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Chapitre III : Que les nuages aillent se faire foutre.
Seems every castle
Is made of sand.
And the great destroyer
Sleeps in every man;
Here comes my baby
Here comes my man,
With that silver dagger
In his hand
Il semblerait que chaque château
Soit fait de sable.
Et un grand destructeur
Sommeille en chacun :
Voilà mon bébé
Voilà mon homme,
Avec sa dague en argent
A la main.
~"Silver Dagger" de Gillian Welch
Que les nuages aillent se faire foutre.
D'habitude, les nuages l'aidaient à réfléchir. A travers leurs formes nébuleuses, il pouvait entre-apercevoir la forme d'une idée, d'un plan génial ou d'une stratégie, le mouvement des pièces de Shogi, les fragments d'une pensée rationnelle encore entravée par le brouillard, la poussière et les cristaux de glace.
Aujourd'hui, chaque nuage lui rappelait son souvenir.
« Prends celui-là par exemple, » marmonna-t-il, désignant les lignes striées d'or d'un cirrostratus*. « C'est exactement la forme de ses couettes. »
« J'sais pas, Shikamaru,» parvint à dire Choji malgré une bouche encombrée par des chips. « Je dirais qu'il ressemble plus à des ailes dorées. Ou peut-être à Ino de profil. »
Shikamaru renifla avec mépris. « Ne compare pas les cheveux d'Ino à des ailes d'anges. Elle a vraiment pas besoin qu'on l'encourage. »
« Heh, t'as probablement raison. »
Ils restèrent silencieux pendant un temps, bercés seulement par le souffle de la brise et le craquement des chips. Shikamaru cilla devant le ciel, devenu un dome de nuages dorés mélangé avec un faible rose issu du soleil couchant. Les nuages se déplaçaient avec le vent, formant à présent la silhouette d'un éventail, puis l'ombre farouche d'un sourire familier, les contours d'une robe.
« Je le jure devant Kami, Choji, ces foutus nuages sont en train de m'allumer. »
« Mmmm, » fut la réponse taciturne de Choji. Il présenta les chips à Shikamaru, le bruissement du sac attirant le regard de ce dernier.
« Merci. » Shikamaru en prit quelques unes et les mâcha lentement : elles avaient un goût de sciure, mais il les mangea toutes d'un coup. « Tu sais Choji » marmonna-t-il. « Je sais pas quand j'ai fait une connerie. J'avais préparé tous les mouvements, toutes les stratégies. Je l'écoutais quand elle parlait. Je lui apportais son repas quand elle oubliait de manger. Et n'oublions pas que c'est grâce à moi qu'elle a reçu toutes ces récompenses pour son excellence sur le terrain. Si j'avais pas été là, elle serait devenue de la viande pour zombies. »
« Mmmm. »
« Je ne veux pas avoir l'air de me plaindre, j'ai eu ma part de médailles. Mais est-ce que tu l'as déjà entendue me remercier ? Nan. Pas une fois. 'Hé, merci de m'avoir sauvé la vie, Shikamaru' » imita-t-il de sa meilleure voix de faucett. « Nan, y a eu aucun 'Oh Shikamaru, si tu n'avais pas été le cerveau qui dirigeait mes muscles, ces zombies n'auraient fait qu'une bouchée de moi.' Pas un seul mot de remerciement, pas une seule goutte de reconnaissance, rien du tout. »
Il fit une pause et Shikamaru lança un regard de côté à Choji. « Vous faisiez une bonne équipe les gars, » déclara avec prudence Choji, ses mains froissant le sachet de chips.
« Ça c'est bien vrai ! Notre bataillon est celui qui a scellé le plus de zombies ! Enfin, à part celui que formaient Naruto et son armée personnelle de clones, mais personne ne peut se mesurer à lui. »
« Nan, Naruto est unique en son genre. On peut pas comparer. »
« Je comprends pas, Choji : les choses allaient si bien entre nous. Puis la fin de la guerre est arrivée… Et… Et puis tout est allé de travers. Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Qu'est-ce que j'ai fait, merde ? »
Evasif, Choji haussa les épaules. « Les femmes sont folles. »
« Les femmes sont de vraies galères, ouais ! Valent pas l'effort, à mon avis. »
« Tu as sûrement raison, Shikamaru. »
Un silence agréable s'ensuivit alors que tous deux continuaient à regarder le soleil couchant, les nuages dorés dansant autour de son halo. Mais le silence d'or fut brisé par une voix stridente. Shikamaru en distingua tout d'abord le ton avant de comprendre les mots qu'elle formait.
Cela commença par un bourdonnement perçant, semblable aux plaintes monocordes d'une lourde machinerie, jusqu'à ce que le son se rapproche et que les mots se matérialisent : « …Vous n'êtes que des sacs à merde. Asuma-sensei est littéralement revenu d'entre les morts – les morts ! – pour vous faire la leçon au sujet de votre flemmardise, et pourtant, vous êtes là, tous les deux, en train de regarder ces putains de nuages merdiques. »
Shikamaru aurait aimé ajouter que ces soi-disant « putains de nuages merdiques » ressemblaient tous à son ancienne amante et qu'il était en fait très occupé à se noyer dans l'auto-apitoiement, merci beaucoup. Il n'avait pas besoin d'une engueulade d'Ino, histoire d'aggraver sa détresse. Cependant, Ino ne lui en laissa pas l'occasion.
« Est-ce que vous vous rendez compte que tout le village est occupé ? J'aurai bien eu besoin de votre aide, Flemmard, Choji-kun, mais non, Ino a dû porter toute seule une tonne de merdes à l'infirmerie. Enfin, bref. Allez les gars, Tsunade-sama nous a fait appeler dans son bureau, je crois qu'elle a une mission pour nous. »
« Hé Ino, » lui fit Shikamaru d'un ton sec dès que la blonde eut fermé son clapet. « Pourquoi je suis encore le flemmard alors que Choji a droit à Choji-kun ? »
Ino gloussa stupidement à cette remarque. Choji la prit par les épaules et rougit. « Allez viens Shikamaru, » marmonna-t-il. « Je suis sûre que cette mission ne sera pas si mauvaise. »
Bon Dieu. S'il y avait quelque chose de pire que d'être largué, c'était bien de voir vos deux meilleurs amis – vos seuls amis – se mettre ensemble. D'abord les nuages, puis Ino et Choji. Shikamaru avait la certitude que les dieux riaient à se taper le cul céleste par terre devant son infortune. Je vous défie d'ajouter un peu plus de sel sur mes blessures, je vous en défie ! cria-t-il mentalement aux cieux dissimulés par les nuages.
Ino remarqua sa détresse. Elle se plaça au milieu du trio qu'ils formaient, un bras autour de chaque coéquipier alors qu'elle blablatait sur les nouvelles du jour. « Ecoutez ça : Naruto est persuadé qu'il a attrapé la Peste du Zombie. Il arrête pas de vomir, et il est sûr qu'il a choppé une maladie contagieuse des cadavres pourris réanimés. »
« J'arrive pas à croire que ce type est le prochain Hokage sur la liste, » marmonna Shikamaru. « Qui a déjà entendu parler de la Peste du Zombie ? »
« On dit qu'il a juste mangé des ramens dont la viande était avariée. Tu sais comment Naruto est, il mange si vite qu'il pourrait consommer de la nourriture périmée sans s'en rendre compte. » fit Choji.
« J'aurai souhaité que Naruto n'utilise pas cette expression, » soupira Shikamaru. « Juste avant de partir, Temari était convaincue elle aussi qu'elle avait la soi-disant « Peste du Zombie ». J'avais jamais réalisé qu'elle avait la phobie des microbes. » Il fit courir sa main dans ses cheveux et regarda le ciel. Un groupe de cirrus s'évaporaient dans quatre directions différentes. « Ces nuages vous font pas penser aux cheveux de Temari ? Je jurerais… »
« Putain, Shika, arrête de te conduire comme un veau frappe par la lune,» cria Ino. « Je ne t'ai jamais vu comme ça ! Depuis qu'elle est partie, c'est Temari par-ci, Temari par-là. Ressaisis-toi mon vieux. Si tu l'aimes, va la voir, et si tu ne l'aimes… »
Shikamaru se défit de la poigne d'Ino et fourra ses mains dans ses poches. « Un peu de compassion, Ino ? Tu peux pas éprouver un peu… »
« Mon ami, tu te vautres dans l'auto-apitoiement depuis trois jours ! Trois jours ! En tant qu'amie, c'est mon devoir de t'aider à surmonter ça. »
Shikamaru cilla à cette declaration. La solution de Kiba pour l'aider à « surmonter ça » fut de l'emmener dans un bar et de s'arranger pour que toutes les blondes en vue lui foutent leurs nibards sous le nez. Celle de Lee fut de faire le tour de Konoha en courant avec la force de la jeunesse jusqu'à ce qu'il tombe mort d'épuisement. Naruto lui avait juste rempli la panse de ramens, jurant que le bouillon de nouilles était un remède soignant toutes les maladies. « Ino, peu importe quel panacée tu recommandes pour une mauvaise rupture, je ne veux pas en entendre parler. » grommela Shikamaru.
Ino lui donna un coup taquin sur l'épaule avant de se raccrocher à nouveau à son bras. « Te remuer le cul et partir en mission est le meilleur remède pour toi, mon idiot au cœur brisé. T'as besoin de faire bon usage de ce cerveau. »
« C'est ce que je faisais, je te ferai dire, je réfléchissais à des plans ingénieux à mettre en place pour la défense de Konoha quand tu est si impoliment… »
« De la merde, Shika. Allez, on est déjà en retard. Ça m'a pris une éternité pour vous retrouver. Franchement, t'as combien de planques pour voir les nuages, Shikamaru-kun ? Sheeeh. »
Il ne lui précisa pas qu'il devait en trouver de nouveaux points d'observation à chaque fois qu'Ino en découvrait un. A la place, il laissa la blonde le tirer vers les quartiers temporaires de l'Hokage, une longue tente verte qui ressemblait plus à une cahute oblongue.
« Enfin, » retentissa la voix de Tsunade. « Combien de temps comptiez-vous laisser attendre une vieille dame ? J'ai une importante mission diplomatique pour vous, équipe Ino-Shik_Cho. »
Shikamaru n'écouta qu'à moitié quand Tsunade tendit le rouleau parcheminé de la mission. Il réfléchissait au fait que lui, le célèbre héros de guerre de Konoha, Le Poursuiveur d'Ombre, Le Génie, Le Cerveau, agissait comme s'il était un abruti dans une comédie romantique. Et si Temari ne l'aimait pas ? Et bien ce ne serait pas de sa faute. Putain, il avait du mieux qu'il le pouvait. Ce n'était pas de sa faute si les femmes sont d'insondables créatures irrationnelles qui opéraient sans suivre la moindre logique.
Si Temari ne l'aimait pas, et alors quoi merde ? En dépit de lui-même, il avait aimé aller dézinguer des zombies en détruisant tout sur son passage avec la manieuse de vent. Quand il indiquait un endroit, Temari y allait exercer sa vengeance en bousillant tout. Quand il complotait, Temari commandait leurs forces avec tout le charisme d'un chef-né. Ils étaient comme deux parfaites moitiés travaillant de concert : il était le cerveau et elle était les muscles.
Après ça, quand la guerre fut gagnée et qu'ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre comme le soleil disparait dans la mer, et bien, il n'allait pas s'en plaindre. Bien sûr, ça avait été très délicat et maladroit, mais c'était la première fois de Temari. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour avoir été toute en dents et en coudes. Kami, il était à peu près sûr qu'il avait encore les traces de morsure et les bleus noircissant de leur premier essai.
Ça s'était arrangé après ça, c'était beaucoup mieux. Et les deux semaines que les forces de Suna avaient passées à camper à Konoha avaient été un pur bonheur. Ils passaient leurs journées ensemble, remplissant des rapports de mission et fumant des cigarettes à la chaîne. Elle rentrait avec lui chaque nuit.
Il avait juste tout additionné : la fille commande l'armée de shinobi avec lui et ils finissent tous deux par être acclamés en tant qu'héros de guerre. La fille couche avec lui à la fin de la guerre. La fille vient dans son village natal et passe chaque minute du jour et de la nuit avec lui. L'affaire était dans le sac.
Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'il y avait de l'amour dans l'air. Du moins, il pensait que c'était de l'amour jusqu'à ce que Temari rompe avec lui – non, non, elle n'avait même pas rompu, parce que, selon elle, ils n'étaient jamais sortis ensemble. Et juste comme ça, elle a vomi dans ses toilettes, quitté sa maison et est repartie d'autorité vers Suna, furieuse comme un taureau. Le laissant seul à nettoyer le vomi sur le carrelage de la salle de bains. Kami, elle n'avait même pas bu la veille au soir.
Et bien, peut-être n'était-il pas un génie – du moins, pas en ce qui concernait les femmes. Ça suffit. J'abandonne. Je ne sortirai plus jamais avec une autre fille. Je vais avoir une vie de célibataire en tant que moine observant les nuages, et je ferai des trucs de ninja à côté. Je ne suis pas fait pour l'amour, c'est bien trop confus pour moi. Y a pas de règles, pas de constantes, juste…
« Shikamaru, est-ce que tu m'écoutes au moins ? » demanda l'Hokage, le fixant du regard. Shikamaru commença à transpirer, il n'avait pas la moindre idée du temps que l'Hokage avait passé à le couver d'un regard noir.
« Tsunade-sama, pardonnez à mon coéquipier s'il vous plait. Vous connaissez Shika, toujours la tête dans les nuages. » plaisanta faiblement Ino.
« Vos coéquipiers vous expliqueront les détails, » marmonna Tsunade, dégoûtée. « Maintenant, sortez de mon bureau. »
Shikamaru sortit de la tente en traînant des pieds, ne se souciant pas du sujet de la mission. Ino lui blablatait un truc incompréhensible aux oreilles et lui fourra le rouleau dans les mains. Il le lut paresseusement, la tête ailleurs, jusqu'à ce que ses yeux soient attirés par un simple mot…
Suna.
« On va dans le Désert ? » glapit Shikamaru. « Mais pourquoi ? »
« Idiot, t'as vraiment rien écouté, pas vrai ? » cria Ino. « On va en mission diplomatique pour demander des ninjas qualifiés en jutsu de construction. Pour aider à reconstruire le village ? Allo la Lune, ici la Terre ? »
Mais Shikamaru resta cloué sur place, en plein milieu de la rue, fixant d'un air idiot le parchemin dans ses mains.
Wow mon Dieu, pensa Shikamaru, vous avez vraiment fait de ma vie un enfer. Je ne pensais pas que ça pouvait être pire, mais vous m'avez détrompé. Et bien. Merci beaucoup. Connard.
* Note de la traductrice : Un cirrostratus est un type de nuage se trouvant généralement assez haut et formant un voile continu couvrant totalement ou partiellement le ciel. Tout comme moi, vous aurez appris un mot aujourd'hui.
