Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.
Bêta : Ka-cendres


Fin du chapitre 5 : Esca a offert à Marcus un petit sanglier en bois symbole dans sa culture de force et de courage. Le romain sait qu'Esca repart avec lui mais il cherche à comprendre pourquoi et ce que Nero lui a fait …


Chapitre 6 : Voyage de retour, partie 1

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The Eagle – The Return Of The Eagle


Maintenant qu'il était libre, qu'il avait remboursé sa dette, il était légitime que Marcus cherche à comprendre ce qui retenait Esca à ses côtés.

- J'étais le fils du chef, finit par expliquer le celte. C'était pour le général Nero une vengeance ou une perversion, je n'en sais rien. Il a cultivé ma colère de toutes les manières possibles ...
Le breton parlait si bas que Marcus tendait l'oreille bien conscient d'entendre une confession.
- En me faisant assister impuissant à la domination et aux exactions romaines sur les clans de mon pays, reprit-il dans un murmure, j'ai tellement vu de morts que je n'en dormais plus la nuit enchaîné dans le camp, je ne pouvais plus rien manger … tout me dégoûtait. Il m'a fait apprendre vos méthodes de guerre mais … tout cela n'était rien face à ma propre lâcheté. Je ne t'ai pas tout dit Marcus … fit Esca en plantant son regard dans celui qui allait le juger.

- Continue Esca, encouragea ce dernier dans un souffle.
- Après que mon père ait tranché la gorge de ma mère, dit-il sans trembler, les soldats romains sont arrivés et j'étais tellement secoué par la scène qui venait de se dérouler sous mes yeux qu'ils m'ont capturé sans même que je lutte … finit-il dans un souffle en baissant les yeux cette fois.
La honte le submergeait à nouveau et l'empêchait d'affronter le regard de Marcus. Celui-ci était un soldat brave, jamais il n'avait faibli comme lui l'avait fait … au contraire, quand tout semblait perdu à Arelate il avait su réagir en conséquence ... tout son inverse.
- Esca, murmura Marcus en le saisissant par la nuque pour l'attirer vers lui.
Leurs regards se soudèrent tandis qu'autour d'eux les hommes mangeaient et buvaient sans se soucier de leurs deux invités.
- Je ne connais personne comme toi mon ami, reprit Marcus. Tu es courageux, loyal, brave, combatif : rien ne t'arrête, j'en ai été témoin. J'ai vu beaucoup d'hommes se battre, faire preuve de courage ou au contraire de lâcheté, je les ai mené au combat, parfois à la mort, fit-il soudain grave. Tu es un bon soldat quelque soit le pays ou le clan et c'est pour cela que je te veux à mes côtés.
Marcus fit une pause pour être certain qu'Esca l'avait bien compris.
- Si tu t'étais battu ce jour-là, repris-il, tu serais mort et moi je n'aurais jamais retrouvé l'aigle de mon père. Crois-tu, que sans ton aide, j'aurais survécu ici ? Demanda-t-il en esquissant un sourire. Les dieux l'ont voulu ainsi et toi simple humain tu t'es soumis. Perdre ses parents est une épreuve bien plus terrible que n'importe quelle bataille. Ton père a fait ce qu'il fallait et tu es son digne fils, l'honneur de ta famille est sauf, quoiqu'ait dit Nero, ajouta le romain avant que le celte ne puisse rétorquer. Il s'en est servi et il avait tort, insista-t-il en scrutant les yeux d'Esca. Je te connais mieux que lui, n'est-ce pas ?
Esca acquiesça.
- Il n'y a pas de lâcheté, tu es un homme d'honneur, les dieux m'en sont témoins.

Seulement à cet instant, il lâcha doucement le jeune homme mais son regard était toujours posé sur son visage éclairé par la lumière du feu. Il semblait toujours soucieux, la mâchoire serrée, et cela lui déplaisait. Quel âge devait-il avoir quand cet événement s'était produit ? Seize ou dix-sept ans tout au plus. Les hommes rejoignaient l'armée l'année de leur dix-neuvième anniversaire. Il y avait une raison à cela et ils ne combattaient qu'après avoir été longuement entraînés … Rien ne résistait à l'armée romaine, même né Brigantes, il n'avait pas été préparé à vivre de tels combats et à voir sa famille mourir sous ses yeux. Qu'il en retire de la honte, qu'il pense avoir failli à son devoir, n'était pas juste. Et Marcus ne supportait pas les injustices, quand il pouvait y mettre fin, il n'hésitait pas. C'était vrai ce soir, cela l'avait été dans l'arène où Esca avait failli perdre la vie.

Ce dernier resta silencieux le reste de la soirée, comme les braises qui tournoyaient dans les airs, le celte avait tourné et retourné les paroles de Marcus dans sa tête. Nero lui avait souvent rappelé la manière dont ses soldats l'avaient capturé comme un aiguillon planté dans son cœur avec lequel il aurait joué, un jeu bien cruel qui l'avait marqué profondément. Cela l'avait muselé et rendu docile, il avait perdu une partie de sa confiance en lui et sa fierté.

Mais il se sentait mieux après s'être confié à son ami, même si au fond de lui il avait toujours su qu'il aurait dû mourir en même temps que son père. Néanmoins Marcus avait raison, jamais il n'aurait retrouvé l'aigle sans son aide ... alors, son destin écrit par les dieux avait peut-être commencé le pire jour de sa vie ... Il fallait se soumettre et accepter la providence maintenant qu'elle lui apparaissait plus clairement.

La main de Marcus avait été d'un grand réconfort, cela faisait bien longtemps que personne ne lui avait témoigné un tant soit peu d'affection. Ce dernier semblait plus enclin à le toucher, à le questionner, à se questionner. Ce voyage était libérateur à plus d'un titre et Esca décida tout en partageant avec Marcus une coupe d'hydromel que le romain lui disait la vérité.

Les bardes entonnaient des chansons gaies qui parlaient à son cœur et l'alcool aidant un peu le jeune breton oublia momentanément ses problèmes. Une fille de son âge vint le chercher, elle voulait danser avec lui. Un peu plus loin dans le village, autour des bardes, les femmes avaient rejoints certains hommes pour danser. Marcus fut étonné quand il vit le celte se lever mais il le fut tout autant. Il ne pensait pas avoir le cœur à ces festivités mais cette musique lui rappelait tant de bons souvenirs qu'il eut envie de rejoindre les autres danseurs et tout oublier dans la joie que procure la musique et la danse. Marcus se moqua un peu à son retour lui reprochant de lui avoir caché un talent de plus … mais dans ses yeux le breton y lisait tout autre chose.

Ils se couchèrent tard, repus, mais étrangement Esca se sentait léger. Marcus n'avait aucune raison de lui mentir, ses mots avaient fait leur chemin dans son esprit, il avait pris le temps d'y penser et de tout doucement les accepter. En lui avouant son secret il ne s'était pas couvert de honte comme il le craignait, le romain avait eu une tout autre lecture de ses actes. Il lui semblait avoir déposé un lourd fardeau au bord du chemin de sa vie. Il y resterait. Il le dépasserait pour continuer à avancer. Il ne pensait pas cela possible mais à deux sur cette route il se sentait plus fort, plus confiant. Même s'il ne connaissait pas la destination peu lui importait : il était bien accompagné. Marcus, son aîné et un spécialiste en matière d'honneur déchu … Esca s'endormit vite, le sourire aux lèvres sur cette dernière pensée inavouable, tout simplement heureux pour la première fois depuis longtemps.

Marcus s'assoupit après le breton, sa journée d'inactivité n'aidant pas à trouver aussi vite qu'Esca le sommeil. Mais quand il entendit la respiration régulière de son compagnon et qu'il entrevit sur son visage détendu l'ombre d'un sourire planer sur ses lèvres, la boule qui s'était matérialisée dans son ventre disparut et il put sombrer à son tour dans un sommeil serein.

La journée du lendemain fut consacrée aux préparatifs de leur départ et cette fois, malgré sa jambe encore douloureuse, le romain participa activement en suivant le breton comme son ombre. Esca ne dit rien. Toujours aussi économe en mots, Marcus considéra donc qu'il acceptait sa présence dans toutes les négociations qu'il entreprit avec les celtes de la tribu. Ils choisirent de nouvelles montures, on leur apporta de la viande séchée, des galettes, des gourdes, des armes … Marcus n'en revenait pas de la générosité du clan Selgovae. Toutes les conversations qu'Esca lui traduisait indiquaient un intérêt pour leur voyage de retour mais dénué de toute cupidité … S'il n'avait pas été accompagné par un breton il y aurait vu une ruse pour lui subtiliser l'aigle mais, Esca ne semblait pas étonné par cet altruisme, alors il l'accepta lui aussi. Au fil de la journée et des rencontres, ils purent reconstituer leur équipement abandonné aux mains du peuple des phoques. La femme de Guern leur apporta des manteaux en peaux de bêtes qui les protégeraient dans les montagnes blanches. C'était une belle femme brune, au visage doux mais aux traits tirés. Marcus voulu lui témoigner sa sympathie cependant Esca d'un regard lui fit comprendre qu'il ne fallait pas. Il ne lui donnait pas d'explication et cela le frustrait terriblement mais, il se conforma aux recommandations silencieuses mais fermes de son ami.

Leurs préparatifs terminés et leur repas du soir pris, ils se reposèrent pour la dernière fois dans leur tente. Y reviendraient-ils un jour ? Esca l'espérait malgré le mur d'Hadrien, les dangers, les romains, sa nouvelle vie … rien ne semblait insurmontable et son avenir était tellement incertain que l'espoir était permis. Il avait gagné dans ces landes la liberté, elles lui rappelleraient pour toujours ce voyage beau et sauvage qui fut à l'image de ces paysages somptueux. Rester serait frustrant, partir dans ces conditions était excitant, revenir serait inévitable.

Ils partirent au lever du soleil, solitaires, comme le serait leur voyage.
- Est-ce que tu es nerveux ? finit par demander Marcus qui chevauchait derrière Esca.
Il se tenait bien droit sur le cheval mais la raideur qu'il percevait n'était pas naturelle.
- Nous étions protégés chez les Selgovae. Il faut être prudent, l'objet que nous transportons peut attirer d'autres chasseurs.
Marcus ne posa pas d'autre question mais ne put s'empêcher d'observer avec plus d'attention cette nature inhospitalière qui les entourait. Cela lui rappela leur rencontre avec ces corps sans tête pendus alors qu'ils venaient de pénétrer dans la forêt peu après le passage du mur d'Hadrien. Ils étaient un avertissement, une démonstration du danger qui habitait la forêt qu'ils traversaient. Tout à coup le danger s'était matérialisé devant eux, devenant visible il n'en avait été que plus présent.

Tant que l'aigle ne serait pas aux mains des tribuns, le danger serait toujours là. Mais l'esprit de Marcus était occupé ailleurs, chevaucher ainsi aux côtés d'Esca avait quelque chose d'étrange. Cela lui rappelait leur quête et pourtant tant de choses avaient changé depuis !
D'abord, il sentait l'aigle sous son bras, il ne s'était pas résolu à le placer dans un des sacs qui pendaient sur le flanc des chevaux. Emmailloté, il le portait tel une mère son enfant. Esca l'avait regardé faire mais s'était abstenu de tout commentaire. Marcus ne craignait pas son regard ou son jugement, il était parti prenante de cette quête où tous deux avaient mis leur vie en péril pour le trouver. S'il y en avait un qui pouvait comprendre, c'était bien lui. Cet objet habitait ses rêves depuis si longtemps que le sentir était toujours irréel mais terriblement bon.
Ensuite, son amitié pour le breton avait grandi. Il était passé du statut d'esclave dévoué pour qui il avait un certain respect à celui d'ami proche. Il avait découvert tant de choses sur lui, ce n'était plus le même homme qui ouvrait le chemin. Il avait une totale confiance dans cet homme là et il le suivait les yeux fermés. Esca était un excellent chasseur, il retrouverait le chemin du retour aussi sûrement qu'il avait découvert celui qui menait à la tribu Selgovae sans jamais l'avoir emprunté.

Au premier soir de leur voyage de retour, exténués par leur chevauchée, ils parlèrent peu et s'endormirent vite côte à côte pour se tenir chaud. Esca avait sorti un manteau de fourrure qui les protégerait du froid mais le confort de leur couche leur manquait. Ils furent réveillés par une fine pluie qui s'était mise à tomber pendant leur sommeil et qui avait traversé l'épaisseur de leurs vêtements. Elle les accompagna toute la journée et Marcus, encore faible, ne cessa de grelotter trempé jusqu'aux os.
- Si tu venais d'une contrée où le soleil te brûle dès le matin, tu aurais froid comme moi, lui jeta le romain alors qu'Esca l'observait malgré lui.
Ce dernier avait insisté pour faire une pause. Il avait remplacé son bandage trempé par un autre et lui avait ensuite ordonné de manger quelques galettes accompagnées de fromage. Esca quitta donc des yeux le romain dont les cernes l'inquiétaient un peu pour embrasser le merveilleux paysage qui s'offrait à eux. Il voulait graver ses contrées dans sa mémoire. Contrairement à Marcus que sa jambe faisait souffrir, qui craignait de perdre à nouveau l'aigle de son père, lui se sentait bien. Chevaucher dans les Highlands, se nourrir de sa chasse, dormir à la belle étoile, cette vie rude était la sienne. Une vie de plaisirs simples, comme celui d'admirer ces paysages magnifiques qui lui donnaient l'énergie de repartir, ou celui de partager un instant unique avec son compagnon de voyage. Mais il était aussi curieux de connaître les paysages de ce pays où le soleil brûle la peau et la rend mate comme celle de Marcus. Il avait toujours été curieux, trop au goût de son père mais il n'y pouvait rien, il était ainsi. Alors, le soir venu, au pied des montagnes enneigées qui les narguaient mais qu'il faudrait gravir le lendemain, Esca demanda au romain de lui conter son pays. Sans qu'il ne le sache, d'autres écoutèrent le récit du romain.


Désolé pour le délai de publication mais le mois de juin est plutôt intense ^^
J'espère que vous n'êtes pas déçus par ce nouveau chapitre ...
A bientôt pour la suite !