La forêt

Alice se dirigeait vers l'immense étendue verte qui s'étendait devant nous. Incertaine, je lui emboitais le pas. Elle marchait en tête, sans même se retourner. Et moi, de mon coté, je faisais tout les efforts du monde pour ne pas tomber. La végétation était très dense dans cette région. Et les fougères m'empêchaient d'évoluer à mon aise. Je peinais à monter, et Alice remarqua ma gêne. Je la vis s'arrêter à quelques mètres de moi et attendre.

-Désolée. Bredouillais-je en reprenant mon souffle. Je ne pensais pas que tu allais m'emmener dans la forêt.

La brune resta silencieuse. Je lus, dans son regard, un mélange de tristesse et d'envie. Instinctivement, je fronçais les sourcils.

-Alice ? Quelque chose ne va pas ? Demandais-je en arrivant à sa hauteur.

Alice baissa la tête et regardait à présent ses pieds.

-Encore quelques mètres, et je te révèlerai la vérité sur mon geste.

Elle repartit en tête et je la suivais. Le couvert des arbres empêchait de voir le ciel et je me demandais s'il pleuvait encore ou non. Devant moi, Alice évoluait avec la grâce et l'aisance d'un elfe. Le chemin qu'elle suivait était pentu, mais jamais elle ne heurtait un tronc d'arbre ou marchait sur une pierre bancale. Alors que moi, derrière, j'avais de plus en plus de mal à me mouvoir. Les hautes herbes et les fougères m'arrivaient presque à la taille. Je m'arrêtais quelques secondes afin de reprendre mon souffle et d'étudier un peu mieux le terrain. Je consultais alors ma montre, et me rendis compte que les cours avaient déjà reprit. Je ne m'étais pas rendu compte que nous avions marché aussi longtemps. Dépitée, je me disais que ma première journée de lycée était catastrophique. Ce matin, j'ai failli me faire écraser, et cette après midi, je rate les cours. Que va dire Charlie quand il l'apprendra. J'appelais la brune, mais elle m'ignorait, continuant sa route. Je tentais de la rattraper, mais rien à faire, mes pieds n'arrêtaient pas de se prendre dans des herbes folles.

-Alice ! Répétais-je.

Mais rien à faire, elle traçait son chemin. Tant bien que mal, je réussi à la rejoindre. Alors devant moi s'offrit la plus belle vue de ma vie. Toute la coté de l'état de Washington s'étendait à mes pieds. Et même avec la pluie, le cadre était époustouflant. La péninsule était reposante, et j'en oubliais même Charlie. Je n'avais devant moi, que ce paysage. Et Alice. Elle me regardait. Ses yeux, sûrement à cause de la luminosité avaient pris une couleur ambrée. Soudain tout me revint en mémoire, et je la fixais, à mon tour, d'un air interrogateur.

-Pourquoi m'as-tu fait venir ici ? La questionnais-je.
-Je voulais… Je voulais… commença Alice.

Mais elle se tut, tournant la tête vers l'horizon.

-J'aimerais te dire… Des choses… reprit-elle. Mais je ne sais pas si je pourrais, si je supporterais…

Cependant, je me sentais en confiance. Alors pourquoi pas elle ? Pourtant lorsque je tendis la main vers la brune, elle se retira violement, comme si une balle l'avait frappée en pleine épaule. Je fronçais les sourcils, prête à la questionner, lorsque je me rendis compte, qu'en fait je ne la connaissais pas. Alors bêtement m'est venue l'idée que j'étais la proie, et Alice, le prédateur. C'est vrai au fond, je ne connaissais rien de cette jeune femme, ni ses intensions. Depuis le début elle restait évasive. Et moi comme un mouton, je l'ai suivie. A cet instant, je me figeais. Ou étions-nous exactement, et que me voulait cette fille ? Je commençais à paniquer et cherchais des yeux, une échappatoire. Je n'avais pas vraiment le choix… Soit repartir par là ou nous étions venues, soit sauter de la falaise et me retrouver morte plusieurs mètres en contrebas. Je reculais de quelques pas lorsque je fus arrêté par un tronc d'arbre qui me barrait la route.

-Je… Je voudrais rentrer… murmurais-je.

Mes paroles étaient inaudibles, à peine un souffle, et pourtant, Alice tourna son visage vers moi et tenta d'esquisser un sourire, mais ses yeux avaient perdu leurs éclats. Son regard avait l'air triste à présent.

-Je vais te ramener chez toi Bella, ne t'en fais pas. Déclara-t-elle en me prenant la main. La froideur de sa main déclencha un frisson qui me parcouru l'échine. Elle allait se retirer mais je m'y accrochais, tentant un sourire. Elle me répondit et avança. J'essayais de la suivre, mais l'obscurité de la forêt ne m'aidait pas. Je dus m'arrêter, tirant sur le bras d'Alice pour qu'elle ralentisse. Alors, la brune s'arrêta, se retourna et me fixa. Ses yeux reflétaient dans l'obscurité. J'étouffais un cri, mais Alice n'y prêta pas attention. Elle m'attrapa par la taille et me hissa sur son dos.

-Alice ? Mais qu'est-ce que tu fais ? Questionnais-je.
-Je te ramène chez toi… répondit-elle.

Elle positionna mes bras autour de son cou et j'avais peur de trop serrer et de l'étouffer. Cependant, je remarquais que sa peau, en plus d'avoir la froideur du marbre, en avait presque la même consistance. Je fronçais les sourcils, d'incompréhension et resserrais ma prise. La brune ne cilla même pas.

-Si tu as peur, tu n'auras qu'à fermer les yeux. Ajouta Alice.

Je resserrais mon étreinte autour de son cou.

- Surtout, tiens-toi bien. Me conseilla Alice.

Alors, je fermais les yeux. J'eue l'impression de voler. Des odeurs de pinède et de sels marins me vinrent aux narines. Le vent qui se prenait dans mes cheveux, me fouettait le visage. Je ressentais comme une impression de liberté. La peur qui s'était emparée de moi, quelques minutes plus tôt, s'était totalement dissipée. Cependant, je n'arrivais toujours pas à ouvrir les yeux. Je n'aimais pas trop la vitesse, et je me demandais comment cette sensation pouvait m'atteindre. Je me risquais à soulever les paupières lorsque ma vision se troubla. Tout était flou autour de moi. Je voyais des ombres évoluer autour de moi sans savoir de quoi il s'agissait. Refermant les yeux, je m'agrippais encore plus à Alice, et le vent me renvoya une odeur fleurie. Une effluve qui emplie tout mon corps. Cet arôme frais m'envahit d'une sensation de bien être. Etait-ce l'odeur d'Alice ? Pour répondre à ma question, je rapprochais ma tête de son cou. C'était bien elle. Ce parfum délicat émanait de la brune. Je me laissais emporter à cette fragrance lorsque je sentis que le vent était tombé. J'ouvrais les paupières, et presque aveuglée et me rendis compte que nous étions devant la maison de Charlie. Clignant des yeux, je me demandais comment nous avions pu arriver si vite. Et surtout comment Alice avait pu courir aussi vite et sur autant de distance. La brune m'aida à descendre.

-Mais qu'est-ce que ? Bredouillais-je en regardant Alice.
-Je t'ai dis que je te ramènerais chez toi ! Riposta Alice.
-Mais… Et ma voiture ? Charlie va se poser des questions s'il ne voit pas la voiture. Balbutiais-je.
- Donne-moi les clés. Je m'en occupe me proposa Alice.

Je m'exécutais. La brune prit les clés et commençait à partir. J'allais la rattraper, mais mon père m'observait derrière la fenêtre. Je lui adressais un petit signe de la main et voulu rattraper Alice, mais cette dernière avait déjà disparue. Je me dirigeais donc vers la maison ou Charlie m'ouvrit la porte. Son air renfrogné n'arrangeait rien.

-Ou étais-tu ? me demanda-t-il alors que je suspendais mon coupe-vent à la patère.
-Je… J'étais avec Alice… Cullen… répondis-je.

Inutile de lui mentir pensais-je, il aurait su, tôt ou tard ou j'avais trainé cet après midi. Charlie fit quelques pas dans l'entrée avant de se diriger vers la cuisine. Il avait l'air songeur et commença à dresser la table.

-Cullen tu dis ? L'une des filles du docteur Cullen ? Questionna Charlie.

A vrai dire, j'ignorais la profession du père d'Alice, mais pour éviter de me mettre dans une situation périlleuse, j'acquiesçais.

-C'est un homme charmant ce docteur. Et ses enfants sont très bien élevés. Reprit mon père. Ce n'est pas cette bande de zouaves qui se pavane dans les rues de Forks. Je n'ai jamais eu à faire à l'un d'entre eux…

Il se tut un instant avant de reprendre.

-Qui est Alice ? La petite brune, ou la grande blonde ?
-La petite brune. Lançais-je en fuyant son regard.

Nous terminions de dresser la table et Charlie sortit une pizza du four. Mon père n'était pas un cordon bleu. Je me demandais même comment il a pu tenir autant de temps seul…
L'avantage avec Charlie, il n'est pas très loquace. Un trait de caractère qui me défini également. Lorsque le diner fut terminé. Charlie se leva, me laissant le soin de faire la vaisselle et de tout ranger. Il disparut dans le salon. La vie de célibataire était une horloge bien réglée. Et moi, sa fille de dix sept ans dans ses pattes n'allait pas déroger à la règle. Cependant, il réapparut au bout de quelques minutes, alors que je rangeais les assiettes dans un tiroir.

-Je dois repartir… Un mec c'est fait tuer près de la réserve… Surement une bête… déclara-t-il.

J'opinais de la tête.

-Je reviendrais pas tard… Mais ne te couches pas trop tard non plus, tu as cours demain. Dit-il sur le pas de la porte.
-Oui papa ! Soufflais-je.

Charlie ne supportais pas que je l'appelle par son nom. Il était mon père, et je devais faire avec. Je passais un dernier coup de chiffon sur la table lorsque Charlie fit irruption une fois de plus dans la cuisine.

-Bella ! Tu pourrais te garer autrement ! Je ne peux plus sortir ma voiture maintenant. Me gronda-t-il.

Ma voiture ? Mais comment ? Je l'aurais entendu si Alice l'avais déjà ramené. Cette vieille Chevrolet faisait un bruit de tous les diables…
Je m'approchais de la porte et constatais avec effarement que ma Chevrolet était effectivement bien garée devant la voiture de patrouille de Charlie.

-Je vais la déplacer Char… Euh… Papa. Affirmais-je en sortant.

Bien évidemment, Alice avait laissé les clés sur le contact. Et quand je refermais la porte, l'odeur fleurie que j'avais sentie quelques heures plus tôt me submergea. L'odeur d'Alice… Ce parfum était si enivrant que j'en oubliais de démarrer. Charlie me sortit de ma rêverie en klaxonnant, et je démarrais au quart de tour, manquant de caler. Je surveillais dans mon rétroviseur la voiture de patrouille filler dans la nuit, lorsque dans l'obscurité, j'aperçus une tâche blanche. Rapide et furtive, elle disparut derrière la maison. Je me garais puis retournai à l'intérieur, en prenant soin de tirer le loquet avant de rejoindre ma chambre au premier étage. Cependant, le parfum d'Alice embaumait dans toute la maison. Au premier abord, je cru que c'était moi. Mais en entrant dans ma chambre, ma surprise fut à son comble. Devant moi se tenait Alice. Elle me souriait.

-Merci pour la voiture. Répliquais-je.
-Je t'en prie. Tout le plaisir était pour moi… Enfin, ton tacot est vraiment lent… finit-elle par avouer.

Je fronçais les sourcils et afficha une moue qui fit éclater de rire la petite brune. Je me détendais un peu. Alice s'approcha de la porte.

-Bon et bien merci pour…

Je cherchais mes mots, mais rien ne venait.

-Alors à demain. Lui lançais-je. Passe une bonne nuit.

Je la regardais partir, humant une fois de plus son odeur. Elle s'arrêta sur le pas de la porte et murmura.

-La mienne sera surement meilleure que la tienne.

Puis elle disparue, comme un courant d'air. J'ignorais alors ce qu'elle avait voulu dire. Mais trop exténuée, je me jetais sur mon lit et ne mis pas longtemps pour m'endormir.