Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.
Bêta : Ka-cendres
Fin du chapitre 3 : la faiblesse de Marcus le pousse à se questionner et au lendemain du combat final à se livrer un peu plus à Esca ….
Chapitre 4 : fait d'armes
Marcus en avait besoin, peut être était-ce une fierté mal venue, peu lui importait. Il avait ce désir impérieux de rétablir son image auprès de son compagnon de voyage, alors sans même réfléchir il avait cédé à une pulsion soudaine. De son ancienne vie de soldat, il n'en avait presque rien dit à Esca, sa blessure l'avait muselé lui interdisant d'aborder cette question avec son esclave ou, toute autre personne d'ailleurs. En l'empêchant de mener ses hommes, d'obtenir les victoires auxquelles il aspirait tant, il n'avait plus de moyen de racheter l'honneur de son père. Cela l'avait meurtri plus durement que le fer qui était venu se loger dans son genou, il avait tu cette souffrance car nuls mots ne pouvaient l'adoucir.
Aujourd'hui, il lui semblait plus facile de se remémorer cette ancienne vie, c'était sa manière de réagir face à cet état imprévu de faiblesse qui l'insupportait. Marcus était un battant, il avait toujours obtenu ce qu'il voulait grâce à sa force de caractère exaltée par l'impérialisme romain. Mais ses certitudes aujourd'hui vacillaient au rythme de ce chant celte lointain qui se frayait un chemin jusqu'à eux. Esca n'allait probablement pas aimer tout ce qu'il allait lui raconter mais, nul doute, il saurait comprendre le message qu'il voulait lui transmettre.
Soldat expérimenté, il avait rejoint d'autres légionnaires dans le siège de la ville d'Arelate en Gaulle.
- Cela me semble lointain, ce n'était pourtant qu'il y a quelques mois. Je rejoignais une ville fortifiée assiégée …
- Quelle ville ? le coupa Esca.
- Arelate*.
- Un nom celte … cela signifie près de l'étang.
Le romain hocha la tête conscient du mal -comme du bien- que pouvait faire son histoire.
- Je disais donc que l'on nous avait ordonné de rejoindre la ville …
- A marche forcé ?
- Vas-tu me couper tout le temps ? s'offusqua Marcus avec néanmoins un petit sourire qu'il avait échoué à cacher.
Esca secoua la tête pour seule réponse et se tut, attendant la suite de l'histoire.
- Bien, reprit Marcus l'air faussement sérieux, oui nous avions marché plusieurs jours sans relâche pour rejoindre la ville. Je n'étais qu'un légionnaire parmi les autres de ma centurie**. Nous rejoignions vingt autres qui entouraient la ville dont les habitants s'étaient rebellés et refusaient l'ancien pacte de paix établi avec Jules César. Les légionnaires avaient mis à profit les mois passés au pied de la ville et le moment était venu d'attaquer. Le général commandant avait demandé des renforts, d'où mon arrivée au camp d'Arelate. Les dieux étaient favorables et la population assiégée mourrait lentement de faim. Nous étions prêts au combat …
- Les cavaliers aux ailes, l'infanterie au centre ?
Marcus resta un instant bouche bée avant de se ressaisir.
- Précisément. En rangs serrés nous attendions que l'onagre, le scorpion …
- La baliste ?
- La baliste, confirma Marcus en scrutant Esca les yeux rétrécis sans néanmoins s'arrêter, toutes les machines de l'artillerie frappaient la ville sans relâche nous assurant une victoire aisée. Mais c'était sans compter une armée de secours qui nous surprit. Ils détournèrent notre attention de la ville, le combat au corps à corps s'engagea. Nous n'étions plus tout à fait en position de force même si nous seul possédions des cavaliers. Le général commandant a été tué très vite, quasiment sous mes yeux. Je me suis longtemps demandé s'il avait deviné que la bataille serait rude, il avait demandé bien plus d'hommes que cela ne semblait nécessaire ... peu importe. En son absence, les centurions distribuaient des ordres contradictoires et nous perdions la face …
- Qu'as-tu fais ? ne put s'empêcher de demander Esca en imaginant la situation.
- J'ai hésité à sonner la reddition mais j'ai finalement choisi de commander le bélier pour forcer les portes de la ville. Les centurions n'étaient pas d'accord avec moi, ils voulaient vaincre d'abord les hommes à l'extérieur de la ville mais nous périssions sous la pluie de flèches des Arlésiens … cette situation me semblait pire. Il fallait que j'agisse. C'était désespéré, mais j'ai donné l'ordre et tenté d'organiser au mieux la défense à l'extérieur et à l'intérieur de la ville.
- Comment toi, simple soldat as-tu pu donner un tel ordre ? s'étonna Esca.
- J'ai endossé le manteau de pourpre du commandant. En fait plus personne ne commandait et c'était bien là le problème. Les centurions n'étaient pas d'accord entre eux, le général n'était plus là pour trancher. Je n'ai eu aucune difficulté à prendre cette initiative, quand ils s'en sont rendu compte il était trop tard. Les portes s'étaient ouvertes déversant leur flot de soldats … J'ai fait en sorte ensuite que les ordres soient cohérents, les centurions m'ont laissé faire, complètement dépassé par les événements. Cela a été la pire bataille que j'ai eue à affronter, la plus désorganisée, à de nombreuses reprises j'ai rattrapé les fuyards par la peau du cou pour les tourner vers nos ennemis. Cela a été brutal et sanguinaire … une bien longue bataille. Il nous a fallu deux jours de combats acharnés pour en venir à bout, tu imagines ? Sans repos, de jour comme de nuit le sang a coulé. Beaucoup ont péri mais la ville a finalement été regagnée. Le coup de grâce a été donné quand j'ai tué leur chef ...
- Tu m'as sauvé à la rivière du chef du clan des phoques gris, fit remarquer Esca à brûle-pourpoint.
- On ne compte plus n'est-ce pas ? souffla Marcus. Les amis ne comptent pas.
- Qu'avez-vous fait des prisonniers ? ne put s'empêcher de murmurer Esca l'air sombre.
- Peu d'hommes, de femmes et d'enfants ont survécu, ils ont tous été vendus à des familles romaines.
- Réduits en esclavage, marmonna Esca.
- Le commerce d'êtres humains existe depuis longtemps entre les Celtes et Rome, fit remarquer Marcus un peu étonné par la remarque.
- Je ne vois plus les choses de la même manière, avoua Esca le menton posé sur ses mains.
- Les soldats ont tous eu leur part du butin mais … j'ai veillé à punir sévèrement ceux qui outrepassaient mes ordres. Une fois la bataille gagnée je ne supporte pas les abus de pouvoir, révéla l'ancien centurion avec fermeté, ses yeux perçants concentrés sur Esca qui contemplait le sol.
Celui-ci lui jeta un coup d'œil. Marcus était soudain si sérieux, son corps s'était raidi, le celte savait qu'il disait vrai. Ce qu'il avait deviné, entrevu de la vie de soldat de Marcus, se révélait vrai. Cela expliquait beaucoup de choses y comprit son geste alors qu'il allait mourir dans l'arène, pourquoi ce romain avait sauvé sa si misérable vie comme il l'avait lui-même nommée.
- Et … et tu as été récompensé du titre de centurion ? reprit Esca d'un ton volontairement plus enjoué.
- Oui, cette victoire m'a valu ce titre et un long, très long voyage pour rejoindre ton pays, la Britannia.
- Pour marcher sur les traces de ton père.
- Je ne sais pas Esca … murmura Marcus le regard soudain vague.
- J'aurais aimé te voir avec ta crinière rouge, fit Esca d'un ton moqueur avec un sourire en coin qui en disait long. Quel était le nom du général tué ?
- Titus ...
- Bien sûr ! s'exclama Esca en lui coupant la parole. Vous avez si peu de prénoms … fit-il en secouant la tête. Je n'ai eu que trois maîtres, toi Marcus, un Titus et un Lucius …
- C'est pour cette raison que l'on a un nom et un surnom Esca, le sermonna gentiment le romain. Si tu m'avais laissé finir tu saurais qu'il se nommait Titus Julius Civilis.
Ils portent tous les mêmes noms quoiqu'en dise Marcus, pensa Esca.
- Quel est donc cette musique que l'on entend ? s'interrogea soudain le romain alors qu'une rafale de vent avait porté la musique avec plus de force.
- Il y a une fête ce soir en mémoire de ceux qui ne sont pas revenus. C'est une lyre et un tambour, les bardes s'exercent.
- Il me semble que j'ignore tant de choses … et toi tu sembles tout savoir, fit Marcus las.
- Tu es un romain ! s'exclama le celte joyeux d'entendre cet aveu. Tu n'es pas resté esclave assez longtemps apparemment.
- Hey ! s'exclama Marcus en donnant un coup de coude dans les côtes de son ami bien insolent.
Cet aveu faisait un bien fou à Esca. Il ne s'était pas trompé de romain.
- Quelle était l'enseigne de ta victoire à Arelate ? demanda le celte en riant devant la mine colérique du romain en question.
- Un sanglier. C'est ce qui a poussé les hommes à se battre … pour ne pas perdre l'enseigne. C'est elle qui nous a fait gagner, elle a réalisé un vrai prodige. Mars était avec nous.
Esca pouvait sentir dans le ton du centurion toute la foi qu'il plaçait dans cet objet de culte.
- Toutes les enseignes que j'ai vues étaient des aigles comme celle de ton père, fit remarquer le jeune homme.
- C'est l'emblème principal, celui de l'Empire, celui des légions, il représente Jupiter, le dieu des dieux.
- Je ne le savais pas … reconnut à son tour le celte.
- La perte de l'aigle est le pire déshonneur pour un soldat.
- Ça, je l'avais bien compris Marcus, rétorqua-t-il en riant.
- Comment connais-tu si bien l'armée romaine ? demanda Marcus curieux.
- J'ai suivi la légion qui avait vaincu mon clan pendant plusieurs mois … expliqua-t-il en perdant immédiatement le sourire qui avait adouci ses traits l'instant d'avant.
Son visage s'était contracté et il avait à nouveau la mine sombre, Marcus imagina le pire.
- Je ne comprends pas Esca. T'ont-ils fait combattre ?
- Non ! Par tous les dieux, non … je me serais tué plutôt que de me battre contre les miens. J'ai servi un général, j'étais son … esclave particulier. Les centurions avaient aussi les leurs.
- Oh … fit doucement Marcus. Je comprends mieux pourquoi tu semblais si familier avec ton rôle … Ce n'est pas très habituel cela, fit remarquer Marcus suspicieux.
- Il … il n'y a pas eu que cela d'inhabituel, fit-il hésitant.
- Pourquoi t'a-t-il choisi toi plutôt qu'un autre ?
L'ancien esclave haussa les épaules pour seule réponse.
- Quel est son nom Esca ?
Son nom … Il avait tellement détesté cet homme, le premier romain qu'il voyait de si près … prononcer son nom était douloureux, même maintenant. Cet homme avait habité quelques-uns de ses pires cauchemars pendant si longtemps qu'il incarnait à lui seul toute sa haine envers les romains. Il régnait avec hégémonie sur ses soldats et en particulier sur les officiers dont il exacerbait la rivalité, provoquait la jalousie et la compétition. De leur discorde, il tirait son pouvoir. Esca avait assisté à plusieurs séditions, fait qu'il pensait assez rare dans une armée romaine gouvernée par la discipline. C'était un pillard sans aucun courage, il était cruel et barbare avec ses prisonniers et même ses soldats … un monstre qui semblait concentrer à lui seul tous les vices de son peuple, passés à la loupe grossissante.
- Esca ? réitéra Marcus l'air concerné.
- Nero Aelius Catus, lâcha-t-il en déglutissant difficilement.
- Tu ne l'as pas cité parmi le nom de tes maîtres … Je le connais, de réputation.
- Quelle est-elle ? rétorqua immédiatement le celte avide d'en savoir plus sur cet homme qu'il avait haï, suivi et servi jour et nuit pendant de longs mois.
- On le dit bon commandant car il a obtenu un grand nombre de victoires. Mais c'est un intriguant et un tyran avec ses troupes ... les soldats ne l'aiment pas et cela se sait. Cette mauvaise réputation lui a déjà valu de perdre des décorations Esca. Je connais bien l'armée, jamais il n'aura les plus hautes distinctions. Un bon centurion, un bon général est porté par la foi de ses troupes, elles doivent croire en lui, le suivre quelques soient les risques. Ce n'est pas son cas et ça ne le sera jamais.
Esca sentit la douce chaleur de la vengeance se diffuser en lui. Il avait cette foi dont parlait le centurion, il l'avait pour Marcus.
- Mais, reprit le romain, je ne comprends toujours pas comment tu connais nos machines de guerres. Je ne pense pas qu'ils en aient utilisé dans le nord, non ?
Esca secoua la tête.
- Alors ? le pressa Marcus.
Son imagination comblait les vides laissés par le silence d'Esca et cela le rendait vraiment nerveux. Il se sentait bizarrement responsable. Quelques soient les exactions de ce commandant romain, lui centurion en était complice.
- Il m'a traîné partout comme un chien … il m'a enseigné, montré toutes vos techniques, murmura-t-il en levant ses yeux vers Marcus.
Ce dernier y lut une telle souffrance qu'il se mordit la langue plutôt que de poser une nouvelle question. Pourquoi diable lui avait-il expliqué leurs techniques, leurs machines de guerre ? Marcus savait qu'il ne devait pas le presser, juste calmer son cœur qui frappait fort dans sa poitrine sous le coup de la colère. Il connaissait la nature de son ancien esclave et le brusquer n'atténuerait pas la douleur qu'il ressentait maintenant pour lui. Pourtant, il y avait beaucoup de questions qui se bousculaient dans son esprit.
- Tu ne connaissais pas la langue, finit-il par faire remarquer la voix grave.
- Oh, j'ai appris et vite … il valait mieux pour moi. Je reviens Marcus, fit-il en se levant d'un bond plein d'énergie qui rappela à Marcus son propre état, je vais chercher à manger.
- Esca ! l'appela le romain avant qu'il ne quitte la tente. Je suis désolé, fit-il sincère.
Il ne savait rien des souffrances endurées, il ne pouvait que les imaginer. Il espérait qu'Esca les lui raconterais un jour, qu'il le laisserait l'aider. Lui savait tout de ses maux et cela avait été d'un grand soutien.
- La liberté a un prix, asséna le celte avant de tirer le rideau, éblouissant un instant Marcus.
Celui-ci se jeta en arrière en soufflant bruyamment. Sa mauvaise jambe comme l'appelait Esca se rappela douloureusement à lui. Les blessures de la chair guérissent grâce aux traitements, mais quels soins faut-il prodiguer à celles de l'âme ?
* Arles.
En récompense de son soutien à Jules César contre Marseille en 49 av. J.-C., Arelate devient une colonie romaine.
Cette rébellion est pure fiction ^^
** 20 centuries = 2000 hommes
J'espère que cette suite ne vous a pas déçu, comme toujours j'aimerais savoir ce que vous en pensez ^^
Merci à tous ceux qui suivent cette histoire, à bientôt pour la suite.
