Relève
Les joncs bruissaient sous le vent qui forcissait, apportant avec lui l'odeur de terre mouillée annonciatrice de l'orage. Le soleil tapait dru. Blottis à l'ombre, ils attendaient le retour de Daniel et Hyunh-A, partis chercher les premiers renforts du clan allié. Lu-Yen, féline et redoutable, faisait le guet sous la chaleur accablante. Elle n'avait pas l'air d'en être affectée.
C'était elle qui les avait « accueillis » il y a deux jours, non loin de la porte des étoiles. Rencontre musclée et pour le moins tendue, surtout lorsque O'Neill s'était vu voler l'autorité par cette cavalière farouche et indépendante.
Sam sourit à ce souvenir, amusée, d'autant plus que SG-1 avait très vite été adoptée par ce clan de guerrières en leur fournissant une aide précieuse pour reconquérir leurs terres. La coopération fonctionnait à merveille.
Elle laissa discrètement glisser son regard vers son supérieur. Adossé à un arbre centenaire, il tuait le temps en taillant un bout de bois à l'aide de son canif.
C'est comme ça qu'elle le préférait, elle avait moins honte de se l'avouer ouvertement maintenant. Casquette vissée sur la tête. T-shirt noir qui laissait apparaître sa peau hâlée et les muscles de ses bras. Plongé dans une tâche qui accaparait son attention et qui semblait abaisser ses défenses. Il apparaissait alors plus vulnérable. Plus accessible.
Jack O'Neill monopolisait ses pensées depuis cette nuit.
Depuis cet instant. Improvisé. Magique.
Cette pointe de jalousie et d'amertume, d'abord, alors qu'elle les observait depuis sa couche. Lorsque la silhouette de Lu-Yen s'était levée, sous le faible éclat du croissant de lune, pour laisser la place au colonel, venu prendre son tour de garde. Lorsqu'elle lui avait souri. Qu'elle avait incliné gracieusement la tête en signe de remerciement. Et qu'elle avait déposé un baiser furtif sur ses lèvres. Une main sur sa joue. Puis qu'elle s'était éclipsée, tout en grâce, après lui avoir murmuré quelque chose.
Et sa stupéfaction, mêlée de ravissement et d'excitation, lorsqu'il l'avait à son tour embrassée, elle, Sam, venue prendre la relève. Un long baiser. Particulièrement long. Trop long et langoureux pour n'être pas sincère. Sous la pâleur de la lune, à l'abri des regards. Sa paume délicatement posée sur son cou. La chaleur de sa peau. La douceur de ses lèvres. Et son pouce qui avait effleuré sa joue. Tendrement. Puis le timbre grave et caressant de sa voix qui lui avait murmuré « c'est la coutume, paraît-il ». Avant de se retourner et de s'éloigner.
