Armin Arlert s'avança dans la chambre qu'il louait chez un ami de son père avec un sentiment d'excitation.

En raison de ses résultats scolaires, il avait bénéficié d'une bourse pour commencer des études de médecine mais sa nouvelle vie allait lui coûter cher alors il était obligé de limiter ses frais.

Mais sa petite chambre n'entama pas son enthousiasme.

Après avoir déposé ses affaires, il fila terminer son inscription.

L'université avait été construite en-dehors de la ville. Sa construction avait bouleversé Trost. Des logements avaient été construits spécialement pour accueillir les étudiants mais le prix en avait poussé beaucoup à chercher chez l'habitant.

Un groupe de jeunes qui discutaient avec animation se retournèrent pour regarder Armin ce qui le rendit nerveux. Depuis le harcèlement qu'il avait subi, il était toujours instinctivement sur ses gardes quand il se trouvait face à d'autres jeunes. Il lui fallait plus de temps pour être à l'aise avec les gens. À cause de ça, beaucoup lui trouvaient un air renfermé ce qui dissuadait de l'approchait. Lui-même ressentait un début de panique qui le bloquait.

Armin se crispa involontairement en voyant approcher le groupe de jeunes.

– Bonjour, dit l'un d'eux avec une voix forte et hésitante et un accent prononcé. Nous cherchons université. Nous sommes étudiants.

Les autres se contentèrent de faire des grands sourires en hochant la tête avec conviction.

– Je suis étudiants aussi, répondit Armin. Suivez-moi !

Il les entendit réagir avec joie dans leur langue. Il regrettait seulement de ne pas s'être plus renseigné sur le chemin à suivre mais il savait vaguement quelle était la direction à prendre. C'était toujours ça.

Ils n'avaient pas l'air de maîtriser la langue. Il se demandait comment ils allaient se débrouiller par la suite.

Enfin, il pourrait toujours les aider. Ils avaient l'air sympathique.

S'il s'en souvenait bien, l'université avait été construit à l'intérieur du Mur Rose à proximité de Trost.

En passant la grande porte, il vit que sur sa gauche, des grands bâtiments pour loger les étudiants avaient été construits et que sur sa droite une route avait été aménagée.

Enfin, il aperçut le bâtiment administratif où il devait achever son inscription, choisir ses options, apprendre tout ce qui avait été prévu pour les étudiants, recevoir de la documentation de la part des tous nouveaux syndicats étudiants et tant d'autres choses.

– Allez, une journée entière ça devrait suffire, espéra-t-il après s'être assuré qu'un guide traducteur était prêt à accueillir les étrangers pour leurs démarches.

Il avait rarement vu une foule aussi dense.

Pendant qu'il courait pour faire toutes ses démarches administratives, la vue de nombreux étudiants immobiles le fit s'arrêter intrigué.

Plus loin, des titans étaient en train d'apporter des matériaux de construction pour de nouveaux bâtiments. En plus des titans primaires, il y avait le Marteau, le Cuirassé et le Féminin qui travaillaient sur le chantier.

Malgré les murmures effrayés autour de lui, il ressentait une certaine fascination.

L'étude des titans se faisait au palais avec des étudiants triés sur le volet dirigés par Hansi Zoé qui avait laissé ses missions diplomatiques pour revenir à sa passion.

Après avoir achevé leur travail, les titans primaires furent renvoyés par un jeune homme à cheval. Celui-ci prit ensuite la direction de la route et pour cela s'approcha de la foule des étudiants. Il était accompagné d'une jeune femme qui observait la foule.

Armin sortit de la foule avant d'appeler :

– Eren !

Le jeune homme tourna son visage vers lui et le regarda une dizaine de secondes avant de sourire.

– Armin !

Il mit pied à terre et le rejoignit.

– Ça fait tellement longtemps ! Qu'est-ce que tu deviens ?

– Je commence des études de médecine. Tu dirige les titans ? Je croyais que seule la reine le pouvait.

Eren haussa les épaules.

– Elle les a fait m'obéir. Il faut bien que je m'entraîne. Bientôt ce sera mon tour.

Une lueur triste parut un instant sur le visage d'Eren.

– Mikasa ? Je t'avais pas reconnue. Tu as l'air plus…

La petite fille joyeuse dont il avait gardé le souvenir avait laissé la place à une femme à l'allure un peu sauvage.

– J'assure la protection d'Eren, répondit-elle brièvement.

Eren suivit du regard les titans.

– Écoute, je dois remmener ces titans en m'assurant qu'ils ne fassent peur à personne. Je dois y aller. Si ça te dis, on peut se revoir un autre jour. Tu me raconteras ce que tu es devenu. Il y a des bars sympas à Trost.

– Oui, bien sûr.

Après être remonté à cheval, Eren le salua de la main et fila avec Mikasa.

Le reste de la journée, Armin entendit la foule murmurer autour de lui. Apparemment, certains avaient reconnu le prince héritier et les rumeurs se répandirent sur son ami étudiant.

Curieusement, Armin fut entouré de gens pressés de faire sa connaissance.

Il se fit apprécier par sa gentillesse, son attention aux autres et son travail sérieux.

A la fin des examens, il fut très encouragé à se rendre aux fêtes de fin d'année que les étudiants plus âgés promettaient d'être mémorables.

Mais il devint vite assez mal à l'aise quand l'alcool poussa certains à parler un poil vulgairement. Les filles qui le draguèrent ne le rassurèrent pas.

Il finit par se rendre dans un coin plus isolé où deux filles buvaient en silence.

– Ma tête, gémit Armin en faisant un geste pour se masser le crane. C'est la folie. Oh, pardon !

– C'est bon, répondit l'une des filles avec un léger sourire. C'est un effet secondaire de l'alcool.

Une autre fille s'installa à coté d'Armin et s'agrippa à son cou.

– Dis-moi, toi, ça te dirait qu'on s'amuse un peu ce soir ?

Armin s'empourpra violemment et bafouilla une réponse. Amusée, la fille commença à l'embrasser.

– Un vrai poulpe, commenta la seule fille qui n'avait pas encore parler.

Vexée, l'autre lâcha Armin.

– T'as un problème la grognasse ?

– Je voudrais juste boire ma bière en paix.

– Hé ben casse-toi ! Si on est là, c'est pour s'amuser alors on s'amuse !

– Bah, amuse-toi avec ceux qui veulent s'amuser !

– C'est quoi ton problème ?

– Chuuut ! Tu te souviens de ce que la reine a dit ? Qu'elle voulait la paix entre Eldiens et le reste du monde ?

Pour le coup, la fille se tut et pâlît avant de finalement partir.

– Tu n'aurais pas du dire ça, reprocha l'autre. Elle ne sera pas contente.

– Bah, avec tout l'alcool qui circule ici, personne ne fera attention à ce qui a été dit. Et, même cette idiote ne s'en souviendra pas.

– Merci, dit enfin Armin. Je savais pas vraiment comment réagir. C'était juste tellement inattendu.

– Oh ce n'est rien, répondit celle qui lui avait parlé la première. Mais ce n'est sûrement pas la première fois qu'une fille t'aborde, non ?

– C'est arrivé, admit Armin. Jamais comme ça, mais c'est arrivé.

– Rien d'étonnant. Tu es plutôt un garçon mignon, n'est-ce pas Annie ? Et puis, tu es Eldien de Paradis, j'imagine.

Annie haussa les épaules sans rien dire.

– Qu'est-ce que ça change d'être Eldien ? Justement, après tout le temps passé à se détester, on s'attendrait plutôt à ce que tout le monde garde ses distances.

– La guerre est terminée et la discrimination est interdite mais être Eldien offre ses avantages. Par exemple, seuls ceux ayant du sang eldien sont acceptés sur Paradis que ce soit comme diplomate et représentant des pays étrangers ou comme marchand. En fait, les étudiants sont les seuls étrangers acceptés sur Paradis. Du coup, beaucoup de grandes familles du continent cherchent à marier leurs enfants avec des Eldiens. Et les étudiants doivent chercher à se marier ici. Ça doit faire partie du plan de la reine pour établir la paix mondiale.

– Pieck, tu commence à en dire trop !

– Oui, je ne devrais pas en dire autant en public.

Armin réfléchit à ce que venait de dire Pieck. Ça voulait dire qu'au fil du temps, tous les gens importants finiraient par être liés par le sang au peuple d'Ymir. Une fois lancé, le processus continuerait tout seul.

Annie piqua un journal et commença à lire les nouvelles.

Gaby Braun faisait les gros titres en intégrant la garde rapprochée de la reine malgré son jeune age.

– Reiner va faire une de ces tronches, commenta-t-elle.

– Vous êtes étudiantes ? demanda Armin.

– Non, on n'a pas vraiment besoin d'étudier de toute façon, répondit Pieck. Mais on aime bien se mêler aux gens de notre age.

Le visage d'Annie se crispa légèrement. Elle se leva brusquement et alla vers une fille qui était entouré par plusieurs garçons très insistants.

– Allez, tu vas bien t'amuser !

– Ouais, en plus, il y a une prime spéciale dans ton pays pour celles qui donnent naissance à un Eldien. Tu vois que t'as tout à y gagner !

– Laissez-moi, je vous en prie, répondit la fille d'une voix mal assurée.

Deux garçons l'attrapèrent et commencèrent à la faire sortir.

– J'adore quand elles résistent, fit l'un jusqu'à ce qu'une main l'attrape à l'épaule.

Il se retourna pour voir une fille blonde au regard de tueuse.

– Elle a dit non. Lâchez-la !

– Quoi ? T'es jalouse ? On peut s'occuper de toi aussi !

Il ne vit pas son coup de pied venir.

Furieux, ses amis se jetèrent sur la fille mais elle s'en débarrassa avec aisance.

Elle prit la fille harcelée par la main et l'emmena à l'extérieur.

– Tu devrais rentrer te mettre à l'abri.

– Merci, mais et toi ? Ils vont…

En effet, les garçons les rejoignirent prêt à en découdre.

Pieck tendit sa bourse à Armin.

– Tu veux bien payer pour nous ? Je vais aider Annie.

– Mais il faut appeler la garde.

Pieck sourit.

– Pas la peine ! Viens, si tu veux être rassuré !

Avant qu'ils n'aient eu le temps de sortir, ils entendirent un grand bruit suivi d'une bouffée de chaleur et d'un éclair.

Dehors, le titan Féminin maintenait au sol les garçons terrifiés.

Elle en prit un dans chaque main. Pieck prit sa forme de titan et mit les derniers dans sa grande bouche.

Elles partirent toutes deux sous le regard effaré d'Armin.

Quand il alla payer, il fut complimenté.

– T'en connais du beau monde, le prince et deux des titans !

– T'es un noble ou quoi ?

– Non, pas du tout.

Pourtant, il fut invité un mois plus tard au mariage d'Eren et d'Historia. C'est Frieda Reiss qui accompagna sa demi-sœur jusqu'à la cérémonie.

Il y avait beaucoup d'officiels. Bien sûr, les titans étaient là.

Pieck fut surprise de le voir lui rendre la monnaie sur la bourse qu'elle lui avait donné.

– Enfin, un gars bien, dit-elle à Annie qui leva les yeux au ciel mais remercia tout de même Armin.

Sieg était le seul des titans absent de cette cérémonie, pour être sûr qu'il ne ferait pas de geste désespéré.

Dina fit rougir Historia en lui disant qu'elle serait ravie d'avoir des petits-enfants rapidement.

Elle pouvait vivre assez pour les voir mais ne les verrait pas grandir.

Elle pensait à Ymir, la grande ancêtre. Elle regrettait de ne pas avoir trouvé de moyen de mettre fin définitivement aux titans.

Au moins, son peuple était sauvé de l'extermination et il y avait assez de titans primaires pour éviter de sacrifier l'avenir de jeunes Eldiens, à part pour l'Originel.

L'opinion générale sur le continent était partagée. Les élites étaient furieuses mais cédaient faute de pouvoir faire quoi que ce soit. Le peuple était rassuré de la politique pacifique du royaume d'Eldia. La fin des guerres sur le continent fut très appréciée. Et les Eldiens du continent reprenaient une vie dont ils n'osaient rêver.

Elle avait définitivement détruit tous les moyens d'atteindre le ciel pour éviter les attaques surprises. Les plans des dirigeables et des avions étaient conservés bien à l'abri. En ce moment, ses espions continuaient à fouiller à la recherche des innovations des différents pays.

Il n'y avait même plus besoin d'otages. Les étudiants étrangers suffisaient.

Elle était tentée d'utiliser le pouvoir de l'Originel pour accroître la fertilité des Eldiens . Avec plus d'enfants, il y avait plus de chance pour que le sang d'Ymir se répande dans toute la population mondiale. Mais une telle mesure rendrait la vie plus difficile pour les familles les plus précaires.

Le seul souci c'est que des Eldiens profitaient de la situation pour prendre de haut les autres. Elle recevait des rapports en ce sens surtout sur Paradis. Sur le continent, les Eldiens encore traumatisés par la propagande mahr faisaient taire ceux qui étaient tentés par l'idée d'un empire triomphant.

Elle allait devoir rappeler à l'ordre son peuple.

Et bientôt, ce serait à Eren de prendre sa suite et à son successeur après lui.

Si les choses continuaient à ce rythme, il n'y aurait plus que des enfants d'Ymir dans l'humanité.

Déjà sur Paradis, les familles nobles non eldiennes avaient été contraintes de changer leurs habitudes si elles voulaient conserver leur position.

Dina voulait imprimer dans la tête de ses successeurs son plan pour qu'ils n'en dévient pas et surtout pour qu'ils ne finissent pas par devenir des tyrans.

Mais dans l'histoire, seuls deux rois avaient été capables d'imposer leur volonté à leurs successeurs.

Elle ne pouvait qu'espérer que les leçons du passé suffiraient pour qu'ils gouvernent avec sagesse.

Au moins, la limite de treize ans de règne pourrait servir à éviter la folie des grandeurs.

Mais les autres titans ne pourraient rien faire pour contrer l'Originel.

Il ne resterait que les Ackerman à ne pas être soumis à son pouvoir. Mais peut-être qu'ils seraient victimes d'une nouvelle tentative d'extermination.

– J'espère que je n'ai pas entraîné l'humanité sur le chemin de la tyrannie, songea-t-elle avec inquiétude.

Il n'était pas trop tard pour changer d'avis mais elle ne voulait pas. Si pour éviter l'extermination de son peuple, elle devait provoquer la domination de l'Originel sur toute l'humanité alors elle était prête.

Elle sourit en voyant la joie d'Eren et d'Historia.

Après tout, personne ne pouvait prévoir ce que serait l'avenir.

Il pouvait aussi bien être plein de joie.

Fin