Cascade de One-shots

Auteur : Moi, Rubis-san

Genre : Romance, hurt/comfort

Crédits : Tout, que ce soit les personnages ou le monde, en gros One Piece dans son intégralité appartient à Oda-sama (DONNEZ-LES MWOUAAAAA ! J'EN AI BESOIN POUR SURVIVREEEEE D8 Comment ça "si je meurs le monde s'en portera mieux " ? Ah non, en fait ça ne changerait rien...). Bref, je désespère et j'espère toujours et encore, mais One Piece n'est pas à moi... Monde cruel... T^T

Le petit -ou pas- mot de l'auteur : Et un CrocoRo, un ! =D J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce OS, espérons que vous prendrez autant de plaisir à le lire. ^^ Bonne lecture !


Te souviens-tu?

Te souviens-tu ? Te souviens-tu de ce jour ? Ce jour où nos regards se sont croisés pour la première fois ?

La lumière était éclatante en cette fraîche journée d'automne. Le soleil rentrait par la grande fenêtre, d'ordinaire masquée par de longs rideaux, et inondait la pièce. Je trônais sur mon imposant siège en cuir noir. Et toi, tu te tenais là, devant la porte.

Te souviens-tu ?

Tu avais à peine vingt ans. Tu semblais ne pas me craindre, malgré ma réputation. Ta robe violette moulait ta taille fine. Tes cheveux d'ébène brillaient. Tes yeux bleus me fixaient. Tu t'étais avancée en face de mon bureau et m'avait lancé avec assurance :

« Je veux faire partie de votre organisation. »

Bien sûr, j'avais accepté. Je connaissais ton potentiel, et je dois t'avouer qu'il était indispensable dans mon plan. Tu étais la seule capable de décrypter les ponéglyphes qui menaient vers cette arme nucléaire légendaire que je recherchais. J'avais besoin de toi, tu étais essentielle, mais j'ignorais que tu pouvais le devenir encore plus avec le temps. Ce jour-là, je n'ai pas vu ta beauté juvénile, ton corps svelte et ferme, tes jolies formes encore adolescentes, ton regard profond, j'ai seulement vu ton savoir et ce que tu pouvais m'apporter. Je t'ai engagée. Nous avons collaboré pendant trois ans. Trois ans où ton aide me fut précieuse et où je me servis de toi sans vergogne. Pour moi, tu n'étais qu'un objet, un rouage. Pour tout te dire, j'avais prévu de te tuer une fois que tu n'aurais plus rien à m'offrir. Mais peut-être t'en doutais-tu ?

Je ne t'ai jamais fait confiance pendant toutes ces années. Je suis persuadé que toi non plus. Peut-être est-ce pour cela que tu m'as soufflé ces mots quelques minutes avant mon arrestation ?

D'ailleurs je n'ai pas cessé d'y penser, à mon arrestation. Pourquoi ai-je fait cela ? Pourquoi alors que j'aurais pu me servir de toi comme diversion pour sauver ma peau, me suis-je rendu ? La police croyait qu'il n'y avait qu'un seul fugitif dans ce hangar délabré où nous étions. Il aurait été simple de t'assommer et de t'abandonner là, à la vue de tous. Tu étais si faible en dépit de ton intelligence. Je me serais alors caché pendant qu'ils t'emmenaient et j'aurais été libre. Si facile… Et pourtant, je ne l'ai pas fait. Pourquoi ? La simple idée de te livrer m'étreignait le cœur. Mon corps et mon esprit s'y refusaient catégoriquement. J'étais incrédule. Ma sauvegarde avait toujours primé sur tout le reste, quitte à sacrifier des vies. Je n'avais jamais douté, jamais eu de remords. Alors pourquoi ? Pourquoi ai-je hésité ? Je n'avais pas de réponse. Toi aussi, tu semblais surprise, méfiante. Et tu m'as murmuré ces fameux mots :

« Tu ne me livres pas ? »

Sur le moment, je ne t'ai pas répondu. J'étais muet, stupéfait de mon refus à t'utiliser. Je ne comprenais pas. Tu m'as scruté intensément et je me suis soudain perdu dans tes iris couleur d'eau. Je crois n'avoir jamais éprouvé ce que j'ai ressenti à cet instant. C'était indescriptible. Un étrange passage de la froideur ambiante qui nous glaçait à de la douce chaleur réconfortante, comme un voyage éclair à travers le monde. Un feu, un espoir, voilà la meilleure façon dont je peux le décrire. Pendant ces quelques secondes qui parurent durer des heures, mon cœur a battu fort, très fort. Je ne me croyais pas capable de ces émotions qui m'ont submergé. Tu semblais lire au fond de mon âme comme dans un livre ouvert. Pendant ce bref moment où nos regards se sont accrochés, comme figés, j'ai senti un besoin irrépressible de te protéger m'enserrer la poitrine. Lorsque tu as rompu le contact, je savais ce que je souhaitais faire. J'avais décidé. Je te sauverais, au prix de ma liberté. J'ai mis mon manteau sur tes frêles épaules et je t'ai poussée dans un creux du mur, t'enjoignant à te dissimuler. Tu n'as pas parlé. Peut-être ne savais-tu pas comment réagir face à mon comportement si différent de sa froideur habituelle ? Je t'ai regardée une dernière fois et je me suis détourné. J'ai pensé « adieu » plus que je ne l'ai dit. Peut-être avais-je peur de la fin ? Je croyais qu'ils me condamneraient à mort, que je ne te reverrais pas. Après tout, quoi de plus normal pour Crocodile, le chef d'un réseau de trafic d'armes qui voulait trouver une arme nucléaire légendaire pour la revendre aux pays en guerre et pour renverser le gouvernement ?

Alors que je tournais au coin du mur, effleurant de mes bras les pierres couvertes d'humidité, tu as bougé. Etait-ce un geste pour me retenir ?

Je me suis tourné vers toi. Tu étais belle, tes pupilles scintillant dans l'obscurité, ta chevelure se fondant dans l'ombre. Une déesse nocturne. Tu m'as chuchoté doucement, presque tendrement il m'a semblé :

« Je t'attendrai. »

En prononçant ces paroles, tes lèvres m'ont hypnotisé. Et elles m'hypnotisent encore aujourd'hui à tel point que j'aimerais y coller les miennes. Cette image de toi, ce dernier souvenir de toi me hante. Sans cesse, cette pensée m'assaille.

Peut-être avais-tu compris ce que je ressentais ? Mais ressentais-tu la même chose ?

Je me rappelle l'ultime sourire que tu m'as adressé, le seul sincère, quand je suis parti. Je ne l'oublierai pas. Il reste gravé dans ma mémoire. Et je le désire ce sourire, je voudrais le revoir. Mais sans doute ne le reverrai-je jamais. Tu ne m'as sûrement pas attendu. Je ne me fais pas d'illusions. C'est long six ans, et puis, tu ne me dois rien, absolument rien. Mon sacrifice n'était que justice après la manière dont je me suis servi de toi. Et de plus, que t'offrirai-je ? Mon amour comme tu paraissais le souhaiter ? Je ne me crois pas capable d'aimer. Je n'ai jamais aimé, mon cœur n'était pour moi qu'un muscle atrophié, tout juste bon à distribuer l'oxygène dans mon corps. Je ne connaissais pas le sens du mot « amour ». Ce n'était pour moi qu'un mensonge. Bien sûr, je ne suis pas totalement ignorant des contacts physiques, tu pourras comprendre que je suis assez expérimenté en la matière. Mais peut-on appeler les conquêtes d'un soir de l'amour ? Je ne crois pas. Mais comme tu ne seras pas là, je n'ai pas besoin de me torturer. J'espère seulement que tu es heureuse et que tu as trouvé ce que tu voulais. Tu cherchais, si je me souviens bien, les ponéglyphes, car ils semblaient liés à tes origines. Moi, puisque te retrouver paraît impossible, je n'aspire désormais qu'à une chose : retrouver la liberté. Je ne pense plus au trafic d'armes, je n'en ai plus envie. Quand ma peine sera terminée, je ré-ouvrirai un casino avec l'argent qu'il me reste. Oui, il m'en reste, malgré l'amende colossale que j'ai dû payer, je possède un compte sous un autre nom en Belgique et j'ai beaucoup de liquide que j'avais enterré dans une forêt. Oui, je te l'accorde, cela fait très pirate avec son trésor.

J'essayerai sûrement ensuite de t'oublier en me perdant dans les affaires, dans les plaisirs charnels. Mais je pense que je n'y arriverai pas. Tu résisteras, tu resteras dans ma tête, sans aucun doute, comme tu y es restée pendant tout mon emprisonnement, depuis que j'ai compris, trop tard, que tu comptais.

Tu sais, je sors aujourd'hui. Je pense que tu es au courant, mais ils ne m'ont pas exécuté comme je le pensais au départ. J'ai juste fait de la prison. Je m'étais préparé à la détention à vie, du fait des meurtres, du trafic que j'ai commis, mais, étrangement, je n'ai écopé que de six ans et d'une amende colossale ainsi que de la confiscation de mon casino et de mes biens immobiliers dans le pays. Ils n'ont apparemment pas découvert de preuves que j'avais assassiné des gens, que je faisais du trafic d'armement. Ils m'ont juste condamné pour détention et port d'armes illégaux. Ce coup de veine me laisse un peu sceptique, je dois l'avouer. Il paraît que des gens ont plaidé en ma faveur. Certaines personnes du gouvernement que je fournissais, j'imagine. Mais toi, en faisais-tu partie ?

Maintenant, alors qu'on me redonne des vêtements qui ressemblent plus à ceux d'un homme de nouveau libre, je m'interroge. Je sais, j'avais dit que je ne me torturerais pas l'esprit, mais cette interrogation me ronge. Peut-être que j'espère vraiment que tu seras là ? Il n'y a que « oui » que je peux rétorquer à cela.

On me conduit à travers le bâtiment pénitentiaire. Je ne me rappelais pas qu'il était aussi vaste. On m'ouvre la grille me séparant de l'extérieur, on m'enlève les menottes qui me liaient les poignets. Ils prennent vraiment toutes les précautions. Comme si, alors que je suis à quelques minutes de la fin de ma peine, j'allais tenter de m'enfuir. Je suis Crocodile tout de même, moi je fais les choses plus subtilement. Enfin… C'est vrai que lorsque je me débarrassais de mes « collaborateurs », ce Mister 3 par exemple, le plus souvent, je les donnais à manger à mes crocodiles, et cela, je te le concède, n'était pas très subtil, mais plutôt direct comme méthode. D'ailleurs, cela ne semblait pas te déranger outre mesure. L'avantage c'était que l'on ne retrouvait pas les corps, à moins de faire une étude précise de l'estomac et des excréments de ces animaux, et encore fallait-il en avoir l'idée. Bref, c'était très pratique. Tout cela pour en revenir à la stupidité des policiers.

Ils referment la grille, je suis libre. Enfin. J'irais bien dans un bar fêter ma délivrance, mais il demeure comme un espoir dans mon cœur, un espoir que tu serais là. Hélas, ce n'est qu'un rêve, ce que je soupçonnais était fondé. Je ne te reverrai jamais. Sans doute est-ce mieux pour nous deux ? Que peuvent s'apporter des personnes qui ont passé leur temps à se méfier l'une de l'autre, à commettre des assassinats, des personnes noires, sombres, obscures en somme ? Des personnes dont le destin semble se moquer, en leur révélant, lorsque tout est fini, qu'elles étaient importantes l'une pour l'autre ?

Je m'engage dans l'allée bordée d'arbres qui mènent à la ville, la prison étant un peu en retrait. Et soudain, je m'arrête. Ai-je rêvé ? Il m'a paru apercevoir une silhouette grande et élancée adossée à un tronc. Je m'approche, pressé, impatient, et en même temps redoutant le moment où je comprendrais que ce n'était qu'un mirage. Je stoppe. Non, ce n'est pas un mirage, tu es réelle, te tenant en face de moi. Tu t'es redressée, et j'ai l'impression de revivre notre rencontre neuf ans auparavant, à la différence que je suis debout moi aussi. Tu me regardes, tu me scrutes. Moi aussi, je te regarde et je t'admire. Tu as changé de coiffure, tu t'es laissé pousser les cheveux, ils t'arrivent presque à la taille. Tu as mûri, mais ton regard est semblable à celui de mes souvenirs. Tu es belle, Robin. Tu te rapproches de moi, je ne bouge pas. Et alors que tes lèvres rencontrent les miennes pour un baiser trop longtemps désiré et insatisfait, tu me susurres :

« Tu vois, je t'ai attendu. »


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