ai choisi de ne pas la faire interner elle méritait mieux. Au fond de moi, j'avais de l'espoir à propos de sa guérison, j'ai même lu des dizaines et des dizaines d'ouvrages d'alchimie médicale en recherchant comment soigner la schizophrénie, sans résultat, bien évidemment. Je passais des jours entiers enfermé dans ma petite chambre en lisant, recherchant, écrivant, calculant. Je croyais même avoir une idée à propos de comment faire pour la revoir… Mais il fallait que j'affine ce projet.

Après le jour de l'incendie, les choses allaient beaucoup trop vite à mon goût, je n'avais pas un seul moment de répit. Je recevais souvent la visite de nos charitables voisins, passant nous déposer tout ce qu'ils estimaient utile pour aller de l'avant… Le vieux Moss, propriétaire du bar hérité de son père me donna, entre deux plaintes sur son fils et son café dérisoire une bouteille de whisky. Je savais qu'elle avait de la valeur à ses yeux. Et c'est peut-être ce qui me toucha, non pas la nature des présents mais la fait que ces braves gens s'en défaisaient volontiers afin de nous aider.

Parmi ces visites, j'avais l'honneur de recevoir mademoiselle Bayle, une charmante jeune femme, amie de mon épouse de son vivant. Elle venait souvent nous rendre visite, pas seulement pour apporter des contributions matérielles, car elle m'apportait beaucoup de réconfort. J'avais l'impression que je pouvais vraiment compter sur elle, et peu à peu, nous devînmes amis, de plus, pendant que moins en moins de voisins venaient nous voir, ce qui était compréhensible, de par la distance, ses visites à elles ne s'en trouvaient pas altérées. Au bout de quelques semaines, elle fit connaissance avec mes filles. Claudia savait parler aux gens, je m'en rendis compte lorsque je vis peu à peu qu'elle gagnait l'estime de celles-ci. Mais c'était peut-être dû au fait que la différence d'âge entre la plus jeune de mes filles et Claudia n'était que de dix ans. Je pouvais parler avec elle de tellement de choses… Ce qui avec Elena avait été impossible, vu sa santé mentale. J'avais été pendant trop longtemps isolé et elle me redonnait envie de redécouvrir la société.

Ce fut donc grâce à ses encouragements que je trouvai un travail d'architecte à East City. Je n'avais besoin de m'y déplacer que deux jours par semaine, donc j'acceptai le poste, car Winry et Riza étaient internes et ne s'en dérangeraient pas. Il fallait sérieusement que je trouve une source de revenus autre que la publication de mes ouvrages, qui ne rapportait plus suffisamment et ce travail s'adaptait complètement à mes capacités d'alchimiste. Je n'avais qu'à réparer ou édifier des bâtiments et des maisons, et nous pensions étendre cela jusqu'aux habitations de luxe. Ce qui était également surprenant, c'était que je pouvais parler d'alchimie avec Claudia sans qu'elle en fût troublée ou dérangée, au contraire, cette science la fascinait, elle me demandait si j'avais déjà pensé à l'enseigner à mes filles. Lorsque je répondis par la négative, elle essaya de me convaincre que c'était une bonne chose à faire. À vrai dire j'étais encore un peu réticent, car ce n'était pas très correct que d'apprendre l'alchimie à deux jeunes filles.

Ce fut ma première dispute avec Claudia. Elle me reprochait que sous prétexte d'être une femme, on se voyait refusé l'accès à un savoir, et que c'était injuste. Elle me demanda si je pensais être plus intelligent, plus doué, plus perspicace qu'elle, rien que pour le fait d'être un homme. Je fus surpris par de tels propos. Je n'avais jamais rencontré une femme féministe avec de telles idées arrêtées. Elle s'en alla en colère et me laissa le temps de réfléchir. Je me rendis compte que mon amitié envers elle n'avait pas changé et qu'elle pouvait avoir raison sur certains points. Ce fut donc moi qui allai la trouver le jour suivant, je m'excusai, bien que cela me fût difficile et notre relation ne s'en trouva que plus enrichie.

Au bout de deux mois, j'en parvins à lui parler d'Elena, elle se montra très compréhensive avec mes sentiments, et je lui en fus reconnaissant de m'écouter parler pendant des heures. Ma femme me manquait énormément, autant qu'au début. Je me souvenais régulièrement de mon mariage avec Elena, un jour magnifique, le plus beau de toute ma misérable vie sans doute. Claudia y était présente, c'était il y a dix ans.

Mais je devais me rendre compte que Claudia était une jeune femme surprenante, très intelligente d'ailleurs et bien élevée. Je commençais à avoir une autre vision de ses sentiments à mon égard, et je voyais bien qu'elle n'attendait pas que de l'amitié de ma part… J'avais nettement compris vu le jeu de séduction qui prenait forme ces derniers temps. Elle me répétait souvent que j'étais jeune, et qu'un trentenaire comme moi ne resterait pas longtemps veuf.

Je me disais qu'elle avait sûrement raison.

En homme sensé, je devrais lui demander de m'épouser : elle était riche, belle, audacieuse, jeune et elle m'aimait. Mais j'avais du mal à réaliser qu'Elena venait à peine de me quitter et que je devais déjà entrevoir la possibilité d'un mariage …

Claudia était parfaite, sauf qu'elle ne ressemblait pas à ma défunte épouse.

Au fil du temps, notre situation financière s'améliorait nettement, et j'acceptai de travailler cinq jours à la semaine. Ceci nous poussait à déménager à East City. Mes filles changèrent de lycée et nous menions une vie tout à fait tranquille, et peu à peu, Claudia prit du terrain dans ma vie, je le remarquai de suite et contrairement à ce que je croyais, cela me plaisait.