Chapitre 67 : … rivaux toujours !
Russian Roulette Stadium, Stade Amano Mikado…
Tenma retomba dans la boue et se releva sans attendre pour se lancer à la poursuite du ballon dérobé par l'un des joueurs de Dragonlink. Il refusait d'abandonner, et cette détermination se lisait sur son visage. Tsurugi pouvait la voir dans chacun de ses regards, chacun de ses gestes. Tenma tombait et se relevait, comme la première fois où il l'avait vu. Il se souvenait avec netteté de ce jour-là mais, curieusement, n'éprouvait plus de culpabilité. Parce que ce jour-là, il avait eut l'impression de rencontrer pour la première fois un adversaire à sa mesure, un rival digne de son intérêt. Un bref instant, il avait oublié qu'il était un SEED, et était redevenu un collégien comme les autres souhaitant simplement jouer au football comme n'importe qui. C'était ce jour-là aussi, et il lui avait fallut tout ce temps pour s'en rendre véritablement compte, qu'il était tombé amoureux de Tenma. Plus que de son sourire éblouissant, plus que de son optimisme sans faille, plus que de sa manie de le suivre partout pour jouer au football avec lui, c'était de cette rage de vaincre ayant embrasé son regard d'argent qu'il était tombé amoureux.
Il esquissa un sourire, debout, immobile, au milieu du terrain boueux, alors que ses coéquipiers affrontaient les joueurs de Dragonlink tout autour de lui.
_oOo_
_ Qu'est-ce qu'il fabrique, Tsurugi ? Pourquoi il ne bouge plus ?
Kidou jeta un regard à Nishiki et Kageyama s'interrogeant sur l'étrange immobilité de leur coéquipier pendant que le match gagnait en intensité tout autour de lui et esquissa un sourire. Endou émit un rire léger qui l'étonna. Il ne l'avait plus entendu rire depuis trois longues années.
_ Il a comprit, Kidou ! Tsurugi a trouvé la clé de cette technique.
_ C'est ce qu'on dirait. C'est un garçon intelligent et instinctif.
Ils observèrent la lutte sur le terrain, les joueurs s'affrontant sans répit pour le contrôle du ballon… et Tsurugi suivant des yeux Tenma, attendant son heure.
Et pendant ce temps-là, les minutes défilaient, rapprochant inexorablement les joueurs de la fin du match.
_oOo_
Tsurugi leva les yeux vers l'écran géant et esquissa un sourire.
_ Tsurugi, il nous reste seulement cinq minutes…
_ Tu devrais plutôt dire ''encore cinq minutes'', Tenma.
Tenma ne put s'empêcher de sourire joyeusement en l'entendant prononcer son prénom.
_ J'ai envie de t'affronter, Tenma, voir à quel point tu as évolué depuis le jour de notre rencontre.
_ Maintenant ?! Ce n'est absolument pas le moment !
Tsurugi esquissa un sourire amusé et se jeta sur l'un des joueurs adverses, interceptant le ballon et repoussant son adversaire dans la boue, son sourire devenant l'espace d'un instant aussi froid que lorsqu'il était un SEED. Il se tourna vers Tenma et fit passer le ballon d'un genou à l'autre.
_ C'est le bon moment au contraire… Et tu le sais.
Tenma observa le ballon monter et descendre avant de relever les yeux vers Tsurugi. Son regard d'or ne le quittait pas, attendant sa réponse. Le jeune homme aux cheveux caramel fondit sur lui pour récupérer le ballon et eut l'impression de revenir des semaines en arrière, le jour de la rentrée, à ceci près qu'il arrivait parfaitement cette fois à se maintenir au niveau de Tsurugi. Il l'affrontait de toutes ses forces, oubliant presque qu'ils se trouvaient à quelques minutes à peine de la fin du match final de la Holy Road. Ne comptait plus désormais que cet affrontement, âme contre âme, cœur contre cœur. Ils ne pouvaient plus rien se cacher, plus rien nier ni même s'avouer. L'autre était désormais une telle évidence, sans secrets ni mystères.
Un sourire étira les lèvres de Tenma lorsqu'il déroba le ballon à Tsurugi et le projeta dans les airs.
_ J'ai comprit…
Tsurugi hocha simplement la tête avant de bondir en tournoyant sur lui-même en créant dans son sillage un tourbillon enflammé. Parfait miroir de ses mouvements, Tenma l'imita.
Oui, il avait comprit pourquoi c'était le meilleur moment au contraire pour s'affronter, et la vérité éclata dans toute son incandescence absolue lorsqu'ils frappèrent ensemble le ballon.
_ Tenma !
_ Kyousuke !
Ils étaient plus que des coéquipiers, plus que des amis, plus même que des amants… Ils étaient, depuis le début, et à tout jamais… des rivaux !
_ Fire Tornado Double Drive !
_oOo_
Endou bondit sur ses pieds lorsque la double tornade de feu traversa le terrain en ronflant comme les feux des enfers, que rien ne pouvait arrêter, pas même l'association de tous les Keshins de Dragonlink. Un sourire éblouissant illuminait son visage alors qu'il se tournait vers Gouenji, à l'autre bout du terrain !
_ Ils ont réussi ! Nous n'avons pas perdu notre temps en créant Fire Tornado Double Drive !
Kidou l'observa et sourit imperceptiblement devant la joie de son ami. Il reporta son regard sur le tir enflammé traversant le terrain en creusant un profond sillon dans la boue. Il regarda le gardien des Dragonlink invoquer son Keshin, en vain, le ballon entrer dans les filets, les embrasant, déformant les poteaux, les arrachant finalement du sol. Il ne s'arrêta qu'en tombant en cendre, consumé par la puissance incandescente du tir.
_ Impressionnant. Akio avait raison lorsque nous avons conçu cette technique. Un amour comme le tien avec Gouenji, et une rivalité aussi forte que la mienne avec Akio. Matsukaze et Tsurugi étaient bien les seuls à pouvoir utiliser cette Fire Tornado Double Drive, à accepter autant leur amour que leur rivalité. Cette technique restera dans les annales.
_ Oui !
_oOo_
Tenma laissa éclater sa joie lorsque l'arbitre siffla coup sur coup cet ultime but et la fin du match. Il se jeta dans les bras de Tsurugi en riant.
_ On a gagné ! Kyousuke, on a réussi à utiliser Fire Tornado Double Drive !
_ Tiens donc, tu m'appelles Kyousuke, maintenant ?
Tenma pencha la tête sur le côté et Tsurugi sourit en plissant les yeux. Il prit le visage de son petit-ami entre ses mains et l'embrassa avant de poser son front contre le sien.
_ Tu as presque l'air surprit de notre victoire, c'est vexant.
Tenma se mit à rire devant son sourire moqueur et le serra vivement dans ses bras.
_oOo_
Gradins…
Shindou ferma les yeux alors que les spectateurs laissaient enfin éclater toute leur joie et leur exaltation. Des larmes roulaient sur ses joues, et il ne chercha pas à les retenir.
_ Ils ont gagné… les Raimon Eleven ont gagné.
_ Tu en doutais, capitaine pleurnichard ?
Le jeune homme rouvrit les yeux et les leva pour observer le sourire en coin d'Ibuki, gentiment moqueur. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, le jeune basketteur l'avait déjà appelé ainsi, et il avait détesté cela. Aujourd'hui, il ne voulait pas recevoir de lui un autre nom, pas alors que ses yeux le regardaient de cette façon si pénétrante. Il l'attira sans prévenir à lui, se hissant sur la pointe des pieds, et déposa ses lèvres contre les siennes.
Son équipe venait de remporter la Holy Road, mais il avait l'impression d'avoir remporté la victoire la plus important de sa vie lorsque les bras d'Ibuki se refermèrent autour de lui.
_oOo_
Terrain…
Gouenji leva les yeux vers le tableau des scores et observa le résultat final. 5-4.
_ Un score digne d'une finale.
_ Tu l'as dit.
Il se retourna et observa Endou se diriger vers lui. Il ne l'avait pas vu depuis si longtemps… trois longues, si longues, années passées loin de lui, loin de ses bras, de son sourire, du son de sa voix…
_ Shuuya, d'un côté, j'ai très envie de te remercier pour avoir sauvé le football, et d'un autre côté, j'ai surtout très envie de te flanquer un coup de poing.
_ Je… comprends. Excuse-moi, je devais agir vite, et devenir l'Empereur Sacré m'a parut être une bonne idée.
_ Oh oui, merveilleuse ! Surtout en partant sans rien me dire.
Gouenji se mordit la lèvre mais refusa de baisser les yeux, malgré une furieuse envie de le faire. S'il ne se confrontait pas à Endou maintenant, il n'en serait jamais capable.
_ Oui, je m'en suis rendu compte un peu tard. C'était stupide, surtout que sans toi, je ne suis vraiment bon à rien. Regarde un peu, il a fallut que tu entres en scène en reprenant les Raimon Eleven pour que les choses bougent enfin ! Tu sais, ce n'est pas moi qui mérite des remerciements, mais toi. Kidou m'a tout raconté… à cause de moi, tu as tant sacrifié…
_ C'est pourtant toi qui as lancé la révolution…
_ Je suis désolé, je…
_ Non, c'est moi qui…
_ Bon sang, déjà en train de roucouler… vous me donnez la nausée !
Ils tournèrent la tête et se retrouvèrent sans surprise face à Kidou, un sourire gentiment moqueur aux lèvres.
_ Vous m'ennuyez avec vos ''c'est toi, non c'est toi ! C'est moi, non c'est moi'' Vous avez quel âge, franchement ?
Il se détourna et ramassa un vieux ballon de football qui en avait tant vu, orné de son éternel éclair d'un bleu délavé. Tenma l'avait apporté avec lui pour qu'il soit le témoin de la fin, et Kidou trouvait cela amusant. Ce ballon…
C'était par lui que tout avait commencé, et par lui tout aller enfin se terminer.
Il se retourna vivement en tirant de toutes ses forces en direction de ses deux meilleurs amis.
Ils le regardèrent fondre sur eux et Kidou vit avec satisfaction leurs corps bouger d'instinct. Leurs pieds se frôlèrent sans se gêner, avec une synchronisation millimétrée. Des éclairs entourèrent le ballon, le suivant dans un fracas assourdissant lorsqu'il fut projeté vers le ciel aux lourds nuages noirs.
Leur coup de foudre n'avait jamais parut aussi immense alors que son rugissement fulgurant couvrait le moindre autre bruit. Rien d'autre n'existait plus que cet éclair que rien ne semblait plus pouvoir arrêter.
_ INAZUMA ICHIGOU !
Dans un ultime hurlement, la foudre explosa, libérant l'absolue totalité de sa puissance.
Endou et Gouenji levèrent les yeux et regardèrent leur éclair disparaitre, et les lourds nuages noirs avec lui, repoussés au loin. Le soleil brillait haut dans un ciel d'un bleu limpide.
_ Eh bien… encore plus fort que la dernière fois. On arrive même à changer la météo, maintenant !
_ Ne me dis pas que ça te surprend, Mamoru.
Endou sourit largement, un véritable sourire, lumineux, faisant briller ses yeux de larmes de bonheur, un sourire comme il n'en avait plus fait depuis trois interminables années. Il attira enfin Gouenji contre lui, le serrant avec force, l'embrassant avec passion sans plus pouvoir, ni encore moins vouloir, s'arrêter.
_ Tu m'as tant manqué, Shuuya…
_ Toi aussi…
_oOo_
Partout dans les gradins, la joie explosa lorsque le coup de foudre le plus puissant ayant jamais frappé le monde déchira le ciel, ramenant enfin le soleil. Folle de joie, Amaya se jeta au cou de Shadow et l'embrassa passionnément. Plus loin, Fudou esquivait de justesse un Kabeyama en larmes cherchant une épaule réconfortante. Kazemaru les regardait avec un sourire amusé, un bras passé autour des épaules de Miyasaka, visiblement ravi du dénouement du match. Aki et Kogure avaient bondit sur leurs pieds en brandissant leurs poings vers le ciel. Handa souleva Mako dans ses bras et la fit tournoyer sans se soucier des rires des jeunes d'Inazuma KFC. Fubuki étreignit Yukimura avec force avant de frapper dans la main de Someoka.
Leur sport bien-aimé étant enfin de retour, et ils ne pensaient tous qu'à une seule chose.
Jouer au football.
_oOo_
_ Moi, Hibiki Seigou, Empereur Sacré élu en ce jour de liesse, tiens à me présenter à vous et à vous adresser quelques mots. Si je me suis présenter à cette élection, si j'ai voulut devenir le nouvel Empereur Sacré, c'est pour m'assurer que plus jamais le football ne soit autre chose que ce qu'il est… Par nature, le football n'est pas un sport équitable. Il n'est pas juste, ni fait pour n'importe qui. C'est un sport où seuls ceux qui donne tout, ceux qui sont prêts à dépasser leurs limites, à lui dédier leurs vies, méritent la victoire. Les autres ne goutent qu'à la défaite. La victoire n'est pas à la portée de tous, même si c'est cruel. La remporter ne doit pas être la décision d'une tierce personne, mais bien le fruit de votre travail le plus acharné. Les amoureux du football doivent pouvoir y jouer librement, sans entraves. C'est pour cela que je proclame la dissolution immédiate du Cinquième Secteur !
_oOo_
Immeuble du centre-ville d'Inazuma…
Les portes de l'ascenseur se refermèrent en chuintant doucement, les coupant du reste du monde et de sa clameur que rien ne semblait pouvoir arrêter. Le match final de la Holy Road était finit depuis déjà deux heures, et pourtant la fête se prolongeait dans les rues de la ville d'Inazuma. Elle se prolongerait encore une bonne partie de la nuit. Cela faisait de longues années qu'un tel match n'avait pas été joué dans un stade japonais.
Endou et Gouenji s'en moquaient bien, pour l'heure.
Ils étaient seuls, ils ne s'étaient pour ainsi dire plus vus depuis trois longues années, et ils comptaient bien les rattraper.
_ Shuuya… Kidou m'a tout raconté. Notamment… Toramaru.
_ Kidou est parfois trop bavard. Cela dit, il m'a aussi raconté la raison qui t'a poussé à épouser Natsumi.
_ Et il a terminé avec un truc du genre ''vous êtes à égalité, balle au centre alors fichez-moi la paix avec vos jérémiades stériles''.
_ Il avait raison.
_ Oh ça oui.
Endou sourit. Oui, leur meilleur ami avait raison. A quoi bon culpabiliser ou reprocher ? La vérité était qu'ils avaient tous les deux trop souffert, qu'ils s'étaient effroyablement manqués et que rien n'avait plus d'importance à présent que le fait d'être enfin réunit.
Endou fit un pas en avant et coinça Gouenji contre une cloison de l'ascenseur. Il l'embrassa profondément avant de s'écarter et de prendre une mèche de cheveux blonds à pointes bleues entre deux doigts.
_ Cette coiffure ne te va pas du tout.
_ Je sais, Yuuka me l'a suffisamment fait remarquer. Je compte bien les faire disparaitre très vite, ses mèches.
Endou sourit d'un air satisfait et l'embrassa à nouveau, ses mains s'aventurant sous la chemise blanche de Gouenji. Il ne se rappelait pas à quel moment exactement il l'avait ouverte, mais s'en moquait. Il pouvait enfin le toucher, l'enlacer, l'embrasser, se perdre dans ses magnifiques yeux noirs… Il avait l'impression d'être de retour chez lui après un long, très long, périple.
L'ascenseur s'arrêta au tout dernier étage et les deux amants eurent toutes les peines du monde à s'écarter l'un de l'autre pour en sortir. Endou prêta à peine attention au fait que Gouenji habitait dans l'unique appartement du dernier étage, le plus cher, le plus grand, le plus beau. Le plus solitaire, aussi, mais il ne le serait plus très longtemps.
Maladroitement, les mains tremblantes d'anticipations, et celle d'Endou se frayant un chemin sous sa ceinture n'aidant pas, Gouenji parvint à ouvrir sa porte.
Endou le poussa presque à l'intérieur et Gouenji claqua la porte d'un coup de pied. Ce qu'il allait se passer à l'intérieur ne concernait qu'eux. Pendant si longtemps, ils avaient été privé l'un de l'autre, leurs retrouvailles n'appartenaient qu'à eux seuls…
_oOo_
Le soleil était levé depuis longtemps le lendemain matin lorsque Gouenji se réveilla. Il se redressa dans son lit, nu comme au jour de sa naissance et frissonnant légèrement. Il frotta ses yeux et passa ses doigts dans ses cheveux pour les démêler.
Ce fut alors qu'il réalisa être seul dans son lit.
Avait-il donc rêvé toute la journée de la veille ? Le match final de la Holy Road n'avait pas encore eut lieu ? Et Endou, il ne l'avait donc pas enfin retrouvé ?
Il en aurait pleuré de désespoir, s'il n'avait pas entendu un bruit de chasse d'eau.
La porte de sa chambre s'ouvrit peu après et Endou lui adressa un large sourire, rayonnant de bonheur.
_ C'est gigantesque chez toi ! J'ai ouvert trois ou quatre portes avant de trouver tes toilettes ! Tu as combien de chambres dans cet appartement ? Et la salle de bain est immense, sans parler de ta baignoire !
Gouenji sentit ses épaules s'affaisser de soulagement. Non, il n'avait pas rêvé, et Endou était enfin de nouveau à ses côtés. Il lui tendit la main et son amant s'empressa de revenir se glisser sous les draps, lové contre lui.
_ Quatre chambres. Il y en a une à Yuuka, lorsqu'elle vient me rendre visite, une qui me sert de bureau et de bibliothèque, mais les autres sont des pièces vides. Je ne leur ai pas trouvé d'utilité… Je n'en avais pas envie. Tu n'étais plus là, quel intérêt avais-je à aménager un endroit où tu ne vivais pas ?
Endou sourit et déposa un baiser sur les lèvres de Gouenji.
_ Je suis là, maintenant… On trouvera comment les utiliser, ces pièces vides, tu verras !
_ Oui… Tu as raison…
Gouenji sourit et rejeta les draps pour se lever. Il prit Endou par la main en plissant ses beaux yeux noirs.
_ Je te fais visiter ? Ma baignoire semblait beaucoup t'intéresser…
Endou éclata de rire avant de serrer ses doigts autour de ceux de son amant, les yeux étrangement brillant.
_ Tu n'imagines pas à quel point…
Le titre de ce chapitre était prévu depuis le début, je voulais qu'il fasse écho au chapitre 2, la rencontre entre Tsurugi et Tenma. Ils peuvent être coéquipiers, amis, amants, mais ils n'en restent pas moins des rivaux depuis le tout premier jour !
