Chapitre 68 : ''Yume wo Miteru''

Deux jours plus tard, Tour d'Acier…

Kidou observait la ville d'Inazuma, baignée par la lueur éclatante du crépuscule. Il l'aimait tant, cette ville. C'était là qu'était sa vie, les personnes qu'ils aimaient le plus au monde, ses souvenirs heureux et tristes… C'était pour toutes ces raisons d'ailleurs qu'il avait toujours refusé de la quitter, même lorsqu'une prestigieuse équipe de foot étrangère lui avait fait une offre pour les rejoindre. L'idée de jouer au football sans ses amis lui était aberrante. Comme s'il pouvait prendre du plaisir à taper dans une balle sans eux à ses côtés !

_ Kidou !

Il se retourna et sourit en voyant Endou et Gouenji se diriger vers lui. Les voir enfin ensemble, main dans la main et rayonnants le soulageait.

_ Eh bien, je commençais à me dire qu'il fallait que j'envoie la police faire un tour par chez vous pour s'assurer que tout allait bien.

Endou sourit joyeusement et Gouenji déposa un baiser sur sa main, l'œil amusé.

_ Bon sang, vous êtes encore pire qu'avant…

_ Je sais, on te donne la nausée.

_ Désolé, mais il va falloir t'y habituer !

Kidou inclina la tête. Il s'y était habitué, depuis le temps, et ne voulait plus jamais qu'il en soit autrement. Il fit un pas en avant et serra fermement ses deux meilleurs amis dans ses bras.

_ Vous m'avez fait tellement, tellement peur… Ne recommencez plus jamais, c'est clair ?

_ Excuse-nous…

_ Non ! C'est trop facile de vous excuser après coup ! Vous n'avez aucune idée de l'état d'esprit dans lequel j'ai passé ces trois dernières années, moi ! La trouille au ventre à l'idée que l'un de vous deux se foute en l'air, soit en sautant du haut de cette putain de tour ou en avalant un peu trop de médocs ! Je vous regardais vous détruire, et je ne pouvais rien faire du tout !

_ Rien faire du tout ? Kidou, tu te sous-estimes. Tu étais là, nous le savions. Au moindre problème, tu aurais accouru, pour Endou, mais également pour moi. Je l'ai comprit quand tu as reprit Teikoku, ton message était limpide. ''Je suis là, je t'aide autant qu'il le faudra''.

_ Kidou, tu m'as ouvert ta porte au beau milieu de la nuit tellement souvent que je serais bien incapable de te dire combien de fois. Tu étais toujours le premier à voir ce qui n'allait pas… Alors ne dit pas que tu n'as rien fait. Kidou, si tu n'avais pas été là, ni Shuuya ni moi n'aurions put nous en sortir.

Kidou ferma les yeux et resserra son étreinte sur ses deux meilleurs amis, l'étreignant avec tout autant de force. Il cacha son visage contre leurs épaules, ses lunettes tombant au sol.

Il s'en moquait.

Il avait porté un tel poids sur ses épaules, s'interdisant de flancher… Aujourd'hui, alors que tout était enfin rentré dans l'ordre, il avait le droit de craquer.

_ Ne me refaite plus jamais ça… j'ai trop besoin de vous dans ma vie… vous êtes ma famille, je fais quoi si je dois vous perdre ?

_ Nous aussi, nous avons besoin de toi à nos côtés, tu sais ! Tu es indispensable à notre bonheur autant que nous le somme au tien.

_ Nous t'aimons tant… Tu es notre meilleur ami, notre frère, ça fait 10 ans que ça dure et comme tu l'as si bien dit, rien ni personne en ce monde ne nous enlèvera ça.

Oui, aujourd'hui, Kidou avait le droit de craquer. Il ferma les yeux et laissa ses larmes couler.

_oOo_

Depuis l'ombre d'un arbre un peu plus loin, Fudou observait le trio en souriant. Il devait bien admettre être soulagé. Le jeune homme savait à quel point le fardeau porté par Kidou avait été lourd durant cette histoire, lui qui devait garder bonne figure en toutes circonstances. Fudou était le seul à l'avoir vu s'écrouler, à avoir comprit l'ampleur de son désespoir devant son incapacité à aider ses amis.

Son regard clair se détourna du trio que beaucoup connaissait sous le nom de Break Team et se leva vers le haut de la Tour d'Acier. L'éclair s'y était rallumé après trois longues années d'extinction.

Le football était sauvé, tout aller pour le mieux dans un monde qui n'était certes pas le meilleur, mais que Fudou aimait malgré tout.

Avec un sourire, le jeune homme regarda à nouveau les trois amis qui avaient payés bien cher pour ce sauvetage. Ils s'aimaient, c'était une évidence, ils s'aimaient d'un amour fraternel éblouissant, que même les plus sombres magouilles du Cinquième Secteur n'avait put détruire.

Kidou releva les yeux vers lui et lui sourit. Fudou se contenta d'incliner la tête avant de les rejoindre.

_oOo_

Cinq jours plus tard, quartier résidentiel, pension Kogarashi…

Aki balayait le porche, comme à son habitude, après le départ de Tenma et Tsurugi. Le second avait emménagé pour de bon dans la pension de famille, sur l'insistance de la jeune femme qui détestait l'idée de savoir un garçon aussi jeune contraint de vivre seul. Elle avait bien tenté de joindre ses parents, mais ces gens l'avaient répugnée, aussi indifférent l'un que l'autre sur le sort de leur fils.

_ Aki ! Je suis si heureux de te revoir !

Cette phrase lui était aussi familière que cette voix s'élevant dans son dos. Elle eut à peine le temps de se retourner qu'un homme se jetait sur elle et l'étreignait avec force.

_ Kazuya !

_ Je suis rentré, Aki…

La jeune femme sourit avec bonheur, répondant à l'étreinte de son mari. Ichinose lui avait tant manqué, elle ne voulait plus le laisser s'éloigner d'elle au moins jusqu'à son prochain tournoi qui n'aurait, heureusement, pas lieu avant l'année suivante.

_ Bienvenu à la maison, Kazuya !

_oOo_

Quelques semaines plus tard, hôpital d'Inazuma, chambre de Yuuichi…

Tsurugi s'effondra aux pieds de son frère, ses genoux incapables de soutenir le poids de son propre corps.

_ Yuuichi… grand frère… tu… tu vas…

Il observait son frère et son visage au sourire serein, ne parvenant pas à comprendre ce qu'il venait de lui annoncer. C'était comme si les mots n'avaient aucun sens.

_ Tu vas…

_ Rester dans ce fauteuil, oui. Mon opération n'a pas fonctionné. Les médecins m'ont expliqué que ma colonne vertébrale était trop sévèrement abimée. Il n'y a rien à faire.

Le visage de Tsurugi devint encore plus pâle que d'habitude. Il plaqua sa main contre sa bouche, ouvrant de grands yeux horrifiés. Un froid glacial l'avait envahi et le poids de la culpabilité écrasait ses épaules. Jusqu'à présent, il avait toujours cru que son frère pourrait remarcher un jour, que cette opération hors de prix accomplirait un miracle… mais les choses ne se passaient pas toujours comme prévues. C'était une annonce brutale, qu'il n'avait pas vu venir ni même envisagée. Pour lui, son frère remarcherait, il ne pouvait en être autrement.

_ Non… Non ! Je refuse d'abandonner ! Je vais trouver une autre solution ! Je dois réparer mon erreur et…

_ Kyousuke, qui t'a dit que mon handicap était une erreur ?

Le jeune homme releva les yeux vers son frère et ce dernier lui sourit paisiblement. Il se pencha en avant et entoura son petit frère de ses bras, comme lorsqu'il était petit et courrait se réfugier dans la chambre de son ainé après avoir fait un cauchemar.

_ Kyousuke… Pardonne-moi, si quelqu'un a fait une erreur ici, c'est moi. Depuis 10 ans je me lamente sur mon sort en refusant d'aller de l'avant, de voir tout ce que la situation m'a donné et me focalisant sur ce que j'ai perdu. Je me complaisais dans mon malheur sans voir à quel point la vie est belle…

_ A cause de moi, tu…

_ Petit frère, tu ne comprends toujours pas, n'est-ce pas ? J'ai été un peu idiot. Très idiot. Surtout que je ne t'ai jamais dit le principal. Quand tu es tombé de l'arbre, j'ai eut la peur de ma vie. Pendant une seconde, j'ai eut le temps de t'imaginer heurter le sol, sombrer dans le coma pour ne jamais te réveiller, ou mourir, pour ce que j'en sais ! Tu es mon petit frère adoré, Kyousuke, quoi qu'il arrive je ferais tout pour te protéger. Je recommencerais des dizaines de fois, des centaines s'il le fallait. Même si à chaque fois je dois perdre l'usage de mes jambes, je te rattraperais toujours. Tu es mon petit frère, je t'aime tellement, c'est normal que je sois prêt à tout pour te protéger !

Tsurugi sentit ses yeux le brûler et des larmes se mirent à rouler sur ses joues pâles. Yuuichi les essuya et ramena son frère contre lui. Malgré ses grands airs, Tsurugi avait toujours eut la larme facile.

_ Oh Kyousuke, la vie est tellement belle… J'ai été si stupide de ne pas le voir, de me focaliser sur mes jambes inertes sans voir à quel point j'ai de la chance. Parce que oui, j'ai de la chance ! Si tu n'étais pas tombé de cet arbre, si je ne t'avais pas rattrapé, alors je n'aurais jamais perdu l'usage de mes jambes. Je n'aurais donc eut aucune raison de venir à l'hôpital, et je n'aurais jamais rencontré ma Yuuka. Et toi tu n'aurais pas rejoins le Cinquième Secteur… et tu n'aurais pas rencontré Tenma. Peux-tu imaginer ça ? Aurais-tu voulu vivre ça ?

Tsurugi essaya brièvement de voir ce qu'aurait été sa vie sans l'accident de son frère. Peut-être aurait-il arrêté de jouer au football, peut-être aurait-il été un individu encore pire que ce qu'il était déjà en tant que SEED, passant son temps dans une salle d'arcade obscure pendant que son frère jouerait au football. Sans lui. Ou alors ils auraient put jouer ensemble et tout ce serait bien passé. Mais il n'arrivait pas à imaginer un chemin qui l'aurait mené jusqu'à Tenma. Et cette idée lui était intolérable. Vivre sans lui ?

_ Non…

_ Moi, c'est sans Yuuka que je ne peux pas vivre. Elle est merveilleuse, ma chère Yuuka, tu n'imagines pas à quel point… Tu sais, je ne renonce pas à mes rêves, Kyousuke. Plus maintenant. C'est vrai que pour moi, le football comme on y jouait enfants, c'est terminé. Mais je veux continuer à te voir jouer et progresser. Le futur que j'imaginais, à sans doute un peu changé, je ne serais plus sur un terrain avec toi… Mais je ne veux plus stagner. Je veux aller de l'avant et retrouver le football. J'y arriverais, d'une façon ou d'une autre, je te le promets. Alors, Kyousuke, ne te fais plus de soucis. Tout va bien, maintenant.

Tsurugi émit un hoquet étranglé en se cramponnant à son frère. C'était comme si tout le poids qu'il portait jusque là s'était envolé.

_oOo_

Deux jours plus tard, dans un café du centre-ville…

Otonashi reposa sa limonade et fit tourner la paille dans son verre vide, regardant Amaya avec attention, assise en face d'elle. Sa meilleure amie semblait avoir attendu ce moment pour sortir une tablette de son sac et la lui présenter.

_ J'ai finit les recherches que tu m'as demandées. Sur Senguuji.

_ Merci, t'es la meilleure !

_ Je sais !

_ Alors, c'est quoi le topo ? Tu sais pourquoi il a mit sur pied une aberration comme le Cinquième Secteur ?

_ Oui… Je t'épargne les détails, tu les liras toi-même. En fait, il a été arrêté pour vol lorsqu'il était jeune. Un simple ballon de foot, parce qu'il n'avait pas assez d'argent pour s'en acheter un. Le top du top cela dit, qu'il a volé, pas le bas de gamme de la supérette de quartier. Il se rêvait en champion de Ligue Pro, d'après mes recherches, il n'avait pas le niveau et aucune chance de l'avoir, enfin passons… Il a volé le ballon pour faire ses preuves, a été arrêté et, bien années plus tard à décidé de fonder le Cinquième Secteur pour que chacun puisse jouer au football. Une noble cause sur le papier, moins quand on connait sa conception d'un football pour tous. Victoires et défaites régulées, entrainements intensifs, intimidations, la liste est longue, et tu la connais. Il a fait subir tout ça à son propre fils pour faire de lui un joueur ultime. La mère ne voulait pas du gamin et lui a donné sa garde à leur séparation, il a donc eut le champ libre.

_ Et de ce fait vivre son rêve d'enfant par procuration ?

_ Exact. Il en a fait le gardien des Dragonlink, et tu as put voir qu'il était sacrément bon ! J'aurais bien aimé lui envoyer mon tir, voir s'il était capable de l'arrêter…

Otonashi esquissa un sourire amusé, sans douter une seconde que le jeune gardien n'aurait pas tenu deux minutes face à sa meilleure amie. Elle termina sa limonade et se leva

_ Bon, il faut que j'y aille, j'ai encore quelques trucs à écrire et un article à rendre. Merci beaucoup Amaya, tu m'as beaucoup aidée avec toutes tes recherches... Alors comme ça, toute cette histoire n'était au fond qu'une banale histoire de jalousie et de frustration mal digérées… Tragique, mais c'est classique. A la prochaine, Amaya !

_oOo_

Une semaine plus tard, hôpital d'Inazuma…

Fuyuka sourit avec tendresse en voyant Tsurugi Yuuichi quitter enfin l'hôpital, faisant rouler seul son fauteuil et Yuuka cheminant à côté de lui. Le jeune homme avait bien changé depuis l'annonce de l'échec de son opération. Il avait travaillé pour apprendre à vivre avec son handicap, et l'infirmière savait qu'il s'en sortirait très bien.

_ Bonjour belle infirmière ! Auriez-vous le temps de me faire un point de sutures ou deux ?

Fuyuka tourna la tête et observa Karasu, le nez ensanglanté et un sourire joyeux aux lèvres. Son arcade sourcilière gauche était méchamment ouverte.

_ Dans quel état tu es, encore… Qu'est-ce que c'était cette fois ? Bagarre entre chefs de gangs ? Invasion d'un prétendu territoire ? Trafic de drogue ?

_ Je n'ai jamais fait de trafic de drogue, je ne vais pas m'abaisser à ça quand même ! Quant au reste, j'ai décidé d'arrêter, et ça c'est un peu mal passé. Enfin, il n'y aura plus de problème, la bande à un nouveau chef et ils ont quitté la ville. Pas assez de profit, apparemment.

_ Tu vas arrêter de te battre ?

Karasu leva les yeux vers Fuyuka et esquissa un sourire en hochant la tête.

_ Oui, je vois bien que ça te rend triste à chaque fois que tu recouds mes blessures. Je n'aime pas ça… Je ne suis pas le genre de mec à faire pleurer la fille qu'il aime.

Fuyuka ne cilla pas et sourit doucement. Elle se pencha et déposa ses lèvres contre celle de Karasu, l'embrassant pour la première fois.

_ Karasu Yukihito, est-ce que tu veux sortir avec moi ?

Il la regarda, estomaqué. Il lui posait cette question depuis si longtemps, essuyant à chaque fois un refus, et la voilà qui la lui posait, sans prévenir. Il esquissa un sourire amusé et leva la main pour la poser sur la joue de la jeune femme.

_ Non !

Fuyuka éclata de rire et enroula ses bras autour de ses épaules. Il répondit à son étreinte, éperdu de bonheur.

_oOo_

Deux mois plus tard, aéroport de Tokyo…

Endou renifla mais força tout de même un sourire à étirer ses lèvres. Amaya lui faisait face, sa valise à la main et Shadow un peu en retrait.

_ Vous devez vraiment partir ?

_ Oui, Mamoru, on va rentrer en France. Shadow et moi n'étions venus que pour vous prêter main forte, ne l'oublie pas !

_ J'aurais voulut passer plus de temps avec toi, on ne peut pas dire que j'ai été très présent…

_ Ce n'est pas de ta faute, la situation était particulière !

La jeune femme sourit affectueusement et ébouriffa les cheveux de son cousin.

_ Ne fais pas cette tête, Mamoru, on va se revoir très vite ! Et puis je ne pouvais pas refuser l'offre qui m'a été faites. Je vais rejoindre la sélection nationale française ! On pourra bientôt jouer au football ensemble ! Et je compte bien gagner.

_ N'espère pas trop, c'est mon équipe qui gagnera ! Tu es forte, mais Shuuya reste le meilleur !

Ils se mirent à rire sous l'œil amusé de Shadow. Lui aussi intégrerais la même équipe que sa femme, et tout comme elle, il comptait bien devenir l'un des meilleurs joueurs du monde. Ils en avaient le droit maintenant, le football était enfin libre.

Après une dernière embrassade, Amaya quitta son cousin et prit sa valise, prenant avec Shadow la direction du quai d'embarquement. Elle glissa sa main dans celle de son mari en souriant joyeusement.

_ J'ai hâte de rentrer et de reprendre l'entrainement ! Pas toi ?

_ Oh si, et avec la Break Team reformée, on va avoir du pain sur la planche.

_ C'est ça qui est génial ! Bon sang, qu'est-ce que je suis pressée ! Vive le football ! Shadow, vive le football !

_ Ils sont tous mordus dans la famille Endou…

_oOo_

Six mois plus tard, île God Eden…

Hakuryuu regardait sans la voir la mer se fracasser en bas de la falaise. Il n'était plus revenu ici depuis de longs mois, mais une force impérieuse y avait poussé ses pas. Et maintenant qu'il regardait les vagues s'écraser rageusement sur les rochers, il se disait que ça ne serait pas une mauvaise idée de…

_ Je doute que mon frère apprécie.

Il sursauta au son d'une voix féminine inconnue s'élevant dans son dos et se retourna. Une fillette qui devait à peine avoir 10 ans le regardait avec un sourire innocent, la tête penchée sur le côté. Elle portait une robe rose pastel d'une mode passée et ses cheveux noir corbeau étaient relevés en une queue de cheval souple.

Hakuryuu l'observa, la bouche soudainement sèche. Son visage à la peau bronzée, ses yeux noirs… elle lui rappelait Shuu.

Et c'était douloureux.

Elle était escortée par deux jeunes hommes qui avaient l'air aussi irréels qu'elle. Deux silhouettes contraires, l'une fine et élancée et l'autre puissante et musclée ; la première vêtue de blanc et la seconde de noir. L'une avec des ailes d'ange et l'autre de démon. L'individu en blanc s'avança, ses cheveux couleur de vin attachés en une longue tresse stricte durcissant son visage élégant aux yeux clairs se balançant dans son dos. Son comparse vêtu de noir, à l'hirsute tignasse rouille et à la peau bronzée, l'imita.

Hakuryuu reporta son attention sur la fillette.

_ Qui es-tu ?

_ Question épineuse… pour mon grand frère, je suis juste sa sœur. Pour la Reine des Anges et le Roi Démon, je suis une garce capricieuse… Les héritiers de leurs titres ici présents m'appellent plus volontiers Reine des Morts. Mais de façon plus générale, je suis Chie.

_ Chie… J'ai déjà entendu Shuu mentionner ce nom… tu es sa sœur…

La fillette sourit joyeusement et sautilla comme l'enfant qu'elle était jusqu'à Hakuryuu. Elle l'observa attentivement, se hissant sur la pointe des pieds, sondant son regard.

_ Sein, Desuta, allez le chercher.

_ Tu es sûre ?

_ Ça transgresse toutes nos lois.

Chie les regarda et sourit de l'air espiègle propre aux enfants.

_ Je m'en fiche. L'ancienne reine et l'ancien roi l'ont dit, non ? Je suis capricieuse… Et mon grand frère a bien le droit d'être heureux, non ? Après toutes ses années, il le mérite tellement…

_oOo_

Hakuryuu se réveilla en sursaut et regarda autour de lui. Il était toujours sur la falaise, mais de la fillette, de l'ange et du démon, nulle trace.

_ Pauvre fou, tu as simplement rêvé… ça n'existe pas les anges, les démons ou la Reine des Morts… Aucune entité supérieure ne surgira du néant simplement pour te rendre à moi…

_ Va savoir…

Le jeune homme aux cheveux blancs se figea et se retourna lentement. Ses lèvres frémirent à la vision d'un jeune homme habillé de noir. Il senti ses larmes rouler le long de ses joues pâles.

_ Shuu…


Le titre du chapitre est la character song des frères Tsurugi. Je trouvais qu'elle collait bien pour leur discussion en tête à tête sur le handicap de Yuuichi et l'espoir que j'ai essayé de retransmettre, du coup je l'ai choisie comme titre ^^ Contrairement à Miyasaka où j'ai tergiversé pas mal de temps pour savoir si je l'amputais ou non, je savais dès le départ que je laisserais Yuuichi dans son fauteuil. Je me souviens avoir été déçue de le voir remarcher dans l'anime, comme s'il lui fallait absolument se tenir sur ses deux jambes pour avoir droit au bonheur. Je préfère de loin le voir enfin aller de l'avant et se décider à vivre avec son handicap !

Pour la sœur de Shuu, je lui ai inventé un prénom (que je n'ai pas sorti de nulle part, il vient du personnage Hori Chie de Tokyo Ghoul), je trouvais qu'elle avait une tête à s'appeler Chie, tout simplement XD

Quoi qu'il en soit, le prochain chapitre sera le dernier. Il est beaucoup plus long que les autres, le double de la taille habituelle, mais je voulais finir en beauté et faire comme qui dirait, faire un petit tour d'horizon. J'ai bien pensé à le scinder en deux, mais aucun passage ne me paraissait convenir à une cession, j'ai donc choisi de le laisser tel quel. J'espère qu'il vous plaira malgré sa longueur !