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Chapitre II : Porc, Prisonnier, Poison et Polichinelle dans le tiroir.
« T'as juste les boules parce que t'as rompu avec Shikamaru, » marmonna Kankuro alors qu'il la suivait sur le chemin de la tour du Kazekage. « T'es probablement… »
« Quoi ! » gronda Temari, le frappant à l'épaule. « Je n'ai pas rompu avec ce clown – on est jamais sorti ensemble ! Et j'ai pas les boules ! » cria-t-elle en prenant d'assaut les escaliers menant à ses appartements.
« On dirait pourtant que t'as les boules, p'tite sœur. Pourquoi tu ne ferais pas juste… »
Mais Kankuro ne put finir sa phrase parce qu'il fut forcé d'esquiver un barrage de kunais.
« Ta gueule ! Je suis pas ta petite sœur ! Et j'ai pas les boules – connard ! » Le temps que Kankuro se remette de ses émotions, Temari s'était enfermée dans sa chambre.
« On est sensé faire notre rapport à Gaara, » l'appela Kankuro du haut des escaliers. Il se tenait près de sa porte, mais pas trop près non plus.
« Tu peux y aller, je reste ici, » fut la réponse étouffée qu'il reçut. Il pouvait l'entendre, faisant les cent pas derrière la porte comme un lion en cage, ses pieds retombant rapidement en un bruit sourd sur les planches du parquet.
« Je n'y vais pas sans toi… » commença Kankuro mais il s'arrêta brusquement quand la porte s'ouvrit brutalement et qu'une autre salve de kunais fut lancée dans sa direction. « Ça suffit ! » brailla Kankuro. « Je ne virerai pas tes putains de kunais des murs, et je ne vais pas te couvrir ! Si Gaara est véner contre toi parce que tu t'es pas présentée, et bien c'est ton foutu problème ! »
Tout ce qu'il reçut en retour fut un « Je t'emmerde » étouffé. Avec un soupir, Kankuro grimpa les escaliers jusqu'au sommet, puis marcha à grand pas le long des couloirs au tapis rouge. Sérieusement. Il avait porté sa sœur recouverte de vomi pendant un voyage d'une demi-journée alors que le désert était au plus chaud, tout ça pour qu'elle soit à Suna le plus rapidement possible – et c'était le remerciement qu'il recevait ?
Elle devait avoir ses règles, songea Kankuro. Pour quelle autre raison aurait-elle largué Shikamaru ? Les gosses semblaient bien s'entendre, lorsqu'ils se trouvaient à Konoha – les regards rêveurs qu'ils se lançaient ! C'était si trognon qu'il avait failli en avoir des caries. Shikamaru avait vraiment dû merder. C'était soit ça, soit Temari s'était bel et bien fait emberlificoté le ciboulot par la « Peste du Zombie ».
Peu importe.
« Où est Temari ? » demanda Gaara d'une voix rauque, brisant la réflexion de Kankuro. Il n'avait pas réalisé que ses pieds l'avaient entraîné jusqu'au bureau de son frère.
« Euh… Elle se repose ? »
Gaara haussa un sourcil devant une telle réponse. « On m'a informé qu'elle était en parfaite santé. Où est-elle ? »
Putain. J'ai dit que j'allais pas la couvrir, et par Kami, je vais pas le faire ! « Elle… fait une crise de colère. Elle ne voulait pas venir. » marmonna Kankuro en regardant ses orteils.
Gaara lui lança un long regard inquisiteur. « C'est tout aussi bien, » dit-il au final. « Ferme la porte derrière toi. »
Kankuro laissa échapper un soupir de soulagement et s'exécuta. Gaara avait beau être son petit frère, il était aussi le Kazekage, et un Kazekage redoutable en plus de ça. De plus, Kankuro supposait qu'il était toujours aussi super diplomatique en ce qui concernait Gaara, après avoir passé des années à ménager Gaara-le-jinchuriki-mentalement-instable. Les vieilles habitudes avaient la vie dure.
« Assieds-toi » ordonna Gaara, et Kankuro se jucha sur le bord de son siège. « Je voulais te demander quelque chose, Kankuro. Pas en tant que Kazekage, mais en tant que frère.»
« Bien sûr. Tout ce que tu veux. » Kankuro s'étira ses mains posées sur ses genoux : il devinait facilement sur quoi allait poser la question.
« Qu'est-ce qui s'est passé entre Nara Shikamaru et notre sœur ? S'il lui a fait du mal… » Gaara fit une pause pendant un moment et parut réfléchir. « S'il lui a fait du mal, je le tuerai. » Le mot glissait tel de la mélasse sur les lèvres de Gaara, lent et sirupeux, mais sans la moindre douceur pour en atténuer la menace.
Kankuro approuvait le point de vue. Quiconque qui ferait du mal à sa sœur serait ligoté et abandonné dans le désert pour y mourir de soif. Non, il n'en aurait probablement pas la patience : il était plus plausible qu'il étrangle le salopard, et qu'ensuite il le balance ligoté dans le désert, laissant ses os se faire nettoyer par les vautours.
Kankuro secoua la tête pour se débarrasser de ses songeries macabres et répondit : « Malheureusement, je ne sais pas vraiment. Tout ce que j'ai pu tirer de Temari, c'est qu'ils ne sortaient pas réellement ensemble. »
Gaara braqua sur lui un autre de ses regards fixes. « Je ne suis pas une personne très sociable, Kankuro. Je ne suis pas… très averti de la manière dont les gens « sortent ensemble ». Néanmoins, il me semblait que Temari et Shikamaru avaient une « relation romantique ». » Il prononça le mot « romantique » d'une étrange manière, comme si le mot ne convenait pas tout à fait à sa bouche.
« Ils couchaient ensemble, j'en ai la quasi-certitude, » lâcha Kankuro. Seigneur, si Temari pouvait l'entendre actuellement, un tas d'objets pointus et tranchants serait planté dans sa tête.
Gaara haussa tout juste un sourcil, pas perturbé le moins du monde. « Les rapports sexuels… ne sont-ils pas inclus dans le fait de « sortir ensemble » ? »
Kankuro haussa les épaules. « Généralement. Parfois. Pas toujours. Je sais pas. Temari n'a pas l'air de le penser en tout cas."
Gaara s'avança vers son bureau ovale, son menton appuyé entre ses paumes. « N'est-ce pas d'habitude l'homme qui refuse de s'engager alors que la femme associe les rapports sexuels avec une relation à long terme ? Comme toi, Kankuro : tu sembles coucher avec beaucoup de femmes mais tu ne sors pas avec elles. »
Kankuro se sentit rougir sous l'examen approfondi de Gaara, ses yeux le scrutant comme un faucon fixe sa proie. « Je suis peut-être un mauvais exemple ? » couina Kankuro, se dandinant sur sa chaise.
Gaara haussa les épaules alors qu'il fit pivoter son fauteuil face à la fenêtre. « Temari a surtout été entourée par des hommes durant sa vie : toi, moi, le conseil. La plupart des ninjas de Suna sont des hommes. Il est normal qu'elle ait une sensibilité plus masculine. Shikamaru en revanche semble avoir fréquenté principalement des femmes, et des hommes aussi émotionnels que leurs homologues féminins, je me demande… »
Les yeux vifs de Gaara se rétrécirent et regardèrent à travers le fenêtre pendant longtemps, très longtemps. Au bout d'un moment, Kankuro n'était même plus sûr que Gaara sache encore qu'il était dans le bureau. Il se tripota les doigts, se demandant s'il devait dire quelque chose, quand Gaara se retourna pour le fixer à nouveau.
« Je ne sais pas ce qui s'est passé entre Shikamaru et Temari, et pour être franc, je m'en moque. Mon inquiétude est la suivante : depuis cette présumée rupture, Temari est devenue une complète hypocondriaque au mieux, ou alors est bien trop stressée, ou elle a contracté une sorte de maladie. »
« Tu parles de la Peste du Zombie ? » proposa Kankuro, espérant faire une blague.
« La Peste du Zombie, » répéta gravement Gaara. « Kankuro, j'ai une mission pour toi. Tu dois aider Shikamaru et Temari à s'amender. »
« Moi ? Mais je… »
« Tu sais parler aux gens. Ce que je ne sais pas faire. De plus, je suis aussi le Kazekage, j'ai plein de choses à faire. Cela retombe donc sur toi… »
« Mais… »
« Ceci est un ordre officiel, mon frère. Nous sommes à un moment critique, et je ne peux me permettre de perdre l'un de mes meilleurs jônins et conseillers. Prends ça, » gronda Gaara lui tendant un rouleau de parchemin. « C'est une lettre pour Konoha. J'aimerais quelques faveurs, et je demande à Tsunade d'envoyer l'équipe Ino-Shika-Cho en mission diplomatique. »
« Mais… »
« Je te remercie, Kankuro, en tant que frère, et en tant que Kazekage. Tu peux disposer. »
Kankuro déglutit, serrant le rouleau de parchemin dans sa main moite. « Tu m'en dois une pour ça, petit frère. Tu m'en dois une grosse. »
« Oui, oui je sais. » fut sa réponse. Kankuro roula des yeux et referma la porte du bureau derrière lui. Dans quel pétrin s'était-il fourré ?
Quoique…pour certaines raisons, Kankuro avait le vague soupçon qu'il y avait ici bien plus qu'il n'y paraissait. Alors qu'il descendait les escaliers et sortait de la tour du Kazekage pour se rendre à la volière où se trouvaient les faucons messagers, Kankuro ne put s'empêcher de penser que Gaara savait quelque chose que lui-même ignorait. Après tout, cela ne lui ressemblait pas de se mêler de la vie personnelle des autres. Ce pouvait-il que l'inquiétude fraternelle soit la seule motivation de Gaara ?
Non, songea Kankuro, cela en fait partie, mais il manquait des pièces au puzzle. Kankuro était sûr que Gaara avait plus d'un tour dans son sac, mais qu'il soit damné s'il le découvrait.
Dès que Kankuro fut parti, Temari enfila ses vêtements les plus banals et les plus sombres, et sauta par la fenêtre. En général, il n'était pas prudent d'escalader les murs de la tour du Kazekage si l'on voulait éviter d'être transpercé par des flèches, mais Temari connaissait bien le meilleur chemin pour éviter d'être remarqué, ou blessé – ou les deux.
C'était le coucher du soleil, chose qui donnait du relief à la tour. Elle longea tel un fantôme les façades ombragées du bâtiment, laissant une partie de son chakra filtrer, suffisamment pour que les gardes sachent que c'était elle, mais pas assez pour que ses frères se rendent compte de son passage.
Une fois qu'elle fut dans la rue, un simple Henge obscurcit ses traits : sa fausse chevelure brune et ses yeux noisette la rendaient méconnaissable. Elle descendit la rue silencieusement, restant dans l'ombre et évitant les autres passants, jusqu'à ce qu'elle parvienne à destination : la Pharmacie.
« J'aimerai deux douzaines de tests de grossesse, » grommela-t-elle à la femme au comptoir. Cette dernière lui sourit brièvement, enregistra ses produits et les lui tendit emballés dans un sac en papier brun.
« Ils sont pour vous ? » demanda la femme avec une inquiétude feinte.
« Oui. Non. Pour une amie. » murmura Temari.
« Félicitez votre amie de ma part, » répondit mielleusement la pharmacienne.
Les doigts de Temari se contractèrent sur le sachet. En imitant du mieux possible le ton sucré de la vendeuse, elle lui susurra un « Crève ». Temari sortit du magasin avant que la femme ne puisse lui répondre et s'appuya contre le mur extérieur. Elle avait les mains moites et son estomac menaçait de se retourner. Elle ravala la bile qui lui montait à la gorge et rentra précipitamment.
De retour à son appartement, Temari s'enferma dans la salle de bains et ferma tous les rideaux. Elle exécuta un jutsu destiné à protéger la pièce des regards indiscrets et commença à uriner sur les bâtonnets de plastique blanc, les uns après les autres, jusqu'à ce que ses mains soient éclaboussées d'urine et que le sol devienne collant et humide.
Elle vira tout ce qui se trouvait sur le lavabo d'un revers de la main : les bouteilles de shampoing, les savons, les rasoirs, tous s'écrasèrent sur le carrelage dans un enchaînement de « thump », « clink », « plop », « fffitz »… Les shampoings s'ouvrirent, répandant leurs contenus derrière les toilettes, l'odeur de la sauge se mélangeant avec celle de l'urine. La puanteur exacerba ses nausées, mais elle n'y prêta pas attention.
« Okay petits bâtons magiques, prouvez-moi que cette garce de docteur avait tort » souffla Temari. Elle abaissa le couvercle des toilettes et s'assit. Elle se pencha, presque allongée sur ses genoux, le menton soutenu par ses poings. Ses yeux oscillaient entre l'horloge murale et les tonnes de bâtonnets blancs alignés contre le mur, comme des rangées de cierges dans un temple. Elle songea qu'elle devrait peut-être prier : chère déesse de la fertilité et des bébés, par pitié épargne-moi l'horreur de ta bénédiction. Amen. Om, shanti, shanti. Mais Temari ne pria pas.
A la place, elle se mordit les lèvres jusqu'au sang. Elle vérifia l'heure encore, et encore, et encore, la grande aiguille se mouvant avec une lenteur insupportable. Quelque chose de gluant coula le long de son gros orteil : elle réalisa qu'il s'agissait de la flaque de shampoing gâché qui avait inondé le sol, collectant de la poussière, des morceaux de mouchoirs abandonnés, et des cheveux perdus. Là où elle s'était mélangée avec les flaques d'urine, cela brillait et tourbillonnait comme dans une flaque d'huile. Elle ne chercha pas à nettoyer.
Un par un, les bâtonnets sacrés sur le lavabo qui faisait office d'autel commencèrent à faire apparaître de petites croix bleues, le symbole se répétant sur chaque test. Une croix. Temari nota vaguement que cette croix signifiait « P » comme positif, comme polichinelle dans le tiroir, comme porc, comme prisonnier, comme poison, comme porter un bébé, être en cloque, enceinte… Le ruissellement visqueux de shampoing dégoulinait lentement sur le reste de ses orteils, l'horloge continuait son lent et précis « tic-tac », du sang tombait de la lèvre de Temari sur son menton telle une larme, rouge et unique.
Elle ne sut pas combien de temps elle était restée assise ainsi, perdue dans ses pensées. Tout ce qu'elle sut fut qu'à un moment, elle était assise sur les toilettes, sans penser à rien, sans respirer, et que juste après, elle faisait les signes d'un jutsu de vent et que tous les équipements furent arrachés du mur. Les tuyaux explosèrent, l'eau jaillissant de partout – quel gâchis, pensa son côté pragmatique centré sur le désert, toute cette bonne eau qui inonde et abîme la salle de bains transformée en église. Les diaboliques bâtonnets blancs avaient volé en éclat, chacun reposant en un millier de petits fragments, leur symbole secret désormais indéchiffrable.
Il y avait un trou dans le mur là où se trouvait autrefois la fenêtre. Les volets n'étaient plus, partis loin, réduits en miettes ou précipités vers leur mort précoce dans la rue en contrebas. Le soleil brillait à travers le trou, comme si lui-même tentait de la réconforter, comme un putain de phare porteur d'espoir dans l'apocalypse qu'était devenue sa salle de bains…
« Temari-sama ! Vous allez bien ? » cria un ANBU, son masque d'oiseau cherchant à voir son visage.
La première chose que Temari fit fut d'examiner la salle de bains avec l'attention d'un ninja. Quand elle eut l'assurance que toutes les preuves que représentaient les tests de grossesse étaient détruites, tous les bâtonnets ayant volé en éclat, les boites étant déchiquetées, réduites en bouillie et rendues méconnaissables…
Lorsqu'elle fut satisfaite, Temari – la Terrifiante Princesse du Désert, le Fléau des Zombies, La Kunoichi aux Lames de Vent – s'agenouilla dans une large flaque où se mélangeaient des rasoirs brisés, de l'urine et du shampoing à la sauge, et se mit à pleurer.
