10. Chemin de Traverse

Les lampadaires magiques du Chemin de Traverse scintillaient spasmodiquement en répandant leur lueur bleutée sur la rue. C'était ce moment incertain de la nuit, cette période où il pouvait être ou très tard dans la soirée ou très tôt le matin. La rue était presque déserte... presque.

Quatre sorciers vêtus de noir avançaient sans un bruit à travers l'obscurité. Malgré le fait qu'il n'y avait personne aux alentours pour les voir, ils marchaient en file indienne et restaient tapis dans les ombres proches des devantures des magasins éteints. La silhouette de tête avait les cheveux noirs, des lunettes et était de taille moyenne ; les deux derrière lui étaient notablement plus grands et le rouquin costaud avec une oreille manquante qui fermait la marche était le plus petit. Dans une heure, le soleil se lèverait pour une nouvelle journée et la rue commencerait à s'animer, mais pour l'instant le quatuor avait l'endroit pour eux.

"Le sortilège d'Assurdiato sur nos bottes fonctionne bien," dit doucement le grand rouquin dégingandé qui était le second de la file.

"Un autre excellent produit de Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux," murmura le rouquin avec une seule oreille à l'arrière. "Je pense qu'un autre contrat avec les Aurors est imminent."

Lorsque le quatuor arriva devant Gringott et monta les marches vers la porte d'entrée de la banque, une grande lanterne au dessus de la porte s'alluma en clignotant.

"Lumières, Ron," ordonna l'homme de tête.

"Oh, ouais. Désolé Harry," répondit Ron. Il sortit un objet ressemblant à un briquet argenté de sa poche et l'activa cinq fois. La lumière de la lampe au dessus de leur tête, ainsi que des quatre lampadaires les plus proches, bondirent dans les airs et entrèrent dans le Déluminateur. Ils furent à nouveau plongés dans l'obscurité et Ron bailla.

"Ça va mon vieux ?" demanda Harry. Son ami bailla de nouveau.

"J'en ai ras le bol de ces levers avant le jour," admit Ron. "Et Hermione était au travail jusqu'à dix heures hier soir. Je la vois jamais. Pourquoi est-ce qu'on a besoin d'être ici si tôt ? C'est même pas encore le point du jour. Et pourquoi est-ce que Neville rate encore une mission super matinale ! Pourquoi est-ce qu'il a le droit de rester au lit ?"

"Ce n'est pas super matinal, feignasse. C'est une soirée très tardive. Je n'ai pas encore été me coucher," dit George. "Aucune endurance, c'est ça ton problème, Ron. Tu n'arrives pas à tenir le rythme avec Hermione, c'est ça ?"

"Nev n'est pas au lit, Ron. Il est à Cardiff, pour superviser la surveillance à l'extérieur de Erlenn et Meyer. Et tu sais qu'on ne peux pas faire ça en plein jour," dit Harry, ignorant le frère de Ron. "Tout le monde nous verrait. Et les Gobelins ne seraient pas d'accord."

"Ce ne sont pas leurs affaires ! On ne cartographie pas Gringott,"dit d'un ton grognon Ron. On cartographie la zone devant leur porte d'entrée. C'est une portion de la rue, du Chemin de Traverse ; ça ne fait pas partie de la banque."

"Ça n'aura pas d'importance pour les gobelins," dit Harry. "On pourra voir les noms de tous ceux qui entrent." Il sortit le parchemin de sa poche et le plaça par terre devant la porte. "Tout le monde est prêt ?"

"Oui," dit George.

"Ouais," approuva Ron.

Terry Boot hocha la tête.

Quatre baguettes furent placées au centre du parchemin ; quatre voix chuchotèrent l'enchantement et les quatre baguettes furent traînées lentement à travers le parchemin, une vers chaque coin. Alors qu'elles bougeaient, une lumière bleue-blanche relia les quatre baguettes et créa un rectangle luisant sur la page vierge.

Une fois les quatre coins du parchemin atteints, le quatuor leva dans les airs ses quatre baguettes toujours reliées magiquement et commença à marcher vers leurs positions convenues. Harry et Terry avancèrent vers les propriétés faisant face à la banque, avant de s'éloigner l'un de l'autre. Ron et George restèrent contre le mur qu'ils avaient suivis, Ron revenant de là où ils étaient arrivés, George progressant plus loin sur le Chemin de Traverse. Rapidement, une zone d'une quarantaine de mètres de chaque côté de Gringott et couvrant la totalité de la largeur de la rue fut encadrée par les lignes bleues-blanches brillantes connectant les baguettes.

Le quatuor se regarda, vérifiant que chacun des autres était en position. Comme un seul homme, les quatre baguettes furent placées sur le sol. Quatre voix chuchotèrent l'enchantement de clôture. La lumière bleutée quitta le bout de leurs baguettes et glissa sur les pavés et les marches en un rectangle rapetissant toujours. Il atteint le parchemin, qui s'illumina brièvement.

"C'était plus lumineux que je pensais," dit Ron. "Ça valait presque pas la peine que j'éteigne les lumières." Il actionna le Déluminateur et les lumières retournèrent à leurs positions d'origine.

"Silence," siffla George.

Toujours dans l'obscurité d'avant l'aube, tout le monde pouvait entendre le claquement de bottes sur les pavés.

Harry agita sa baguette et le parchemin voleta dans les airs jusque dans sa main tendue. Ses compagnons se précipitèrent vers lui et se rassemblèrent autour du parchemin.

"Ça fonctionne," dit Harry. Leurs quatre noms étaient regroupés sur le parchemin.

"Qui va là ?" demanda une voix.

Un nouveau nom, 'Albert Thynne', apparut tout au bord de la carte.

"Harry Potter, Bureau des Aurors," lança Harry. "Ça fait un bail, Bailli Thynne, comment allez-vous ?"

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Harry regarda de l'autre côté du large bureau. L'homme au visage fin et cireux dans le grand fauteuil le fixa en retour ; son expression d'ennui hautaine fit clairement comprendre à Harry qu'il avait posé la mauvaise question.

"Juste ciel, Mr Potter, nous ne créons pas réellement tous les Portoloins, nous ne faisons que les autoriser," dit l'homme avec dédain. "Nous délivrons des licences aux opérateurs, examinons régulièrement leurs qualifications et poursuivons ceux qui créent des Portoloins non autorisés."

"Expliquez-donc, alors, Mr Hewitson," dit Harry.

Pour atténuer l'agacement et la frustration que lui causaient l'homme, il ferma les yeux un instant et se remémora le dernier match de Quidditch de Ginny.

"Expliquer quoi, exactement ?" Hewitson parlait avec une politesse très largement exagérée.

Harry sourit au souvenir du but final de Ginny et rouvrit les yeux. "Imaginez que je ne connaisse rien du fonctionnement du Bureau des Portoloins. Imaginons, par exemple, que je veuille déplacer une grande quantités d'objets d'une propriété à une autre."

"Vous pourriez éviter d'utiliser un Portoloin autorisé. Beaucoup de gens le font. Vous pourriez les déplacer vous-même par le Réseau des Cheminées, à condition que les objets tiennent dans les cheminées de départ et d'arrivée. Bien sûr, si ce n'est pas le cas, ou si vous laissez tomber un objet, cela pourrait bloquer le système. Mais cela serait le problème de la Régie Autonome des Transports par Cheminée, pas le mien. Je me suis laissé dire que c'était leur plus important. Comme alternative, vous pourriez utiliser le Transplanage, si vous pouvez physiquement porter les objets. Chacune des méthodes à ses inconvénients. Dernière alternative, vous attachez tous vos objets ensemble, créez un Portoloin et contactez mon personnel pour avoir une autorisation. Vous, et tout ce à quoi vous vous accrochez, sera transporté à destination."

L'expression sur le visage du Directeur du Bureau des Portoloins devint inquisitrice et légèrement vénale. Il retira ses lunettes et commença à les essuyer. "Si vous cherchez réellement à déménager, je pourrais vous fournir une courte liste de d'entrepreneurs habilités," dit avec ferveur Hewitson. "Si vous êtes à la recherche d'un Porteur compétent, efficace et discret, alors..."

"J'essaie simplement de comprendre comment le système fonctionne," dit Harry. "Je souhaite savoir ce que fait votre division."

"Nous nous assurons que les biens et les personnes puissent être déplacés efficacement, sans conflits de destinations ou d'horaires et nous délivrons les licences aux Porteurs, les Opérateurs de Portoloin, et nous vérifions la sécurité de leur travail," dit Hewitson. "Ce n'est que de l'offre et de la demande, Mr Potter." Il agita la main comme si ces quelques mots suffisaient à tout expliquer, avant de glisser les pouces dans le revers de son haut, de s'adosser à son fauteuil et de commencer à pontifier. "En affaire, la distribution est la pierre angulaire. Prenez, par exemple, la Compagnie des Balais de Course Nimbus. Ils achètent des des brindilles en vrac et du bois à balai, leurs fournisseurs envoient les matières premières par Porteur jusqu'à leurs ateliers de fabrication de balais. Une fois les balais fabriqués, la compagnie envoie alors par Porteur le produit fini dans les magasins. Beaucoup de sorcières et sorciers gagnent très bien leur vie en déplaçant les biens des autres. Il y a une compétence pour cela. Je suis certain que vous le savez ! Si vous êtes inexpérimenté, voyager par Portoloin peut-être un peu chaotique. Imaginez ce que c'est que d'avoir le Portoloin dans une main et une énorme caisse contenant une cinquantaine de balais dans l'autre. Les meilleures société de Portage garantissent une livraison parfaite. Plus la charge qu'un Porteur peut livrer est grande, meilleure est sa rémunération. Un bon Porteur peut avoir un très bon salaire."

"Donc, la plupart des entreprises utilisent des Portoloins. Est-ce que vous pensez qu'une compagnie qui importe et exporte des ingrédients de potion livrerait ces produits par Portoloin ?"

"Ah ha !" Dit l'homme, agitant son index en l'air. "Je savais que ce n'était pas que de la simple curiosité, Mr Potter ! Vous travaillez sur une affaire. Que voulez-vous savoir ? La plupart des plus grandes compagnie ont des contrats de Portage et s'appuient en général sur une seule compagnie de Portage pour livrer leurs produits. Quelle compagnie vous intéresse ? Je peux vous garantir qu'ils sont quelque part dans nos dossiers."

"Je ne voudrais pas abuser plus longtemps de votre temps précieux, Mr Hewitson," dit poliment Harry. "Et je préférerais que personne ne sache ce que nous préparons. Tout ce qu'il me faudrait, c'est un coup d'œil rapide aux dossiers pertinents. Je connais le nom de l'entreprise qui fournit les biens et où ils sont livrés."

"Discrétion," dit Hewitson en lui faisant un clin d'œil d'un air entendu. "Je comprends ! Suivez moi." Il escorta Harry jusqu'à la porte de son bureau,et l'invita à entrer dans une salle remplie de clercs visiblement affairés. "Anthea," hurla-t-il. "Conduisez Mr Potter à la salle de archives. Et soyez prompte. C'est une importante mission pour le Bureau des Aurors."

Harry soupira.

~~~oooOOOooo~~~

Quand Harry revint au Bureau des Aurors, Lavande était assise sur le bureau de Terry. Il pouvait deviner, à sa posture et par les ondulations enjôleuses de sa voix, que sa requête n'était pas satisfaite. Terry était imperturbable ; il secouait la tête, dans un refus impassible et silencieux de ses demandes. Susan, Bobbie et Dominic Strang gardaient la tête baissée sur leurs dossiers et essayaient d'ignorer l'altercation qui montait.

Ron, cependant, semblait incapable d'ignorer Lavande. Voyant Harry, il traversa la pièce, le visage tempétueux. "Je te l'avais dit !" siffla-t-il. "C'est un véritable fichu cauchemar. À la seconde où on aura retrouvé le denier fugitif, je collerai mon préavis. Je ne sais pas pourquoi je t'ai aidé à la faire venir !"

"Elle m'a sauvé la vie, Ron," dit doucement Harry, essayant d'ignorer les jérémiades irascibles en provenance de l'autre bout de la pièce. "Elle a failli être tuée en essayant de capturer Lestrange et elle voulait vraiment ce boulot."

"Mr Robards a dit non !" dit fermement Terry, que Lavande avait finalement forcé à parler.

"Hawwyy !" La voix de Lavande monta d'un octave quand elle tourna son attention sur lui. Pas pour la première fois, Harry offrit à Ron un regard compréhensif. Elle commença à traverser la pièce vers eux et Ron se retourna ; Harry se demanda une fois de plus si Ron avait raison. Est-ce qu'aider Lavande à entrer au Bureau des Aurors avait été une si bonne idée ?

"Je suis occupé," dit-il sèchement alors qu'elle battait des cils à son intention. "Qu'est-ce que tu veux ?"

"Ouh," commença Lavande, dégoulinante de sympathie. "Quel est le problème, Haw..."

Voyant son expression, elle abandonna à la fois sa moue et son numéro de petite fille. Elle recommença, utilisant une voix bien plus terre à terre. "Tu es occupé, désolée. Je vais faire court. Est-ce que tu peux demander à Terry d'ajouter Astoria Greengrass à la liste des noms qui déclenchent l'alarme de Gringott, s'il te plaît ?"

"Robards a approuvé que nous placions les noms des cinq fugitifs et personne d'autre," dit sévèrement Ron, se retournant pour faire face à son ex-petite-amie. "Combien de noms en plus tu veux ? Si on ajoute plus de noms à la liste, l'alarme sonnera tout le temps ! Astoria n'est recherchée dans aucun dossier."

"Harry veut que je lui parle, Ron," s'excusa Lavande. Elle baissa un peu plus la voix et baissa la tête, comme un chiot grondé repentant. "C'est difficile pour moi de la croiser par accident, mais si je savais quand elle est sur le Chemin de Traverse..."

"C'est le seul nom que tu veux ajouter ?" demanda Harry en comprenant ce qu'elle voulait, et pourquoi.

"J'aimerais aussi croiser Pansy 'par hasard'," commença Lavande. Voyant l'expression de Harry, elle se ravisa. "Mais Astoria sera mieux. C'est la sœur de Daphne et tu penses qu'elle pourrait avoir des renseignements importants. Je pourrais simplement rendre visite aux Greengrass, mais sa mère me déteste et, en plus, une visite à l'improviste les mettraient sur leurs gardes. Tu as suggéré..." Lavande continuait d'observer le visage de Harry et il vit la compréhension survenir. Son air contrit laissa place à un sourire malicieux. "Ce n'était pas ton idée, c'est ça ? Tu y serais allé toi-même, en mode 'Je suis Harry Potter ! Dis moi tout ce que tu sais !' et tu n'aurais rien obtenu. Je parie que c'était celle de Ginny... Mais bon, si tu veux que je parle à Astoria, ça doit être une conversation amicale. Elle ne doit pas s'imaginer qu'elle est interrogée. Donc, si je 'tombe sur elle totalement par coïncidence' devant la banque..." Lavande leva avec espoir ses yeux vers les siens.

Harry regarda au dessus de son épaule vers Terry, qui avait écouté toute la discussion. Il croisa le regard de Harry et haussa les épaules. "Tu aurais dû expliquer," grommela-t-il. Lavande eut le bon sens d'avoir l'air désolée.

"Astoria, mais personne d'autre," dit fermement Harry. "Est-ce que ça ira, Terry ? Je sais que ça prend un bon moment pour rajouter une alarme sur un nom."

"Ça va plus vite avec l'entraînement," dit Terry. Sortant sa baguette, il commença une fois de plus à travailler sur la Carte. Lavande sourit joyeusement et s'avança. Craignant qu'elle soit sur le point de l'embrasser, Harry fit un pas en arrière.

"Je voulais juste te remercier, Harry. Se serrer dans les bras, ça ne veut rien dire." Lavande fit une moue, et secoua tristement la tête. "Luna te serre dans ses bras."

"Luna serre tout le monde dans ses bras," dit Harry.

"Pour ta gouverne, moi aussi," dit avec irritation Lavande. "Pourquoi Luna..."

"Pourquoi Luna ?" interrompit pensivement Ron. "C'est l'un des grands mystère de l'univers. Quand tu auras trouvé une réponse à celle-ci, Lavande, merci de nous le dire."

Harry sourit. Lavande rit doucement et offrit à Ron un regard nostalgique ; il le remarqua, eut l'air penaud et se tourna pour retourner à son bureau.

"Désolé, Lavande," dit-il.

Bien qu'ils se soient séparés des années plus tôt, il y avait toujours une certaine tension entre Ron et Lavande. Harry savait que cet unique mot de Ron serait probablement tout ce que Lavande aurait jamais, mais il n'était pas certain que Lavande ait compris qu'elle avait entendu là les excuses complètes et finales de Ron. Pendant un moment, Harry pense qu'elle allait le suivre, pour essayer de continuer leur conversation. Elle ne le fit pas, mais ce fut en partie à cause de Neville, qui arriva en trombe dans le bureau, l'air soucieux.

"J'ai parlé avec Mr Toille et la Shérif Phillips," annonça Neville. "La Carte confirme que le vieux Mr Meyer est tout seul dans la boutique. Personne n'a vu sa famille depuis des semaines et le vieil homme est vraiment à cran. Comment s'est passée votre visite sur le Chemin de Traverse ? Et est-ce que tu as découvert comment les ingrédients seront livrés ?"

"À part le dernier nom, comment est la nouvelle Carte, Terry ?" lança Harry. Terry leva les pouces et Neville approuva de la tête. "Et pour les ingrédients, je vais retourner sur le Chemin de Traverse maintenant. Je suis presque certain de savoir qui va faire la livraison, mais j'ai besoin de parler à la société de transport pour savoir quand."

"Tu as besoin de nous ?" demanda Ron. Neville, qui avait commencé à retirer son pardessus, le remit.

"Je vais y aller tout seul, et pas en uniforme," dit Harry. "Trois Aurors qui rendent visite à une société de transports, ça pourrait attiser les curiosités."

"Pas faux, mais Nev et moi devrions quand même venir avec toi sur le Chemin de Traverse," dit Ron.

"Je rend visite à une société de transport, Ron," protesta Harry. "Qu'est-ce que tu voudrais qu'il se passe ?"

"Vigilance constante !" grommela Ron, un sourire aux lèvres. "On a pas besoin d'être avec toi, juste à proximité au cas où tu aies des ennuis. On pourrait emmener Bobbie. Elle a besoin de sortir du bureau, et elle doit voir le Chemin de Traverse. Après tout, c'est entièrement à elle qu'on doit notre découverte que Bulstrode est mariée avec Flint."

"Bobbie doit voir plus de lieux magiques en dehors du Ministère," ajouta Neville. "Ça l'aidera à avoir plus de perspectives sur le monde magique."

"Je ne suis pas certaine que je pourrais supporter plus de perspectives, Neville. Je ne suis pas encore habituée au bâtiment du Ministère," dit Bobbie, levant la tête de derrière une immense pile de dossiers et lui souriant. "Est-ce que ce rapport est correct ? Vous utilisez vraiment des hiboux pour livrer votre courrier ?"

"Oui," dirent en chœur plusieurs voix.

"D'accord !" Bobbie haussa les épaule. "Dites, est-ce que quelqu'un a contacté les Chauves-Souris de Fichucastel pour voir si la loge achetée il y a huit ans et réservée à l'usage unique de la faille Goyle est toujours utilisée ? Il n'y a rien qui dise que le club a été contacté, mais les registres bancaires montrent que le paiement était pour dix ans."

"Il est supporter des Chauves-Souris, alors ?" demanda Ron. "Je le savais pas."

"Apparemment," confirma Bobbie, agitant un morceau de parchemin. "Qui sont les Chauves-Souris de Fichucastel, et qu'est-ce que c'est, exactement, le Quidditch ?"

~~~oooOOOooo~~~

Harry tourna et engagea sa moto dans une ruelle à l'écart de Leicester Square. Il attendit que Bobbie descende de la selle passager et lui tende son casque avant de reculer la moto dans une place de stationnement. Après avoir attaché les casques sur la moto, il activa les Charmes Anti-Vol et Repousse-Moldu. Contrairement à l'habitude, plusieurs passants l'observaient alors qu'il allait rejoindre Bobbie.

Harry portait un jean et son blouson de moto, et il se demanda si le t-shirt vert des Harpies de Holyhead qu'il portait suffisait à le faire remarquer dans la foule. Normalement, il n'était qu'un Moldu de plus. Bobbie, qui portait un tailleur à pantalon gris à fines rayures, avait également remarqué. "C'est moi. Je suis habillée trop chic pour être assise à l'arrière d'une moto. Où est-ce qu'on va d'ici ?"

Harry la guida vers Charing Cross et tourna à gauche. "Ce n'est pas loin," dit-il. "Le Chaudron Baveur n'est qu'à une centaine de mètres d'ici."

"Et le seul accès à cet endroit 'Chemin de Traverse' est à travers un pub ?" demanda Bobbie.

"Pas vraiment," dit Harry. "Beaucoup de gens utilisent le Réseau des Cheminées et il y a plusieurs endroits où on peut Transplaner pour arriver ou repartir. Mais si tu ne peux pas utiliser ces moyens, et tu ne le peux pas, alors c'est le seul accès possible. Ron et Neville doivent nous attendre."

"Comment est-ce qu'on peut cacher une rue entière au milieu de Londres ?" demanda Bobbie alors qu'ils remontaient la rue animée côte à côte.

"Je ne sais pas vraiment," admit Harry, s'arrêtant devant le pub. "Par magie ?"

Bobbie rit. Elle avait fait deux pas avant de remarquer qu'il n'était plus à côté d'elle. Quand elle se tourna pour le retrouver, elle le chercha des yeux pendant plusieurs secondes, visiblement incapable de le voir. Il agita le bras. Elle s'avança vers lui, l'air perplexe.

"C'est bizarre," dit-elle, plissant les yeux en direction de Harry et la porte du pub. "Avec ta maison, Square Grimmaurd je ne pouvais pas la voir du tout, mais maintenant je le peux. Ici, c'est différent. C'est comme si mes yeux ne voulaient tout simplement pas regarder le pub."

"Mais tu peux le voir ?" demanda Harry.

"Seulement si je me concentre," dit Bobbie. Elle frissonna. "Je n'aime pas être là, c'est déroutant, ça me donne la chair de poule ; rentrons à l'intérieur." Elle poussa la porte et Harry la suivit à l'intérieur du pub.

Ron et Neville se tenaient devant le bar. Ils discutaient avec Hannah, qui rangeait des verres sales dans le bac à laver. Comme il était encore bien avant midi, l'endroit était calme. Malgré tout, les quelques personnes présentes se turent quand Harry et Bobbie entrèrent dans le Chaudron Baveur.

"Tu y es, Bobbie," observa Ron. "Je savais que tu y arriverais. Est-ce que tu as eu du mal à voir la porte du pub ? Les parents d'Hermione m'ont dit que c'était le cas pour eux au début, quand elle était petite, mais qu'ils le trouvent plus facilement maintenant. Jean dit que c'est une simple question de pratique."

"Bobbie, je te présente Hannah," ajouta Neville, présentant sa petite-amie.

"Bonjour Hannah," dit Bobbie.

"Salut Hannah," ajouta Harry, saluant d'un signe de tête la blonde souriante. "Je ne m'arrête pas, désolé. Je ne fais que passer."

"À plus tard, mon vieux," dit Ron.

"Passe une bonne journée de repos, Harry, et merci de nous avoir livré Bobbie," ajouta Neville. Sa voix était plus forte que d'habitude et ses propos était à l'intention des clients de Hannah. Ils le suivraient sous peu.

Sortant à l'arrière du pub et entrant sur le Chemin de Traverse, Harry vérifia le bout de parchemin sur lequel il avait noté l'adresse. Il était à la recherche de la Maison Circé, 127 Chemin de Traverse, qui était à une certaine distance après Gringott. Ignorant les regards, il descendit rapidement la rue.

Comme la plupart des propriétés de cette partie du Chemin de Traverse, l'immeuble était haut et étroit. Il y avait une série de plaques de bronze sur le mur juste à l'intérieur de la porte. 'Sadie Ebhart, Portoloins Commerciaux Ltd.' était la seule entreprise au troisième étage. À l'étage en dessous se trouvait 'L'Association de Protection des Fléreurs' et 'Babcock, Réparation de Balais' ; au dessus se trouvait 'Straughan, Straughan et Worcester'.

L'escalier étroit s'enroulait au centre du bâtiment et la cage d'escalier maussade n'était éclairée que par les rares lumières passant par les vitres des vasistas au dessus des portes. Les marches étaient en bois nu et les planchers des paliers étaient couvert de linoléum satiné miteux et rapiécé. Quand Harry commença son ascension, il n'y avait personne. N'étaient-ce les faibles murmures de conversations, il aurait pensé que l'endroit avait été déserté.

Le nom de la société avait été gravé par magie sur le verre dépoli de la porte au sommet de la volée de marches, mais contrairement aux niveaux inférieurs, il n'y avait aucun bruit provenant de derrière la porte. Harry frappa, puis entra sans attendre de réponse.

Les traits de la fille rondelette derrière le bureau à gauche de la porte étaient masqués derrière une énorme bulle de Ballongomme du Bullard ; tout ce que Harry pouvait voir, c'était des cheveux châtain clairs et des yeux marrons surpris. Elle avait levé les yeux au dessus de sa bulle, abandonnant l'examen attentif de ses ongles peints quand il avait ouvert la porte. En le voyant, la fille inspira brusquement, aspirant sa bulle et, malheureusement pour elle, son chewing-gum. Elle s'étouffa presque mais réussi en toussant à recracher les chewing-gum sur le bureau. En patientant que la jeune femme mortifiée ait cessé de tousser et séché ses yeux humides, Harry regarda autour de la pièce.

Le mur derrière la fille était à moitié vitré, mais les vitres étaient sablées et il y avait des stores fermés de l'autre côté. La plaque sur cette porte indiquait 'Manager Général'. Sur le mur à la gauche de la fille, en face de la porte par laquelle Harry était entré, se trouvait une porte marquée 'Bureau des Porteurs'. Le dernier mur supportait une rangée d'armoires de classement vert foncé. Au dessus des classeurs se trouvaient un certain nombre de sorcières et sorciers, tous avec un certificat en dessous. C'étaient toutes des photos du visage jusqu'au buste et tous portaient des robes vertes portant la légende 'Sadie Ebhart : Portage - Stockage - Logistique'. La photo la plus proche de Harry, celle d'un homme chauve d'âge moyen, était, d'après le certificat en dessous, celle de Bernie Biddle, Porteur, Licence Bureau des Portoloins ref. : 0005736/10.

"Harry Potter," s'exclama finalement la fille, rougissant furieusement. Harry se tourna pour lui faire face.

"Madame Ebhart est-elle disponible ?" demanda-t-il poliment. "Je n'ai pas de rendez-vous, désolé, mais..."

La fille bondit sur ses pieds en un instant. Elle se précipita à travers la porte derrière son bureau, et lança d'un cri perçant "Maman, Harry Potter est là, et il voudrait te voir !"

"Abigail Ebhart," dit une voix agacée. "combien de fois devrais-je te répéter..."

"C'est vraiment lui, Maman !" interrompit la fille.

Harry jeta un coup d'œil par la porte. La forte femme d'âge moyen derrière le bureau jura, se hissa sur ses pieds et fit signe à Harry d'entrer.

"Entrez, Monsieur. Je pensais qu'elle plaisantait, désolée," admit la femme. "Tu peux y aller, Abigail. Ferme la porte en sortant et empêche Bernie et les gars d'entrer !" La femme indiqua une robuste chaise de bois à dossier droit, qui était posée près de la fenêtre. "Asseyez-vous, Monsieur, je suis Sadie Ebhart. Que puis-je faire pour vous ?"

"Je suis ici pour une affaire du Bureau des Aurors," confia Harry."Mais, je vous prie, ne m'appelez pas Monsieur, appelez-moi Harry."

"Une affaire du Bureau des Aurors !" Sadie parut alarmée. "Nous livrons ce que nous sommes payé pour livrer, Monsieur... Harry. Si nous avons été impliqués dans le transport de quoi que ce soit..."

"Non," interrompit Harry, essayant de la rassurer. "C'est simplement..." Il marqua une pause et essaya de trouver une histoire plausible qui lui éviterait de mentionner l'enlèvement.

"Je comprends que vous effectuez tous les transports pour Hogans, Ventes en Gros de Dublin," dit-il. Quand elle hocha la tête, il poursuivit. "Nous avons reçu une information comme quoi une livraison d'ingrédients de potion pour Erlenn et Meyer à Cardiff allait être visée par des voleurs et que la boutique de Cardiff allait probablement être cambriolée dans la soirée suivant la livraison des ingrédients. Tout ce que je souhaiterais savoir, c'est la date et l'heure de la livraison, afin que nous puissions être prêts pour ce soir là."

"Un cambriolage ?" demanda Sadie. "Est-ce du ressort du Bureau des Aurors ?"

"Normalement, non. Êtes vous au courant de ce cambriolage dans le Londres des Moldus, celui où un Moldu a été tué ?" Harry répondit à sa question par une autre, espérant qu'elle sauterait sur la conclusion qu'il voulait.

"La maison appartient à l'un de vos amis, celui qui travaille au Sanctuaire des Dragons en Roumanie," dit Sadie, en hochant avec excitation la tête. "C'est le même gang ? Les journaux disent que c'était un de ceux que vous cherchez, les derniers des gens de Vous-Savez-Qui, et qu'ils cherchaient des ingrédients de potion !" Sadie eut un grand sourire en réalisant ce qu'elle disait.

"Le Bureau des Aurors n'a pas confirmé que la moindre personne impliquée dans ce meurtre était un partisan de Tom Jedusor," dit prudemment Harry. "Évidemment, je peux compter sur votre discrétion, Sadie. Vous permettez que je vous appelle Sadie ?"

"Bien sûr." Elle hocha la tête avec ferveur.

"Tout ce qu'il me faut c'est la date et l'heure," lui dit-il. "Mr Hewitson du Bureau des Portoloins m'a dit que l'enregistrement n'avait pas encore été fait auprès d'eux. Il m'a dit que vous n'enregistreriez probablement pas le Portoloin avant le matin de la livraison."

"Donc le vieil Hewitson sait comment son Service fonctionne," dit sèchement Sadie."Il y a eu des fois où je me le suis demandé." Elle hésita. "Je ne peux pas vous le dire, Harry, pas encore. Hogans a un contrat d'une journée de préavis avec nous. Quand leur colis est complet, ou quand ils décident qu'ils veulent l'expédier, nous avons vingt-quatre heures pour organiser la collecte et la livraison. Je ne saurais donc pas moi même avant qu'ils me contactent. Évidemment, je vous enverrais un hibou à l'instant où je saurais quoi que ce soit moi-même."

La porte du bureau s'ouvrit et la réceptionniste rondelette, la fille de Sadie, Abigail, entra. "Tu devrais prendre un Miroiphone, Maman," dit-elle. "Je parie que Harry en a un ! Quelque chose pourrait arriver au hibou, mais tu pourrais le contacter instantanément si tu en avais un. J'en ai un, Harry ! Je pourrais..."

"Est-ce que tu écoutais à ma porte ?" demanda Sadie à sa fille.

"Ouais," admit la fille sans aucun remords. Elle se tourna et observa Harry avec admiration. "J'ai dit à Maman qu'elle avait besoin d'un Miroiphone, mais elle ne veut pas m'écouter ! On pourrait toucher nos miroirs, Harry. Je pourrais..."

Elle s'arrêta et couina de plaisir quand Harry sortit son portefeuille d'Auror et en tira un Miroiphone. "C'est une très bonne idée, Abigail," dit Harry avec une calme fermeté. "Mais maintenant je compte sur vous deux pour me tenir au courant, et pour rester discrètes !"

"Nous le ferons," dit Sadie, regardant furieusement sa fille.

"Est-ce que vous serez d'accord pour que je le dise à mes amies après ?" demanda Abigail.

"Si nous les attrapons," dit Harry en soupirant. "J'ai deux Miroiphones, celui-ci est pour mon travail d'Auror."

La fille hocha la tête et ils firent se toucher leurs miroirs.

"Contact entre... sexy Abi Ebhart... et... Auror Potter," annoncèrent les téléphones.

"Sexy Abi !" grommela Sadie. Des nuages d'orage se rassemblèrent sur son visage et à présent les éclairs fusaient de ses yeux.

"Merci de placer un doigt sur le Miroiphone," indiquèrent les miroirs qui continuaient de se connecter magiquement.

"Auror Potter..." demanda le Miroiphone. "Voulez-vous établir une connexion avec... sexy Abi Ebhart ?"

Harry baissa les yeux sur Abigail qui rougissait maintenant ; il hésita avant de dire finalement "Oui."

Le Miroiphone d'Abigail répéta le même processus.

"Connexion établie... Auror Potter... merci de fournir un nom d'identification pour... sexy Abi Ebhart," dit le Miroiphone.

"Abigail Ebhart," dit prudemment Harry.

Quand le processus se répéta, Abigail couina avec excitation "Harry Potter."

Harry éloigna son Miroiphone de celui d'Abigail.

"Auror Potter... pour contacter... sexy Abi Ebhart... touchez simplement le miroir, et dites... Aibgail Ebhart."

Pendant que le téléphone de Harry parlait, celui d'Abigail répétait également sa version du message.

"Nous vous tiendrons au courant à l'instant même où nous saurons quelque chose, Harry," dit Sadie. "Vous pouvez compter sur moi. À présent, si nous en avons terminé, je souhaiterais avoir un mot avec ma fille."

"Merci, Sadie." Harry s'avança vers la table et serra la main de la femme. "Abigail." Il fit un signe de tête en direction de la fille qui fixait fièrement les mots "Harry Potter" qui étaient apparus sur son miroir.

En refermant la porte du bureau, Harry entendit la tirade commencer. "Écouter aux portes ! Sexy Abi !" cria Sadie. "Donne moi ce satané miroir-truc tout de suite ! Je le confisque ! Comment ça marche ?"

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"Nous devons vraiment faire quelque chose pour ces jardins," dit Astoria alors qu'ils descendaient l'allée de graviers vers la grille d'entrée.

"Il y a des choses plus importantes à résoudre que l'état des jardins," observa avec mécontentement Draco.

Astoria se rapprocha et lui pressa la main. "Je sais," dit-elle avec sympathie. Elle relâcha sa main avant qu'il ne soit mal à l'aise. "Mais la dernière plainte contre votre famille a finalement été résolue, Draco. Les affaires judiciaires sont enfin conclues. Vous pouvez faire le point, pour envisager de repartir de l'avant. Maintenant, enfin, vous pouvez regarder vers le futur."

"Avez-vous parlé avec ma mère ?" demanda Draco. "C'est exactement ce qu'elle me disait juste avant votre arrivée."

"Je parle tout le temps avec votre mère, vous le savez," dit Astoria. "Mais nous n'avons pas discuté de vos finances. Après tout, je ne suis pas une Malfoy. Mais je connais les affaires, mon père était un homme d'affaire accompli. Malheureusement, Maman est incompétente et Daphne... Enfin, vous savez... Donc depuis que Papa... Depuis son... Depuis qu'il a été tué, j'ai dû faire de mon mieux."

Astoria avait espéré un peu de sympathie, la moindre trace de sympathie de la part de Draco, mais il ne dit rien. Elle se réprimanda intérieurement de ses folles espérances et se rappela que Draco était un homme important. Avec l'extinction effective des familles Black et Lestrange, la sienne était sans aucun doute la plus ancienne des familles de Sang-Pur, cependant sa grandeur n'était pas reconnue. Au contraire, il était un paria. Tout en Draco, de son nom jusqu'à ses ennuis, la faisait se sentir minuscule.

Quand il arrivèrent à la grille, la Bailli de garde recula. Ces jours-ci, il ne restait plus qu'un seul Bailli et bientôt même cette protection limitée disparaîtrait. Draco avait finalement été acquitté de toutes les charges à l'exception de quelques délits, qui avaient été soldées par le paiement d'amendes. Le tribunal avait également décidé que Lucius était dans un état mental trop instable pour supporter un procès. D'ici à la fin de la semaine, le Haut Shérif de Mercia retirerait le dernier Bailli de la grille du Manoir des Malfoy et les Malfoy seraient livrés à eux-même.

Astoria leva les yeux sur les grilles d'acier ouvragé, espérant que les protections magiques ancestrales tiennent. Elles le devaient, car les Malfoy avaient de nombreux ennemis.

Une fois à l'extérieur, Draco referma et scella soigneusement le portail. Reconnaissant la présence de la Bailli par un bref mouvement de tête, il tourna le dos à la femme et présenta son bras. Astoria s'en saisit et il Transplanèrent vers le Chemin de Traverse.

À leur arrivée, elle le relâcha. Il plia le bras et Astoria y passa sa main. Courage, se rappela-t-elle, tu es supérieure à eux, agis en conséquence. En remontant en silence la rue en direction de la banque, Astoria était parfaitement consciente des regards en biais. Personne ne la connaissait, évidemment, et tout le monde ne le reconnaissait pas non plus. En un sens, elle était son déguisement, son bouclier. Personne ne se serait attendu à ce qu'il ait une femme à son bras.

Tout en avançant vers la banque, elle compta et classifia les réactions des gens à leur approche. Environ un tiers des gens présents les ignoraient simplement ; ils étaient soit ignorants de l'identité de l'homme blond dont elle tenait le bras, soit si absorbés par leurs propres préoccupations qu'ils ne remarquaient pas qui il était. Les autres le regardaient et essayaient de se souvenir d'où ils le connaissaient. Elle pouvait les voir réfléchir. Le connaissaient-ils personnellement ? Sinon, où l'avaient-ils vu ? Le temps qu'ils s'en souviennent, si jamais ils y parvenaient, il était trop tard. Seul un très faible pourcentage le reconnaissait instantanément. Ils le fixaient avec colère. Un vieil homme cracha même sur la chaussée et murmura le mot 'Mangemort !' Mais personne ne le confronta et il progressa nonchalamment en avant comme le grand homme qu'il était. Ils avaient presque atteint leur destination quand cela se passa.

"C'est lui !" cria une femme. "C'est l'homme que j'ai vu fuir la scène de crime ! Vous là-bas ! Halte !"

La femme qui pointait un doigt accusateur vers Draco était grande et avec les cheveux courts, et elle portait des vêtements Moldus. C'était une mode ridicule que suivaient quelques jeunes gens stupides, pour la plupart de Sang-Mêlés ou Sang-de-Bourbe. Astoria, qui lisait les magazines de mode, en savait assez sur la mode Moldue pour savoir que cette femme avait tout faux. Elle portait un costume d'homme, gris à fines rayures avec un pantalon, bien qu'il semble taillé pour elle.

"Salut Draco," dit un homme.

Astoria s'était concentrée sur la femme ; elle n'avait pas remarqué les deux Aurors en manteaux noirs à moins d'un mètre d'elle. L'un était Londubat, l'autre, celui qui avait parlé, était Weasley. Il avait l'expression d'un homme qui avait ramassé une Noise et découvert que c'était un Gallion.

"Identification positive, Draco," dit l'Auror aux cheveux roux avec suffisance. "Tu as été vu quittant la scène de crime."

"Cesse de me faire perdre mon temps, Weasley," cracha Draco. "Tu as déjà vérifié. J'étais chez moi au moment du cambriolage chez Finch-Fletchley."

"Je vous ai vu," dit la femme avec assurance.

"Cette femme est clairement dérangée," dit Draco, rejetant dédaigneusement les allégations. "Je veux dire, regarde juste comment elle est habillée. Elle pourrait aussi bien être Moldue."

"Je suis une Moldue," dit la femme, s'avançant pour se placer directement devant Draco. "Agent Roberta Beadle, Police Métropolitaine, et vous êtes fait."

"Ôtez-vous de mon chemin," ordonna Draco. "Je n'ai pas le temps pour ça ; j'ai un rendez-vous important avec les gobelins."

Aux paroles de Draco, Astoria vit l'éclat dans les yeux de Weasley et elle sut que ces derniers mots de son petit-ami allaient pousser le rustre Auror dégingandé à agir.

"Une accusation a été émise, Draco," dit Weasley avec un sourire d'auto-satisfaction. Il fit un pas en avant et agrippa le bras de Draco. "Nous ferions preuve de négligence de nos fonctions si nous n'enquêtions pas, n'est-ce pas, Neville ?"

"Nous avons déjà vérifié une fois," dit l'autre Auror.

"Nous devons revérifier, Nev. Et je suis sûr que Bobbie a plein de questions pour Draco," dit Ron.

"J'en ai," dit fermement la femme.

Astoria serra le bras de Draco en avertissement, mais il l'ignora et protesta. "Je vais être en retard à mon rendez-vous !"

Elle soupira, regrettant de ne pas avoir été capable de l'empêcher de prononcer ces mots. Malheureusement, Weasley pouvait lui faire perdre ses nerfs à chaque fois et une fois de plus son petit-ami était tombé dans le piège de l'Auror.

"Je suis certain que les gobelins comprendront," dit Ron en souriant. "Je suis sûr que ta copine maigrichonne sera capable de les charmer. Après tout, elle ressemble beaucoup à un gobelin."

Sentant ce qui était sur le point de se passer, Astoria agrippa le bras de Draco des deux mains, l'empêchant de sortir sa baguette. "Il vous provoque, contentez-vous de l'ignorer," dit-elle. "Il est jaloux de vous." Ignorant le ricanement méprisant de Weasley, elle poursuivit. "Je parlerais aux gobelins, Draco," dit Astoria. "Vous ne pouvez pas simplement ignorer les Aurors. Ne les laissez pas vous énerver." Elle se tourna pour s'adresser à Londubat. "Où l'emmenez-vous ?"

"Le Shérif de la Métropole a un bureau juste un peu plus bas dans la rue. On devrait pouvoir régler ça là," dit l'homme blond au visage balafré.

"C'est lui," insista la femme. "C'est absolument lui !"

Astoria regarda son petit-ami être emmené, escorté par les Aurors, subissant une humiliation publique de la part de Weasley et elle se précipita dans la banque. Malheureusement, les gobelins refusèrent de discuter de quoi que ce soit avec elle. Elle n'était pas une Malfoy, ils ne voulaient donc même pas la laisser reprogrammer le rendez-vous.

Énervée et frustrée, elle sortit en trombe de la banque. "Maudit Weasley, quel abruti ignorant !" dit-elle à personne en particulier.

"Ce n'est pas moi qui te dirais le contraire, Astoria. J'ai beaucoup d'expérience avec ça, crois-moi."

Astoria se retourna et se trouva face à une paire d'yeux violets autrefois familiers.

"Je pensais que je rejoignais le Bureau des Aurors," admit Lavande, bouillonnant d'agacement. "Mais je ne suis qu'une fichue messagère pour mon imbécile d'ex-petit-copain. Je suis là pour te dire que Draco est maintenant au bureau des Aurors, pour 'les aider dans leurs investigations.' Voilà, j'ai fait mon boulot ! Comment vas-tu, Asti ? Je ne t'ai quasiment pas revue depuis les funérailles de ton père. Tout le monde semblait m'éviter quand j'étais dans ce maudit fauteuil roulant. Comment s'en sors ta mère ? Ma pauvre chérie, il n'y a plus que toi et ta mère, maintenant, non ? Je ne comprends pas ce qui a pu passer par la tête de Daphne !" Astoria vit ses mains agrippées par celles de Lavande.

"Je..." Astoria fixa le visage de sa cousine et sourit. "Je voulais te rendre visite, mais Maman... Enfin, tu sais..." dit Astoria. Tout en parlant, elle priait pour que Lavande ne sache pas.

Après la bataille, la mère de Lavande, Carmine, avait tendu la main de l'amitié à sa famille, aux Greengrass. Certains, comme la sœur de Carmine, Scarlett, l'avaient saisie. Leur frère, le père d'Astoria, avait été tué lors de la Bataille et il avait combattu aux côtés du Seigneur des Ténèbres. Astoria n'avait aucun idée de ce que son père aurait fait s'il avait survécu, mais sa mère ne voulait rien avoir affaire avec les Brown. "Carmine s'est mariée à un Sang-Mêlé et en a pondu une autre," avait dit la mère d'Astoria.

Presque avant qu'Astoria ne se rende compte de ce qui se passait, elle était emmenée le long du Chemin de Traverse, tout en écoutant Lavande jacasser. Sa cousine la conduisit dans un petit café kitsch appelé Salon de Thé de Tansy, directement en face des bureaux de Sorcière Hebdo.

"Ron est un tel crétin," conclut Lavande après avoir listé les nombreux défauts de son ex. Astoria ne pouvait rien faire d'autre que de hocher la tête en approbation. "Comment est Draco ? Ce n'est pas mon type, bien sûr, mais il a l'air épris de toi."

"Tu le crois vraiment ?" demanda anxieusement Astoria. "Des fois je pense qu'il ne me vois pas vraiment."

"Ces garçons inattentifs !" Lavande secoua avec sympathie la tête. "Mais c'est la plupart d'entre eux ! Je parie qu'il est meilleur que Ron. J'ai pratiquement dû lui sauter dessus pour qu'il me remarque. Draco a beaucoup de choses en tête. Je suppose qu'il y a des fois où il est... distant ?"

Astoria se surprit à hocher la tête. "Ron n'a jamais eu grand chose en tête. Et il n'avait pas grand chose dans la tête non plus, peut-être que c'est pour ça qu'il était aussi inattentif. Et tu ne me croirais pas si je te disais comme il était mesquin !"

"Oh, je le croirais," dit fortement Astoria. "Il s'en prend toujours à Draco, tu sais. Il n'est rien de plus qu'un petit tyran."

"C'est le pire copain que j'ai jamais eu," confirma Lavande, demandant du thé et des scones à la grande serveuse aux joues creusées venue prendre leur commande. "Évidemment, Seamus est allé trop loin dans l'autre direction. Il m'étouffait !"

Elles vilipendèrent les garçons en général et parlèrent de Draco et des habits ridicules que portaient les Moldus et rirent. Astoria se souvint des journées en ville avec sa sœur, ces journées avant que Daphne ne parte en cavale.

"Elle te manque, n'est-ce pas ?" demanda doucement Lavande. "J'ai toujours voulu avoir une sœur, mais il n'y a que moi. J'aurais... j'aurais fait ce qu'on fait là, parlé des garçons et des fringues et... J'ai Parvati, bien sûr, et Padma. Des amies c'est chouette, et elles sont super. Mais j'aimerais avoir une sœur."

"Elle m'a abandonné," dit vicieusement Astoria. "Elle m'a abandonné, et Maman, et elle s'est enfuie avec son bon-à-rien de Sang-Mêlé. Maman dit qu'elle n'a que ce qu'elle mérite, mais..."

"Ce qu'elle mérite ?" demanda Lavande, alarmée. "Tu sais, si je m'étais enfuie avec Ron, je l'aurais probablement tué, ou vice-versa. Le regarder manger peut être très désagréable, et avoir à le faire tous les jours..." Elle frissonna. "Ce n'est pas avant d'avoir été tout le temps avec quelqu'un qu'on découvre comment il est vraiment."

Astoria regarda autour d'elle et baissa la voix. "Lavande, est-ce que tu pourrais faire quelque chose pour moi ?"

"Tout ce que tu veux," lui dit Lavande.

"Est-ce que tu pourrais découvrir..." Astoria hésita. "Est-ce qu'elle serait envoyée à Azkaban ? Elle n'est pas... Je veux dire elle n'a pas... Elle n'a rien fait de grave, ou si elle l'a fait, il l'a forcé. Il l'a forcé à tout faire. Elle est malheureuse, je sais qu'elle l'est."

"Daphne leur a trouvé un endroit où se cacher pendant leur cavale," dit pensivement Lavande. "Mais elle ne s'est pas battu à la Bataille. Les autres y étaient et ils ont tous combattu du mauvais côté. Les Aurors ne sont pas certains pour Bletchley mais ils savent que les autres sont des tueurs. Je suis sûre d'une chose, Asti. Si Daphne pouvait livrer l'un d'eux... si elle pouvait aider les Aurors à en capturer un, ou tous... ils ne la poursuivraient probablement même pas pour quoi que ce soit. Tu es en contact avec elle, n'est-ce pas ? Comment tu restes en contact, par hibou ?"

Astoria hocha la tête.

"Écris-lui, fais lui savoir que se rendre serait la meilleure chose qu'elle puisse faire," conseilla Lavande. Elle sourit à la jeune femme. "Tu as mentionné que les gobelins ne voulaient pas te laisser reprogrammer le rendez-vous de Draco pour lui. Est-ce que tu as pensé à prendre un rendez-vous pour les rencontrer toi-même ? Vous pourriez y aller tous les deux et tu échangerais ton rendez-vous avec Draco. Je le ferais maintenant. Rends-toi indispensable pour lui. Il aimera ça."

"Merci, Lavande," dit Astoria. Elle attrapa son sac à main. "Je paye. C'est le moins que je puisse faire."

Lavande secoua la tête. "On est en famille, Asti, on se soutient. On partage la note."