Pour répondre à la review de EdBtjrs : la trame de fond est la légende de Loftus Hall mais je brode pas mal autour ;)
J'ai hâte de lire ce que vous pensez de ce troisième chapitre !
Le miracle est déjà la rencontre d'un homme et d'une femme
dans les dédales inextricables du temps et de l'espace.
Christiane Singer
Isabella soupira et remonta son châle. Il lui faudrait bientôt retourner dans la salle des cartes qui était devenue synonyme d'ennui et de morosité. Elle pouvait entendre d'ici les rires y provenant. Elle détacha son regard de l'antique tapisserie avec lassitude. La jeune femme prit son livre dans ses mains tremblantes. Feindre d'avoir oublié son roman lui avait permis de n'avoir seulement que quelques minutes de paix avant d'avoir à subir de nouveau les moqueries de sa belle-mère.
C'était bientôt Noël et son père, Lord Charles Swan, avait invité son meilleur ami, Sir Billy Black à Loftus Hall. Isabella avait toujours eu en horreur cet homme et, depuis que Sir Billy s'était marié, il n'en était devenu que plus insupportable. Sa nouvelle épouse, Lady Lauren Black, était deux fois plus jeune que son mari mais son air hautain et ses lèvres éternellement pincées la vieillissaient de plusieurs années. Elle s'était de suite liée d'une forte amitié avec la deuxième femme du père d'Isabella, Lady Swan, ce qui ne faisait que renforcer son dégout envers Lady Black.
Lady Sue Swan était très fortement jalouse d'Isabella, car elle ressemblait fortement à sa mère, la première femme de Charles. Comme un secret honteux, Lady Swan cachait avec ferveur son lien de parenté avec la mère de la jeune fille. Ainsi, presque personne ne savait qu'elle avait épousé le mari de sa défunte sœur.
« Mháthair[1], si seulement vous étiez là... », soupira Isabella.
La jeune femme se souvenait avec mélancolie de sa mère. Elle se rappelait comment elle l'aidait à ne pas avoir peur de l'orage ou des tempêtes. Elle se remémorait les chansons qu'elle chantait pour l'apaiser. Elle sentait encore la chaleur de ses caresses, la douceur de ses mains contre son visage.
Les rires tonitruants venant de la salle de Cartes la firent sursauter. Isabella regarda la porte avec dédain avant de soupirer.
La jeune femme était sur le point de sortir de la pièce afin de se joindre aux autres quand trois coups résonnèrent à la porte d'entrée. Le manoir entier se tut, comme si les habitants retenaient leur souffle. Trois nouveaux coups retentirent, plus puissants cette fois. Les serviteurs n'osaient pas bouger. Charles, Sue et leurs invités interrompirent leur divertissement.
« Isabella ! » cria Charles qui était confortablement resté dans la salle de Cartes. « Qui donc ose nous interrompre à cette heure ? N'y a-t-il personne pour aller ouvrir ? »
La jeune femme sursauta et porta la main sur son cœur battant. La peur l'avait paralysé un instant. Elle sortit de la chambre aux Tapisseries avec hâte et interpella un serviteur qui n'avait pas encore atteint l'âge adulte.
« Mike, qu'attends-tu pour aller ouvrir la porte ? » demanda la jeune femme d'un ton sec.
Il n'était pas dans les habitudes d'Isabella de parler ainsi aux employés du manoir. La tempête lui avait tellement fait penser à ses nombreux cauchemars d'enfant qu'elle en était encore troublée. Le jeune serviteur courut vers la porte d'entrée et manqua de tomber à plusieurs reprises.
La demoiselle ferma les yeux. Elle prit une profonde inspiration, essayant de calmer sa peur. Le grincement de l'imposante porte lui signala que Mike savait maintenant qui était là. La jeune femme se maudit alors qu'elle attendait encore un peu. Loftus Hall était connu dans la Péninsule de Hook comme un endroit d'asile pour les naufragés et son père l'avait mainte fois prévenu des dangers que ses étrangers pouvaient perpétrer dans le manoir.
Le bruit assourdissant de son cœur empêcha Isabella d'entendre la conversation entre l'étranger et le serviteur. Néanmoins, elle entendit clairement Mike rire. Se forçant à sourire, Isabella avança alors vers l'entrée. Son père et Sue n'étaient sûrement pas en état de jouer les hôtes. En effet, la boisson coulait à flot lors de ses soirées dans un total déni des convenances. C'était donc à elle d'accueillir l'étranger à Loftus Hall. Elle s'arrêta brusquement lorsqu'elle vit l'étranger.
Ses grands yeux bleus rencontrèrent l'émeraude du regard perçant de l'homme qui se tenait sur le seuil de Loftus Hall. Une curieuse flamme jaunâtre apparu dans ses yeux, l'inconnu prenant son temps pour regarder la jeune femme. Le souffle d'Isabella se coupa alors qu'il eut un sourire en coin. Elle sentit ses joues s'empourpraient et pourtant, elle ne pouvait détourner son regard de lui. Tout en l'étranger imposait le respect. Sa beauté ne faisait que souligner l'intelligence et la malice qui dansaient dans ses prunelles. Son costume que l'eau de la tempête noircissait ruisselait, une flaque se formant déjà à l'endroit où il se trouvait.
Il ne la quittait pas des yeux, la regardant comme si elle était la plus belle femme qu'il ait jamais vue. Elle était petite mais gracile. Sa robe bleu ciel était pourtant simple et démodée de plusieurs années mais elle contrastait magnifiquement avec ces cheveux châtain foncé qui étaient relevés en un chignon élégant. Quelques mèches rebelles tombaient sur son visage en forme de cœur. Sa peau était pâle, paraissant translucide sous la lumière des bougies. Mais ses yeux… Il observait fixement ses yeux saphir comme si la réponse à ses prières y demeurait. Un aura d'innocence entourait cette beauté et il prendrait un grand plaisir à éteindre sa candeur.
Isabella était incapable de parler. Elle était incapable de penser. Elle était même incapable de respirer. Elle ne pouvait que regarder cet inconnu à la beauté fascinante. Ce fut à peine si elle aperçut le sang coulant de son front ou sa blessure à la jambe qui l'obligeait à s'appuyer contre l'embrasure de la porte.
« Ma Lady » murmura l'étranger sensuellement, ses yeux ne la quittant pas. « Laissez-moi vous implorer l'asile... Mon bateau a succombé à la tempête, tout comme les autres. Je suis l'unique survivant et j'ai bien peur que le naufrage ne m'ait blessé à la jambe. J'ai heureusement rencontré cet étalon près des côtes. Je vous en prie, accordez-moi asile pendant quelques jours, le temps que mes blessures ne se referment. »
« M'iníon[2], qu'attends-tu ? » demanda Charles à la jeune femme. « Fais donc entrer ce pauvre homme ! Il va attraper la mort s'il reste ainsi sous cet orage ! »
Isabella cligna des yeux plusieurs fois avant de se retourner. Mike avait dû aller le chercher pendant que l'inconnu lui demander asile.
« Veuillez excuser ma fille, mon cher Monsieur. » dit poliment le maître de maison à l'étranger, l'alcool qu'il avait bu plus tôt dans la soirée rendant sa diction pâteuse. « Entrez ! Entrez donc ! Nous allons vous donner quelques vêtements secs. Un bon feu vous attend dans la salle de Cartes, ainsi qu'un grand verre de whisky. Mike, va conduire le cheval de Monsieur à l'écurie ! »
L'inconnu avait dû donner une formidable impression à Charles Swan. C'était un homme fier qui n'acceptait pratiquement plus de naufragés depuis la mort de sa première femme. Il avait certainement remarqué la finesse des vêtements de l'étranger.
« Isabella, va donc demander à Angela de préparer la chambre bleue pour Monsieur » commanda Charles d'une voix ferme avant de se retourner vers l'inconnu. « Venez avec moi, Monsieur... Excusez-moi, je n'ai pas compris votre nom… »
« Maitre Cullen… Maitre Edward Cullen » lui répondit-il avec un sourire.
L'étranger ne dit aucun autre mot. Il se laissa conduire par le maître de maison vers le magnifique escalier. Il accepta avec une grimace de s'appuyer sur l'épaule de Charles pour marcher. Son regard resta néanmoins le plus longtemps possible fixer sur la jeune femme. Le tonnerre gronda une dernière fois cette nuit-là alors qu'Isabella refermait la porte derrière l'inconnu.
[1] « Mère » en Irlandais
[2] « Ma fille » en Irlandais
